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Le Mouvement des Sans Terre dénonce l’impact de la sécheresse dans le Nordeste

29 mai 2012
Par José Coutinho Júnior
Da Página do MST

Le Nordeste brésilien vit cette année l’une des plus grandes sécheresses dans la région depuis ces 30 dernières années. Selon le Ministère de l’Intégration Nationale, 769 municipalités nordestines sont officiellement en état d’urgence. Le nombre de personnes touchées est estimé à 12 millions et le préjudice que la sécheresse occasionne à la région dépasse les 12 milliards de Réais (monnaie officielle du Brésil, 1 Rs = 0,4 dollars) rien que pour 2012.

Compte-tenu de cela, ce lundi 28 juin, le MST a initié dans la région une journée de lutte dans tous les états afin de dénoncer les effets de la sécheresse. Durant la semaine entière, le Mouvement a réalisé des actions et des occupations de mairies pour réclamer des solutions du gouvernement et exiger que l’on pense aux mesures d’urgence, comme la distribution de paniers alimentaires aux assentamentos[1] et un crédit bancaire accessible, en plus des modèles structurels, comme un plus grand investissement dans l’infrastructure pour résoudre le problème des sécheresses.

Le premier jour de mobilisation, deux actions ont déjà été réalisées au Pernambuco, en plus de l’occupation de la Société de Développement des Vallées de São Francisco et du Parnaíba (CODEVASF). De même des actions sont-elles planifiées dans le Sergipe et à Bahia.

Dans le Ceará, environ 500 travailleurs et travailleuses Sans Terre ont occupé lundi l’hôtel de ville du Sénateur Pompeu, dans le Sertão Central, quand ils ont été reçus par des tirs de la Police Militaire.

Selon Jaime Amorim, le leader du MST de Pernambuco, l’idée est que d’autres mouvements, comme la Route Rurale, la Confédération nationale des Travailleurs de l’Agriculture (CONTAG) et les communautés des municipalités s’unissent durant une journée, afin de créer un large front de batailles.

Les impacts de la sécheresse, qui n’en est qu’au début, sont très graves : rivières et écluses/barrages sont à sec, la population n’a ni eau, ni nourriture, les récoltes de cette année sont perdues et de nombreux éleveurs de bétail vendent leurs troupeaux et migrent en ville.

Pour Jaime, l’absence de planification du gouvernement en rapport à la sécheresse est la grande responsable des graves conséquences qu’elle provoque dans la région. « Le gouvernement n’a pas de politique ni de planification pour affronter la sécheresse. Il va essayer de résoudre le problème d’une façon palliative, avec la Bolsa Estiagem (Bourse Sécheresse), qui donne 80 Réais par personne pour survivre un mois. Les données climatiques arrivent à prévoir une sécheresse comme celle-là des années avant qu’elle ne survienne, mais comme le gouvernement n’anticipe pas, en investissant dans des projets de captage et de stockage de l’eau, il finit par se confronter à une situation d’urgence telle que nous la voyons aujourd’hui. »

Selon Jaime, les assentados de la Réforme Agraire souffrent également du manque d’eau. Sans aucun investissement de la part du Ministère de l’Intégration ou de la Banque nationale de Développement Économique et Social (BNDES), ceux-ci n’ont pas les moyens d’acquérir les rations pour les troupeaux, et n’ont même pas d’eau ou de nourriture pour eux-mêmes. Les banques de la région ont commencé à offrir des crédits aux petits producteurs, mais il n’existe aucune forme de subvention pour ce crédit, ce qui endette les fermiers.

Pour le leader, il faut penser à résoudre la situation urgente dans laquelle la population se trouve, mais il est nécessaire de profiter du moment et adopter une planification structurelle pour éviter les sécheresses. « Le gouvernement devrait en ce moment rendre disponibles les camions citernes, distribuer les rations animales pour que les producteurs puissent maintenir leur bétail, une indemnité digne pour la population et subventionner le crédit pour les producteurs. »

Du point de vue structurel, principalement dans les assentamentos, le gouvernement devrait créer un prêt de développement dans les zones qui ont un potentiel d’irrigation, en investissant dans l’infrastructure, dans le processus de restructuration et de production.  »

São Francisco

Le travail de transposition du fleuve São Francisco, l’un des plus grands du Programme d’Accélération à la Croissance (PAC), tenu pour le gouvernement comme la solution à la sécheresse dans la région, est encore loin d’être terminé, et son efficacité est douteuse. Les données du Ministère de l’Intégration estiment que le coût de l’œuvre est déjà de R$8,3 milliards.

Selon l’ingénieur agronome et chercheur de la Fondation Joaquim Nabuco, João Suassuna, dans une interview au journaliste Leonardo Sakamoto, « le projet est inutile si l’on prend en compte les volumes d’eau existants dans les principaux barrages du Nordeste. Vu la façon dont le projet a été conçu et présenté à la société, avec la mesure des canaux pharaoniques, l’intention des autorités est claire : le bénéfice sera pour le grand capital, principalement pour les  irrigantes, les éleveurs de crevette, les industriels et les entrepreneurs. »

Il argumente, mettant en contrepoint que dans le « milieu rural, principalement en ce qui concerne l’approvisionnement des populations éparpillées- celles qui sont les plus nécessiteuses en terme d’accès à l’eau, on pourrait se prévaloir des technologies qui sont diffusées par l’ASA (Articulação do Semiárido), à travers l’utilisation de réservoirs ruraux, de barrages souterrains, de glaisière, de tranchées, du programme « deux eaux et une terre », des tunnels. »

Jaime Amorim acquiesce : « le travail est arrêté et ne sera peut-être jamais terminé. L’argent du chantier serait suffisant pour structurer les communautés du Nordeste et les prévenir de la sécheresse. Qui plus est, l’eau pour l’eau ne résout rien. Beaucoup de communautés vivent près du São Francisco ou de barrages qui n’ont pas séché, et les gens souffrent toujours du manque d’eau, car il n’y a aucune structure de captage de cette eau.  »

Tant que le problème de la sécheresse sera traité sous la forme d’urgence, la misère et l’inégalité dans la région ne feront qu’augmenter. « Les petits producteurs qui sont dans le besoin, commencent à vendre tout ce qu’ils possèdent, depuis leur animaux jusqu’à leur terre. Il y en a certains qui profitent de ce moment pour concentrer encore plus la terre», conclut-il.


[1] Nom donné aux terres d’abord occupées par les Sans Terre (acampamentos), puis obtenues officiellement par décision de justice (asentamentos).

Source: http://www.mst.org.br

Traduction: Cécile Fontaine

Pour soutenir concrètement le MST dans sa lutte, on peut écrire à Lucas Tinti, prointer@mst.org.br

Pour une information continue en français sur les activités du MST : https://mouvementsansterre.wordpress.com/

URL de cet article : https://mouvementsansterre.wordpress.com/2012/07/12/le-mouvement-des-sans-terre-denonce-limpact-de-la-secheresse-dans-le-nordeste/

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