Classé dans : Agro-écologie, Appel à mobilisation, concentration de la terre, Défense de l'environnement, Droit de la Terre, Histoire, Lutte, réforme agraire, Solidarité internationale, souveraineté alimentaire, violations des droits humains par l'agrobusiness
Le 17 avril est célébrée la Journée internationale des luttes paysannes en hommage à la mémoire des paysannes et paysans qui ont payé de leur vie la lutte en faveur d’un monde meilleur, de la réforme agraire et de la souveraineté alimentaire, ainsi que la protection et la défense de la nature, des semences et de l’eau.
Le 17 avril 1996, à El Dorado dos Carajas, au Brésil, 19 paysans membres du Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre (MST) ont été assassinés. 17 ans plus tard, ces crimes restent impunis. Notre continent est aujourd’hui victime d’une offensive de la part de sociétés transnationales guidées par l’avidité du capitalisme financier dont les deux mamelles sont la privatisation et la marchandisation de la terre, de l’agriculture et de la nature. Aussi, les luttes et les résistances paysannes se multiplient dans toutes les régions.
L’agrobusiness, dans sa démesure habituelle, riposte par la violence, l’illégalité et la corruption: au Mexique, au Guatémala, au Honduras, en Colombie, au Paraguay, des centaines de paysannes et paysans sont assassinés par une police et une armée qui foulent leurs droits aux pieds. Au Vénézuéla, en Argentine et au Brésil, des hommes armés et des paramilitaires assassinent les paysans qui, aux côtés de leurs organisations, luttent contre le pillage auquel s’adonnent les transnationales agro-minières et les oligarchies locales. A cette violence physique s’ajoutent la criminalisation des luttes paysannes ainsi qu’une offensive massive sur les semences paysannes: aux quatre coins du continent, de nouveaux projets de loi se multiplient afin de légaliser et généraliser l’utilisation de semences transgéniques tout en freinant l’utilisation et les échanges de nos semences traditionnelles.
A l’occasion de cette journée internationale des luttes paysannes, aux côtés de ses organisations, amis et alliés, la CLOC-Via Campesina lancera des actions dans les villes et villages de plus de 23 pays. Par ailleurs, dans le cadre de l’appel de la Via Campesina à tous les continents, ces mobilisations auront une visibilité continentale et internationale.

En hommage à nos martyrs, et parce que la lutte continue, mobilisons-nous contre l’accaparement des terres, de l’eau, de nos semences traditionnelles et contre la criminalisation de nos luttes.
Chacun à notre niveau, levons-nous pour rappeler que nous sommes déterminés à défendre nos territoires, à dénoncer, à militer en faveur d’une transformation sociale, où souveraineté alimentaire, agroécologie et réforme agraire véritable constitueront la pierre angulaire du camp populaire.
Montrons notre solidarité envers le peuple du Paraguay, en organisant des mobilisations devant les ambassades du Paraguay, en dénonçant un gouvernement qui s’est saisi du pouvoir par un coup d’état et qui persécute les paysannes et paysans, en exigeant par lettre que les prisonniers politiques soient remis en liberté et que justice soit faite pour les victimes du massacre de Curuguaty.
Unissons-nous, rejoignons les actions menées au niveau local et national afin qu’elles acquièrent une visibilité au niveau continental et international au sein de la Via Campesina pour cette journée internationale des luttes paysannes.
Pour soutenir concrètement le MST dans sa lutte, on peut écrire à Lucas Tinti, prointer@mst.org.br
Par Luciano Nascimento
Reporter de Agência Brasil
Ce 30 octobre a été suspendu l’ordre d’expulser les indigènes guaranis kaiowás de l’hacienda Cambará, dans l’État du Mato Grosso do Sul. L’annonce a été faite par le Ministre de la Justice, José Eduardo Cardozo, lors d’une réunion avec les dirigeants indigènes au Secrétariat des Droits de l’Homme de la Présidence de la République (SDH). Selon la décision de la Justice, les quasi 170 indigènes qui vivent dans des campements doivent rester sur place jusqu’à ce que la démarcation de leurs terres soit achevée.
La décision de la Juge fédérale Cecilia Mello du Tribunal Régional de la 3ème Région (TRF-3) de São Paulo, a pris en compte le recours présenté par la Fondation Nationale de l’Indigène (Funai) et par le Ministère Public Fédéral (MPF). La décision antérieure était favorable à la recupération des terres par le grand propriétaire Osmar Luis Bonamigo.
Dans son attendu, la juge a estimé que “ce cas reflète d’une part le drame des indigènes membres de la communauté Pyelito Kue qui comme de nombreux autres habitants des zones forestières brésiliennes, attendent depuis longtemps la démarcation de leurs terres. Et, d’autre part le drame non moins significatif de ceux qui aujourd’hui occupent des terres supposément indigènes et qui dans la majorité des cas ont acquis la propriété ou ont obtenu leurs titres légalement pour s’y établir”. La magistrate déclare encore que “les indigènes se trouvaient en situation de pénurie et de non-assistance et en raison du lien qu’ils entretiennent avec la terre qu’ils considèrent comme la leur, ont mis leur vie en jeu comme rempart pour défendre leur culture”.
La décision a été reçue avec enthousiasme par les personnes présentes à cette réunion. La Ministre du Secrétariat aux Droits Humains de la Présidence de la République Maria do Rosário, qui présidait la rencontre, a déclaré que l’étape suivante serait le processus d’études pour la démarcation des terres indigènes : “ces personnes ont entrepris une lutte avec l’appui de toute l’ethnie guarani kaiowá et de tous les guaranis et des communautés indigènes du Brésil”.
Solano Pires, dirigeant guarani kaiowá du campement Puelyto Kue, s’exprimant en langue guarani, a dit sa joie à la suite de la décision de justice et a réaffirmé le droit ancestral des indigènes sur ces territoires. “Cette terre sacrée est la nôtre. Mon aïeul et mon bisaïeul y sont enterrés".
La juge a également révoqué l’amende journalière de 500 reales contre la Funai pour refus d’observer la décision d’expulser les indigènes. La Funai a soutenu devant le tribunal qu’elle “n’exerce pas la tutelle de la communauté indigène, ni ne possède d’influence sur leur culture, ni sur leur mode de vie et ne peut donc être tenue pour responsable de la réoccupation des terres en conflit”.
Cecilia Mell a également déclaré que la Funai doit adopter "toutes les mesures pour intensifier et mener à terme le processus administratif de démarcation des terres”. Elle a également autorisé d’autres organismes de l’État à accéder au campement pour apporter une assistance aux indigènes.
Pendant la réunion, José Eduardo Cardozo a annoncé qu’il avait déjà pris diverses mesures pour garantir de meilleures conditions de vie pour les indigènes. Il a souligné le renforcement des effectifs de la Police Fédérale pour assurer la sécurité du campement et a demandé que la Funai accélère le processus de démarcation.
Le ministre affirme que dans 30 jours sera présenté le rapport définitif concernant la zone revendiquée par les indigènes. “Nous allons l’approuver dans trente jours. Il ne manque que l’aspect cadastral”.
Malgré cela le ministre reconnaît que le processus de démarcation des terres indigènes doit encore prendre du temps. “C’est une question extrêmement conflictuelle. Nous avons des décisions de justice qui interrompent ce processus. Il est difficile d’estimer le délai qui mène à l’étape suivante”, a-t-il souligné.
Traduction du portugais : Thierry Deronne
URL de cet article : http://mouvementsansterre.wordpress.com/2012/11/01/la-justice-bresilienne-suspend-lordre-dexpulser-les-indigenes-guaranis-kaiowas/
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DIAL 3202
Juan Nicastro
samedi 7 juillet 2012, mis en ligne par Dial
La question de la souveraineté alimentaire est réapparue avec force sur le devant de la scène internationale avec les problèmes causés par la production à grande échelle d’agrocarburants [1]. La prise de conscience des effets destructeurs sur la planète d’une agriculture intensive ayant massivement recours aux engrais chimiques et aux pesticides a aussi conduit à une réflexion critique sur les pratiques agricoles et à des tentatives pour mettre en place d’autres modèles de production. Ce texte de Juan Nicastro [2] publié le 12 juin sur le site de Noticias Aliadas présente une série d’initiatives allant dans ce sens.
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Mouvements et organisations populaires engagent des actions pour faire évoluer les habitudes alimentaires.
Les formes de possession de la terre ou de l’eau, les cadres juridiques, la pression des nouvelles technologies promues par les multinationales agricoles, le niveau de compétence des mouvements populaires en matière d’agriculture et d’écologie, le degré d’autonomie dans l’approvisionnement en semences et en intrants agricoles, le changement climatique, la consommation alimentaire des grandes villes, l’approvisionnement et la distribution des produits, les réseaux de commercialisation, le niveau de mobilisation de la société contre les produits transgéniques, autant d’indicateurs qui, déterminants ou favorables, évoluent souvent dans un sens positif et révèlent une amélioration de la souveraineté alimentaire.
La réalité étant ce qu’elle est en Amérique latine, et au vu des effets des dictatures et de la vague néolibérale dans les années 1990, on constate que parvenir à la souveraineté alimentaire constitue une transformation sociale complexe qui ne se réduit pas à des questions de production agricole. C’est un processus qui conduit à encourager ou accompagner de profonds changements dans les formes d’alimentation, d’organisation entre les êtres humains et de relation avec la terre. Si le concept a gagné en publicité, pour de grands secteurs – surtout en milieu urbain –, la souveraineté alimentaire demeure un problème de paysans. À la lecture des intentions initiales, la tâche apparaît d’autant plus complexe.
Nous allons voir ci-après quelques exemples, des situations qui se répètent en divers endroits du continent et qui illustrent plusieurs de ces défis.
À Córdoba, ville du centre de l’Argentine, est apparu un nouveau groupe de défenseurs de la souveraineté alimentaire, le Mouvement des agriculteurs urbains. Pour ce dernier, un changement s’impose dans les villes. Matías Sánchez, un de ses membres, explique à Noticias Aliadas que, « face au plat de nourriture que nous allons manger en ville, il faut reconnaître qu’il présente trois défauts graves : premièrement, le prix ; c’est un produit cher, fruit de spéculations mondiales plus que d’une vraie relation avec la production. Deuxièmement, ce plat n’a pas de vraie saveur, le choix repose sur des valeurs esthétiques ou publicitaires, il dépend de l’emplacement dans les rayons des supermarchés, et non des qualités nutritives. Et troisièmement, il est empoisonné, vicié par des produits chimiques d’un bout à l’autre du processus de transformation, de fabrication, d’approvisionnement, de conservation et d’emballage. En plus de revenir à une alimentation saine et accessible, nous voulons être des consommateurs responsables et, ensuite, des producteurs. Il est nécessaire que les citoyens réagissent. »
Au Paraguay, la communauté El Triunfo, dans l’ouest du pays, est un exemple des 36 occupations de terres – représentant 7 000 hectares au total – réalisées par l’Association des agriculteurs du Haut Paraná (ASAGRAPA) vers 1989. El Triunfo dispose de 900 hectares qui sont la propriété collective de la communauté depuis 2002. Une partie de cette terre est réservée à un usage collectif – elle abrite deux écoles, un centre de formation et un hangar – et le reste est réservé à un usage privé. Il y a quelques années, les paysans se consacraient à la culture intensive du soja. Aujourd’hui, ils cultivent haricots, riz, maïs, manioc et toute sorte de légumes verts et plantes maraîchères. Chaque paysan détient entre sept et dix hectares, qu’il utilise pour sa propre consommation, pour des productions traditionnelles ou pour produire des légumes qu’il commercialise ensuite à la foire régionale de Ciudad del Este, capitale du département du Haut Paraná sur la frontière avec l’Argentine et le Brésil, afin de se procurer ce qu’il ne produit pas dans ses champs (huile, sel, outils, médicaments, etc.). D’une monoculture destinée à l’exportation, les paysans sont passés à une diversité de cultures ; ils ont délaissé les produits chimiques toxiques et ils apprennent des techniques de culture durable pour bonifier les sols et produire des aliments biologiques. D’une certaine façon, ils reprennent tout depuis le début et, lentement, les terres redeviennent extrêmement fertiles. Mais actuellement tout l’enjeu est de dépasser ce stade : il s’agit de consolider les communautés, d’engager des discussions sur de nouveaux modèles de communauté paysanne, de sensibilisation politique et d’organisation communautaire, pour développer les projets associatifs et communautaires. Dans cet esprit, les paysans considèrent que la propriété collective des moyens de production (terre, outillage, machines, camions pour écouler la production) leur garantit que, en dépit d’un usage privé de la terre, il ne se créera pas de différence au sein de la communauté.
Dans le nord de l’Argentine, le Mouvement paysan de Santiago del Estero (MOCASE) a apporté la preuve de la relation entre la formation et les autres maillons de la chaîne qui conduit à la souveraineté alimentaire, en produisant de nouvelles propositions pédagogiques et de formation qui répondent aux besoins des jeunes paysans indiens et renforcent leurs capacités de leadership dans les communautés. Dans son centre situé à Quimilí, dans la province septentrionale de Santiago del Estero, l’École d’agriculture biologique accomplit depuis 2006 de belles avancées, école pensée dans le cadre d’un processus participatif auquel on a associé les centrales paysannes du MOCASE et du Mouvement national paysan indien (MNCI) pour encourager l’agriculture locale durable, consolider la production familiale et communautaire, promouvoir les échanges entre les jeunes du mouvement, développer les technologies et les sciences qui réduisent les incidences environnementales, élaborer des méthodes éducatives qui établissent une correspondance entre la production d’aliments biologiques et les marchés locaux, et valoriser l’art et le métier d’agriculteur en en soulignant les attraits.
Ángel Strappazón, dirigeant du MOCASE, a informé Noticias Aliadas que « le MNCI continue d’aller de l’avant, avec le lancement de l’Université paysanne qui œuvrera au niveau national à la formation de jeunes paysans, Indiens et travailleurs ruraux et urbains » et qui offrira des programmes dans les domaines de l’agriculture biologique, de la promotion de la santé communautaire, de la communication populaire, de l’enseignement agricole, et de la défense des droits humains à l’échelle territoriale. « Cette université préparera à la carrière d’ingénieur en agriculture biologique. Nous insistons sur la formation stratégique de jeunes, de cadres politiques, mais guidés par la possibilité d’appliquer un nouveau paradigme politique, celui de la souveraineté alimentaire, qui constitue indéniablement un des axes d’une nouvelle ère de civilisation, fondée sur la protection de la biodiversité, une production suffisante pour résoudre le problème de la faim, et l’écologie. Il s’agit de façonner un sujet politique nouveau. »
Le Venezuela est, avec la Bolivie et l’Équateur, un des pays où la dynamique politique a fini par modifier les lois pour donner des conditions favorables à l’agriculture biologique. La Loi pour des pratiques agricoles intégrales saines dispose que « en vue de la transformation du modèle économique et social de la Nation, l’exécutif, par le biais de ses organes et services compétents, défendra l’agriculture biologique comme base scientifique de l’agriculture tropicale durable, à l’intérieur du système de production du pays, avec l’élaboration et l’exécution des projets nécessaires pour encourager et stimuler le processus de production d’aliments biologiquement de bonne qualité, en quantités suffisantes pour nourrir la population, et promouvoir l’enseignement et l’apprentissage de pratiques agricoles écologiques ».
Dans le même ordre d’idée, un accord passé avec Cuba a permis l’installation de 17 laboratoires de production d’engrais et d’agents de lutte biologiques pour une gestion écologique des systèmes de production agricole de l’Institut national pour des pratiques agricoles intégrales saines. Le laboratoire Cipriano Castro, par exemple, dans l’État occidental du Táchira, produit des intrants qu’il fournit gratuitement aux petits producteurs et réalise des enquêtes participatives dans les mêmes unités de production pour améliorer la qualité des intrants et vérifier le travail des producteurs qui adoptent cette technologie.

Mobilisation de l’unité productive "Filhos de Sepé" dans le cadre de la lutte pour la réforme agraire au Brésil.
Au Brésil, depuis 1999, la colonie Filhos de Sepé, qui appartient au Mouvement des travailleurs ruraux sans terre (MST), occupe 6 000 hectares à quelque 40 kilomètres de la ville de Porto Alegre, à l’extrême sud du pays. Elle rassemble 700 familles qui pratiquent une nouvelle forme de campement : des unités de 15 à 20 familles sont créées, dont les parcelles sont disposées en triangles qui convergent vers un « centre » de manière à ce que les habitations restent proches les unes des autres (pour les besoins des tâches collectives) mais que chaque paysan occupe la parcelle qui lui revient.
Les gens de Filhos de Sepé ont observé que non seulement la culture biologique de riz est rentable mais aussi que le rendement par hectare est exactement deux fois plus élevé qu’avec des produits toxiques. Ils ont renoué avec l’ancienne tradition consistant à utiliser des canards pour préparer la terre avant de la cultiver. « Les canards mangent toutes les herbes et nettoient le terrain beaucoup mieux que n’importe quel poison chimique, en plus de l’enrichir avec leurs excréments. Nous laissons pendant des mois les canards sur la terre pour qu’ils la préparent. Ensuite, au moment de semer le riz, nous les retirons puis nous les vendons ou les mangeons », a raconté Huli Zang, du MST, au cours d’un entretien avec le journaliste uruguayen Raúl Zibechi publié en 2006 par l’Agence latino-américaine d’information (ALAI) [3]. Mais se pose aujourd’hui le problème de la certification car ceux qui en sont chargés sont liés aux entreprises qui commercialisent des produits transgéniques. « La destruction des barbelés du domaine a été moins difficile que la lutte contre les moyens technologiques employés par les transnationales », déclarait Zang. La colonie Filhos de Sepé fête ses 14 années de travail sans produits toxiques.
Toute l’Amérique latine connaît une intensification du rejet des produits transgéniques, fréquemment sous la forme d’actions coordonnées entre divers mouvements sociaux. Cette union des forces du refus débouche sur une action coordonnée en faveur de nouvelles lois protectrices, de réseaux de commerce équitable, d’une production agricole biologique, d’une bonne santé communautaire, d’une éducation populaire, entre autres, ce qui accroît l’efficacité de la chaîne de production. Témoin le développement des réseaux de commerce équitable, où des personnes qui ont commencé en tant que militants « politiques » consomment et/ou produisent aujourd’hui des produits biologiques, ou soutiennent de différentes manières les circuits de distribution de produits respectueux de l’environnement.
Ces quelques exemples ne visent pas à passer sous silence des questions clés comme le fait que la souveraineté alimentaire sera impossible sans souveraineté sur le territoire, le débat sur le modèle agroalimentaire mondial et ses multinationales, la gravité du changement climatique ou l’accaparement de l’eau, entre autres. Mais il faut aussi considérer que, face à l’intensité de la crise mondiale, l’intérêt pour ces expériences concrètes participe de ce que le sociologue portugais Boaventura de Sousa Santos suggère lorsqu’il déclare que « la réalité est la somme de tout ce qui existe et de tout ce qui surgit en elle comme possibilités nouvelles et comme luttes pour sa concrétisation ».
Dial – Diffusion de l’information sur l’Amérique latine – D 3202.
Traduction de Gilles Renaud pour Dial.
Source (espagnol) : Noticias Aliadas, 12 juin 2012.
En cas de reproduction, mentionner au moins l’auteur, le traducteur, la source française (Dial - http://enligne.dial-infos.org) et l’adresse internet de l’article.
Notes
[1] Voir DIAL 3079 – « PAYS DU SUD – Le scandale des agrocarburants » et DIAL 3190 – « BRÉSIL – La Conférence Rio+20 va relancer la polémique sur les agrocarburants.
[2] Voir, du même auteur, DIAL 3108 – « ARGENTINE – « La production alimentaire doit être locale » : entretien avec Claudia Giaccone ».
[3] Voir DIAL 2901 – « BRÉSIL – Pour les paysans sans terre, l’acquisition de terres n’est qu’une étape de la lutte ».
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Reportage photographique quotidien : http://www.flickr.com/photos/cupuladospovos/
Actualités, photos et vidéos sur www.viacampesina.org (Rio de Janeiro, le 14 juin 2012) Près de 3000 paysannes et paysans du mouvement international La Via Campesina, parmi lesquels le Mouvement des Travailleurs Sans Terre (www.mst.org.br), se mobilisent à Rio pour dire NON à la marchandisation de la vie et de la nature lors du Sommet des Peuples en faveur des biens communs et pour la justice sociale et environnementale. Le Sommet des Peuples est un espace de discussion, de débat et d’élaboration de propositions alternatives de la société civile mondiale et des mouvements sociaux. La Via Campesina a participé de manière active à sa construction afin de dénoncer les fausses solutions modèle économique qui ayant échoué, se pare maintenant de l’appellation « économie verte ». Durant les mobilisations de Rio, La Via Campesina defendra l’agriculture paysanne durable comme étant une véritable solution aux crises mondiales climatique et environnementale. La délégation de La Via Campesina participera à plusieurs assemblées plénières et à la mobilisation mondiale qui aura lieu le 20 juin à Rio de Janeiro à l’intersection de l’Avenida Rio Branco et de l’Avenida Presidente Vargas. Le mouvement paysan a participé de manière active à la préparation du Sommet des Peuples qui aura lieu parallèlement à la Conférence des Nations unies sur le développement durable (Rio+20). Cette conférence marque le 20e anniversaire de la Conférence des Nations unies sur l’environnement et le développement (Rio 92). L’espace politique le plus important du Sommet des Peuples sera l’Assemblée Permanente des Peuples. Elle s’organisera autour de trois axes : - la dénonciation des causes structurelles de la pauvreté mondiale et de la crise environnementale ainsi que la dénonciation des nouvelles formes de reproduction du capital ; - les solutions réelles et les nouveaux cadres conceptuels ; - les priorités, les campagnes de sensibilisation et de mobilisation de la lutte anticapitaliste à la suite de Rio+20. La Via Campesina est un mouvement international qui réunit près de 200 millions de paysannes et paysans, petits et moyens producteurs, sans terre, travailleurs ruraux et populations autochtones du monde entier, femmes et jeunes du monde rural. Le mouvement prône l’agriculture paysanne de petite échelle et durable comme moyen de promotion de la justice sociale et de la dignité. Il réunit plus de 150 organisations de près de 70 pays d’Afrique, d’Asie, d’Europe et des Amériques. Document de positionnement de Via Campesina pour Rio Si vous souhaitez interviewer des paysannes et des paysans de différents continents merci de nous demander notre liste des porte-paroles de La Via Campesina à Rio. *CONTACTS PRESSE* Luiz Felipe Albuquerque +55 (21) 6951-0341 Maria Mello +55 (61) 8239 5569 *AGENDA :* 17 juin toute la journée : 5 réunions plénières à l’approche de l’Assemblée des Peuples. Sujets abordés : Droits de l’homme et Justice ; Biens communs ; Souveraineté alimentaire ; Extractionnisme ; Autres cadres conceptuels 18 juin : Journée de Mobilisation des Femmes 18 juin : Journée de Mobilisation contre les sociétés 18 juin, matin : Activités autogérées/discussions et mobilisation 18 juin, après-midi : 5 réunions plénières avant l’Assemblée des Peuples 19 juin, matin : Activités autogérées/discussions et mobilisation 19 juin, après-midi : Assemblée des Peuples ? Causes structurelles et fausses solutions 20 juin : Mobilisation mondiale ? Sommet des Peuples pour la justice sociale et environnementale, contre la marchandisation de la vie et en faveur des biens communs (manifestation à Rio de Janeiro au croisement entre l’Avenida Rio Branco et l’Avenida Presidente Vargas) Visite de Vila Autódromo Marche dans le centre de Rio de Janeiro 21 JUIN : JOURNEE DE MOBILISATION DE LA VIA CAMPESINA 21 juin, après-midi : Assemblée des Peuples ? Nos solutions 22 juin, matin : Assemblée des Peuples ? Priorités des luttes et des campagnes menées par les Peuples 22 juin, après-midi : Acte culturel de clôture 23 juin : Evaluation
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Des militants du Mouvement des travailleurs Sans Terre (Brésil) déversent de la peinture rouge devant le siège de Vale à Rio de Janeiro, le 18 avril, pour protester contre les dommages environnementaux causés par l’entreprise.
La société minière Vale se trouve de nouveau sous les projecteurs. Un rapport, "Le non-développement durable de Vale 2012", rendu public le 18 avril à Rio, porte des accusations pour le moins sévères contre l’entreprise brésilienne privatisée en 1997. Selon l’organisation Articulation internationale des victimes de Vale (AIVV), qui regroupe 30 mouvements sociaux au Brésil, en Argentine, au Canada, au Chili et au Mozambique, Vale aurait causé en 2010 des dégâts sur l’équivalent d’une superficie de 741,8 km².
La société est accusée d’avoir émis, la même année, 89 millions de tonnes de dioxyde de carbone et 6 600 tonnes de particules en suspension, soit 29 % de plus par rapport à 2009. L’émission de dioxyde d’azote a été de 110 000 tonnes en 2010, soit 30 % d’augmentation en un an. Et celle du dioxyde de soufre a atteint les 403 000 tonnes, 25 % de plus qu’en 2009. Ce sont des chiffres officiels figurant en bonne place dans le rapport sur le développement durable 2010 de Vale.
Selon Andressa Caldas, responsable de l’ONG Justiça Global, le rapport de l’AIVV répond point par point au rapport de Vale, qui est présente dans le secteur des mines, de l’énergie et de la logistique : "Vale viole les droits humains non seulement au Brésil, mais aussi dans les 37 pays où elle intervient [...]. Au Canada, la tentative de Vale de changer radicalement sa relation avec les travailleurs et les syndicats a provoqué les grèves les plus longues de l’histoire du pays", souligne Andressa Caldas. Elles ont duré onze mois, entre 2009 et 2010, à Sudbury et Port Colborne, dans la province de l’Ontario, au sud-est du pays, et dix-huit mois à Voisey’s Bay, dans la province orientale de Terre-Neuve-et-Labrador.
"La crise mondiale actuelle a été utilisée comme justification pour réduire les salaires, augmenter les journées de travail, licencier en masse, supprimer des acquis sociaux", dénonce le rapport de l’AIVV. En 2012, quatre travailleurs sont morts dans des exploitations minières canadiennes de Vale. La direction de Vale, à Sudbury, a suspendu, le 30 janvier, l’activité de cinq mines après la mort de deux travailleurs ensevelis par un torrent de boue dû à une infiltration d’eau ayant inondé le tunnel où ils opéraient.
L’enquête réalisée par le syndicat United Steelworkers a conclu que Vale avait délibérément ignoré les problèmes d’infiltration, alors que cette zone aurait dû être isolée. "Malheureusement, des travailleurs sont morts. La compagnie était consciente que les conditions de sécurité n’étaient pas suffisantes, mais n’a rien fait pour y remédier. Nous faisons pression sur le gouvernement canadien pour qu’il admette la responsabilité pénale de Vale dans ces accidents", a expliqué le dirigeant du syndicat Myles Sullivan, à Rio.
Le rapport de l’AIVV brocarde par ailleurs l’entreprise brésilienne sur le non-respect des normes environnementales. A Rio, la ThyssenKrupp Companhia Siderúrgica do Atlântico (TKCSA), fruit d’un regroupement entre Vale et ThyssenKrupp Steel, le plus grand producteur d’acier d’Allemagne, possède une usine. A proximité de celle-ci, la population a subi une augmentation de 600 % des particules fines de fer dans l’air [Vale est le premier producteur mondial de ce minerai], selon des chiffres émanant du procureur de la République de l’Etat de Rio, qui avait déjà poursuivi l’entreprise et deux de ses dirigeants pour des faits similaires.
Source : 24.05.2012 | Fabíola Ortiz | ADITAL
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