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"Les Unis de la Bâche Noire ne font pas de la samba-fête mais de la samba-lutte"

Par José Coutinho Júnior

De la Page du MST

"Les Unis de la Bâche Noire" (1), école de samba qui a surgi en 2005 au sein du Mouvement des Travailleurs Sans Terre (MST), a pour objectifs principaux de contribuer à la formation politique de ses membres, de montrer qu’un modèle collectif de samba est possible, comme d’apporter beaucoup de plaisir à travers la samba. Nous avons conversé avec le sociologue et musicien Tiarajú Pablo D´Andrea, du secteur de la culture du MST et membre des "Unis de la Bâche Noire" à propos de la création de cette école, de son fonctionnement et du contrepoids qu’elle constitue face au carnaval commercialisé.

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- José Coutinho Júnior - Comment s’est créé l’école des "Unis de la Bâche Noire" ?

- Tairaju Pablo D’andrea – Elle a été fondée en 2005 par des militants d’unités productives nées de la lutte pour la terre dans l’État de São Paulo. L’idée principale était la formation et l’insertion de la jeunesse dans les activités du mouvement, tant par le biais de la musique que par la politisation qui peut en naître. São Paulo possède des unités productives dans des zones de transition entre l’urbain et le rural. Beaucoup des producteurs ruraux de ces unités avaient des expériences de vie en périphérie urbaine, où la samba traditionnelle de Bahía, la samba frappée à la paume et les groupes de percussion inspirés de la samba ("batucadas") ont une forte présence.
Par ailleurs une caractéristique de la samba de Sao Paulo est d’avoir été historiquement pratiquée dans l’intérieur de l’état et souvent en milieu rural. Que ce soit dans la campagne ou dans la ville, cette expression culturelle a toujours représenté les classes subalternes, les travailleurs, les pauvres. De sorte que chanter la samba c’est affirmer l’identité de classe, en même temps qu’elle évoque une racine culturelle dans l’histoire sociale et dans l’histoire individuelle. La création d’"Unis de la Bâche noire" a pris en compte tous ces éléments.
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- Qui fait partie de l’école ? 
- La majeure partie de l’école est formée par des membres des unités productives agricoles du grand Sao Paulo. En font également partie des représentants du  Movimento Passe Livre ou du groupe artistique Dolores Boca Aberta, des compagnons de l’usine Flaskô et des travailleurs d’un peu partout, non organisés mais qui ont vu dans les "Unis" un espace de formation, d’amusement et qui se politisent à travers le processus. Les "Unis" font partie du MST, mais rassemble des collectifs et des travailleurs non organisés. Je crois que cette diversité est sa majeure richesse et une des raisons qui insufflent sa vie à ce processus.
- Combien de personnes participent-elles aujourd’hui à l’école ?
- Au total nous avons trente-cinq rythmistes qui jouent des percussions dans la "batucada", et qui sont le noyau du processus. Il y  a aussi des collaborateurs, ceux qui garantissent l’infrastructure, ceux qui travaillent avec les enfants, entre autres fonctions. Nous pouvons dire que le processus engage environ soixante personnes.
- Pourquoi les "unis" se considèrent-ils comme une école de samba et non comme un groupe de carnaval, par exemple ? 
- À l’origine, une école de samba est un local où on enseigne la samba. Telle est l’acception la plus originale du terme. Avec le temps, cette définition a changé et signifie un local de luxe, avec beaucoup d’argent et de professionalisation. Peut-être cette acception est-elle hégémonique aujourd’hui. Pour s’identifier comme quelque chose de plus spontané, de pauvre et dont l’objectif est le pur et simple amusement, plusieurs groupes du carnaval se dénomment "blocs", souvent par opposition à cette idée d’école de samba.
Les "Unis de la Bâche noire" veulent contester ce concept. C’est pourquoi elle s’appelle école de samba : parce qu’elle fait une formation sur la samba, tant musicalement que théoriquement. D’autre part, c’est une école parce qu’elle pense et réalise une formation politique, une formation artistique et une formation humaine. Tels sont ses présupposés.
- Comment les Unis font-ils la critique sociale à travers le carnaval ?
- Historiquement, le carnaval est un moment de renversement de l’ordre. Penser la possibilité de la différence est déjà quelque chose de provocateur pour tout ordre établi. Au carnaval les gens occupent la rue en chantant, joyeusement.
Dans un pays comme le Brésil avec une histoire esclavocrate, dictatoriale et ségrégationniste, occuper les rues est une transgression et l’être joyeux est une transgression. Donc nous avons déjà les éléments d’inversion de l’ordre et de provocation. Cependant le caractère spontanéiste qui consiste à descendre dans la rue sans organicité, ne configure pas à lui seul une possibilité de transformer les structures. Comment élaborer une critique au moyen de la structure carnavalesque sans tuer le caractère ludique propre au carnaval ?
Les "Unis" s’attaquent à la question et tentent d’allier deux choses. Si nous retournons au chansonnier de la "samba-enredo", il est clair que toutes les thématiques ont déjà été abordées par les écoles de  samba. Il y a des chansons conservatrices, de droite, commercialisées, etc. C’est clair. Mais quand on examine l’histoire de ce genre on voit qu’elle a été forgée par les sambas critiques, les sambas de célébration et parfois même romantiques. Telle est la matrice des "Unis de la bâche noire" et nos sambas le reflètent aussi.
D’autres matrices musicales évidentes des "Unis de la bâche noire" sont la samba rurale de Sao Paulo, d’une plus grande force rythmique et de manière surprenante, le rap, dont l’influence provient du succès qu’il a dans la jeunesse des unités productives et par la forme directe d’énoncer une critique qui a trouvé dans l’école une terrain fertile d’expression. C’est pour ces raisons entre autres que les "Unis" ont un jour déclaré qu’ils ne font pas de la samba-fête mais de la samba-lutte. En d’autres termes la samba n’est pas un simple passe-temps ou un objet de contemplation destiné à la consommation artistique de la bourgeoisie, mais, pour les "unis", un engagement. C’est un amusement qui vise l’émancipation humaine, la politisation et le renforcement des relations inter-personnelles.
Ce qui ne veut pas dire que les "Unis" soient contre les groupes de carnaval, les satires, les marches musicales etc… Bien au contraire les "Unis" appuient toutes ces expressions. Cependant, par le fait de s’organiser au sein d’un mouvement social, par les caractéristiques militantes de ses participants, par les conditionnements historiques et à travers certaines écoles conscientes, nous avons préféré développer une position de lutte et tel est notre présupposé. Ce qui n’empêche pas la joie et le bonheur.
- Comment l’école se prépare-t-elle pour le carnaval ?
- Dans les écoles de samba traditionnelles, le thème est choisi par une direction du carnaval et souvent sous l’influence des exigences des sponsors. La coordination du carnaval élabore un synopsis distribué aux compositeurs qui créent leurs chansons ("sambas-enredos") à partir des informations fournies. La "samba-enredo" du défilé est choisie au sein de l’école de samba à travers des èpreuves éliminatoires, où plusieurs sambas concourent de manière interne jusqu’à ce qu’émerge un vainqueur à travers le vote des jurés choisis par l’école.
C’est avec le thème choisi qu’ont lieu des répétitions jusqu’au carnaval. Beaucoup de ceux qui participent au jour le jour dans ces écoles n’apprennent pas la totalité du processus du défilé, ni la création artistique qui s’y reflète. Ce processus d’aliénation est plus aigu dans les cas de ceux qui veulent seulement s’amuser le jour du carnaval et vont à l’école pour acheter leur déguisement. Il n’existe aucune connaissance du processus, qui est totalement aliéné par les grands compagnies qui défilent au sein d’une école de samba.
Les "Unis" ont observé ce processus et ont décidé de faire autrement. Les trois présupposés formatifs sont : la formation politique, la formation musicale et la formation poétique. Les trois formations s’imbriquent durant tout le processus qui commence entre les mois de septembre et de novembre et va jusqu’au carnaval.
Le thème est choisi à travers des débats au sein du collectif, qui sélectionne un élément parmi les lignes politiques du Mouvement des Sans Terre. Le thème choisi, on pense à de possibles conseillers qui pourront mener des discussions avec le collectif et avec toute personne qui souhaite participer, sur le thème choisi. Ce sont les formations politiques.
Il se peut que les  participants du collectif prennent note des parties les plus importantes des paroles du conseiller. Ces notes peuvent être reprises sous une forme versifiée ou en prose. Pour que ces notes acquièrent une richesse poétique, on organise – de manière concomitante avec ces formations  politiques – des débats avec des paroliers de "samba-enredo", où sont discutés les thèmes, la métrique, les rimes, les contenus et d’autres éléments de poésie. C’est la formation poétique.
Au terme des formations, on discute collectivement de quels vers seront utilisés. Finalement un collectif plus réduit, composé de musiciens mais pas seulement, apporte la dernière touche musicale, mélodique, poétique et harmonique à l’oeuvre. Et voilà notre "samba-enredo" prête : sans auteur, car tous ont participé à sa fabrication.
Après cette préparation de la chanson de la "samba-enredo", on passe aux répétitions avec les percusssions (batucada). Divers arrangements de percussion sont pensés selon le matériel mélodique et poétique qu’offre la "samba-enredo". On invente des temps d’arrêts, des déclamations, des pas, tout cet univers délicieux que peuvent offrir les percussions d’une "batucada" dans une école de samba. C’est la formation musicale.  Tout ce processus vise à garantir que celui qui participe au défilé intègre le concept de ce qui est chanté, montré et joué. On cherche, en d’autres mots, à en finir avec l’aliénation du membre de l’école de samba.
- Pourquoi les "Unis" ne participent pas aux concours ou aux tournois des écoles de samba ?
- Quel serait le sens d’entrer dans un tournoi d’école de samba ? Recevoir de l’argent public ? S’inscrire dans une compétition ? Injecter au sein de l’école de samba les valeurs productivistes basés sur l’efficacité et le productivité, avec l’objectif de dépasser l’école concurrente, qui fait la même samba que ton école ? Ce n’est pas l’objectif des "Unis". Notre principe n’est pas la compétition, mais la coopération.
Les "Unis" sont une des principales articulations d’un mouvement naissant et prometteur d’organisations qui parient sur un carnaval populaire, de lutte et contre-hégémonique.
De ce processus font partie le "Cordão Carnavalesco Boca de Serebesqué", le "Bloco Unidos da Madrugada", le "Bloco Saci do Bixiga" et le "Bloco da Abolição". Tous ensemble ils se sont dénominés “batucada du peuple brésilien”.
Chacun possède une spécificité, une manière de faire et de penser le carnaval. Les uns plus satiriques, les autres plus bohèmes, d’autres radicalement critiques, mais tous ont dans la tête un carnaval qui accompagne les luttes populaires. Ceci dit, plus il y aura de batucadas au Brésil, mieux ce sera. Ce seront plus de personnes voulant découvrir le monde la samba, creusant dans l’histoire et dans la tradition de lutte de notre peuple, menant le combat idéologique contre les formes pasteurisées de production artistique et largement disséminées par l’industrie culturelle. Donc pourquoi devrions-nous mettre en compétition toutes ces "batucadas" ?
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- Est-il possible de penser l’art, dans le cas de la samba, comme une forme de lutte politique ?
- Dans toute son histoire, l’école des "Unis de la bâche noire" s’est composée de sambistes-militants ou de militants-sambistes, comme on voudra les appeler. Ce sont des personnes disposées à faire un saut de politisation par-delà l’expression de résistance que la samba représente déjà en soi. En découle une autre maxime des "Unis de la Bâche Noire" : "la lutte fait la samba, la samba fait la lutte".
Une "batucada" est un excellent instrument pour les actions politiques telles que les manifestations ou les occupations. Depuis toujours, chanter et faire collectivement de la musique font partie des rituels guerriers et préparent l’âme et le coeur aux actions. C’est une mystique qui élève le moral des troupes, en plus de mener la lutte idéologique et de proposer de nouvelles formes esthétiques.
Organiser une "batucada", en soi, c’est organiser le peuple. La "batucada" possède des éléments internes et organisationnels qui s’entrelacent avec une dynamique propre d’organisation du mouvement social.
Pour que trente-cinq personnes jouent ensemble des instruments de percussion, il est nécessaire d’établir une relation entre individu et totalité. L’individu est responsable de son instrument. Lui seul joue, lui seul exécute et cela implique une particularité. Mais cette subjectivité doit prendre en compte le collectif, et jouer en prenant en compte ce que font les autres instrumentistes, pour que la masse sonore adopte un sens en commun.
Si chacun joue son instrument sans se préoccuper des autres, nous pouvons produire quelque chose de très bruyant mais nous n’aurons pas de batucada. Cette organisation à l’origine musicale possède d’évidents présupposés politiques.
- Quelle discussion a-t-elle lieu au sein des "Unis" à propos du carnaval commercialisé ?
- Les "Unis" ne veulent pas renforcer l’esthétique bourgeoise dominante. Penser un carnaval en termes de luxe et de richesse serait travailler gratuitement pour l’ennemi. Dans une bonne mesure les écoles de samba actuelles reproduisent ces modèles, et les "Unis" s’opposent à la commercialisation, à la privatisation, à la financiarisation et à l’industrialisation du carnaval.
Cela dit, une école de samba est quelque chose de bien plus complexe que ce qu’on pourrait supposer.
De nombreux secteurs progressistes de la société font une critique bête et pleine de préjugés des écoles de samba, avec des phrases telles que : "La commercialisation, ça ne marche pas !" Et certes, les grandes écoles de samba se sont commercialisées. Mais à l’intérieur des écoles de samba, se nouent des processus très intéressants et variés que cette critique préconçue ne veut pas voir.
Il existe des communautés actives, des personnes qui se forment avec des valeurs déterminées, la défense d’une ancestralité africaine, l’affirmation de la samba, tout cela offre un spectacle artistique d’un très haut degré de création, et chaque année surgissent des sambas porteuses d’une critique sociale intelligente qui peut servir de matériel d’agitation et de propagande pour n’importe quelle organisation politique. Ce sont ces enseignements qui s’acquièrent dans les écoles de samba.
Aux "Unis" nous entretenons une relation de profond respect et d’admiration pour toutes les écoles de samba, ces véritables patrimoines de la culture brésilienne, mais nous ne sommes pas d’accord avec la direction que prennent les défilés aujourd’hui.
Note : La "bâche noire" évoque les toits de plastique sous lesquels des dizaines de milliers de travailleurs ruraux ont vécu ou vivent encore au fil des occupations de terre dans un Brésil où la réforme agraire est pratiquement arrêtée malgré l’arrivée au pouvoir de Dilma Roussef.
Traduction du portugais : Thierry Deronne
Photos : Mouvement des Travailleurs Sans Terre et Thierry Deronne.
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La vie dans l’Unité productive Terra Vista racontée en vidéo par les habitants
5 décembre 2012
De la Page du MST
Les producteurs de l’Unité Productive ("Assentamento") Terra Vista, de la municipalité d’Arataca, Bahia, se souviennent de l’exploitation et de l’occupation de la grande propriété en 1992.Dans ce territoire improductif et dégradé, l’union de tous les efforts unis a permis de créer une zone de production de cacao de haut qualité, avec reforestation et sans recours aux agro-toxiques.

Mais la principale production de Terra Vista est la connaissance qui s’acquiert en réunissant les savoirs des producteurs ruraux, l’éducation technique, à la formation des citoyens de demain.

Cette vidéo a été produite pendant la formation de l’Équipe de Collaborateurs  de Communication de la Ière Journée d’Agro-écologie de l’État de Bahia.

Source : http://www.mst.org.br/Confira-a-historia-do-Assentamento-Terra-Vista-contada-pelos-proprios-assentados

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URL de cet article : http://mouvementsansterre.wordpress.com/2012/12/06/la-vie-dans-lunite-productive-terra-vista-racontee-en-video-par-les-habitants/

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Le Collectif de Culture des Sans Terre et la Compañia do Latao mettent en scène une pièce de Boal
14 novembre 2012


Par Ramiro Olivier
De la Page du MST

Le Théâtre SESC Pompéia a présenté une importante pièce théâtrale sur l’histoire de l’Amérique Latine ce 13 novembre 2012. A cette mise en scène de Sérgio de Carvalho, “Révolution de l’Amérique du Sud”, écrite à l’origine par le dramaturge Augusto Boal dans les années 60, ont pris part le groupe de théâtre de Sao Paulo « Compañia do Latão » et le Collectif de Culture du Mouvement des Travailleurs Sans Terre, en plus d’invités spéciaux comme João Pedro Stedile et Nelson Xavier.

Le spectacle raconte l’histoire du prolétariat et l’espoir d’une révolution socialiste au Brésil, au cours de la période du coup d’État militaire de 1964. Avec ses “touches” de comédie et de drame l’inteprétation rend vie à toute une littérature politique, avec ses scènes de famine, misère, travail esclave, parmi les différentes formes d’oppression qui étaient vécues par les ouvriers dans les années 60. 

Le Mouvement des Sans Terre, avec son collectif de culture, participe au spectacle de manière particulière, notamment dans la personne de João Pedro Stedile, faux Ange déguisé en bonne personne mais qui dans la réalité représente les grandes corporations mondiales engrangeant des royalties sur les produits consommés par les travailleurs.

Sous la houlette du curateur et metteur en scène Sérgio de Carvalho et de la psychanalyste Cecília Boal, veuve d’Augusto, ce cycle “Le Pompéia raconte Boal” a pour but de mettre à jour les idées et les concepts formulés par le dramaturge. "Plus que rendre hommage, l’objectif est de faire du travail de Boal un outil pour les artistes d’aujourd’hui" explique  Carvalho pour qui "les rencontres ont aussi été conçues en pensant à rapprocher différentes générations".

Pendant le cycle qui court jusqu’au 13 décembre 2012, les oeuvres les plus marquantes sont abordées, ainsi que  certaines découvertes récentes dans les archives de l’artiste, aujourd’hui conservées par l’Université Fédérale de Rio de Janeiro (UFRJ). Après avoir risqué de quitter le pays la collection Boal  aujourd’hui archivée à Rio de Janeiro, est en cours de classement et sera soumise sous peu à des opérations de digitalisation et d’organisation.

Reconnu internationalement, Augusto Boal occupe une place unique dans le théâtre national. En 1960, il a révolutionné la scène à la tête du  Teatro de Arena. Il a transformé les traits de notre dramaturgie et a conçu une méthodologie de travail connue comme Théâtre de l’Opprimé, qui parcourt encore le monde entier. Pour tout cela ce metteur en scène et théoricien mérite tous les honneurs et tous les hommages.

Source : http://www.mst.org.br/Coletivo-de-cultura-do-MST-e-Cia-do-Latao-encenam-peca-de-Boal

Traduction du portugais : Thierry Deronne

URL de cet article : http://mouvementsansterre.wordpress.com/2012/11/22/le-collectif-de-culture-des-sans-terre-et-la-compania-do-latao-mettent-en-scene-une-piece-de-boal/

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Journées des Enfants Sans Terre au Brésil

Au mois d’octobre est commémorée la Journée des enfants au Brésil.

La date officielle remonte aux années 20 (décret nº 4.867 du 5 novembre 1924), mais c’est en 1960 que cette célébration est devenue populaire, lorsque l’usine de jouets Estrella, conjoitement avec Johnson & Johnson, lança une campagne pour augmenter ses ventes : la semaine du "bébé robuste".

Depuis lors l’enfant est une "cible-clef" pour la consommation. Le marché cherche à manipuler ses désirs pour promouvoir des ventes de toute sorte.

Le Mouvement des Travailleurs Sans Terre a fait du mois d’octobre une référence de la lutte des Enfants Sans Terre.

Depuis 1994, nous cherchons à développer les Rencontres des petits Sans terre dans les états où nous sommes organisés. Ces rencontres sont des moments remplis de mystique pour toute l’organisation, car les enfants s’y engagent des préparatifs jusqu’à la réalisation.

C’est un espace dans lequel les enfants apportent leur envie de lutter, de jouer, d’apprendre et de revendiquer.
Cette année seront réalisés des rencontres dans les états et dans les régions, réunissant des enfants dans tout le Brésil.

 

 

Voir plus de photos de la rencontre dans l’État du Ceará 

 

 

Source : http://www.mst.org.br/content/jornada-sem-terrinha-2012

Traduction du portugais : Thierry Deronne

URL de cet article : http://mouvementsansterre.wordpress.com/2012/10/15/journees-des-enfants-sans-terre-au-bresil/

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Les enfants de l’École Itinérante font des recherches sur les semences autochtones (Paraná)

De la Page du MST

Les étudiants de l’École Itinérante Maria Aparecida R. Franciosi, localisée dans la pré-unité de production Eli Vive, district de Lerroville, à Londrina (État de Paraná) ont presenté les résultats de leur recherche sur les semences autochtones qu’ils ont menée localement.

La recherche qui a pris un peu plus d’um mois, a été planifiée et exécutée par près de 400 participants depuis l’enseignement infantile à l’enseignement moyen et par leurs professeurs, soucieux de recenser tout ce que les familles produisent, ou cessent de produire, ou stockent en matière de semences autochtones.

“Tous nos étudiants ont participé, chaque classe a assumé la responsabilité d’étudier un type de semences en particulier comme le maïs, le café, le riz, le haricot ou la pastèque. En plus de cela ces groupes doivent offrir un exposé et produire un type de nourriture avec le type de semences étudié”, explique Maria Antonia Assis, une des coordinatrices de l’école.

Selon Igor Denadai, éducateur, le travail développé a deux grands objectifs : recenser les semences autochtones et rapprocher l’école de la communauté.

“Ce travail resserre les liens car nous avons visité les 540 maisons des travailleurs établis dans cette pré-unité productive pour les interroger sur ce qu’ils font avec les semences, depuis le stockage, la production jusqu’à la récolte”. Et Il souligne “un autre aspect très important, c’est que ce travail a permis de recenser aussi le nombre d’habitants qui vivent dans notre secteur. Actuellement nous comptons 1.593 habitants.”

L’étudiante Silvana Nascimento Ribeiro, de huit ans, qui étudie en quatrième année de l’enseignement fondamental, explique que le travail lui a enseigné l’importance de cultiver des semences sans utiliser de produits toxiques. "Ce fut très bien et très important de le dire dans l’exposé sur les semences. J’ai appris que nous ne devons pas utiliser de poison pour cultiver. Avant nous n’avions pas besoin de poison et nous devons continuer ainsi."

Le membre de la coordination de l’École Latino-Américaine d’Agro-écologie (ELAA), José Maria Tardin, explique que cette recherche paraît simple mais constitue um portrait important de la réalité des paysans. “Elle nous montre em détail combien nous prenons possession politiquement et techniquement de notre capacité de produire et d’étudier. La recherche ne peut pas dormir sur une étagère, il faut l’utiliser dans les salles de classe, dans les familles, elle doit être discutée aussi par le secteur de production de l’unité productive Eli Vive et du MST en général. Cette école doit être félicitée pour cette importante initiative” a-t-il conclu.

Source : http://www.mst.org.br/Criancas-de-Escola-Itinerante-pesquisam-sobre-sementes-crioulas-no-PR

Url de cet article : http://mouvementsansterre.wordpress.com/2012/09/29/les-enfants-de-lecole-itinerante-font-des-recherches-sur-les-semences-autochtones-parana/

Traduction du portugais : Thierry Deronne

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Les "Fils du Contestado" en lutte pour la réforme agraire.

20 juillet 2012

Par Pepe Pereira dos Santos,

De la Page du MST 

http://www.mst.org.br/node/13646

Depuis le 7 juin 2012, plus d’une centaine de familles de la municipalité de Timbó Grande, sur le plateau nord de l’État de Santa Catarina, occupent une zone d’environ 110 alqueires (1 alqueire = 4,84 hectares) dont la multinationale Terra Master détient les papiers. Il s’agit d’u dixième d’une aire de plus de 1000 alqueires que la même compagnie a rachetés à la municipalité pour planter du pin.

Timbó Grande compte une population de quasi 8 mille personnes qui dans leur grande majorité travaillent sur les terres d’entrepreneurs du pin ou du bois en général qui exploitent ces terres et la population depuis l’époque de la Guerre du Contestado (1). En échange de nombreuses heures de travail réparties en tours de jusqu’à 24 heures par jour, les habitants et les habitantes de Timbó Grande perçoivent un peu plus de 1 (un) salaire minimum par mois, qui doit garantir le revenu de la famille.

Composées fondamentalement de paysans sans terre descendants des métis qui ont lutté pendant la guerre du Contestado, les familles du campement ont vu des générations entières se faire expulser de leurs terres mais en même temps ont appris la valeur de la résistance, de la lutte et de l’organisation.

De deux réserves de Santa Maria – Timbozinho et Perdizes Grandes – sont nées les bases du campement “Fils du Contestado MST-SC”-. En moins de quarante jours d’occupation nous avons construit de manière collective un centre d’où fonctionnera l’école itinérante de la 1ère à La 5ème année d’enseignement fondamental, selon la méthode pédagogique de l’éducateur  Paulo Freire, reconnu et respecté dans le monde entier. Nous avons aussi commencé l’alphabétisation des jeunes et des adultes et l’école offrira d’autres activités de formation dans le campement.

Parmi les acctions qui ont mobilisé les familles durant la dernière semaine : la construction de viviers pour les unités productives de la région, avec un chauffage construit également de manière collective; des formations sur la santé priorisant le thème des herbes médicinales ; des ateliers sociopolitiques pour mieux comprendre la lutte pour la terre, pour la réforme agraire et pour la transformation de la société. Nous avons conclu ce cycle avec une journée consacrée à la culture, une présentation théâtrale (d’un groupe local) sur la Guerre du Contestado, en plus de films sur les luttes du Mouvement des Sans Terre et des musiques d’accordéonistes et de guitaristes de la région.

Le collectif de jeunesse qui s’organise à l’intérieur du campement participe intensément à toutes ces activités. Comme tout est en mouvement nous nous préparons pour garantir que l’INCRA prenne les mesures pour faire appliquer les décisions de la justice agraire de Santa Catarina et que les familles du campement « Filhos do Contestado » reçoivent définitivement leurs terres vers la fin du mois d’octobre.

Femmes rebelles de la guerre du Contestado

(1) La guerre du Contestado (guerra do Contestado en portugais), de manière générale, fut un conflit armé entre les populations métisses et les représentants du pouvoir brésilien, entre octobre 1912 et août 1916. Ce conflit eut lieu dans une région aux confins des États brésiliens du Paraná et de Santa Catarina et de l’Argentine, riche en bois et en yerba maté. La guerre du Contestado tire ses origines de conflits sociaux latents, fruit des doléances des populations locales de caboclos, notamment vis-à-vis de la régularisation de la propriété de la terre.

Traduction: Thierry Deronne

Source:  http://www.mst.org.br/node/13646

URL de cet article: http://mouvementsansterre.wordpress.com/2012/07/25/les-fils-du-contestado-en-lutte-pour-la-reforme-agraire/

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Un militant du MST entre à l’Académie des Lettres du Sud et du Sud-Est de l’État du Pará

Par José Coutinho Júnior. De la Page du MST, www.mst.org.br, 29 juin2012. 

Charles Trocante, poète et militant du Mouvement des Sans Terre de l’État du Pará, entre à l’Académie des Lettres du Sud et Sud-est de l’État du Para (ALSSP) ce samedi 30 juin 2012. Dans ces poèmes ce militant dénonce les fléaux du latifundio (grande propriété terrienne) et de l’agrobusiness dans la région.

Pour Ademir Braz, membre de l’ALSSP, “contrairement au lutteur de  Drummond, cependant, il n’affronte pas les vocables, Il ne tente pas de les séduire pour trouver sa propre subsistance en un jour de vie. Il les cultive, en vérité, pour étancher la soif de justice d’un peuple et d’une terre profondément spoliées par la voracité du latifundio et des grandes corporations”.

Charles travaille sur des thèmes liés à la vie des travailleurs comme leur exploitation par les grandes entreprises:

Dure est La frontière
Et je ne suis pas fier du nickel et de son affliction

Il n’est pas à la mode 
De travailler jusqu’à ce que la force soit un baume
Anthuriums
Veillées

La foi spontanément 
Obéit à la foi
Est risible toute invention ou l’été 
a été blessé

Je navigue 
Un échafaudage de nuit a été vu
La fosse 
Ouverte de la nature 
A dormi avec moi toute l’aube

Tout ce que je dis 
Est provisoire !

La souffrance du peuple à cause des maladies causées par l’extraction des minéraux par l’entreprise Vale de Rio Doce dans la région:

Quand je me laisse seul
sans cheval dans le pays étirant l’invisible, 
De poteau en poteau
Je devine le détachement  
La fièvre cachée poursuivant l’abdomen du temps

C’est une grippe!  
Et son imprévisibilité est inconvenante

Dans la gorge
D’autres crachats se forment

J’appelle à une danse sans fin
                                 à la rationalité

Mais elle tire en rafale
Et agite un pacte étrange
Intime.

Tout ce que j’ai vécu m’habite
Et je ne maigris pas un instant
Si tu veux vivre
Fais une armée pour le quotidien 
J’ai calciné le calcul 
Et les lieux.

La fatigue 
Est la même qui s’assied à l’étal du marché
Un costume de choses âpres.

La cérémonie aura lieu dans l’école Irmã Teodora, Liberdade, Marabá (PA), à 17h. Charles occupera la chaire nº16, et aura comme parrain l’écrivain de l’État du Para Dalcídio Jurandir (1909-1979), romancier qui a fait exister l’Amazonie dans la littérature du Brésil, en plus d’évoquer le prolétariat brésilien dans ses oeuvres.

Traduction: Thierry Deronne

Source:  http://www.mst.org.br/Militante-do-MST-sera-empossado-na-Academia-de-Letras-Sul-e-Sudeste-Paraense

URL de cet article: http://mouvementsansterre.wordpress.com/2012/06/30/un-militant-du-mst-entre-a-lacademie-des-lettres-du-sud-et-du-sud-est-de-letat-du-para/

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"L’éducation doit être construite avec la participation active des ruraux"

Par Mayrá Lima

De la page internet du MST, www.mst.org.br

Le gouvernement fédéral a lancé la semaine dernière le "Programme National d’Education Rurale" (Pronacampo). Selon le gouvernement, 1,8 million de reais seront investis pour apporter un soutien technique et financier aux Etats, au District Fédéral et aux municipalités pour la mise en œuvre de la politique d’éducation rurale.

Parmi les actions prévues dans ce programme, figurent la construction de trois mille écoles, l’installation de moyens informatiques sur vingt mille unités et l’acquisition de huit mille autocars, deux mille bateaux à moteur, et 180 000 vélos.

En outre, le gouvernement entend mettre en place un enseignement complet dans dix mille écoles rurales et communautaires.

Le Ministère de l’Education (MEC) confirme également que 23,18 % de la population rurale de plus de 15 ans est analphabète et que 50,9% ne termine pas le cycle élémentaire. En parallèle, la situation des écoles rurales n’est pas des plus encourageantes: pour 76 000 écoles, on compte 6,2 millions d’élèves inscrits et 342 800 professeurs, parmi lesquels seuls 182 500 ont fait des études supérieures.

La majorité des écoles ont des infrastructures précaires: pas d’électricité, pas de bibliothèque, et beaucoup n’ont pas non plus l’eau courante et connaissent peu de demandes d’inscription de la part des élèves.

"Nos revendications et notre campagne contre la fermeture des écoles et notre lutte pour la création de plus d’unités d’enseignement en milieu rural commencent à faire effet sur le gouvernement", dit Vanderlúcia Simplício, du secteur Education du MST, sur la page internet du MST.

En août 2011, la journée de lutte de la Via Campesina (Jornada de Lutas da Via Campesina) a dénoncé la fermeture des écoles en milieu rural. Des marches et des occupations ont eu pour objectif de réclamer à l’Etat des politiques d’éducation pour la campagne.

"Nous avons des données officielles indiquant qu’au cours des 10 dernières années, 37 765 écoles ont été fermées à la campagne. Les étudiants, transférés dans les écoles urbaines, dépendent du transport scolaire, qui souvent est de très mauvaise qualité. Nous avons soumis ces questions au MEC dans le cadre de la campagne "Fermer les écoles est un crime’", dit Vanderlúcia.

Interview.


Mayrá Lima – Pendant la journée de lutte, en août 2011, l’éducation rurale et la fermeture des écoles rurales ont été la cible des protestations. Pensez-vous que le Pronacampo a été une réponse à cette mobilisation?

 Vanderlúcia Simplício - Dès que la présidente Dilma (Roussef) a pris ses fonctions, nous avons présenté nos réclamations, et avons demandé à ce que la présidente puisse prolonger et renforcer les initiatives du gouvernement Lula; nous avons proposé d’interrompre la fermeture des écoles à la campagne, de mettre en place le Programme National d’Alphabétisation des Jeunes et des Adultes (Programa Nacional de Alfabetização de Jovens e Adultos),  le Programme National de formation des Enseignants (Programa Nacional de Formação de Educadores),  en renforcement du programme National d’Education de la Réforme Agraire (Programa Nacional de Educação na Reforma Agrária – Pronera), les initiatives de la Licence en Education Rurale (Licenciatura em Educação no Campo), en créant un Programme national de formation d’éducateurs ruraux; nous avons proposé la création de lois interdisant la fermeture des écoles rurales, et améliorant les infrastructures des écoles qui demeurent en milieu rural.

Pendant la Journée d’août, nous avons présenté une demande de construction de 350 écoles pour les unités de production agricole issues de la Réforme Agraire et pour les communautés des mouvements sociaux qui composent la Via Campesina.

M.L. – Quelles avancées peut-on constater?

V. S. – Nos revendications et notre campagne contre la fermeture des écoles, et la lutte pour la création de plus d’unités d’enseignement en milieu rural commencent à faire effet sur le gouvernement, si l’on considère le lancement de Pronacampo.

Le ministre de l’Education, Aloizio Mercadante, a souligné que l’un des objectifs les plus urgents est l’élaboration d’une loi conjointement avec les Conseils d’Education municipaux et des Etats, et en dialogue avec la société civile, en vue d’empêcher la fermeture des écoles rurales. Il a également insisté sur la priorité à la construction et à la rénovation des écoles, en plus de l’investissement pour l’accroissement des cursus de formation des éducateurs ruraux, qui est aussi une revendication des mouvement sociaux ruraux.

Notre grande préoccupation est l’offre de formation des éducateurs. La proposition du gouvernement fédéral est de réaliser toute cette formation via l’Université Ouverte du Brésil (UAB). Nous refusons que le processus de formation soit fait uniquement à distance, avec pour seule préoccupation de remplir partiellement les objectifs du gouvernement. La formation à distance ne doit intervenir qu’en de rares exceptions.

M. L. – Comment analysez-vous l’insertion du Pronacampo dans l’ensemble des autres politiques publiques déjà instaurées dans le cadre de l’éducation rurale?

V. S. – Pendant le gouvernement Lula, nous avons obtenu les directives d’éducation rurale, la création du Conseil National d’Education Rurale (CONEC) et la signature du Décret de l’Education rurale, qui a, entre autres, mis en place le Programme National de l’éducation pour la réforme agraire (Pronera) en tant que politique publique.

Nous restons préoccupés et attentifs, car nous ne savons pas quelles mesures seront prises par le Pronacampo pour réaliser les demandes d’éducation et les projets de terrain pour lesquels luttent les mouvements sociaux, comme ceux qui impliquent le Pronera et les Licences en Education Rurale. L’éducation doit être construite avec la participation active des ruraux et, dans sa mise en œuvre, à partir de leurs représentations via les mouvements sociaux.

M.L. – Face à ce qui a été lancé, quels sont les principaux défis déjà identifiés par ces mouvements sociaux?

V. S. -Pour son bon fonctionnement, le Pronacampo devra réussir à s’articuler avec d’autres secteurs au sein du MEC, et, en-dehors, avec les autres ministères qui pourraient également répondre aux attentes des unités de production agricole, pour garantir une véritable politique publique d’Education rurale. Ce  du MST, programme réaffirme que l’Education rurale est l’un de nos droits et un devoir de l’Etat.

Source (en portugais) : http://www.mst.org.br/e-preciso-uma-educacao-construida-com-o-protagonismo-dos-sujeitos-do-campo

Traduction de Zoé Macêdo pour www.mouvementsansterre.wordpress.com

Pour soutenir concrètement le MST dans sa lutte, on peut écrire à Lucas Tinti, prointer@mst.org.br

Pour une information continue en français sur les activités du MST :http://mouvementsansterre.wordpress.com/

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La "Maison de lecture" de la Réforme Agraire reçoit un prix dans l’État de Rio Grande do Sul.

Par Vanessa Ramos
De la Page du MST

C’est lentement et sûrement que la simple lecture d’un livre ou d’un conte a transformé la vie des enfants de l’Unité Productive « Filhos de Sepé » (État de Rio Grande do Sul).

Le projet “Le conte dans l’unité de production Filhos de Sepé”, développé par la Faculté de Lettres de l’Université Fédérale de l’État de Rio Grande do Sul (UFRGS) a permis aux  enfants des sans terre d’entrer en contact avec la littérature brésilienne et en espagnol dans un milieu historiquenent limité dans son accès à l’information comme l’est le milieu rural.

Pour la coordinatrice du projet, la professeur Graciela Quijano, “le conte dans l’unité de production de Sepé” est une expérience concrète de développement d’une relation culturelle créatrice et diversifiée en milieu rural, au sein d’une unité de production du Mouvenent des Sans Terre.

“Le grand objectif est de faire en sorte que la lecture, la recherche de nouveaux apprentissages et une plus grande jouissance des biens culturels deviennent un élément de la vie quotidienne de l’unité de production” explique-t-elle.

Ce projet qui existe depuis 14 ans a déjà valu la reconnaissance professionnelle à Graciela Quijano, qui a reçu le prix “Machado de Assis” de l’Académie Brésilienne des Lettres ; et le Prix “Viva Leitura” des ministères de l’Éducation et de la Culture.

En avril 2012, le projet a également reçu la mention “Amis du Livre” lors d’un hommage réalisé par la Chambre du Livre de l’État de Rio Grande do Sul.

Après avoir débuté par des activités de narration d’histoires en portugais et en espagnol pour les enfants, le travail s’est étendu à l’ensemble de la communauté des producteurs agricoles et à toutes les tranches d’âges. Près de huit élèves du cours d’extension de l’Institut des Lettres de l’UFRGS ont participé au projet initial.

Graciela raconte comment les activités du projet ont commencé dans l’Unité Productive du 13 mai, à Charqueadas, dans l’intérieur de l’État de Rio Grande do Sul. Mais la continuité du travail a souffert de la distance. Entretemps, pour ne pas l’interrompre, le travail a été redirigé vers l’unité productive qui se trouve à l’entrée de Cocão, dans la municipalité de Viamão, également située dans l’état de Rio Grande do Sul.

 La littérature au campement

A cette époque un grand nombre d’enfants vivait sur un lopin de terre très réduit, insalubre, au relief abrupt, sans canalisation d’eau ni électricité. Malgré cela, parmi les baraques couvertes de bâches noires, il y en avait une consacrée à la bibliothèque, avec l’indication des heures d’ouverture.

Dans deux autres baraques fonctionnaient une salle de classe, une école itinérante. “Ce fut dans ce local sans grandes ressources matérielles mais grâce à un profond engagement pour l’éducation que notre groupe d’étudiants en lettres, de lecteurs et conteurs d’histoires, s’est consolidé comme projet proprement dit, et donne encore des fruits aujourd’hui”, se souvient la coordinatrice.

En 1999, à quelques kilomètres de l’UFRGS, à Àguas Claras, autre municipalité de Viamão à 30 km de Porto Alegre, les travailleurs ruraux ont conquis une terrain de 9 mille hectares, qui a donné naissance à l’unité productive de « Filhos de Sepé ». C’est là où le projet a déménagé.

Pendant trois ans, les activités du projet d’extension ont été développées dans cette unité agricole où vivent environ 500 familles, réparties dans quatre secteurs. “Nous avons visité les différents secteurs et nous sommes restés dans chacun d’eux pour y mener des activités de stimulation à la lecture avec les enfants, durant près de huit mois” raconte  Graciela.

Ces activités se sont déroulées les samedis matins dans des hangars, des chapelles, des baraques ou tout simplement sous les arbres, c’est-à-dire dans des espaces informels transformés en lieux de culture associée au loisir.

"La présence spontanée des enfants et des jeunes, poursuit Graciela, a toujours favorisé la création d’une ambiance de fortes implication et participation, et d’une relation harmonieuse entre les conteurs d’histoires, les promoteurs de l’activité ludique et les enfants des producteurs agricoles."

Actuellement le projet a donné naissance à la bibliothèque «Maison de Lecture», un espace ou se développent toutes sortes d’activités culturelles et qui intéressent les familles de l’unité agricole. La Maison possède pour l’heure plus de mille livres de toute catégorie et offre plusieurs ateliers dont la photographie, la cuisine, le théâtre, le recyclage de ferraille et la capoeira.

Pour Graciela, Il existe aujourd’hui de nombreux “latifundios” (grandes propriétés terriennes, NdT) à briser et à redistribuer comme le latifundio du savoir, de la culture et des arts. “Tous ensemble nous devons  contribuer à la poursuite de la construction d’un si bel espace, construit avec autant d’amour et de tendresse, et qui servira certainenemt d’exemple pour d’autres unités productives et d’autres campements dans tout le Brésil” confie-t-elle.

Source : http://www.mst.org.br/content/casa-de-leitura-da-reforma-agraria-e-premiada-no-rio-grande-do-sul

Traduction : Thierry Deronne, pour www.mouvementsansterre.wordpress.com

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L´école rurale : l´autre lutte du Mouvement des Travailleurs Sans Terre au Brésil

Dans la matinée du lundi 16 janvier le Mouvement des Travailleurs Sans Terre (MST) a occupé une préfecture de plus dans l’état de Bahia. Cette fois, ce fut dans la municipalité de Itamaraju. C´est la 15 ème municipalité  occupée en signe de protestation et pour exiger une meilleure éducation et de meilleures conditions pour les écoles rurales.

Evanildo Costa, membre de la direction du MST de cet État,  explique que l’occupation est une manière pour le Mouvement des sans Terre de rappeler aux fonctionnaires leurs obligations. "Nous ne pouvons pas permettre que les classes commencent dans les mêmes conditions que l’année dernière, c´est pourquoi nous avons décidé de mener ces occupations en janvier dans les préfectures où nous éprouvons des difficultés pour faire avancer ces dossiers».

Cette opération d´occupations de préfectures a commencé le 10 Janvier. On en compte déjà quinze à ce jour. Le mouvement envisage de mener davantage d’occupations en  janvier. Ces actions peuvent toucher plus de 25 municipalités et mobiliseront en tout plus de 5000 travailleurs du Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre (MST).

Quel est l´enjeu profond de cette lutte ?

Selon un rapport de l’INEP (Institut national d’études et de recherches pédagogiques Anísio Teixeira) appartenant au ministère de l’Éducation (MEC), 37.776 écoles rurales ont été fermées dans les 10 dernières années au Brésil.

Pour le professeur de l´Université fédérale du Pará (UFPA) Salomão Hage (photo) interviewé par Mayra Lima du MST, la garantie constitutionnelle du droit à l’éducation a été remplacée par la logique de la rentabilité.

Salomão Hage

«Les politiques publiques d’éducation, depuis quelque temps, suivent la formule coûts-bénéfices, dans une perspective néo-libérale. Les fonctionnaires publics sont poussés à fournir de plus en plus de résultats avec de moins en moins de financement . Or comment pouvez-vous offrir plus de services, offrir une meilleure qualité, dans un pays caractérisé par le déni de droits fondamentaux et oú les investissements sont en chute libre ?"

Pour le professeur Salomão Hage, la politique publique des « pôles de développement en zone urbaine » est utilisée pour justifier la fermeture des écoles dans les zones rurales. «Le gouvernement considère que si vous êtes dispersés sur tout le territoire et dans les zones rurales, il vaut mieux vous rassembler, pour dépenser moins. Ainsi commence l’élaboration de politiques qui ne sont pas la nucléation, mais la polarisation ».

Pour Hage, "cette politique viole le Statut des Enfants et Adolescents (CEA), qui prévoit la prise en charge des élèves dans leurs propres communautés.  Lorsque l’école est présente, il y a un mouvement de l’enfance à l’adolescence. L’école est un espace de réunion, d`activités culturelles communautaires, de discussion collective. Les communautés rurales se répartissent géographiquement selon les demandes et les besoins que les gens ont de survivre, le besoin de travail, la relation établie avec la terre, avec l’eau, depuis des siècles. Une gestion publique orientée par cette question du « coût-bénéfice » va à l’encontre des exigences et des besoins du processus de développement durable, territorial.

"Cet « urbano-centrisme » rencontre en partie l´acceptation de la société, car l´État peut démontrer que, grâce à l´apport du transport scolaire, il peut satisfaire toute la demande à tous les niveaux. Mais c’est parce que la ville est considérée comme le lieu du développement, et qu´on considère naturel ce mouvement des personnes qui se déplacent de la campagne vers la ville.

"La fermeture des écoles est une attentat contre les communautés rurales sous couvert d´améliorer et d´étendre la scolarisation. Sauf qu’il n´y a pas de place pour tout le monde dans la ville. La population urbaine ne bénéficie pas des promesses de développement de l´urbanocentrisme. Qui vit bien dans la ville ? Qui y trouve un emploi valable ? La grande majorité vit très mal, pire que les personnes vivant à la campagne.

"Ces dernières années, ont été fermées plus de 30 000 écoles. Si nous n’ouvrons pas les yeux, ce nombre augmentera. C’est un combat qui doit unir tous les secteurs. Nous nous battons pour le « Plan national d’éducation ». Ce qui nous unifie, ce sont les critères de qualité de l’éducation, la nécessité d’un financement adéquat, la valorisation et la formation de l’éducation. Nous revendiquons l´octroi de 10% du PIB (produit intérieur brut) à l’éducation, afin de développer un système d´écoles dans la ville et en zone rurale.

"Il y a aussi des demandes spécifiques: seuls 30% de la petite enfance en milieu rural bénéficient de l´éducation, selon les chiffres du MEC. Avec l’amendement constitutionnel  59, nous avons obtenu qu´en 2016 l’école soit obligatoire de quatre à 17 ans. Comment prendre en charge les enfants les plus jeunes, dont les mères travaillent en zone rurale ? Si la logique est d’investir dans le transport et les voyages, comme ferons-nous avec les enfants de zéro à cinq ans?

"Le discours sur la « dispersion » est une manière méprisante de traiter la territorialisation des populations rurales, qui se sont organisées en fonction de leurs besoins et des relations qu’elles nouent avec la forêt, la terre, avec l’eau. "

Mayra Lima (MST) - Quelle est votre évaluation des politiques publiques pour l’éducation rurale au niveau national, pour les 10 dernières années?

Salomão Hage - Depuis la fin des années 90, plus précisément avec la mise en œuvre des conférences sur l’éducation nationale en zone rurale, avec la création et le renforcement d’une coordination nationale qui combine la participation des mouvements sociaux, des universités et des secteurs gouvernementaux axés sur la question de la l’agriculture familiale et la réforme agraire, nous avons fait d’importants progrès dans la manière de penser la campagne brésilienne : dans sa diversité, dans ses besoins et ses demandes, dans le cadre de la lutte politique pour un autre projet de société.

M. L. – Quels ont été les avancées de ce processus?

La force de ce mouvement a été capable de faire en sorte que Le MEC crée au sein du Secrétariat de l’Éducation, Alphabétisation Continuée et de la Diversité et de l’Inclusion (SECADI), une Coordination pour l’éducation en zone rurale.
A partir de là, certains programmes ont été créés – comme ProJovem rural, ou Savoirs de la Terre, et même la Licence complète de Procampo - École active (qui n´a pas bénéficié d´une discussion plus systématique avec tous les mouvements) – ce qui a commencé à faire bouger les choses au sein de la formation de l’ enseignant et dans la formation de la pratique éducative à tous les niveaux d’âge.

En outre il y a eu des progrès dans le Programme National de l’éducation pour la réforme agraire (PRONERA), créé lors de la discussion entre le Ministère du développement agraire et l’INCRA.

Le rôle de ce mouvement est de montrer que les sujets qui vivent en milieu rural sont aussi des sujets de droit et que les politiques publiques doivent répondre à leurs besoins. Nous vivons une de prise de conscience de la nécessité de prendre en charge et de rencontrer les spécificités du sujet rural. S´est renforcée l´idée que le milieu rural doit contribuer à ce projet de développement. Et que sans lui, le développement peut perdre sa signification.

M. L. -Quelle a été la réaction face à cette participation accrue des mouvements sociaux ?

S.H. – Ce processus a mis mal à l´aise ceux qui ont une vision différente pour le milieu rural et pour la société brésilienne. Alors que les mouvements sociaux renforcent les modes de production familiaux en zone rurale et les luttes paysannes pour la réforme agraire, le secteur agro-alimentaire vit de son côté une forte expansion avec un financement important, ce qui entre en conflit avec le développement du mouvement social.

Cette insatisfaction a été construite historiquement :  la population rurale serait « attardée » et tout projet d´agriculture familiale est vu comme un projet d´ « affamés » qui ne peut en rien contribuer au développement.

La conception du mode de production familial se présente comme une alternative viable pour le développement, fondée sur la durabilité, la solidarité économique et les principes de l’éducation critique et transformatrice. Ces luttes pour l´hégémonie commencent à s´exprimer dans les attaques qui viennent des médias, des grandes entreprises et, essentiellement, des institutions qui, bien que publiques, sont portées par une vision de privatisatrice,  patrimonialiste.

M.L. – Plus on avance, plus ces secteurs réagissent ?

S. H. – C’est ce que nous avons vécu le plus intensément sous les  gouvernements de Lula et de Dilma. Sous le gouvernement de Lula, nous avons pu avancer dans le dialogue entre les mouvements sociaux, les universités et le secteur public, pour faire des propositions, des programmes, pour formuler une législation qui permette de reconnaître l’autre projet, l’autre intentionnalité.
Ces projets promus durant le gouvernement Lula se sont développés  jusqu’à ce que, par suite de ces réactions, ils ont vu leur continuité menacée. sauf le programme PRONERA qui a été fixé par décret, et qui est donc devenu politique publique.

D’autres programmes, comme PROCAMPO, sont menacés d’être remplacés par PRONACAMPO. Ce nouveau programme se construit sans le dialogue avec les mouvements sociaux et avec les universités.

M.L. – En quoi l’éducation contribue à cette lutte de modèles de société ?

S.H. – L’éducation a réussi à encourager la relation entre les mouvements sociaux, les universités, les secteurs du gouvernement plus proches de cet autre projet de société et de l’éducation, basé sur la relation directe entre l’éducation et le travail, entre l’éducation et le développement, sur la formulation d’un autre projet de société.

Dans la mesure où elle se renforce et se présente comme une proposition viable qui répond aux besoins de la majorité, les blocs hégémoniques – ceux qui suivent une autre perspective d´exclusion, élitiste et discriminatoire – réagsent et font tout pour délégitimer le projet.

M.L. – Les résultats obtenus sont-ils suffisants ?

Ce déni des droits, non seulement pour les habitants des zones rurales, mais aussi pour la population vivant dans la périphérie des grandes villes, pour les classes populaires de la société brésilienne, est historique. Elle remonte à cinq siècles au moins. Dix, douze ou vingt ans de lutte populaire ne suffiraient pas à rendre au cadre éducatif une dimension capable de vaincre les niveaux de pauvreté de la société, qui se concentrent dans le milieu rural.
La précarisation remonte à la naissance du Brésil en tant que nation, mais la lutte a été renforcée avec cette nouvelle articulation. La  réaction est la criminalisation des mouvements sociaux, qu´on accuse de recevoir de l’argent provenant d’organismes gouvernementaux afin de renforcer leurs organisations.

M.L. -Et ce manque de dialogue et de participation des mouvements sociaux dans la construction de nouvelles politiques, que pourrait-il signifier pour l’éducation?

S.H. – L’absence de dialogue peut signifier la rupture de la continuité des programmes élaborés à la suite de cette articulation entre mouvements sociaux et gouvernement. Cela pourrait signifier la mise à l´écart du MEC, de la SECADI et de la coordination elle-même de l´éducation en milieu rural. Dans la mesure oú sont élaborés de nouveaux programmes et de nouvelles directives sans dialogue avec les mouvements sociaux et les universités, cette mise à l´écart tendra à se renforcer. Avec pour conséquence un programme qui ne réponde pas aux besoins et exigences de la population.

Sources:

1. – Page du MST http://www.mst.org.br/MST-ocupa-prefeitura-de-Itamaraju-na-Bahia-em-Jornada-estadual-pela-educacao%20

2. – Entrevue de Salomao Hage par Mayra Lima du MST, http://www.mst.org.br/Fechamento-de-escolas-e-atentado-as-comunidades-rurais-afirma-educador-salomao-hage

Traduction française : Thierry Deronne

Pour soutenir le MST, on peut écrire à Salete Carollo, prointer@mst.org.br

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