Classé dans : Agro-écologie, Appel à mobilisation, Entraves judiciaires et politiques, Lutte, Production, réforme agraire
10 décembre 2012

Les familles de producteurs du MST produisent des légumes dans l’Unité Productive menacée par le pouvoir judiciaire.
De la Page du MST
Ce mardi 11 décembre 2012, le Mouvement des Travailleurs Sans Terre réalisera une action en défense de l’Unité Productive Milton Santos, située dans la municipalité Americana (État de Sao Paulo), cette action aura lieu dans l’Avenida Paulista, à São Paulo, à partir de 10 h.
Le Mouvement proteste contre la restitution aux anciens propriétaires décidée par la Justice Fédérale et exige de la Présidente Dilma Rousseff qu’elle signe le décret d’expropriation de la zone.
Le 28 novembre dernier, la deuxième Juridiction de Piracicaba de la Justice Fédérale a décidé de la restitution de la zone.
Les 100 familles qui vivent – produisant des aliments et fournissant le marché local (photos) - depuis sept années dans l’Unité Productive doivent quitter les lieux dans les 15 jours à partir de la notification officielle si elles veulent éviter l’expulsion par les forces de la Police Militaire.
Ces terres appartenaient à la famille Abdalla et furent transférées à l’INSS comme forme de paiement des impôts, à la suite de dettes contractées vis-à-vis de l’État brésilien.
L’Unité Productive a été reconnue par l’Institut de Colonisation et de la Réforme Agraire (Incra) en juillet 2006.
Jusqu’à son expropriation la zone était utilisée de manière irrégulière par la Centrale Ester pour la monoculture de la canne à sucre.
La famille Abdalla, conjointement avec la Centrale Ester, ont mené une action de Justice qu’elles ont gagné en deuxième instance, par le biais d’une brèche légale.
“Nous vivons un moment d’appréhension avec la visible paralysation de la Réforme Agraire dans l’État de São Paulo et les menaces qui pèsent sur nos conquêtes” explique le membre de la Direction Nationale du MST, Gilmar Mauro.
Le MST demande à la Présidente Dilma Rousseff qu’elle signe le décret d’Expropriation pour Intérêt Social du site Boa Vista où se trouve l’Unité Productive, décret qui a été envoyé par l’INCRA à la Présidence.
L’expropriation pour Intérêt Social selon la Loi Nº 4.132 du 10 septembre 1962, prévoit qu’elle “sera décrétée pour promouvoir la juste distribution de la propriété et pour conditionner son usage au bien-être social, sous la forme prévue par l’article 147 de la Constitution Fédérale”.
“Nous ne pouvons laisser régresser la réforme agraire. Nous nous sommes engagés à lutter pour maintenir cette unité productive et contre le démantèlement de la Réforme Agraire par le Pouvoir Judiciaire” a ajouté Gilmar Mauro.
Ce mercredi, les familles du MST menacées par l’expulsion montent un campement de résistance dans l’Unité Productive Milton Santos. Lundi un groupe de familles de Milton Santos, non membres du MST, organisent une autre manifestation à São Paulo.
Photos: João Zinclar
Traduction du portugais : Thierry Deronne
Pour soutenir concrètement le MST, on peut écrire à Lucas Tinti, prointer@mst.org.br
URL de cet article: http://mouvementsansterre.wordpress.com/2012/12/10/le-mouvement-des-sans-terre-mene-une-action-en-defense-de-lunite-productive-milton-santos-a-sao-paulo-ce-mardi/
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30 novembre 2012
Por José Coutinho Júnior
De la page du MST
Les habitants de l’unité productive Milton Santos ont reçu le 29 novembre l’avis d’une décision de justice sur la reprise de possession de la zone par la raffinerie de canne à sucre Ester. Les habitants ont 15 jours pour quitter les lieux, faute de quoi ils seront expulsés par les Police militaire et Fédérale.
Bien que l’installation des familles sur ces terres improductives avait été reconnue par l’Institut de Colonisation et de la Réfprme Agraire (Incra) il y a sept ans, une brèche légale trouvée par la famille Abdala (ancien propriétaire de la zone), conjointement avec la raffinerie sucrière Ester qui entoure cette unité productive, leur a permis de mener une action en justice qu’ils ont gagnée en seconde instance.
Localisée dans les municipalités de Americana et Cosmópolis (État de Sao Paulo), l’Unité productive Milton Santos a toujours produit des aliments pour la région au long des dernières années, en plus d’être en cours de reconnaissance par la EMBRAPA comme unité productive modèle de la Région pour sa production agro-écologique.
Une part de la production est destinée aux différentes entités des municipalités voisines, par le biais du Projet de Donation Simultanée.
Les producteurs installés sur ces terres ont bénéficié de fonds d’investissement de programmes gouvernementaux, et ont créé une île de production d’aliments et de biodiversité au milieu d’une mer de monoculture de canne à sucre.
Un projet de décret d’Expropriation pour Intérêt Social du site Boa Vista a été envoyé à la présidente Dilma Rousseff. L’expropriation d’intérêt social, selon la loi Nº 4.132, du 10 septembre 1962, prévoit qu’elle “sera decrétée pour promouvoir la juste distribution de la propriété ou de conditionner son usage au bien-être social, sous la forme de l’art. 147 de la Constitution Fédérale”. Si la Présidente signe, les producteurs resteront à Milton Santos.
“Actuellement les paysans se réunissent pour déterminer les meilleures formes de mobilisation et de pression pour que cet ordre d’expulsion ne soit pas exécuté” explique Maria de Fátima da Silva, de la Direction du Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre dans cet État et membre de la communauté des producteurs agricoles de Milton Santos.
On peut signer une pétition publique ici : http://www.peticaopublica.com.br/PeticaoAssinada.aspx?pi=AMS2012
Traduction du portugais : Thierry Deronne
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URL de cet article : http://mouvementsansterre.wordpress.com/2012/12/02/sept-ans-apres-leur-reconnaissance-legale-les-producteurs-agricoles-de-lunite-milton-santos-recoivent-un-avis-dexpulsion/
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De la page du MST
Cette vidéo montre la production et la commercialisation d’aliments produits par la coopérative d’Itapeva, dans l’intérieur de l’État de São Paulo. Il s’agit de la Coopérative des ex-Sans Terre organisés en Unités Productives et des Petits Agriculteurs de la Région de Itapeva (COAPRI).
Ces producteurs qui ont réussi à obtenir des terres cultivables en vertu de la Réforme Agraire contribuent aujourd’hui à l’alimentation scolaire des enfants de la région, en offrant du lait, du yoghourt, des haricots, des fruits et des légumes.
Source : http://www.mst.org.br/node/14116
URL de cet article : http://mouvementsansterre.wordpress.com/2012/11/23/les-producteurs-des-cooperatives-organisees-par-le-mouvement-sans-terre-produisent-pour-les-cantines-scolaires-bresiliennes/
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De la Page du MST
Les étudiants de l’École Itinérante Maria Aparecida R. Franciosi, localisée dans la pré-unité de production Eli Vive, district de Lerroville, à Londrina (État de Paraná) ont presenté les résultats de leur recherche sur les semences autochtones qu’ils ont menée localement.
La recherche qui a pris un peu plus d’um mois, a été planifiée et exécutée par près de 400 participants depuis l’enseignement infantile à l’enseignement moyen et par leurs professeurs, soucieux de recenser tout ce que les familles produisent, ou cessent de produire, ou stockent en matière de semences autochtones.
“Tous nos étudiants ont participé, chaque classe a assumé la responsabilité d’étudier un type de semences en particulier comme le maïs, le café, le riz, le haricot ou la pastèque. En plus de cela ces groupes doivent offrir un exposé et produire un type de nourriture avec le type de semences étudié”, explique Maria Antonia Assis, une des coordinatrices de l’école.
Selon Igor Denadai, éducateur, le travail développé a deux grands objectifs : recenser les semences autochtones et rapprocher l’école de la communauté.

“Ce travail resserre les liens car nous avons visité les 540 maisons des travailleurs établis dans cette pré-unité productive pour les interroger sur ce qu’ils font avec les semences, depuis le stockage, la production jusqu’à la récolte”. Et Il souligne “un autre aspect très important, c’est que ce travail a permis de recenser aussi le nombre d’habitants qui vivent dans notre secteur. Actuellement nous comptons 1.593 habitants.”
L’étudiante Silvana Nascimento Ribeiro, de huit ans, qui étudie en quatrième année de l’enseignement fondamental, explique que le travail lui a enseigné l’importance de cultiver des semences sans utiliser de produits toxiques. "Ce fut très bien et très important de le dire dans l’exposé sur les semences. J’ai appris que nous ne devons pas utiliser de poison pour cultiver. Avant nous n’avions pas besoin de poison et nous devons continuer ainsi."
Le membre de la coordination de l’École Latino-Américaine d’Agro-écologie (ELAA), José Maria Tardin, explique que cette recherche paraît simple mais constitue um portrait important de la réalité des paysans. “Elle nous montre em détail combien nous prenons possession politiquement et techniquement de notre capacité de produire et d’étudier. La recherche ne peut pas dormir sur une étagère, il faut l’utiliser dans les salles de classe, dans les familles, elle doit être discutée aussi par le secteur de production de l’unité productive Eli Vive et du MST en général. Cette école doit être félicitée pour cette importante initiative” a-t-il conclu.
Source : http://www.mst.org.br/Criancas-de-Escola-Itinerante-pesquisam-sobre-sementes-crioulas-no-PR
Url de cet article : http://mouvementsansterre.wordpress.com/2012/09/29/les-enfants-de-lecole-itinerante-font-des-recherches-sur-les-semences-autochtones-parana/
Traduction du portugais : Thierry Deronne
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24 septembre 2012
De la page du MST
Ce 21 septembre les Travailleurs Ruraux Sans terre des unités productives de l’État de Paraíba se sont rassemblés à João Pessoa, capitale de l’État, pour recevoir 15 tracteurs destinés aux zones productives, fruit de la négociation avec le gouvernement régional pendant les journées de lutte d’avril 2012.
Pendant la remise des tracteurs, João Pedro Stedile, de la Coordination nationale du MST, a parlé de la nécessité de créer une entreprise brésilienne de production de petits tracteurs pour l’agriculture familiale. “Tous ces tracteurs sont importés et ne font que renforcer des multinationales exploiteuses. Il faut créer une “Embrapa” de petits tracteurs qui renforce la production brésilienne et soit adaptée à notre agriculture familiale” a critiqué Stedile.
Les Sans Terre ont aussi exigé du Gouvernement de l’État la signature de l’accord avec la Banque Nationale de Développement Économique et Social (BNDES) pour l’installation d’agro-industries dans les unités productives. “Cette agro-industrialisation ajoutera une valeur aux produits et augmentera les revenus des agriculteurs et agricultrices” explique le coordinateur.
“Nous ne naissons pas pour mourir au travail. Tous les agriculteurs et agricultrices pouvons allier le travail à l’usage de la technologie” a déclaré pour sa part Elenice da Silva, membre d’une unité de production.
Les 15 tracteurs destinés aux zones productives resteront sous la responsabilité des coopératives et desw associations des unités productives du MST.
Parallèlement à cette activité était organisée une foire agro-écologique pour commercialiser des produits de la réforme agraire provenant des unités productives de tout l’État de Paraíba. On a vendu des produits in natura, de l’artisanat et des produits agro-industriels.
Connaissance scientifique
Pendant le discours offert durant la remise des tracteurs, Stedile a déclaré que tous les changements sociaux seront rendus possibles à travers la réalisation de trois facteurs : “L’organisation populaire et la lutte du peuple sont le premier facteur. Le deuxième, ce sont des gouvernements populaires qui agissent en accord avec la volonté et les énergies populaires. Et enfin, la connaissance, car celui qui ne connaît pas, finira toujours par suivre la pensée de quelqu’un", a-t-il affirmé.
Dans ce sens il a expliqué la nécessité pour les agriculteurs de s’approprier la connaissance scientifique. “Les agriculteurs ont besoin de s’approprier ce savoir scientifique, tout l’effort que nous pourrons appliquer aux machines est bienvenu. Logiquement cette connaissance doit s’allier aux savoirs millénaires de l’agriculture familiale, comme c’est le cas de l’agroécologie”.
Micro-usine
Les travailleurs ruraux ont aussi pu visiter l’expérience développée par le professeur Carlos Cabral, de l’Université Fédérale de Paraíba (UFPB). Il s’agit d’une micro-usine d’huile végétale du coton.
“Ce sont des initiatives comme celles-ci qui doivent être multipliées et stimulées par les gouvernements car cette micro-usine peut servir à récupérer la culture du coton dans le Nord-Est que les multinationales ont délocalisée danss l’État du Mato Grosso. Cela aurait un impact sur l’utilisation de carburant, y compris pour ces tracteurs, stimulerait la production de vêtements à travers la culture du coton et pourrait substituer l’usage de l’huile de soja par celle de coton, qui est beaucoup plus saine” selon Stedile qui a conclu que “un tel investissement n’est rien pour un gouvernement mais peut représenter une avancée pour l’agriculture familiale".
Source : http://www.mst.org.br/content/sem-terra-conquistam-tratatores-para-areas-da-reforma-agraria-na-pb
Url de cet article : http://mouvementsansterre.wordpress.com/2012/09/25/les-sans-terre-conquierent-des-tracteurs-pour-le-zones-de-reforme-agraire-dans-letat-de-paraiba/
Traduction du portugais : Thierry Deronne
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Le Mouvement des Sans-terres du Brésil est un des plus grands mouvements paysans du monde.
Issu des luttes paysannes existantes au Brésil depuis le début de la colonisation, le MST lutte pour la récupération de la terre afin de rompre avec la profonde injustice générée par le modèle d’agriculture industrielle et par la concentration des terres qui sont à l’origine de l’insécurité alimentaire du pays.
Dans ce documentaire court métrage, nous entrons dans l’univers d’un campement du MST et des membres du mouvement nous expliquent leur lutte et leur projet de société.
http://documentairesemences.blogspot.com/
URL de cet article: http://mouvementsansterre.wordpress.com/2012/07/07/video-un-documentaire-pour-comprendre-le-mouvement-des-sans-terre/
Pour soutenir concrètement le MST dans sa lutte, on peut écrire à Lucas Tinti, prointer@mst.org.br
Pour une information continue en français sur les activités du MST : http://mouvementsansterre.wordpress.com/
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DIAL 3202
Juan Nicastro
samedi 7 juillet 2012, mis en ligne par Dial
La question de la souveraineté alimentaire est réapparue avec force sur le devant de la scène internationale avec les problèmes causés par la production à grande échelle d’agrocarburants [1]. La prise de conscience des effets destructeurs sur la planète d’une agriculture intensive ayant massivement recours aux engrais chimiques et aux pesticides a aussi conduit à une réflexion critique sur les pratiques agricoles et à des tentatives pour mettre en place d’autres modèles de production. Ce texte de Juan Nicastro [2] publié le 12 juin sur le site de Noticias Aliadas présente une série d’initiatives allant dans ce sens.
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Mouvements et organisations populaires engagent des actions pour faire évoluer les habitudes alimentaires.
Les formes de possession de la terre ou de l’eau, les cadres juridiques, la pression des nouvelles technologies promues par les multinationales agricoles, le niveau de compétence des mouvements populaires en matière d’agriculture et d’écologie, le degré d’autonomie dans l’approvisionnement en semences et en intrants agricoles, le changement climatique, la consommation alimentaire des grandes villes, l’approvisionnement et la distribution des produits, les réseaux de commercialisation, le niveau de mobilisation de la société contre les produits transgéniques, autant d’indicateurs qui, déterminants ou favorables, évoluent souvent dans un sens positif et révèlent une amélioration de la souveraineté alimentaire.
La réalité étant ce qu’elle est en Amérique latine, et au vu des effets des dictatures et de la vague néolibérale dans les années 1990, on constate que parvenir à la souveraineté alimentaire constitue une transformation sociale complexe qui ne se réduit pas à des questions de production agricole. C’est un processus qui conduit à encourager ou accompagner de profonds changements dans les formes d’alimentation, d’organisation entre les êtres humains et de relation avec la terre. Si le concept a gagné en publicité, pour de grands secteurs – surtout en milieu urbain –, la souveraineté alimentaire demeure un problème de paysans. À la lecture des intentions initiales, la tâche apparaît d’autant plus complexe.
Nous allons voir ci-après quelques exemples, des situations qui se répètent en divers endroits du continent et qui illustrent plusieurs de ces défis.
À Córdoba, ville du centre de l’Argentine, est apparu un nouveau groupe de défenseurs de la souveraineté alimentaire, le Mouvement des agriculteurs urbains. Pour ce dernier, un changement s’impose dans les villes. Matías Sánchez, un de ses membres, explique à Noticias Aliadas que, « face au plat de nourriture que nous allons manger en ville, il faut reconnaître qu’il présente trois défauts graves : premièrement, le prix ; c’est un produit cher, fruit de spéculations mondiales plus que d’une vraie relation avec la production. Deuxièmement, ce plat n’a pas de vraie saveur, le choix repose sur des valeurs esthétiques ou publicitaires, il dépend de l’emplacement dans les rayons des supermarchés, et non des qualités nutritives. Et troisièmement, il est empoisonné, vicié par des produits chimiques d’un bout à l’autre du processus de transformation, de fabrication, d’approvisionnement, de conservation et d’emballage. En plus de revenir à une alimentation saine et accessible, nous voulons être des consommateurs responsables et, ensuite, des producteurs. Il est nécessaire que les citoyens réagissent. »
Au Paraguay, la communauté El Triunfo, dans l’ouest du pays, est un exemple des 36 occupations de terres – représentant 7 000 hectares au total – réalisées par l’Association des agriculteurs du Haut Paraná (ASAGRAPA) vers 1989. El Triunfo dispose de 900 hectares qui sont la propriété collective de la communauté depuis 2002. Une partie de cette terre est réservée à un usage collectif – elle abrite deux écoles, un centre de formation et un hangar – et le reste est réservé à un usage privé. Il y a quelques années, les paysans se consacraient à la culture intensive du soja. Aujourd’hui, ils cultivent haricots, riz, maïs, manioc et toute sorte de légumes verts et plantes maraîchères. Chaque paysan détient entre sept et dix hectares, qu’il utilise pour sa propre consommation, pour des productions traditionnelles ou pour produire des légumes qu’il commercialise ensuite à la foire régionale de Ciudad del Este, capitale du département du Haut Paraná sur la frontière avec l’Argentine et le Brésil, afin de se procurer ce qu’il ne produit pas dans ses champs (huile, sel, outils, médicaments, etc.). D’une monoculture destinée à l’exportation, les paysans sont passés à une diversité de cultures ; ils ont délaissé les produits chimiques toxiques et ils apprennent des techniques de culture durable pour bonifier les sols et produire des aliments biologiques. D’une certaine façon, ils reprennent tout depuis le début et, lentement, les terres redeviennent extrêmement fertiles. Mais actuellement tout l’enjeu est de dépasser ce stade : il s’agit de consolider les communautés, d’engager des discussions sur de nouveaux modèles de communauté paysanne, de sensibilisation politique et d’organisation communautaire, pour développer les projets associatifs et communautaires. Dans cet esprit, les paysans considèrent que la propriété collective des moyens de production (terre, outillage, machines, camions pour écouler la production) leur garantit que, en dépit d’un usage privé de la terre, il ne se créera pas de différence au sein de la communauté.
Dans le nord de l’Argentine, le Mouvement paysan de Santiago del Estero (MOCASE) a apporté la preuve de la relation entre la formation et les autres maillons de la chaîne qui conduit à la souveraineté alimentaire, en produisant de nouvelles propositions pédagogiques et de formation qui répondent aux besoins des jeunes paysans indiens et renforcent leurs capacités de leadership dans les communautés. Dans son centre situé à Quimilí, dans la province septentrionale de Santiago del Estero, l’École d’agriculture biologique accomplit depuis 2006 de belles avancées, école pensée dans le cadre d’un processus participatif auquel on a associé les centrales paysannes du MOCASE et du Mouvement national paysan indien (MNCI) pour encourager l’agriculture locale durable, consolider la production familiale et communautaire, promouvoir les échanges entre les jeunes du mouvement, développer les technologies et les sciences qui réduisent les incidences environnementales, élaborer des méthodes éducatives qui établissent une correspondance entre la production d’aliments biologiques et les marchés locaux, et valoriser l’art et le métier d’agriculteur en en soulignant les attraits.
Ángel Strappazón, dirigeant du MOCASE, a informé Noticias Aliadas que « le MNCI continue d’aller de l’avant, avec le lancement de l’Université paysanne qui œuvrera au niveau national à la formation de jeunes paysans, Indiens et travailleurs ruraux et urbains » et qui offrira des programmes dans les domaines de l’agriculture biologique, de la promotion de la santé communautaire, de la communication populaire, de l’enseignement agricole, et de la défense des droits humains à l’échelle territoriale. « Cette université préparera à la carrière d’ingénieur en agriculture biologique. Nous insistons sur la formation stratégique de jeunes, de cadres politiques, mais guidés par la possibilité d’appliquer un nouveau paradigme politique, celui de la souveraineté alimentaire, qui constitue indéniablement un des axes d’une nouvelle ère de civilisation, fondée sur la protection de la biodiversité, une production suffisante pour résoudre le problème de la faim, et l’écologie. Il s’agit de façonner un sujet politique nouveau. »
Le Venezuela est, avec la Bolivie et l’Équateur, un des pays où la dynamique politique a fini par modifier les lois pour donner des conditions favorables à l’agriculture biologique. La Loi pour des pratiques agricoles intégrales saines dispose que « en vue de la transformation du modèle économique et social de la Nation, l’exécutif, par le biais de ses organes et services compétents, défendra l’agriculture biologique comme base scientifique de l’agriculture tropicale durable, à l’intérieur du système de production du pays, avec l’élaboration et l’exécution des projets nécessaires pour encourager et stimuler le processus de production d’aliments biologiquement de bonne qualité, en quantités suffisantes pour nourrir la population, et promouvoir l’enseignement et l’apprentissage de pratiques agricoles écologiques ».
Dans le même ordre d’idée, un accord passé avec Cuba a permis l’installation de 17 laboratoires de production d’engrais et d’agents de lutte biologiques pour une gestion écologique des systèmes de production agricole de l’Institut national pour des pratiques agricoles intégrales saines. Le laboratoire Cipriano Castro, par exemple, dans l’État occidental du Táchira, produit des intrants qu’il fournit gratuitement aux petits producteurs et réalise des enquêtes participatives dans les mêmes unités de production pour améliorer la qualité des intrants et vérifier le travail des producteurs qui adoptent cette technologie.

Mobilisation de l’unité productive "Filhos de Sepé" dans le cadre de la lutte pour la réforme agraire au Brésil.
Au Brésil, depuis 1999, la colonie Filhos de Sepé, qui appartient au Mouvement des travailleurs ruraux sans terre (MST), occupe 6 000 hectares à quelque 40 kilomètres de la ville de Porto Alegre, à l’extrême sud du pays. Elle rassemble 700 familles qui pratiquent une nouvelle forme de campement : des unités de 15 à 20 familles sont créées, dont les parcelles sont disposées en triangles qui convergent vers un « centre » de manière à ce que les habitations restent proches les unes des autres (pour les besoins des tâches collectives) mais que chaque paysan occupe la parcelle qui lui revient.
Les gens de Filhos de Sepé ont observé que non seulement la culture biologique de riz est rentable mais aussi que le rendement par hectare est exactement deux fois plus élevé qu’avec des produits toxiques. Ils ont renoué avec l’ancienne tradition consistant à utiliser des canards pour préparer la terre avant de la cultiver. « Les canards mangent toutes les herbes et nettoient le terrain beaucoup mieux que n’importe quel poison chimique, en plus de l’enrichir avec leurs excréments. Nous laissons pendant des mois les canards sur la terre pour qu’ils la préparent. Ensuite, au moment de semer le riz, nous les retirons puis nous les vendons ou les mangeons », a raconté Huli Zang, du MST, au cours d’un entretien avec le journaliste uruguayen Raúl Zibechi publié en 2006 par l’Agence latino-américaine d’information (ALAI) [3]. Mais se pose aujourd’hui le problème de la certification car ceux qui en sont chargés sont liés aux entreprises qui commercialisent des produits transgéniques. « La destruction des barbelés du domaine a été moins difficile que la lutte contre les moyens technologiques employés par les transnationales », déclarait Zang. La colonie Filhos de Sepé fête ses 14 années de travail sans produits toxiques.
Toute l’Amérique latine connaît une intensification du rejet des produits transgéniques, fréquemment sous la forme d’actions coordonnées entre divers mouvements sociaux. Cette union des forces du refus débouche sur une action coordonnée en faveur de nouvelles lois protectrices, de réseaux de commerce équitable, d’une production agricole biologique, d’une bonne santé communautaire, d’une éducation populaire, entre autres, ce qui accroît l’efficacité de la chaîne de production. Témoin le développement des réseaux de commerce équitable, où des personnes qui ont commencé en tant que militants « politiques » consomment et/ou produisent aujourd’hui des produits biologiques, ou soutiennent de différentes manières les circuits de distribution de produits respectueux de l’environnement.
Ces quelques exemples ne visent pas à passer sous silence des questions clés comme le fait que la souveraineté alimentaire sera impossible sans souveraineté sur le territoire, le débat sur le modèle agroalimentaire mondial et ses multinationales, la gravité du changement climatique ou l’accaparement de l’eau, entre autres. Mais il faut aussi considérer que, face à l’intensité de la crise mondiale, l’intérêt pour ces expériences concrètes participe de ce que le sociologue portugais Boaventura de Sousa Santos suggère lorsqu’il déclare que « la réalité est la somme de tout ce qui existe et de tout ce qui surgit en elle comme possibilités nouvelles et comme luttes pour sa concrétisation ».
Dial – Diffusion de l’information sur l’Amérique latine – D 3202.
Traduction de Gilles Renaud pour Dial.
Source (espagnol) : Noticias Aliadas, 12 juin 2012.
En cas de reproduction, mentionner au moins l’auteur, le traducteur, la source française (Dial - http://enligne.dial-infos.org) et l’adresse internet de l’article.
Notes
[1] Voir DIAL 3079 – « PAYS DU SUD – Le scandale des agrocarburants » et DIAL 3190 – « BRÉSIL – La Conférence Rio+20 va relancer la polémique sur les agrocarburants.
[2] Voir, du même auteur, DIAL 3108 – « ARGENTINE – « La production alimentaire doit être locale » : entretien avec Claudia Giaccone ».
[3] Voir DIAL 2901 – « BRÉSIL – Pour les paysans sans terre, l’acquisition de terres n’est qu’une étape de la lutte ».
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"Mystique" (manifestation culturelle/politique) du Mouvement des Sans terre à la Chambre des Députés, photo de Maria Mello.
29 juin 2012. Interview de Alexandre Conceiçao, membre de la Direction Nationale du MST par José Coutinho Júnior, de la Page du MST
José Coutinho – Comment évalues-tu la déclaration du Ministre Pepe Vargas pour qui le nombre de familles installées sur des terres pour les faire produire baissera dans les années qui viennent ?
Alexandre Conceiçao – C’est une déclaration lamentable. Les conflits agraires et la violence dans les zones rurales sont em train d’augmenter. Pour ne prendre qu’un exemple, voyez celui des haciendas du banquier Daniel Dantas, dans l’État du Pará, qui font l’objet de négociations avec le Ministère du Développement Agraire (MDA) et l’Institut National de Colonisation et de Réforme Agraire (INCRA) depuis plus de trois ans. L’accord disait que sur les six haciendas que nous occupions, trois seraient consacrées à la réforme agraire. Aujourd’hui l’INCRA n’a pas effectué la moindre inspection de ces zones. Par conséquent le Ministre se trompe lorsqu’il affirme que la Réforme Agraire va diminuer parce que le nombre de familles sous tentes a diminué. Au contraire la pression se maintient, il y a un grand nombre de familles dans les campements, environ 180 mille familles, et les conflits se multiplient. Ce qui s’est produit dans l’État du Pará en est le résultat. L’autre élément, c’est la sécheresse du Nord-Est et du Sud. Les familles ont perdu leurs productions, leur infrastructure, leurs animaux. Et les politiques présentées par le MDA et l’INCRA jusqu’à l’heure actuelle sont insuffisantes pour résoudre le problème de la sécheresse.

Négociations du MST avec le Ministre du Développement Agraire, Pepe Vargas. Mars 2012. Photo: Thalles Gomes.
JC – Où en est la Réforme Agraire cette année ?
AC – La Réforme Agraire est totalement arrêtée. Nous alertons sur le fait que si les choses continuent ainsi le résultat de cette année sera pire que celui de 2011. On tend à ce que les luttes et les mobilisations qui reprennent vigueur, exercent une pression croissante de mois en mois. La région du Sud a commencé à se remobiliser ainsi que le Nord-Est. Nous allons organiser de nouvelles mobilisations car la Réforme Agraire reste ignorée. Lors de la mobilisation d’avril auprès de l’INCRA et du MDA le gouvernement a proposé de créer un groupe de travail pour décentraliser et exproprier la terre et installer des familles dans les situations les plus précaires. Le gouvernement a promis de former ce groupe et de donner une réponse dans les trente jours. Aujourd’hui ce groupe n’a même pas été formé. Il y a une perspective de former ce groupe dans la semaine qui vient mais ce n’est pas sûr. Nous sommes à la moitié de l’année et il n’y a pas de réponses, parce qu’il n’y a pas de programme de Réforme Agraire, parce que le gouvernement ne réussit pas à articuler ce programme.
JC - Selon le Ministre Pepe Vargas, 22.600 familles ont été installées en 2011...
AC – Les chiffres de 2011 sont les plus honteux de l’histoire du Brésil pour les 16 dernières années. Ce fut le pire indice de cette période, une honte pour le gouvernement de Dilma, pour le MDA et pour l’INCRA. Les installations de l’an dernier n’ont pas concerné les familles qui vivent dans des campements. Le ministre se trompe en affirmant que le nombre de familles sous tente a diminué. Il suffit de voir les chiffres de l’INCRA. Les déclarations du ministre montrent que ni le MDA ni l’INCRA n’ont de plan d’expropriation de terres et de Réforme Agraire. Ils n’ont ni plan, ni infrastructure, ni ressources pour exécuter cette tâche.
JC – Pourquoi la Réforme Agraire est-elle arrêtée ?
AC – Nous subissons la forte poussée des entreprises transnationales dans l’agriculture brésilienne. Le budget de ces entreprises est dix fois supérieur à celui du MDA, de l’INCRA et du Ministère de l’Agriculture. Par conséquent ces entreprises ont le pouvoir dans les zones rurales. Le gouvernement est impuissant à réaliser la Réforme Agraire et à mettre un frein à l’achat de terres par les étrangers dans le pays. Il y a une limite de 100 mille Reales (real brésilien = 0,4 euros) pour les investissements dans l’installation de chaque famille après l’expropriation des terres. Ce montant par famille rend impossible, vu l’inflation du prix des terres causée par les transnationales et par l’achat de terres par des capitaux étrangers, d’acquérir des terres de bonne qualité pour développer l’agriculture biologique, pour produire des aliments sans poisons. Pour exproprier des terres le budget du gouvernement de cette année est de 560 millions de Reales, ce qui est insuffisant pour installer les 186 mille familles qui attendent dans les campements.
JC – Le discours gouvernemental sur la Réforme Agraire est qu’il n’est plus nécessaire d’installer davantage de gens mais de garantir des investissements dans les unités productives existantes. Comment vois-tu ce discours ?
AC – C’est un discours irritant, répété dans tout débat avec le gouvernement sur la question agraire. Nous aussi nous voulons des investissements. Mais où ont-ils lieu, en fait ? Où est le budget pour construire des maisons, des villages ruraux, des postes de santé et des écoles ? Dans les dix dernières années ont été fermées plus de 37 mille écoles rurales. Malgré ce discours, rien ne se produit en pratique. Pas de création d’unités productives, pas d’investissements dans les zones de La Réforme Agraire.
JC – Quelle quantité de ressources publiques est-elle consacrée aux familles d’agriculteurs et aux grands propriétaires ?
AC – L’an passé 14 milliards de Reales ont été à l’agriculture familiale et 150 milliards pour l’agrobusiness. Cette semaine le gouvernement va lancer le « Plan Production » 2012/2013. Le montant va tourner autour de 180 milliards de Reales pour l’agrobusiness. En contrepartie le gouvernement va consacrer 18 milliards à l’agriculture familiale. Dix fois moins d’investissements pour l’agriculture familiale, qui produit 70% des aliments et génère de nouveaux emplois pour chaque hectare cultivé. En outre l’agrobusiness est complètement endetté, et repousse le paiement de ses dettes au gouvernement brésilien, alors que les dettes des agriculteurs auprès des banques tardent à être renégociées.
JC – Le Plan National d’Agroécologie devrait être annoncé à Rio+20, mais jusqu’à présent rien n’est sorti. Quelle est l’importance de ce plan ?
AC – Ce qui a été présenté jusqu’ici ne résoudra pas le problème de l’agriculture familiale. La proposition n’a pas la capacité de garantir que l’agroécologie devienne une politique qui combatte les effets négatifs de l’agrobusiness. Dans la forme sous laquelle il a été présenté jusqu’à présent ce plan ne va pas générer de grands changements dans les zones rurales. Nous avons besoin de plans plus structurants. Le gouvernement a invité les mouvements à discuter le plan, a fait un pré-lancement depuis la Présidence et a décidé de le présenter au sommet de Rio+20 pour redorer son blason après l’échec des changements au Code Forestier. Le plan est très timide dans la remise en cause du modèle de l’agriculture brésilienne, qui consomme aujourd’hui 20% de tous les produits toxiques dans le monde. Le plan est insuffisant pour une agriculture qui, selon l’Agence Nationale de Surveillance Sanitaire (Anvisa) produit le cancer à travers le travail agricole et à cause de la consommation d’aliments empoisonnés. D’autre part la libération des OGM (Organismes Génétiquement Modifiés) avance de plus en plus.
JC – Le gouvernement tente de faire en sorte que le modèle agroécologique et l’agrobusiness coexistent. L’existence de ces deux modèles agricoles est-elle compatible ?
AC – Impossible. L’agrobusiness utilise des OGM et des produits toxiques agricoles, concentre la terre et en expulse les petits producteurs pour exporter sa production. La coexistence de ces deux modes de production est impossible d’un point de vue pratique. Du point de vue politique et économique, on ne peut perpétuer cette politique de faibles investissements dans l’agro-écologie et de grandes subventions aux requins de l’agrobusiness.

Alexandre Conceiçao, membre de la direction nationale du MST avec l’écrivain Tariq Ali (Brasilia, 2012).
Source : http://www.mst.org.br/content/reforma-agraria-esta-completamente-parada-afirma-dirigente-do-mst
Traduit du portugais par Thierry Deronne
Pour soutenir concrètement le MST dans sa lutte, on peut écrire à Lucas Tinti, prointer@mst.org.br
URL de cet article: http://mouvementsansterre.wordpress.com/2012/07/06/la-reforme-agraire-est-totalement-arretee-explique-un-dirigeant-du-mouvement-des-sans-terre/
Classé dans : Occupation de grandes propriétés et mise en production, Organisation, Production
Présentation de la COPAVI, son histoire, son organisation démocratique et horizontale, la lutte pour la terre et la réforme agraire au brésil. L’histoire du Mouvement des Sans Terre. Projets de coopération avec Terra Libra pour la remise aux normes de la production de cachaça (rhum) artisanale et biologique.
La COPAVI (Coopérative de producteurs agricoles Victoria) est une coopérative du Mouvement des Sans Terre située à Paranacity, dans l’Etat du Parana, au sud du Brésil.
Née en 1984, le Mouvement des Sans Terre (MST) est considéré aujourd’hui comme le plus grand mouvement social d’Amérique Latine. Depuis près de 30 ans, il lutte pour une réforme agraire et l’occupation de terres non exploitées par des paysans qui en sont privées. Basée sur le slogan « la terre appartient à celui qui la travaille », le MST organise l’occupation de terres et le développement des communautés qui s’y installent.
Créée en 1993, la COPAVI est issue d’une de ces occupations de terres de grandes propriétés foncières non exploitées. Dès le départ, les familles installées décident d’en faire un projet totalement collectif. Aujourd’hui, les membres des 22 familles qui composent la COPAVI sont associés de la coopérative et sont donc tous responsables du bon fonctionnement de celle-ci.
Fidèle à la philosophie du Mouvement, la COPAVI a d’abord comme objectif l’autonomie et l’autosuffisance. Ainsi, outre les dérivés de deux grandes familles de produit, le lait et la canne à sucre, la coopérative a également une production variée de légumes et un cheptel d’élevage destinés à nourrir la communauté.
L’organisation est basée sur un très fort esprit collectif : toutes les décisions importantes concernant la production ou la vie en communauté sont prises collectivement ; les logements sont mis gratuitement à la disposition des familles, certaines productions de la collectivité sont gratuites (légumes, lait, sucre…), d’autres sont réparties équitablement entre tous les membres (viande).
Depuis ses origines, Terra Libra est un partenaire de la COPAVI à travers l’importation de sa cachaça, le rhum brésilien. Terra Libra propose ainsi une cachaça artisanale, naturelle et vieillie en fût de chêne qui rivalise avec les meilleurs rhums, un subtil goût de solidarité en plus…
Si cette cachaça n’a pas de certification biologique officielle, la production de canne à sucre respecte le cahier des charges d’Ecovida, un système de certification associatif et indépendant qui garantit la qualité biologique des petites productions paysannes à la manière de Nature et Progrès en France. Cet organisme de certification ayant fait le choix de ne pas certifier de boissons alcoolisées, la COPAVI réfléchit à faire appel à un organisme de certification par tiers pour faire reconnaître la qualité biologique de leur boisson.
Source : http://www.terralibra.fr/La-COPAVI-Mouvement-des-sans-Terre
Pour soutenir concrètement le MST dans sa lutte, on peut écrire à Lucas Tinti, prointer@mst.org.br
Pour une information continue en français sur les activités du MST : http://mouvementsansterre.wordpress.com/
10 février 2012
Par Rubens Lopes
De la Radio Communautaire Campeche
Ce 2 février des étudiants militants du MST ont réalisé un débat sur les médias au cours de leur Stage Interdisciplinaire d´Expérience (EIV). Le débat s´est déroulé au centre de Formation Olga Benário, situé dans l´unité de production “25 juillet » à Catanduvas, dans la région occidentale de Santa Catarina.
L´unité de production “25 juillet” dispose de 204 hectares de terre, dont 75 hectares pour la production d´aliments, ce qui garantit la subsistance des travailleurs qui vivent sur place, en plus de fournir de la nourriture à la ville à travers le programme de "Combat contre la faim" du gouvernement fédéral. L´Institut Padre Vilson de Florianópolis est un de ceux qui reçoivent ces aliments directement de cette unité.
Le débat
L´aube commence à poindre. Chants d´oiseaux. Quelques pas. Bruits de verres et mouvement de personnes. Dans le Centre de Formation, sur les tables, le café est accompagné de pain et de confiture maison. Il y a vingt-neuf élèves qui participent à des activités dans le système IVE. Ils s´organisent en brigades et chacun est nommé responsable d’une fonction. Après les slogans de discipline collective, arrive le moment des réunions. Tous les matins après le café on organise une “mistica” (activité culturelle, poétique, etc..). Le jour commence ainsi: par des chants, des danses, l´étude et l´activité physique visant à fortifier le corps pour la lutte.
Au programme de la journée sont prévus deux débats. Dans la matinée le thème est: La criminalisation des mouvements sociaux, avec l´avocate Daniela Rabaioli.
Daniela explique que l’Etat agit avec plus de force répressive quand le bien privé est attaqué, et qu´il utilise le Droit, en particulier le droit pénal, pour légitimer la propriété privée. Elle explique également le rôle des médias de masse qui ne diffusent que la version des puissants. D´où les luttes des mouvements sociaux pour maintenir leur autonomie organisationnelle.
Après le déjeuner servi par les mêmes mains qui ont fait le petit déjeuner, des membres de la brigade participent à une expérience sur les composteurs en utilisant les pelures de fruits, les restes alimentaires, un peu de sciure, de l’herbe, etc.. Démonstration de la facilité avec laquelle on peut créer un jardin à la maison avec beaucoup d’aliments sains.
L´après-midi on aborde le thème des médias et en particulier des radios communautaires. Il m´incombe de parler de l’expérience de la radio communautaire Campeche pour alimenter le débat. J’ai raconté l’histoire de notre radio, née après la discussion du Plan Directeur pour la ville de Florianópolis, et de la nécessité des résidents d´informer sur les luttes du quartier. J´ai expliqué la différence entre la radio libre et la radio communautaire. La radio communautaire exige le lien avec la communauté, elle débat et contribue aux décisions, la radio communautaire est un engagement.
J’ai parlé de la difficulté que nous rencontrons pour créer le lien avec le commerce local, à travers les supports culturels. De la nécessité qu´une personne soit toujours au contact et dans la recherche de ces partenaires qui aident aussi la radio à exister. Nous n´avons pas encore atteint cet objectif, le travail reste à faire. J’ai également parlé des membres de la radio qui sont les habitants, qui peuvent contribuer á la production des programmes, participer à des activités et rendre la radio plus dynamique.
C´était un débat en cercle, qui peut commencer n’importe où, comme le font les zapatistes. Ont surgi des regards curieux et le désir d’être en mesure de construire des stations de radio communautaires dans les autres communautés. Ou encore la nécessité de lutter pour que l’identité et la beauté du lieu de vie soient respectés, de la même manière que nous luttons pour Campeche.
En fin de l’après-midi, nous sommes allés à une cascade pour écouter les galets rouler sous le courant de l´Histoire, pour continuer demain á chercher comment construire une vie meilleure pour tous.
Source : http://www.mst.org.br/node/12913
Traduction: Thierry Deronne
Pour soutenir le MST, on peut écrire à Salete Carollo, prointer@mst.org.br
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