Classé dans : Histoire, Lutte, Occupation de grandes propriétés et mise en production, Organisation, réforme agraire, répression de l´Etat, violations des droits humains par l'agrobusiness
Nous présentons le documentaire réalisé par les étudiants diplômés du Cours d’Éducation Rurale de l’Université Fédérale de Paraíba (UFPB), consacré à l’unité productive Zumbi dos Palmares, municipalité de Mari, État de Paraíba. Le récit porte sur la lutte pour la terre, quelques unes des conquêtes de cette communauté agricole et un peu de l’histoire de l’école de Zumbi dos Palmares.
Réalisation:
Leidson F. Martins – Éducation Rurale /UFPB
Kamila Karine dos S. Wanderley – Éducation Rurale/UFPB
Camila dos Santos Rocha – Éducation Rurale /UFPB
Rivamberg Virgulino – Éducation Rurale/UFPB
Nous publions également le reportage vidéo produit par la FASFI Brésil, qui veut alerter l’opinion sur le droit à la terre, au logement et à une vie digne, du point de vue des enfants qui grandissent dans une zone marquée par les conflits de la réforme agraire, à Felisburgo (Minas Gerais). Il s’agit de l’unité productive "Terre Promise" (Terra Prometida) où s’est produit le Massacre de Felisburgo.
Sources : http://www.mst.org.br/Documentario-narra-a-historia-do-assentamento-Zumbi-dos-Palmares-na-Paraiba et http://www.mst.org.br/node/13985
URL de cet article : http://mouvementsansterre.wordpress.com/2012/10/19/videos-documentaire-sur-lhistoire-de-lunite-de-production-zumbi-dos-palmares-paraiba-et-reportage-sur-la-lutte-de-lunite-terra-prometida-minas-gerais/
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Classé dans : Éducation populaire et développement de la culture, Création artistique, Histoire, Lutte, Occupation de grandes propriétés et mise en production, Organisation, réforme agraire
20 juillet 2012
Par Pepe Pereira dos Santos,
De la Page du MST
http://www.mst.org.br/node/13646
Depuis le 7 juin 2012, plus d’une centaine de familles de la municipalité de Timbó Grande, sur le plateau nord de l’État de Santa Catarina, occupent une zone d’environ 110 alqueires (1 alqueire = 4,84 hectares) dont la multinationale Terra Master détient les papiers. Il s’agit d’u dixième d’une aire de plus de 1000 alqueires que la même compagnie a rachetés à la municipalité pour planter du pin.
Timbó Grande compte une population de quasi 8 mille personnes qui dans leur grande majorité travaillent sur les terres d’entrepreneurs du pin ou du bois en général qui exploitent ces terres et la population depuis l’époque de la Guerre du Contestado (1). En échange de nombreuses heures de travail réparties en tours de jusqu’à 24 heures par jour, les habitants et les habitantes de Timbó Grande perçoivent un peu plus de 1 (un) salaire minimum par mois, qui doit garantir le revenu de la famille.
Composées fondamentalement de paysans sans terre descendants des métis qui ont lutté pendant la guerre du Contestado, les familles du campement ont vu des générations entières se faire expulser de leurs terres mais en même temps ont appris la valeur de la résistance, de la lutte et de l’organisation.
De deux réserves de Santa Maria – Timbozinho et Perdizes Grandes – sont nées les bases du campement “Fils du Contestado MST-SC”-. En moins de quarante jours d’occupation nous avons construit de manière collective un centre d’où fonctionnera l’école itinérante de la 1ère à La 5ème année d’enseignement fondamental, selon la méthode pédagogique de l’éducateur Paulo Freire, reconnu et respecté dans le monde entier. Nous avons aussi commencé l’alphabétisation des jeunes et des adultes et l’école offrira d’autres activités de formation dans le campement.
Parmi les acctions qui ont mobilisé les familles durant la dernière semaine : la construction de viviers pour les unités productives de la région, avec un chauffage construit également de manière collective; des formations sur la santé priorisant le thème des herbes médicinales ; des ateliers sociopolitiques pour mieux comprendre la lutte pour la terre, pour la réforme agraire et pour la transformation de la société. Nous avons conclu ce cycle avec une journée consacrée à la culture, une présentation théâtrale (d’un groupe local) sur la Guerre du Contestado, en plus de films sur les luttes du Mouvement des Sans Terre et des musiques d’accordéonistes et de guitaristes de la région.
Le collectif de jeunesse qui s’organise à l’intérieur du campement participe intensément à toutes ces activités. Comme tout est en mouvement nous nous préparons pour garantir que l’INCRA prenne les mesures pour faire appliquer les décisions de la justice agraire de Santa Catarina et que les familles du campement « Filhos do Contestado » reçoivent définitivement leurs terres vers la fin du mois d’octobre.
(1) La guerre du Contestado (guerra do Contestado en portugais), de manière générale, fut un conflit armé entre les populations métisses et les représentants du pouvoir brésilien, entre octobre 1912 et août 1916. Ce conflit eut lieu dans une région aux confins des États brésiliens du Paraná et de Santa Catarina et de l’Argentine, riche en bois et en yerba maté. La guerre du Contestado tire ses origines de conflits sociaux latents, fruit des doléances des populations locales de caboclos, notamment vis-à-vis de la régularisation de la propriété de la terre.
Traduction: Thierry Deronne
Source: http://www.mst.org.br/node/13646
URL de cet article: http://mouvementsansterre.wordpress.com/2012/07/25/les-fils-du-contestado-en-lutte-pour-la-reforme-agraire/
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Classé dans : Agro-écologie, Histoire, Lutte, Occupation de grandes propriétés et mise en production, Organisation, Production, réforme agraire, souveraineté alimentaire, violations des droits humains par l'agrobusiness
Le Mouvement des Sans-terres du Brésil est un des plus grands mouvements paysans du monde.
Issu des luttes paysannes existantes au Brésil depuis le début de la colonisation, le MST lutte pour la récupération de la terre afin de rompre avec la profonde injustice générée par le modèle d’agriculture industrielle et par la concentration des terres qui sont à l’origine de l’insécurité alimentaire du pays.
Dans ce documentaire court métrage, nous entrons dans l’univers d’un campement du MST et des membres du mouvement nous expliquent leur lutte et leur projet de société.
http://documentairesemences.blogspot.com/
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mardi 26 juin 2012, mis en ligne par Dial
Karthala, 2012
collection Signes de temps
ISBN : 978-2-8111-0707-9
344 pages, 29 euros
Préface de Luc Boltanski.
Quatrième de couverture
Le Brésil, un pays immense, grand comme quinze fois la France, compte des exploitations agricoles qui peuvent dépasser les 100 000 hectares. Certaines peuvent reposer sur de faux titres de propriété. À côté d’elles, des milliers de paysans « sans terre » sont chassés de leur lopin par les hommes de main de gros fermiers et sont contraints de migrer dans les favelas (bidonvilles) de famine.
Le Mouvement des Sans Terre (MST) organise ceux qui veulent retrouver leur dignité en « occupant » des morceaux de ces milliers d’hectares souvent laissés en jachère. Ils y créent des « exploitations coopératives » pour nourrir leurs familles, avoir les moyens d’instruire et d’éduquer leurs enfants, c’est-à-dire de reprendre le goût de la vie.
Le livre de Susana Bleil, elle-même brésilienne et aujourd’hui maître de conférences à l’Université du Havre, est la reprise pour un plus large public de sa thèse en sociologie soutenue en mai 2009 à Paris (EHESS). Elle y retrace l’occupation d’une terre par seize familles Sans Terre. Elle en décrit les références lointaines, tant spirituelles (tout un courant de l’Église catholique du Brésil), avec les grandes figures qui l’ont porté – les évêques Pedro Casaldáliga et Helder Câmara, le théologien franciscain Leonardo Boff, le dominicain frei Betto –, que politiques (les méthodes d’analyse marxiste plus que l’adhésion au matérialisme historique) et même pédagogiques (celle de Paulo Freire).
Sur les années 2000 à 2003, elle suit l’évolution de cette communauté humaine organisée en coopérative agricole (COPAVI), qui gagne progressivement la confiance des habitants de la ville voisine, au début hostiles à leur occupation. Elle termine par l’analyse du sens quasi religieux, bien que nettement sécularisé, de la mística, lors de la fête du dixième anniversaire de leur communauté. Il s’agit en effet, à travers la mística, de « faire mémoire » au sens fort du terme, entre eux et avec tous les amis venus les rejoindre à cette occasion, au terme de ces dix ans de galère et finalement de victoire.
Table des matières
Préface de Luc Boltanski, p. 7
Sigles, p. 13
Introduction, p. 15
Le contexte rural des années 1960-1980, p. 16
La singularité du MST et des militants Sans Terre, p. 17
Un assentamento des Sans Terre organisé autour d’une coopérative agricole, p. 20
La méthode de recherche : entre la voix et le regard, p. 22
Un sujet encore méconnu du public français, p. 23
PREMIÈRE PARTIE
Constituer la concentration de la terre en problème public
1. Force et violence des hiérarchies sociales, p. 29
L’affaire Southall : quand l’État aide les riches, p. 31
La rhétorique de la haine, p. 32
Supprimer aux Sans Terre leur humanité : le pouvoir des mots, p. 33
La persistance des antagonismes sociaux, p. 38
Racines du pouvoir et de la violence illimités des propriétaires terriens, p. 41
L’usage de la terre : la riche plantation et la roça misérable, p. 42
L’accès à la terre : un droit réservé aux « hommes bons », p. 43
Vivre dépossédé de soi, p. 46
L’esclavage et son héritage : le « désordre » éthique et moral, p. 47
Rapport du frère dominicain Xavier Plassat, p. 50
Le stigmate du travailleur rural : bête, incapable, paresseux
et analphabète, p. 52
Jeca Tatu : mythe et réalité de la race dégénérée, p. 52
Le choc culturel des colons européens : « Nous ne sommes pas des esclaves ! », p. 57
2. L’engagement de l’Église. Constitution d’un « public politique », p. 61
Sources lointaines, p. 62
La théologie de la libération : un engagement radical, p. 63
Le rôle des intellectuels français dans la constitution de la critique sociale, p. 64
L’engagement motivé par la foi : dévouement sacré et éternel, p. 66
Le concept de « public politique », p. 69
Témoigner de l’intolérable, p. 72
Pedro-Maria Casaldáliga : l’évêque de la liberté, p. 75
Dom Helder Câmara : l’action doit être éthique et morale, p. 81
Leonardo Boff : « Le Christ comme modèle d’action révolutionnaire », p. 87
Frère Betto : l’intellectuel de la mística de l’engagement, p. 89
La genèse d’un public politique par les Communautés de base, p. 92
La pastorale de la terre : méthode d’enquête et dénonciation publique, p. 97
Les martyrs et les assassins sont à la messe, p. 99
La propriété privée mise en question, p. 102
Annexe n° 1
Lettre de dom Pedro Casaldáliga au pape Jean-Paul II, p. 105
Annexe n° 2
Lettre de dom Xavier Maupeou au pape Benoît XVI, p. 115
3. Préhistoire et naissance du Mouvement des Sans Terre, p. 117
L’histoire d’un échec : la réforme agraire, p. 117
L’invention d’une grammaire de classe par le Parti communiste brésilien, p. 120
Les Ligues paysannes : version critique des travailleurs ruraux, p. 123
Les paradoxes politiques de la loi régularisant la propriété foncière, p. 128
Occuper, la croix et la Bible en main, p. 129
Droit à la terre et occupation, p. 131
Rattachement à un courant de l’Église, p. 133
Un événement fondateur du MST : l’encruzilhada Natalino, p. 138
De la lutte collective à un public politique, p. 146
DEUXIÈME PARTIE
L’Assentamento Santa Maria : une communauté politique
4. Quand le terrain construit le chercheur, p. 155
Le choix d’un terrain d’étude, p. 156
Condition d’insertion : « Apprivoisement réciproque », p. 157
Une confiance jamais définitivement acquise, p. 163
5. Constituer la communauté, p. 167
Fondateurs et fondations, p. 167
Le courage des pionniers, p. 167
L’incarnation du leader politique : Solange Czycza, p. 170
Une socialisation politique précoce : Célia de Sousa Soares, p. 173
Du mépris à l’engagement : Terezinha Gonçalves, p. 176
Dureté d’une vie nouvelle, p. 180
Des règles pour faire lien, p. 183
La COPAVI et le MST : une fraternité militante, p. 186
Récit d’occupation de Santa Maria, p. 188
6. L’action militante. Devenir une famille « élargie », p. 195
S’engager dans une deuxième famille, p. 199
Avoir le « collectif dans le sang », p. 204
Accepter d’être formé dans les réunions, p. 205
Manger ensemble : confirmer la communauté au quotidien, p. 208
Étendre la « famille » aux proches, p. 210
Être converti « à la cause », facteur de longévité dans la communauté, p. 214
Le « monde » qui soutient la COPAVI, p. 220
Se faire reconnaître par le village de Paranacity, p. 222
Agir selon des valeurs civiques et morales, p. 222
Le soutien de l’Église des pauvres et de la municipalité de Paranacity, p. 225
Résoudre les conflits internes avec l’aide d’un tiers, p. 226
« La lutte politique est importante… mais pas plus que la famille ! », p. 227
« Entre la règle générale et le bien-être de chaque associé », p. 230
Difficulté à sortir de la logique individualiste, p. 233
TROISIÈME PARTIE
L’utopie au quotidien
7. Une culture politique métissée. Personnalisme chrétien et socialisme, p. 243
Organiser le peuple, valoriser la personne, p. 247
Signes et marqueurs, p. 252
Valoriser la culture populaire, p. 254
Une grammaire affective au fondement de la communauté, p. 257
Faire de l’occupation un acte fondateur, p. 259
Un Che Guevara non violent, p. 261
L’utopie en acte : la coopérative, p. 265
L’œuvre de Paulo Freire : la bible du MST, p. 270
Gestation d’une pensée, p. 271
L’appropriation de la pensée de Paulo Freire par le MST, p. 277
Une école à soi, p. 280
8. L’enchantement par la mística , p. 285
Repères historiques et usages politiques des célébrations, p. 28
Le sens de la mística, p. 289
Une pratique préexistante au MST, p. 301
Une mística ratée : les limites de la participation du sociologue, p. 304
Rendre visible et sensible l’idéal et l’avenir dans le présent de l’action, p. 306
Une mística célèbre une tragédie, p. 309
De la mémoire à l’espoir, p. 310
La mémoire collective, une force pour avancer, p. 310
Le pouvoir d’imaginer un autre monde, p. 313
Conclusion Une communauté militante, p. 317
L’étoffe des cadres, p. 318
L’occupation de terre, un « rite de passage », p. 320
Les épreuves quotidiennes au sein de la COPAVI, p. 322
La régénération de l’engagement politique par la mística, p. 324
Annexe n° 3
Brasilia « ferme la bouche » de l’INCRA, p. 327
Glossaire, p. 329
Cartes, p. 333
Source: http://www.alterinfos.org/spip.php?article5608
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Classé dans : Occupation de grandes propriétés et mise en production, Organisation, Production
Présentation de la COPAVI, son histoire, son organisation démocratique et horizontale, la lutte pour la terre et la réforme agraire au brésil. L’histoire du Mouvement des Sans Terre. Projets de coopération avec Terra Libra pour la remise aux normes de la production de cachaça (rhum) artisanale et biologique.
La COPAVI (Coopérative de producteurs agricoles Victoria) est une coopérative du Mouvement des Sans Terre située à Paranacity, dans l’Etat du Parana, au sud du Brésil.
Née en 1984, le Mouvement des Sans Terre (MST) est considéré aujourd’hui comme le plus grand mouvement social d’Amérique Latine. Depuis près de 30 ans, il lutte pour une réforme agraire et l’occupation de terres non exploitées par des paysans qui en sont privées. Basée sur le slogan « la terre appartient à celui qui la travaille », le MST organise l’occupation de terres et le développement des communautés qui s’y installent.
Créée en 1993, la COPAVI est issue d’une de ces occupations de terres de grandes propriétés foncières non exploitées. Dès le départ, les familles installées décident d’en faire un projet totalement collectif. Aujourd’hui, les membres des 22 familles qui composent la COPAVI sont associés de la coopérative et sont donc tous responsables du bon fonctionnement de celle-ci.
Fidèle à la philosophie du Mouvement, la COPAVI a d’abord comme objectif l’autonomie et l’autosuffisance. Ainsi, outre les dérivés de deux grandes familles de produit, le lait et la canne à sucre, la coopérative a également une production variée de légumes et un cheptel d’élevage destinés à nourrir la communauté.
L’organisation est basée sur un très fort esprit collectif : toutes les décisions importantes concernant la production ou la vie en communauté sont prises collectivement ; les logements sont mis gratuitement à la disposition des familles, certaines productions de la collectivité sont gratuites (légumes, lait, sucre…), d’autres sont réparties équitablement entre tous les membres (viande).
Depuis ses origines, Terra Libra est un partenaire de la COPAVI à travers l’importation de sa cachaça, le rhum brésilien. Terra Libra propose ainsi une cachaça artisanale, naturelle et vieillie en fût de chêne qui rivalise avec les meilleurs rhums, un subtil goût de solidarité en plus…
Si cette cachaça n’a pas de certification biologique officielle, la production de canne à sucre respecte le cahier des charges d’Ecovida, un système de certification associatif et indépendant qui garantit la qualité biologique des petites productions paysannes à la manière de Nature et Progrès en France. Cet organisme de certification ayant fait le choix de ne pas certifier de boissons alcoolisées, la COPAVI réfléchit à faire appel à un organisme de certification par tiers pour faire reconnaître la qualité biologique de leur boisson.
Source : http://www.terralibra.fr/La-COPAVI-Mouvement-des-sans-Terre
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Le Mouvement des Sans Terre (Brésil) : un mouvement qui reconstruit la vie.
mercredi 18 janvier 2012
A l´heure où, comme aujourd´hui, une crise s´abat sur les classes les plus défavorisées, incapables d´offrir une réponse solide pour stopper l´agression contre les droits sociaux et du travail, parler d´un mouvement social comme le MST est comme une bouffée d´air frais, et même si les circonstances diffèrent beaucoup, son exemple d´organisation, de lutte et d´éducation peut servir de source d´inspiration pour toutes et tous ceux qui s´indignent et cherchent de nouvelles voies vers cette société rêvée, plus juste et moins plus égale.

Le fait que depuis 1985(année de la naissance du Mouvement des Travailleurs ruraux Sans Terres, MST), ce mouvement n´a jamais cessé de croître et n´a jamais renoncé à ses principes, au point de devenir une référence au Brésil comme en Amérique Latine, jette une lueur d´espoir dans notre désert plein de rage et d´impuissance.
Avec son slogan : « Occuper, résister, produire », le MST organise les paysans privés de terre pour occuper des zones improductives. Pour cela peuvent se réunir de 300 à 3000 familles, en général des personnes qui vivent dans les quartiers pauvres des grandes villes après avoir été expulsées de la campagne. Sortir de la pauvreté et retourner vivre à la campagne est ce qui pousse ces familles à se regrouper au sein du MST et à commencer le processus d´occupation et de résistance.
Une fois que la zone, le jour et l´heure sont décidés, elles prennent possession collectivement de la terre. L´étape suivante est de la défendre. Parfois surgissent les sicaires. Parfois c´est l´armée. Les paysans n´ont pas d´armes et leur défense est la non-violence et l´abandon temporaire de la terre en cas d´expulsion, généralement violente, pour la réoccuper ensuite. .
Les familles montent les campements et initient le processus de légaliser l´occupation. La Constitution brésilienne reconnaît le droit que les terres improductives soient « susceptibles de Réforme Agraire ». Ainsi l´occupation est une forme de lutte et de pression pour obliger le gouvernement à mettre en pratique le mandat constitutionnel de réaliser la réforme agraire et de faire en sorte que les terres remplissent leur fonction sociale.
Ce processus de légalisation appuyé par une équipe d´avocats du mouvement lui-même, peut durer des mois, parfois des années. Dans 80 % des cas la démarche aboutit mais il y a des campements qui attendent depuis dix ans la fin du processus. Pendant toute cette période sont combinées actions légales, négociations, et mobilisations : marches, occupations d´édifices publics, etc.
Finalement, une fois établie la légalisation de l´occupation, la terre devient propriété de l´État qui la donne en usufruit aux familles qui l´ont occupée. Ainsi naît l´”asentamento”, la construction de maisons et les activités productives. Les personnes qui ont conquis la terre planifient les aspects relatifs à sa répartition, à l´organisation du travail, au lieu de construction des maisons, de l´école, etc.
C´est un processus démocratique, assembléiste, et participatif. La ligne politique du MST est d´impulser et de développer la production de manière collective, mais les décisions appartient aux personnes qui se sont établi(e)s sur les terres.
Une fois cet objectif atteint, le MST continue à chercher de nouvelles terres pour installer de nouveaux groupes de paysan(ne)s. Une partie de la production de ceux qui sont déjà établis permet d´appuyer les nouvelles occupations et l’expérience des uns sert à l’organisation des autres, dans un vaste cercle de solidarité qui permet son expansion.
Depuis le début, le mouvement n’a pas cessé d’occuper des terres, d´organiser la production, de construire des écoles et de former de nouveaux militants. Actuellement quelque deux millions de personnes vivent et travaillent sur les terres occupées et / ou légalisées. On compte des centaines d’associations paysannes et de coopératives de production.
En abril 2010 on comptait près de deux mille écoles dans les campements (« acampamentos ») et dans les unités de production qui en naissent (« asentamentos »). Par l´École Nationale Florestán Fernandes sont passés 16.000 jeunes pour se former politiquement et techniquement. Pendant ce temps quelques 60.000 familles campent dans l´attente de légaliser les terres occupées.
Comment ont-ils obtenu tant avec si peu ? Trois clefs sont à la base du succès du mouvement : la lutte constante, l´organisation comme construction de valeurs nouvelles et la formation comme garantie de continuité.

1. La lutte comme moteur
La lutte constante part de l´idée que la conquête de la terre par un groupe de familles est insuffisante ; la lutte continue avec la réforme agraire et avec une conception nouvelle de la production dans la campagne : sans latifundios, sans monocultures destinées à l´exportation, sans produits agrotoxiques, sans variétés transgéniques. Une agriculture qui permette aux paysans et aux paysannes de vivre dans la campagne et de la campagne, de produire sans détruire la nature, de cultiver pour la consommation interne et de garantir la souveraineté alimentaire pour toute la population. Tout cela implique un changement dans les structures de la propriété et un changement de modèle économique et politique du pays. Un grand changement structurel et de sytème pour atteindre une société plus juste et viable, tel est l´objectif ultime de ce mouvement. « Nous ne voulons pas créer de petites îles fantastiques, nous voulons changer la société » nous disait un jeune dirigeant.
Ainsi, la terre devient lutte et accumulation de pouvoir en trois sens : le premier, c´est la conquête de la terre et la défaite du latifundio ; Impressionnant spectacle que ces kilomètres et kilomètres sans maisons, sans habitants des grandes plantations d´eucalyptus, de maïs transgénique, puis soudain, comme dans une oasis, un campement productif doté de maisons, de jardins, de potagers, de garçonnets et de fillettes, d´animaux, d´écoles, en définitive de vie. Le deuxième sens, c´est d´obliger l´État à légitimer l´organisation et l´occupation des terres par cette quantité énorme de personnes et ainsi d´observer ses propres lois constitutionnelles. Et le troisième sens est qu´en conquérant la terre, l´organisation des Travailleurs Sans Terre devient une référence politique et sociale capable d´influencer l´espace géographique et social autour de ses communautés organisées.
La lutte, en outre, génère des coutumes et des aspects différents qui forgent l´identité de l´organisation. On occupe des terres, on lutte pour des crédits, on éduque les enfants, on enregistre des CDs, on proteste contre les privatisations, on mène des actions solidaires avec d´autres mouvements, on organise des rencontres, on réalise des marches, on édite des livres, et combien d´autres choses…
2. L´organisation comme base de la société future
Par la conquête de la terre, le MST démontre en outre qu´est possible une forme alternative d´organiser la vie : en tant que propriété et communauté. La propriété collective, la production sous forme de coopératives et l´organisation assembléiste de la communauté, permettent au mouvement de se maintenir et de croître. Selon des études de la FAO sur les campements productifs, les paysans bénéficiaires des occupations de terre gagnent trois fois plus qu´avant ; l´analphabétisme disparaît, ainsi que la mortalité infantile et les jeunes qui vivent là disposent d´un débouché, sur la base d´une formation technique, professionnelle et politique.
L´organisation dans les campements, dans les unités productives, dans les écoles et dans les autres structures du MST est une des grandes conquêtes et un levier de changement. Avec l´organisation des campements et le travail volontaire et collectif, est menée une « réforme dans la réforme ».
La vie dans les campements et unités productives reconstruit, réordonne la vie sociale : chaque groupe de dix familles forme un des “Noyaux de base” parmi lesquels on choisit un coordinateur et une coordinatrice (dans toutes les structures organisatrices la parité est une norme). On nomme des responsables pour les différents secteurs : Infrastructure, Education, Santé, Finances, Sécurité, Communication et culture, Production et Front de masses. Un groupe de cinq noyaux forme une brigade (soit 50 familles) dans laquelle se coordonnent les représentants des Noyaux des différents secteurs. Finalement, les coordinateurs et coordinatrices de chaque Brigade, avec les responsables de chaque secteur, forment la Coordination Générale du Campement initial (« Acampamento ») ou de l´Unité productive postérieure (« Asentamiento »).
Chaque semaine, normalement les samedi, tous les Noyaux de base et tous les secteurs se réunissent. Au terme de la réunion la Coordination générale évalue toutes les propositions et les décisions émanant des différentes réunions. De même le coordinateur et la coordinatrice de chaque campement et de chaque unité productive se réunissent avec les unités les plus proches : c´est une coordination locale qui avec d´autres coordinations locales forment la coordination territoriale, puis celle de chaque état, et finalement la coordination nationale.
Cette organisation depuis la base génère la participation et l´auto-organisation de la vie quotidienne des campements et des unités productives, favorise la vie en commun entre les diverses familles qui occupent une même terre et maintient en vie l´esprit de solidarité et de lutte. En même temps elle maintient en contact et en coordination constante les différentes structures du Mouvement lui-même, permettant de réunir les forces, d´additionner les luttes, d´échanger des expériences, d´unifier les slogans de lutte, ce qui rend le mouvement plus grand et plus fort. La démocratie, dit-on au MST, ne peut être comprise seulement comme la participation aux processus électoraux, elle doit s´enraciner dans toutes les dimensions de la vie sociale.
Tout cela permet, dès le premier jour de l´occupation, de résoudre les problèmes produits par la précarité et la vie en commun de milliers de personnes, qui ne se connaissent pas. En peu de jours se construisent des réservoirs d´eau, des baraques de bois et de plastiques, des rues et des éclairages, des toilettes et l´école. Conjointement on établit des normes de vie commune. Ainsi en peu de jours on réorganise la nouvelle forme de produire et de vivre. Le travail collectif, la participation démocratique créent une nouvelle culture sur la base de vertus nouvelles que l´organisation aide à développer. Des pères et des mères de familles qui jusqu´il y a peu étaient à peine nommés par leurs enfants, sont à présent appelés par les haut-parleurs pour participer aux réunions qui décideront du futur de leurs vies. Et en vérité il est étonnant de voir ces immenses rassemblements de personnes vivant ensemble sans besoin de représentation de l´État ni de forces policières.
Les portes des maisons sont ouvertes et elles n´ont pas de murs, la délinquance est inexistante, de même que le vol ou la violence (mon séjour dans ces campements, logée dans ces maisons sans portes, avec tous mes documents, bagages, argent à l´intérieur, n´a pas éveillé le moindre intérêt ni le plus petit problème). Les conflits sont traités collectivement et l´esprit de lutte est présent dans tous les actes quotidiens. Dans tous les campements et unités de production, le drapeau du MST est peint sur les murs des granges, des maisons, des écoles. Il n´y a pas une seule place d´une seule unité productive sans un drapeau rouge qui flotte et contraste avec le vert de la végétation. Les animaux domestiques se promènent parmi les enfants et devant chaque maison, quelque pauvre qu´elle soit, il y a un petit jardin et quelques fleurs d´ornement.
Les parents nous racontent leur satisfaction d´avoir éloigné leurs enfants “du climat de délinquance et de drogue des quartiers marginaux dans les grandes villes” et les plus petits manifestent leur sentiment d´être « plus libres et plus en sécurité”. La peur et l´exclusion semblent appartenir au passé.
L´intérêt porté à l´entretien et au nettoyage des espaces fait partie des valeurs. Le contact avec la terre et la beauté naturelle pour embellir le quotidien génèrent le sens esthétique, par l´usage des produits de la nature elle-même, éveille l´intérêt artistique : chanter, peindre, décorer, faire du théâtre, transmettre à partir de petites radios locales, tout fait partie des activités collectives. “La beauté des unités productives sert à montrer que nous avançons vers la reconstruction de la vie” dit-on avec fierté. La conscience écologique naît aussi du respect de la nature et de la volonté de reconstruire la production sans poisons ni variétés transgéniques, en respectant et en récupérant les espèces autochtones.

3. L´éducation comme semence du futur
Pour le MST éduquer est fondamental. Sa préoccupation pour l´école existe depuis le début du mouvement. La lutte pour l´école est la phase suivante de la lutte pour la terre : il s´agit d´assurer l´accès à l´éducation de tous les enfants en âge scolaire, l´alphabétisation des jeunes et des adultes et la formation technique et politique de la jeunesse.
Éduquer pour le MST signifie basiquement “former pour transformer la société” : il s´agit d´une éducation qui ne cache pas son engagement de développer la conscience de classe et la conscience révolutionnaire, tant parmi les participants que parmi les formateurs. L´école est conçue comme un espace où les enfants et les adolescents se forment comme êtres humains intégraux. L´organisation collective se conçoit comme un pilier fundamental de l´école et le travail comme la base de tout processus éducatif. L´auto-organisation des éducateurs et des participant(e)s ainsi que l´implication de toute la communauté sont aussi présentes dans l´éducation : depuis l´autoconstruction de l´école à la lutte pourla défendre et à la participation dans les conseils scolaires.
La première chose qu´on construit dans un campement, c´est l´école. Ensuite on cherche les jeunes les plus formés pour qu´ils se chargent d´éduquer les plus petits. Le pas suivant est la lutte pour l´école publique, pour exiger de l´administration (locale ou de l´état, selon qu´il s´agit de primaire ou de secondaire) la construction de l´école publique et l´adjudication de maîtres et maîtresses.
Pour le Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre, la formation de ses propres enseignants est une question centrale, et ce pour deux raisons : la première est d´assurer la continuité de l´école, puisque tant les campements que les unités productives sont situées dans des zones éloignées et souvent, les enseignants qui ne font pas partie du mouvement abandonnent l´école ou ne veulent pas y travailler. La deuxième est de mettre en oeuvre sa conception de l´éducation liée à l´histoire du campement, de la lutte pour la terre et du travail agricole.
Quand on a obtenu l´installation d´une école publique dans le campement ou dans l´unité productive, le programme de formation est “officiel” et les maîtres ou maîtresses sont payé(e)s par la Municipalité ou par l´État. Dans la grande majorité de ces écoles on obtient que les jeunes du lieu, déjà formés, puissent occuper ces postes.
Tout ceci implique qu´ils doivent transmettre les contenus officiels. Mais il n´en restent pas là. Ils mettent en pratique leurs propres principes éducatifs : une méthodologie « émancipatrice », inspirée de Paulo Freire et d´une éducation théorico-pratique liée à la terre, avec jardins scolaires, soins des arbres et des fleurs, etc… Ainsi on élargit les contenus officiels avec des contenus propres et on élabore un matériel pédagogique alternatif. La “mystique” (chants, hymnes, slogans, poésie, représentations symboliques, etc.) est toujours présente dans les écoles, de même que l´éducation artistique et culturelle : musique, danse, théâtre, art. Ces écoles, situées dans les unités productives, sont souvent ouvertes au reste des enfants des villages voisins, de sorte qu´elles offent aussi un service à la communauté locale.
Par ailleurs le MST, en partenariat avec plusieurs universités, organise des cours techniques et pédagogiques pour ses jeunes. Ces cours fonctionnent toujours à temps partiel, combinant théorie et pratique : deux mois de formation dans le Centre éducatif et trois mois de travail dans l´unité productive, et ainsi de suite durant trois ans, au bout desquels on acquiert une formation et un titre universitaire qui leur permet de travailler dans les unités productives (« asentamentos ») comme professeurs des écoles publiques ou comme techniciens en agro-écologie ou en coopérativisme.
La conception de l´école au MST embrasse un grand nombre d´aspects : la planification, l´évaluation, la formation des professeurs, les matériels didactiques, la relation professeur/élève, le travail pédagogique, etc. En d´autres termes, l´école est repensée de manière intégrale et vise de nombreux objectifs : comme outil d´émancipation sociale, elle veut éliminer l´analphabétisme et rendre la culture accessible à tout le monde. En tant que promotion intellectuelle et technique, elle veut permettre aux jeunes de rester vivre sur place et de disposer d´un emploi. Elle cherche à transmettre des valeurs : amour de la terre, travail collectif, solidarité, discipline, créativité. Elle vise à améliorer la vie des unités de production et de leur environnement local : production, coopérativisme, agro-écologie.
Elle est aussi une manière de stimuler l´engagement : la lutte pour la terre, la récupération de l´histoire propre (celle de l´occupation, du campement) et collective (les luttes sociales et paysannes, les révolutions en Amérique Latine, etc.). Elle sert enfin à former les futurs cadres et dirigeants : la formation politique.
L´éducation se veut donc à la fois un processus de rétroalimentation du mouvement lui-même et un outil de transformation sociale.
Au cours de son quart de siècle d´existence, le MST a construit un vaste réseau d´écoles, dans leur majorité publiques, qui se situent dans les zones d´influence du Mouvement. Selon des données du secteur de l´éducation, en avril 2010, existaient dans les campements et dans les unités de production, près de deux mille écoles, basiquement d´éducation infantile et de primaire complète, et quelques unes d´enseignement secondaire. On compte 300.000 personnes étudiant dans des écoles publiques, depuis l´infantile jusqu´à l´universitaire, en pasaant par l´éducation de jeunes et d´adultes. Dans les écoles des campements et des unités de production travaillent 10.000 professeurs, plus 5.000 autres travailleurs de l´éducation, normalement des jeunes qui exercent cette fonction d´éducateurs sans en avoir le titre mais qui sont en formation dans les cours pédagogiques du MST.
Tout cela a permis de mettre un terme à l´analphabétisme, de disposer d´écoles dans tous les campements et unités productives, d´avoir des maîtres et des maîtresses jeunes, motivés et impliqués dans cette éducation comme projet global au-delà de la simple instruction. Et de compter des jeunes formés, munis de titres, et d´un ensemble d´étudiants motivés, avec peu de problèmes de discipline et un grand sens des responsabilités.
Autre résultat, jeunes et adultes possèdent un haut niveau de formation idéologique et politique, il n´y a qu´une faible désaffection des jeunes dans le Mouvement. L´enracinement renforcé dans les unités productives a permis d´augmenter la qualité de la production et de l´auto-organisation. Tout cela revient à continuer la lutte pour la terre et pour la transformation sociale tout en multipliant les opportunités de vie personnelle, professionelle, des paysan(ne)s sans terre.
L´École Nationale Florestán Fernandes (ENFF) : la connaissance libératrice de consciences
Avec l´éducation, la formation politique a toujours été un des piliers du MST, et c´est pourquoi a été créée l´Escuela Nacional Florestán Fernandez, en 2005. L´idée de cette école nationale est née à la fin des années 90 quand a surgi le besoin de disposer d´un espace de formation de la militance et d´échanger des expériences ou de mener des débats sur la transformation sociale en Amérique Latine.
Cette école est située à Guararema (à 90 KM. de Sao Paulo) et a pour objectif d´être un espace de formation supérieure plurielle dans les divers domaines de la connaissance, non seulement pour les militants du MST, mais aussi pour ceux d´autres mouvements sociaux, ruraux et urbains, du Brésil et d´autres pays d´Amérique Latine.
L´école a été construite à partir du travail volontaire de brigades venues des campements et d´autres mouvements sociaux. Plus de mille personnes ont collaboré à l´auto-construction de l´École, qui, en outre, se caractérise par une grande beauté et simplicité architecturale, ainsi que par un environnement bien entretenu. Elle compte des dortoirs pour 250 personnes, avec un grand réfectoire, una salle de projections, une salle pour les réunions et les assemblées, une bibliothèque, 15 classes, un grand jardin, une garderie d´enfants et de vastes espaces externes avec jardins et petites unités de production agricole.
Depuis 2005 sont passés par cette école plus de 16.000 jeunes, près de 500 professeurs volontaires de diverses universités du Brésil, d´Amérique et d´autres continents, et 2.000 visiteurs du monde entier. Les espaces de l´école servent aussi à l´organisation de diverses rencontres : de jeunes, de professeurs, d´autres mouvements sociaux comme la Via Campesina, le Mouvement Noir, le Mouvement des Sans Toit, etc., ainsi qu´à la réalisation de séminaires et d´autres évènements. Les principaux intellectuels de gauche sont passés par l´école au moins une fois, beaucoup y reviennent.
Les élèves ne paient rien et le professorat ne perçoit pas de salaire. La conservation du centre se fait à partir du travail des jeunes qui étudient et qui assument les tâches de nettoyage, de cuisine, de travail productif dans les potagers et de soins des animaux qui seront une partie fondamentale de leur propres repas. Ainsi l´École se soutient par ses propres forces et le travail collectif revêt une dimensión pédagogique et éducative fondamentale pour les étudiants.
La formation des militants, ou formation politique, combine des questions de théorie et de connaissance avec une formation éthique et morale, mettant l´accent sur la coopération, la solidarité, la fierté de classe, l´importance de l´étude, du travail et de la beauté. L´école se valorise par sa capacité à impulser la formation de militants, la formation à de nouvelles formes de travail dans la campagne et à des valeurs humanistes et socialistes.
Conclusion
En ces temps de néo-libéralisme radical et de pensée unique, le Mouvement des Sans Terre du Brésilmontre qu´il est possible d´établir un nouveau type de propriété de la terre et de produire sans préjudices pour la nature, d´avancer et de perfectionner la démocratie et la solidarité, de participer dans toutes les luttes contre l´oppression et de mettre en pratique de nouvelles valeurs avec de nouveaux contenus.
De son organisation, de sa lutte, de sa ténacité pour une éducation émancipatrice, nous pouvons apprendre en tant qu´éducateurs et activistes de mouvements sociaux. L´Histoire n´est pas écrite mais il y a des voies tracées et cela vaut la peine de les explorer.
“Dans la nuit, quand on les attend le moins, des légions de familles surgissent, juchées sur des camions prendre la route pour occuper des grandes plantations abandonnées, pour retrouver la possibilité de renaître comme êtres humains et politiques. En peu de temps le rouge des drapeaux brille comme un brasier et annonce que là-bas, des esclaves cherchent la liberté et invitent les autres à forger ensemble leur propre destin”. (Ademar Bogo :”Le MST et la culture”, Sao Pâulo 2009))
LUTTER EST LA MEILLEURE MANIÈRE D´ESPÉRER
Rosa Cañadell est professeur, porte-parole de l´USTEC•STE. Membre du Comité de soutien au MST, Barcelone (Catalogne). Membre de Socialisme 21.
Source : El Topo Viejo, http://www.elviejotopo.com/
Traduction française : Thierry Deronne, pour www.larevolucionvive.org.ve
Pour soutenir le MST, on peut écrire à Salete Carollo, prointer@mst.org.br
Pour une information continue en français sur les activités du MST,http://mouvementsansterre.wordpress.com/

VIDEO MST : Rencontre des Enfants Sans Terre de Pernambouc
La 11ème rencontre d’état (régionale) des enfants Sans Terres s’est tenue du 22 au 24 noviembre dans le complexe sportif de Geraldão, à Recife, et a compté sur la participation de près de 2000 enfants Sans Terre, venus des campements provisoires ou définitifs du MST dans tout l’état de Pernambouc.

Cette rencontre des enfants Sans Terre entre eux ou avec d’autres enfants qui vivent des processus de lutte pour leurs droits ou pour une société plus juste, est devenue une grande fête pour partager les expériences culturelles des enfants. De cette manière se renforce l’identité de la lutte de l’enfant Sans Terre et met en valeur l’organisation des enfants dans les campements provisoires et définitifs.
La rencontre revêt aussi un caractère politique et revendicatif puisqu’elle intègre les enfants em tant que sujets actifs du processus éducatif et du processus de transformation sociale. Sur le thème : "Comment faire l’école en transformant l’Histoire", les enfants expriment les demandes d’écoles, d’espaces de loisirs et d’ infrastructures dans les campements premiers et définitifs, auprès de la société et des pouvoirs publics.
Tout cela fait de la rencontre des enfants Sans Terre un espace dans lequel les enfants apportent leur désir de lutter, de jouer, d’apprendre et de revendiquer.
Traduction : Thierry Deronne
BRÉSIL, 10.05.2011. Vivre dans une coopérative agricole du Mouvement des sans-terre : l’expérience des militants de la COPAVI
lundi 9 mai 2011

Le MST (Mouvement des travailleurs ruraux sans terre) a vu le jour le 19 janvier 1984. La plupart des travaux universitaires portant sur le MST se sont concentrés sur l’étude de l’histoire et de la trajectoire du mouvement, ainsi que sur son impact sur la réforme agraire au Brésil. L’objectif de cet article est d’analyser la dynamique interne d’un assentamento [1] du MST, et sa coopérative collective, la COPAVI, dans le sud du Brésil. Notre hypothèse de départ est que la vie des militants dans ce monde social suit un projet de société bien déterminé suivi par le MST et incarné par les militants confirmés.
L’histoire de la COPAVI a commencé en 1993, lorsque 19 familles sans-terre ont occupé la ferme Santa Maria dans le nord-ouest de l’État du Paraná. Cette terre était une propriété de l’État, mais jusqu’alors elle était louée à un producteur de canne à sucre. Quelques mois après cette occupation, le gouvernement a accordé le droit de propriété aux familles et elles ont fondée une coopérative collective, avec des règles bien précises. Comme la coopérative se constitue dans un assentamento du MST et qu’elle est de type collectif, les espaces privés et collectifs réalisent une sorte d’intégration : les familles ont chacune une maison mais le petit-déjeuner et le déjeuner sont pris collectivement, dans un réfectoire. Les champs appartiennent à la coopérative et les militants doivent décider collectivement ce qu’ils veulent et comment y parvenir. En effet, les décisions relatives à la production, à la commercialisation et même à une partie de leur consommation (au réfectoire) ont pour but d’être prises collectivement.
Dans la COPAVI, il existe une division du travail entre les hommes et les femmes, qui sont rémunérés par heure travaillée. Les femmes travaillent à côté des hommes et ne refusent aucun travail. Dans le régime de la COPAVI, les hommes et les femmes doivent avoir les mêmes droits dans la coopérative. Les associés décident ensemble dans quel domaine chacun souhaite travailler et du montant du salaire horaire. Trois espaces de discussion et de délibération ont ainsi été créés. Les questions entrent dans le débat public à travers les cellules de discussion, trois au total, regroupant des voisins. Le débat se poursuit ensuite au sein d’un forum de délibération, constitué des coordinateurs d’activités productives, ayant de réunions hebdomadaires. Enfin, à l’assemblée générale, réunie une fois par mois, les décisions sont prises par l’ensemble des associés.
La question que nous avions tout au long de notre recherche était de comprendre comment les individus participaient dans ces espaces de discussion, c’est-à-dire comment l’ensemble des associés participait des décisions relatives à la production, à la consommation et au commerce des produits de la COPAVI. En plus, ce qui nous paraissait intéressant était de savoir comment cette coopérative existait « dans le temps ». Comment est-il possible de rester ensemble dans une régime de propriété collective ?
Au cours de notre enquête réalisée entre 2000 et 2003, nous avons repéré alors comment les relations se tissent entre les militants pour mettre au jour les modalités par lesquelles la capacité de vivre et d’agir ensemble se sont construites au fil du temps.
En effet, ce groupe a décidé de former une communauté, partageant le quotidien dans tous ses aspects et les militants utilisent souvent le terme « famille » pour évoquer leur attachement.
Ce contexte les place face au risque de transformer leur coopérative en structure hiérarchique dont les membres les plus anciens et les plus engagés, connus comme cadres, peuvent se conduire en « chefs » et devenir de ce fait très autoritaires.
Comment se constitue alors le monde social à l’intérieur de la COPAVI ?
Il s’agit d’un monde organisé à la fois par l’économie, la politique, les relations d’amitié entre les familles et les besoins privés des membres de chaque famille.
Nous analyserons le processus et les difficultés par lesquelles les militants parviennent à la fois à se sentir membres de la COPAVI, à intégrer l’identité des sans-terre et à donner du sens à leur vie à l’intérieur d’un groupe qui partage la propriété de la ferme et l’ensemble des biens nécessaires à la production rurale.
L’hypothèse qui sous-tend cette analyse pose que les familles sans-terre parviennent à vivre ensemble parce que certains individus arrivent à s’engager de manière continue. Pour illustrer cet engagement, il convient d’analyser la catégorie récurrente « le collectif dans le sang », expression repérée dans les entretiens. Cet engagement est lié à un processus d’éducation dans et par l’expérience dans ce « village » fondé par les sans-terre.
Les « professeurs » sont ainsi des militants plus expérimentés, capables de donner plus que leur travail, leur vie, pour le MST. Ces militants sont appelés cadres, et ils ont la mission de communiquer et de vivre le message selon lequel le MST est « une grande famille ». Chaque militant est censé considérer l’autre comme un frère et la fraternité, l’union dans l’action, est l’une des valeurs recherchées.
Selon les militants, il n’y a pas de changement social si les individus restent enfermés dans leur point de vue et se disputent pour des détails de la vie quotidienne. Mais comment un militant acquiert-il la capacité de s’engager dans le temps et de manière continue ? Comment les militants les plus engagés arrivent-ils à se former eux-mêmes, dans le temps, ainsi qu’à former les nouveaux venus ?
D’après nos données, la formation des militants constitue la vie même de la COPAVI, et elle peut être décrite à partir de scènes du quotidien de la coopérative, où nous avons suivi des militants sans-terre, dans les interactions concernant le rythme des réunions, les travaux au sein de la coopérative et dans la vie privée. À travers ce travail d’observation participante, il s’agit de comprendre le rôle des différents espaces de délibération au sein du groupe, qui y prend la parole et dans quel contexte. Il sera également question d’observer des détails de la vie en famille et comment les membres y participent.
Accepter d’être « formé » dans les réunions
La formation d’un militant de la COPAVI se fait au quotidien, par les interactions au travail, au réfectoire ou durant les matchs de football. Toutefois les réunions sont le lieu par excellence où les individus acquièrent l’identité de sans-terre. En fait, toutes les activités collectives comme les occupations, les marches et les réunions nécessitent une action réfléchie, un savoir-faire. C’est à travers ce processus, en apprenant, que l’on devient un sans-terre. Les réunions, toutefois, sont cadrées pour que les militants puissent tout dire, tout en apprenant à le dire d’une manière acceptable pour le groupe.
Il se dégageait des réunions que nous avons observées un processus de dialogue bien organisé, chacun prenant la parole à tour de rôle. Lors de la réunion du Conseil de délibération, le 29 juillet 2003, entre 13 h 30 et 15 h10 nous avons vu que la trésorière portait la casquette rouge du MST malgré le caractère informel de la réunion. Sont présents aussi le président, le vice-président, le secrétaire, les deux représentants des cellules de base et les coordinateurs des activités productives. Le président ouvre la réunion en demandant au secrétaire de lire l’acte de la dernière réunion. Ensuite, il demande à chacun des membres présents s’ils ont des questions à traiter durant la réunion. La réunion se poursuit par la discussion des sujets dans un climat calme. Ceux qui n’ont pas pris la parole sont invités aussi à donner leur avis. Il est perceptible que parler est un droit mais aussi un devoir. Soudain, une question polémique oppose la trésorière et le président à propos de la demande d’une membre de 20 ans qui a besoin d’un prêt de 500 reals [175 euros] pour payer son permis de conduire [2]. La trésorière, assez énervée, déclare que cette personne ne remboursera pas la coopérative, que « c’est un don ». Le président prend la défense de la jeune femme et propose que la COPAVI lui prête la moitié de la somme, considérant que « ce n’est pas un don, c’est un prêt ». Après une longue discussion, l’ensemble des participants acceptent la proposition du président. À la fin de la réunion, en sortant de la salle, le président et moi-même sommes restés seuls. Il m’a alors demandé : « Que penses-tu de ma position pendant la réunion ? » Par cette question nous avons noté qu’il voulait être rassuré. Il n’était pas sûr d’avoir bien dirigé la discussion.
Généralement, quand un membre du groupe prend la parole, les autres gardent le silence. À travers les réponses données, nous avons constaté que les militants suivaient attentivement la conversation et étaient capables d’écouter et de comprendre celui qui parle. Dans cette réunion nous avons observé aussi qu’un militant riait pendant que les autres militants restent très concentrés et sérieux. Il s’agit d’Alex, qui vient d’être élu secrétaire de la COPAVI et il n’est pas habitué à participer aux réunions du Conseil de délibération. Le fait de rire peut être une manière de réduire la tension « trop forte » pour lui, déclenchée par la polémique entre la trésorière et le président. Plusieurs militants indiquent que souvent ils sont allés très loin pour défendre leur point de vue lors de l’assemblée générale. Mais ils précisent qu’ils sont conscients que la dispute doit être encadrée dans l’espace de la réunion. Hors de l’espace des réunions, il existe l’espace de l’amitié, dans lequel personne ne doit pas prendre part à des disputes.
« Par exemple, ici, on a cet avantage : une discussion est une discussion ! Tu es dans une réunion, tu peux insulter quelqu’un, tu peux… Parce qu’il est clair que les opinions ne seront pas toujours semblables, n’est-ce pas ? Par exemple : moi, j’ai une opinion. Natalino [son mari] en a une autre… Je ne vais pas toujours être d’accord avec ses opinions parce qu’il est mon mari. Parfois, il peut avoir raison et moi, je peux ne pas être d’accord. C’est comme ça… Jamais les opinions ne seront tout à fait les mêmes ! Mais quand on sort de la réunion, personne n’est en colère, personne ne se dispute. Une réunion est une réunion ! Une discussion est une discussion ! Le travail est le travail et la relation avec les autres est une autre chose. Après la réunion, il n’y a plus de dispute… On revient à la normale… Par exemple, jamais quelqu’un n’a agressé quelqu’un d’autre… C’est même interdit. Nous avons des règles : « Si quelqu’un agresse quelqu’un d’autre, il est exclu ! ». Cela n’existe donc pas. À la fin, on se fiche la paix » [3]. D’autres militants montrent, dans leur récit, que la formation est efficace lorsqu’il y a un changement de conscience vérifiable par la rupture de la manière d’agir de l’individu. Chez les militants sans-terre, cette nouvelle conscience est une conscience de classe. Être sans-terre signifie faire partie d’une communauté qui doit rompre avec tous ceux qui l’oppriment. À travers le récit de Natalino Gonçalves, par exemple, il ressort que ce changement implique de ne plus éprouver de sentiment d’infériorité face « aux riches » ou à « tous ceux qui ont du pouvoir ». Avant d’être sans-terre, Natalino n’avait pas le sentiment d’appartenir à une communauté, il se sentait isolé et agissait selon la norme dominante, c’est-à-dire de manière individualiste. Dans son parcours pour devenir sans-terre, il comprend que cette vision est la vision de « tout le monde ». Il dit qu’il a une nouvelle conscience quand il comprend qu’il fait partie « des pauvres » et qu’il doit agir avec et par son groupe. Son cas atteste que, chez les sans-terre, le fait d’avoir conscience d’appartenir à une classe sociale, à la communauté des Sans, fait de chaque individu un être plus fort et plus capable d’agir sur le politique, ce qui est l’objectif même de la formation politique. L’individu montre qu’il est formé quand il a non seulement la capacité de parler en public, mais quand il reconnaît comme siennes, les valeurs chères aux sans-terre : la fraternité et le don de soi. C’est dans la formation qu’il apprend à lutter contre l’accumulation de la richesse et l’agir individualiste.
« Donc, moi… C’est une histoire… Je vais essayer de résumer. On a commencé à changer un peu la vision… comme ça… À avoir une vision meilleure par rapport à ce qui serait plus… Commencer à mieux comprendre les choses… Pourquoi les choses sont comme elles sont… Parce qu’avant, on avait une idée : ce qu’un politicien disait, ce qu’un prêtre disait… Nous acceptions tout… Par exemple [on pensait ainsi] : « Ce sont les personnes les plus compétentes… Nous devons donc les respecter ! Parce qu’elles connaissent les choses, nous devons aller dans la même direction qu’elles ! ». C’était ma vision jusqu’il y a 12 ans, plus ou moins… C’était avant de connaître le MST et avant de faire partie du Mouvement. Nous acceptions tout ce qui était dit. À partir de cette date, nous avons commencé à connaître le Mouvement, nous avons commencé à y participer et nous avons commencé à avoir une vision différente : « Nous devons… Nous devons avoir nos propres opinions et ne pas accepter tout ce qui est dit ! Nous devons avoir nos propres idées ! ». À partir de cela, donc, nous avons commencé à changer… à avoir une autre vision… à changer la vie. C’était le grand sens… Nous avons commencé à changer la vie ! Nous avons commencé à donner une autre orientation à la vie. […] Un politicien a dit : « Les choses doivent être comme ça… Chacun doit apporter sa contribution parce que c’est comme ça que ça doit être… ». Et toi, en tant que petit agriculteur, tu es toujours dans une situation encore plus difficile… encore plus difficile à cause de cette situation-là. Nous voudrions être fidèles… « S’ils disent que c’est comme ça, ça doit être comme ça… ». Et toujours dans une situation encore plus difficile… Nous avons donc commencé à changer la vie dans ce sens-là : nous avons commencé à comprendre les choses d’une autre façon… Nos changements n’ont pas été financiers… mais politiques, et ils ont été une prise de conscience, c’est une vision différente de la vie […] : nous devions avoir un idéal dans la vie, on devait lutter pour quelque chose ! Ne pas accepter ! […] Aujourd’hui, je suis une personne qui arrive comme ça… à comprendre les choses différemment et je crois que je suis en train d’apporter ma contribution au changement de la société. Un changement vers une conscience différente. Au sens de lutter pour un changement vers une société dans laquelle les gens, et ici moi, j’en fais partie, puissent avoir une vie meilleure, où on lutte pour améliorer la vie non pas personnellement, non pas personnellement, mais pour l’ensemble de la société… Nous avions une vision trop individualiste, une vision du type : « Moi, si j’arrive à bien m’en sortir, je me fiche des autres ! ». Et nous commençons à comprendre que ce n’est pas comme ça… Nous, les petits, nous, les pauvres… nous devons avoir le souci d’améliorer l’ensemble. Et pas seulement individuellement » [4].
Toutefois, la conscience du « nous », et la formation politique sont des capacités qui sont loin d’être acquises une fois pour toutes. Le processus de formation de la communauté pour forger un sentiment d’appartenance à « la famille COPAVI » est toujours à construire. Chaque nouvelle expérience commune représente un risque pour l’harmonie du groupe. L’amitié entre les membres de la coopérative est favorisée par la prise quotidienne des repas en commun. S’accorder ce moment de plaisir, dans un cadre amical, où les individus peuvent se laisser aller, sans la contrainte des règles de travail ou des réunions, a beaucoup contribué [et contribue toujours] à la qualité du tissu social de la communauté.
Manger ensemble : confirmer la communauté au quotidien
Le réfectoire de la COPAVI a été aménagé un an après l’installation des familles sur la terre. Selon les témoignages, ce choix de manger ensemble, tous les jours, n’a pas été simple. C’est seulement après une longue discussion que la majorité des familles ont accepté de construire le réfectoire [5]. Terezinha Gonçalves en témoigne :
« Quand le réfectoire est apparu… Moi, j’étais quelqu’un qui ne voulait absolument pas venir manger dans le réfectoire. J’avais honte… Nous n’étions pas habitués à être comme ça… tous ensemble !!! Moi, je trouvais absurde ! » [6]. Terezinha et sa famille ont commencé à manger avec le groupe pour respecter la volonté de la majorité, mais elle précise que cela représentait un travail sur soi-même :
« Je venais comme ça… Je cherchais à me cacher… […] Cela n’a pas été facile… Mais, aujourd’hui, je pense que si je devais vivre dans un lieu, seule avec ma famille, je ne pourrais plus m’habituer. » [7] Le fait de sortir de « chez soi » pour manger tous les jours avec le groupe relève de l’espace public. Du moins, il n’est pas naturel d’abandonner ses habitudes alimentaires, la chaleur de la maison, l’intimité du repas en famille pour aller vers l’inconnu, l’acceptation d’une nourriture qui n’est pas celle de « sa famille » [8]. Si les militants ont pu s’habituer à cette pratique très étrange au départ pour certains, c’est parce qu’ils ont progressivement établi un lien entre eux, l’instauration d’un monde commun [9].
La répétition de l’acte « du partage » dans le temps donne à chaque militant le sentiment d’appartenir à la communauté. Se sentir avec les autres rend les individus de plus en plus sociables, et, dans d’autres moments, moins joyeux aussi, comme lors des tensions autour du travail et des discussions lors des réunions [10]. Le degré de cohésion entre les militants de la COPAVI a pu se renforcer dans le temps grâce à ce moment où ils se retrouvent avec leurs propres enfants et surtout avec les enfants des autres qui, dans cet espace commun, sont sous la responsabilité de celui qui est le plus proche.
Durant ces moments, les militants se parlent, s’écoutent, s’observent. En d’autres termes, ils peuvent échanger des sourires ou des grimaces sans la contrainte d’agir pour produire quelque chose, intérêt propre à l’activité du travail [11]. C’est le moment où ils sont ensemble avec le seul but de se donner du plaisir. La faim qu’il faut satisfaire n’est pas le seul motif de la rencontre. La faim devient en quelque sorte un objectif secondaire, par rapport au lien qui se tisse réciproquement entre les convives [12].
Pendant tous les séjours à la COPAVI, nous avons mangé avec les familles et nous gardons en mémoire une même scène, qui n’a pas changé entre 2000 et 2003 : toutes les familles assises dans le réfectoire, les conversations libres, un climat plutôt agréable et paisible. À la fin du repas, chacun allait dehors, faisait la queue en face d’un grand évier, pour laver son assiette. Le geste était imité même par les enfants de sept ou huit ans, ce qui témoigne d’un sens de responsabilité précoce. Accepter la « volonté de la majorité » est très éloigné de la culture individualiste des paysans. Cette politique oriente, toutefois, tous les choix du groupe et la façon d’accepter cette norme est liée à la capacité de vivre ensemble [13].
« On reste… par exemple, moi je travaillais sur un lopin, tout seul. Jamais je n’avais travaillé dans le collectif. C’est difficile de s’habituer… Mais après nous devons… avec le temps, nous voyons qu’il existe un sens. Ce n’est pas comme sur un terrain individuel où je décide et c’est tout. Par exemple, je décide que je cultive du maïs et c’est tout. Ici, ce n’est pas comme ça… Le sujet doit faire l’objet d’une discussion, d’une assemblée qui décidera ce qu’on va cultiver, dans quel lieu… La majorité l’emportera ! La minorité qui a perdu doit accepter que c’est comme ça et c’est tout ! Personne ne peut se plaindre » [14]. Le fait d’accepter la « volonté de la majorité » est loin d’être un processus automatique. Bien au contraire, cette capacité de vivre dans et par le politique, de respecter une sorte de démocratie communautaire, est directement liée à l’engagement et au dévouement envers le Mouvement. Mais l’engagement est perçu comme une affaire personnelle et chacun peut répondre à sa manière [15].
« On sent que la grande difficulté des gens est la suivante : “assimiler l’idée de collectif”. Par exemple, tu rêves d’avoir ton petit lopin de terre où tu pourrais penser et faire ce que tu veux, où tu aurais ta petite vache, tes petites choses, etc. C’est le rêve ! Et pour arriver au “collectif”, tu dois laisser tomber tout ça ! Et à ce moment-là, tu commences à avoir des… doutes… comme ça : “Je vais dans un assentamento collectif… mais après… ? Moi, je n’aurais plus ce qui est à moi… Les choses vont changer… elles seront différentes…”. Ainsi, je trouve que la plus grande résistance des individus à accepter le “collectif”, c’est le doute : “Comment c’est le collectif ?”. C’est-à-dire que les gens n’en ont pas une idée claire. À mon avis, c’est plutôt une question de “formation !” » [16]
Conclusion
Les compagnons qui vivent à la COPAVI sont portés à croire qu’ils font partie d’une « grande famille », et ils font tout pour qu’il en soit ainsi. Toutefois, pour que ce message ne soit pas seulement un discours, vide de sens, et qu’il puisse véritablement être une réalité pour chacun des militants, il faut que chacun oriente ses pratiques selon les valeurs caractérisant une famille. Le passage du discours à la pratique n’est pas automatique. C’est à travers une action spécifique, ce que les militants appellent la formation politique, que la solidarité envers les autres devient une valeur ancrée dans la pratique de chacun. Etre un sans-terre n’est pas un état, puisqu’on le devient continûment. Plus un militant se montre responsable et travaille en collaboration avec « les compagnons », plus le groupe reconnaît son engagement envers le MST et plus il est reconnu comme un bon militant par le groupe. Autrement dit, l’amour et le dévouement envers le MST se vérifient dans la capacité du militant à écouter et à respecter ses « compagnons » au quotidien. Les récits révèlent que le processus d’engagement, de prise de conscience d’être une nouvelle personne, d’être un sans-terre se construit dans le temps et résulte de cette formation. Une particularité essentielle des militants du MST est d’avoir un certain degré de tolérance permettant l’acceptation de la rapidité de chacun à s’engager. Ainsi, l’attention portée à la temporalité, à l’empressement de « chacun » est un élément majeur dans la formation politique. La formation passe avant tout par la pratique, et elle est orientée par l’exemple donné. Les militants les plus engagés doivent montrer l’attitude à suivre plutôt que critiquer les autres. Le processus d’engagement est donc très personnel et les militants semblent accepter le fait que chacun possède sa manière particulière de répondre. Comme dans une conversion de type religieux [17], l’engagement s’effectue par une démarche de générosité personnelle, voire par le don de soi.
En cas de reproduction, mentionner au moins l’autrice, la source française (Dial – http://enligne.dial-infos.org) et l’adresse internet de l’article : http://www.alterinfos.org/spip.php?….
Notes
[1] Un assentamento est un établissement régularisé par le gouvernement où vivent des familles sur une parcelle de terre qui leur a été officiellement attribuée.
[2] Dans la COPAVI, aucune femme n’a appris à conduire. Cette jeune fille est la fille de Vitinho, un des sans-terre de la coopérative. Elle est étudiante en économie et vit en ville, ayant été dégagée de ses responsabilités par la COPAVI pour faire ses études. Étant donné que la démarche de passer son permis de conduire est individuelle, la fille n’a pas soumis sa demande à une discussion et la trésorière s’oppose au prêt.
[3] Entretien réalisé avec Terezinha Gonçalves le 19 septembre 2001.
[4] Entretien réalisé avec Natalino Gonçalves le 19 septembre 2001.
[5] Nous avons noté que les familles organisaient des réunions tous les soirs, entre janvier et juillet 1993, pour constituer les règles de la COPAVI.
[6] Entretien réalisé avec Terezinha Gonçalves le 19 septembre 2001.
[7] Ibid.
[8] Selon nos données, au moins deux familles ont quitté la COPAVI parce qu’elles refusaient de manger au réfectoire. Parmi les arguments présentés, les membres des familles disaient qu’il y avait « tous les jours de la polenta chez eux » ou « que chez eux, les condiments étaient différents ». Entretien avec Valmir Stronzake le 17 septembre 2001.
[9] C’est d’ailleurs l’origine du mot compagnon : ceux qui partagent le pain.
[10] Le sociologue Christophe Dejours rappelle que l’organisation du travail ne peut pas être une affaire de règles et de normes mais qu’« elle doit reposer également sur le “vivre ensemble”. Lorsqu’on se parle, qu’on s’écoute, qu’on se justifie autour d’un café, c’est là qu’on dit des choses qu’on n’évoque jamais dans le cadre plus institutionnel […]. C’est dans ces lieux de convivialité, informels, que se transmettent beaucoup de ces éléments qui permettent de renouveler les accords normatifs, constitutifs des règles de travail et de la coopération dans l’entreprise. Activité obligatoire et convivialité marchent de pair. C’est très important, parce que c’est dans ces moments que se construit le plaisir de s’accomplir, de se retrouver sur des enjeux communs, bref de vivre. C’est un processus extrêmement pacificateur des relations dans l’entreprise ». C. Dejours, « Souffrir au travail », Le Monde, 23 juillet 2007, p. 10. Cf. aussi C. Dejours, La souffrance en France, Paris, éditions du Seuil, « Points », 1998.
[11] Cette idée est basée sur la réflexion de Georg Simmel à propos du rôle des activités prises ensemble dans le renforcement de l’être social : « Pour qu’il y ait une société, il faut que ces actions réciproques soient à l’œuvre, suscitées par certains motifs ou intérêts ; […] un nombre donné d’individus peut constituer une société à un degré plus ou moins grand : à chaque fois que surgit une structure de façon synthétique, chaque fois que se constituent des groupes de partis, chaque fois qu’on se rassemble en vue d’une œuvre collective ou dans une sensibilité ou une pensée communes, chaque fois qu’on répartit assez nettement les tâches de service et de commandement, chaque fois qu’on prend un repas en commun, chaque fois qu’on se pare pour les autres, alors le même groupe devient plus une “société” qu’il ne l’était auparavant » (G. Simmel, « Le problème de la sociologie » in G. Simmel, Sociologie : étude sur les formes de la socialisation. Paris, PUF, 1999 (1908), p. 48.
[12] Cf. P. Watier, « Postface : Simmel, religion et sociologie », in G. Simmel, La religion, Paris, Circé, 1998, p. 142.
[13] Plusieurs membres de la COPAVI expliquent le départ de certaines familles de la COPAVI par l’idée selon laquelle « le collectif n’est pas pour tout le monde », c’est-à-dire qu’il y a, selon eux, des individus plus portés que d’autres à accepter la volonté de la majorité.
[14] Entretien réalisé avec Victor Damacena [le Vitinho] le 19 septembre 2001.
[15] Le cas de l’épouse de Natalino, Terezinha Gonçalves est exemplaire à cet égard. Contrairement à la majorité des militants, elle n’a pas voulu reprendre ses études le soir. En outre, elle a attendu huit ans avant d’accepter de se présenter aux élections pour représenter sa cellule de base au Conseil de délibération.
[16] Entretien réalisé avec Natalino Gonçalves le 19 septembre 2001 à Paranacity.
[17] Nous analysons cet aspect religieux dans le Chapitre 7 de notre thèse, par l’analyse de la mística du MST. Ce qu’il convient de retenir ici, c’est que le comportement religieux n’est pas propre aux communautés religieuses. Selon G. Simmel, ce comportement marqué par la foi « constitue une forme humaine générale qui ne se réalise pas seulement à propos d’objets transcendantaux, mais aussi à propos d’autres impulsions de nature affective », P. Watier, « Postface : Simmel, religion et sociologie », in G. Simmel, La religion, Paris, Circé, 1998, p. 144.


