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Les 300 familles du campement des Travailleurs Sans Terre « Hugo Chavez » expulsées manu militari au Brésil

Aujourd’hui 14 décembre 2017, sous la pluie et dans le froid, le Commando des Missions Spéciales (CME) est arrivé au campement Hugo Chávez et en a expulsé les quelques 300 familles qui y vivaient avec leurs 150 enfants, dix jours avant Noël, en dépit de l’appel lancé par les organisations, mouvements et organisations sociales nationales et internationales, religieux, artistes pour demander l’arrêt de cette procédure.

C’est une expulsion de plus parmi les 20 prévues dans la région, toutes décidées par le juge Amarildo Mazzuti de la juridiction agraire de Marabá. Le Mouvement des Sans Terre du Para dénonce l’action de la police, coordonnée par le gouvernement de l’état, le harcèlement et la violence auxquelles les familles des travailleurs ruraux ont été soumises sur place. Les familles se retrouvent à la rue, n’ont nulle part où aller, et les enfants ne pourront pas terminer leur année scolaire. Le gouvernement de l’État, ainsi que d’autres organismes publics, ne se sont pas prononcés sur ces violations des droits humains et n’ont proposé aucune solution alternative au conflit. Les familles ont résisté jusqu’au dernier moment mais ne pouvant plus gérer la situation ont choisi de commencer le démantèlement des cabanes. En cette heure, les familles organisent un campement temporaire dans une région avoisinante.

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Ces derniers jours, les paysans avaient été attaqués par des hommes armés, ce qui avait suscité une grande mobilisation d’amis et d’organisations solidaires et rouvert le débat sur la propriété de la terre et la violence dans cette région du nord du Brésil.

Le Mouvement des Sans Terre remercie  les centaines de gestes de solidarité du Brésil et de l’étranger et réitère son engagement pour défendre les droits des familles des travailleurs ruraux sans terre dans la lutte pour la réforme agraire et la justice sociale. Celles-ci n’abandonneront pas la région.

Le latifundio veut la guerre, nous, nous voulons la terre!

Direction de l’État du Para du Mouvement des Sans Terre

Source : http://www.mst.org.br/2017/12/14/mst-repudia-acao-de-despejo-no-acampamento-hugo-chavez-no-para.html

Traduction : T.D.

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URGENT: Appel à la solidarité contre les expulsions forcées des campements du Mouvement des Travailleurs Sans Terre au nord du Brésil

Chers compagnons,

Une attaque agressive est menée contre les paysans sans terre du MST dans l’Etat de Pará, au nord du Brésil.

Les grands propriétaires fonciers ainsi que les autorités judiciaires locales, les grands médias et la police militaire brésilienne ciblent les campements du MST dans tout le pays.

2.000 familles paysannes vivant dans 20 campements situés dans l’Etat du nord de Pará risquent d’être violemment expulsées d’ici à la fin de l’année

Lundi (11), un commando  armé a attaqué le campement Hugo Chavez. Sept hommes lourdement armés – une «sécurité privée» illégale engagée par les grands propriétaires, ont fait feu sur des paysans désarmés, y compris des femmes et des enfants.

L’ordonnance judiciaire d’expulsion des 300 familles vivant dans le campement Hugo Chavez a été confirmée pour demain par la police militaire (14). On s’attend à plus de violence, puisque les familles sont prêtes à résister.

L’escalade récente de la violence a lieu alors que le gouvernement brésilien continue de mettre en place et d’utiliser de lois régressives sur la propriété foncière, qui ont eu des conséquences dévastatrices sur les travailleurs agricoles sans terre et les déplacés.

Pendant l’administration du président non élu du Brésil, Michel Temer, le Mouvement des Sans Terre a été victime de niveaux accrus de violence étatique et de criminalisation contre nos membres

Face à l’escalade de la violence et de la répression, nous lançons un appel urgent à la solidarité internationale!

Envoyez une courte vidéo ou une déclaration de soutien et de solidarité aux familles MST du Pará à l’adresse e-mail suivante: redacao@mst.org.br et srimst@mst.org.br!

PLUS IMPORTANT: ESSAYONS D’ARRÊTER L’EXPULSION DE DEMAIN ET CETTE MONTÉE DE LA VIOLENCE.

Ecrivez aux autorités officielles pour condamner les expulsions au Pará et demander la révision de l’ordre d’expulsion du Camp Hugo Chavez!

Envoyer un email aux adresses électroniques suivantes:

Président de la Cour de justice – Ricardo Ferreira Nunes: presidencia@tjpa.jus.br

Secrétaire d’État à la Sécurité publique – Jeannot Jansen da Silva Filho: segup.ascom@gmail.com

Secrétaire de l’État du Pará – Jose Megale Filho: casacivil@palacio.pa.gov.br

Bureau du médiateur agricole – Rosi Maria Gomes de Farias: ouvidoria.agraria@tjpa.jus.br

Juge agraire de Maraba – Amarildo Mazutti: Amarildo.mazutti@tjpa.jus.br

Ombudsman agraire national – Jorge Tadeu Jatoba: ouvidoria@incra.gov.br

Copie: redacao@mst.org.br et srimst@mst.org.br

Avec votre solidarité et la pression internationale, les 2 000 familles campées de l’État de Pará espèrent passer Noël dans leurs maisons et sur leurs terres.

Conseil national du Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre du Brésil www.mst.org.br – Collectif des Relations Internationales

(Traduction : T.D.)

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Brésil : jours d’angoisse et de terreur au Para

Les mouvements sociaux font face à l’expulsion des sans terre, à la violence policière et à la mort des défenseurs des droits humains

Par Felipe Milanez, De Carta Capital. 30 novembre 2017

Le Pará vit des jours de tristesse et d’angoisse, de panique et de terreur en vertu d’une méga-opération de la police militaire et du décès  de personnages historiques dans la défense des droits de l’homme.

Lundi 27, le commandement des missions spéciales (CME) de la PM (police militaire) a commencé  la reprise de possession des terres dans les plantations de la région, en se concentrant sur les zones occupées par le MST dans les terres latifundiaires de la Compagnie Agricole Santa Barbara Xinguara S / A, du groupe Opportunity,  appartenant au banquier Daniel Dantas.

Initiée à 7 heures du matin, la réintégration a connu des moments de tension, mais les leaders du mouvement négocient constamment une solution politique. L’opération contre le MST a eu lieu le lendemain de la mort du frère Henri Burin des Roziers, le dimanche 26, à Paris, de causes naturelles. A 87 ans, l’avocat dominicain et son histoire de vie ont été une étape importante dans la lutte pour la réforme agraire, contre le travail esclave et l’impunité des assassinats de dirigeants syndicaux dans le sud du Pará.

Roziers était une force morale et intellectuelle fondamentale pour les mouvements sociaux. Diplômé en droit à l’Université de Cambridge avec un doctorat de la Sorbonne, sa présence était cruciale pour condamner des hommes de main et des criminels agriculteurs dans les années 1980 et 1990. «J’ai passé une grande partie de mon temps au Brésil en essayant d’agir pour que la Justice juge et condamne les assassins », a confié Frei Henri dans une interview avec Carta Capital en 2015.

Frei Henri était fondamental dans la lutte pour les droits de l’homme au Pará. Un malheur n’arrivant jamais seul, le décès du père Henri est venu exactement un mois après la mort subite, par crise cardiaque, de Paulo Fonteles fils, membre de  la Commission de la Vérité de l’État de Pará  et l’un des chercheurs principaux des décombres du massacre de la guérilla de l’Araguaia. Il a également été un immense défenseur des droits de l’homme au Pará, un militant dont le père, déjà, l’avocat Paulo Fonteles, qui a courageusement  fait face aux propriétaires latifundiaires, a été assassiné par des hommes de main en 1987.

Les décès surviennent en même temps que la méga opération de réintégration des terres se déroule dans le sud du Pará, dans la région de Marabá. Des terres qui avaient déjà été concédées à la réforme agraire, des acquis consolidés par les mouvements sociaux.

Au moins 14 mandats d’expulsions ont été décidés par le juge de la Cour agraire de Marabá, devant être exécutés d’ici la fin de l’année. La semaine dernière, les mouvements sociaux ont entamé une campagne de mobilisation, avec des blocages de route, puis des marches contre les expulsions des familles.

La première réintégration a eu lieu à la Ferme Cristalina, à Itupiranga, le 2 novembre. Le lundi 27 novembre, ça a été au tour du campement Helenira Resende, du MST.

Avec plus de 700 familles, le campement Helenira Rezende, nom donné en hommage à une guérillera combattante de l’ Araguaia, est installé sur les fermes du Cèdre et Fortaleza, Santa Barbara depuis 2009. La plupart des familles s’étaient organisées pour quitter pacifiquement la zone agricole Cedro, l’objet de la demande de réintégration. Il se trouve qu’elle est frontalière sans limite bien défini, avec la ferme Fortaleza, un espace public illégalement pris, que l’ INCRA (Institut national de la Réforme Agraire) est en droit de confisquer pour la réforme agraire, mais n’a toujours pas fait.

Il y a une impasse qui a duré toute la semaine, avec des rapports tendus et risqués. Santa Barbara a envoyé 15 camions et une pelleteuse pour collaborer avec la police. Les Sans terre ont résisté quand le tracteur a démoli l’école.

Le MST a indiqué que les familles sont installées dans ce campement depuis près d’une décennie, produisant environ 1 500 litres de lait par jour, en plus d’avoir plus de 10 000 pieds de bananiers et 40 hectares de manioc. Le reste est un immense pâturage avec des squelettes de châtaigniers, pour qu’on se souvienne qu’un jour, avant que le latifundio ne s’installe, c’était la forêt amazonienne.

Ils sont également menacés les campements Dalcídio Jurandir, la ferme Maria Bonita, du Groupe Santa Barbara, avec une audience prévue pour le 1er Décembre, et le campement Hugo Chavez, situé dans la ferme d’un ancien mineur chercheur d’or de la région, responsable de l’une des plus importantes déforestations de l’histoire de l’Amazonie, avec une audience pour le 13 décembre. En juillet, des hommes de main armés ont attaqué le campement de Chávez.

Les fermes Cedro, Fortaleza et Maria Bonita font partie de la stratégie d’investissement foncier de Daniel Dantas. Ce sont des latifundios achetés à la famille des Mutran en décadence, ceux qui, dans le passé, constituaient l’oligarchie brutale des châtaigniers. Dans la  Fazenda Cabaceiras, appartenant à la famille Mutran, expropriés en 2008 pour faire place à une unité productive agricole dirigée par le MST, a été trouvé un cimetière clandestin.

Ces actions de réintégration vont de pair avec la politique du gouvernement fédéral d’arrêter la réforme agraire. Depuis le coup d’État, Temer a commencé à nommer à l’Incra des  « ruralistes » (défenseurs des latifundio) et, l’année dernière, il a émis un décret provisoire (759/2016) pour «moderniser la réforme agraire». L’intention était de favoriser la ré-concentration des terres dans les mains des riches propriétaires et de l’agrobusiness.

La fin de la réforme agraire

Ces mesures anti-réforme agraire du gouvernement fédéral, comme l’explique l’avocat de la Commission Pastorale de la Terre dans la région, José Batista Afonso, ont augmenté les tensions. « Elles signalent que le gouvernement ne soutiendra pas les préemptions/réquisitions ni les indemnisations, ce qui incite les grands propriétaires terriens (fazendeiros) à mettre tous les moyens en œuvre pour expulser les familles », affirme-t-il.

Dans une lettre ouverte où il dénonce l’escalade de la violence, Mauricio de Areu Monteiro, le recteur de l’Université Fédérale du Sud-Est du Para (Unifesspa) ; Raimunda Nonata Monteiro, recteur de l’Université Fédérale de l’Ouest du Para (Ufopa) ; et Claudio AlexJorgeda Rocha, recteur de l’Institut Fédéral du Para (IFPA), ont manifesté leur « solidarité en faveur des luttes des peuples ruraux pour le droit de vivre dans la dignité ».

Violence et mémoire

Tandis que la Police Militaire est utilisée contre les travailleurs ruraux pour défendre la grande propriété foncière, 20 assassinats de travailleurs ruraux ont déjà eu lieu cette année dans le Para. Le 24 mai dernier, dix d’entre eux ont été exécuté par la police (de l’État du Para), au cours d’un événement connu sous le nom du Massacre de Pau D’Arco. Grâce à une forte mobilisation d’organisations de défense des droits de l’homme, et d’une enquête de la police fédérale, il a été possible d’identifier les responsabilités individuelles des policiers assassins et onze d’entre eux sont aujourd’hui sous les verrous. La police fédérale a depuis été dessaisie du dossier, ce qui est préoccupant pour la suite de la procédure.

Si le Massacre de Pau D’Arco, perpétré par la police de l’État, rappelle à la mémoire collective de la région, l’époque des assassinats en masse (chacinas) des années 1980, l’imminence des actions de récupération des terres pour le compte des grands propriétaires effectuées par la police ravive les terribles souvenirs du Massacre d’Eldorado de Carajas, du 17 avril 1996, lorsque la police militaire du Para tua 19 travailleurs ruraux.

Ces actions en défense de la grande propriété foncière, menées par le gouvernement et la justice, engendrent un véritable climat d’« insécurité juridique » pour les travailleurs ruraux. Une situation qui tranche radicalement avec l’argument en faveur d’une nécessaire « sécurité juridique », dont se targue habituellement les grands propriétaires, pour disqualifier les demandes de terres des paysans, des indigènes et des communautés de descendants d’esclaves-marrons (quilombos).

L’absence du Frère Henri

Dans ce climat de tensions et de violence structurelle, Frère Henri Burin des Roziers était une figure clé de la défense de la démocratie et de la justice. C’est aussi pour cela que sa perte a provoqué un fort sentiment de déprime parmi les militants.

En mai de l’année dernière, il avait envoyé une lettre à un campement qui porte son nom, à Curionopolis (Para). Attaquée par des milices armées, la propriété Fazendinha fait l’objet d’un mandat de réintégration en faveur de l’INCRA (Institut National de Colonisation et Réforme Agraire) expédié par le Tribunal Régional Fédéral. Ici, bizarrement, la police n’agit pas, lorsque les milices armées (pistoleiros) sont actives et terrorisent la population des campements. « La loi est de votre côté » écrivait Frère Henri : « Mais il y a beaucoup de coups bas de la part des grands propriétaires dans le but de falsifier certaines choses et faciliter la récupération des terres par usurpation (grilagem) ». Il ajoutait « Restez fermes, unis, confiants, déterminés, et ne laissez pas ces grands propriétaires s’approprier la terre qui est la votre. »

Frère Henri est décédé en France. Au mois de mai 2014, j’ai réalisé une entrevue avec Frère Henri au couvent Saint-Jacques où il résidait à Paris, qui portait sur la violence dans cette région du Brésil. Il décrivait les massacres comme des « crimes contre l’humanité, comme une dictature, un génocide. Peu importe combien de temps cela prendra, il est impératif que cela soit jugé, et que cela soit qualifié de crime contre l’humanité. Au regard de l’histoire, ce sera considéré comme un crime très grave ».

Il défendait la Justice, pas seulement dans son aspect punitif, mais en tant que construction de la mémoire collective, de l’histoire d’un peuple. « Un crime grave qui ne tombera pas dans l’oubli. »

Source : Carta Capital et MST, http://www.mst.org.br/2017/11/30/dias-de-angustia-e-terror-no-para.html

Traduction: Mônica Passos et Guillaume Van Wijk

Merci à Monique Murga

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Caquetios, une école en construction

Grâce aux accords de coopération signés entre le président Chavez et le Mouvement des Travailleurs Ruraux sans Terre, une équipe du Brésil participe depuis 11 ans aux efforts de production et de formation agricoles de la révolution bolivarienne, au Venezuela. L’école de Caquetios, dans l’état de Lara (ouest du pays), en est un exemple. Ces anciens haras entourés de champs de canne à sucre, expropriés à la bourgeoisie locale par Hugo Chavez, sont aujourd’hui un espace consacré à la formation intégrale des mouvements sociaux, notamment en agroécologie, et à la production et distribution de semences autochtones.

Ce court-métrage est le fruit de cinq jours d’atelier de réalisation documentaire donné par l’École Populaire et Latino-américaine de Cinéma, Télévision et Théâtre (EPLACITE) à une vingtaine de membres de collectifs sociaux, à Caquetios, du 6 au 11 août 2017, avec l’appui du Mouvement des Sans Terre (MST) et de France-Amérique Latine Bordeaux-Gironde (FAL 33).

 

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Du Brésil au Venezuela, les mouvements paysans disent « basta ! » à la droite putschiste

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C’est au cri de « que les corrompus nous rendent nos terres !» que des centaines de militant(e)s du Mouvement des Sans Terre ont occupé ce 25 juillet du nord au sud du Brésil de grandes propriétés appartenant à des ministres, des sénateurs, et directement ou à travers des prête-noms, au président de facto Michel Temer. A Rio de Janeiro les travailleurs sans terre ont occupé l’immense hacienda improductive de Ricardo Texeira, ex-président de la puissante fédération brésilienne de football, impliqué comme Temer dans de nombreuses affaires de corruption. L’hacienda Santa Rosa, nous explique Joaquin Pineiro, des Sans Terre, sert de plate-forme au blanchissement de capitaux, et « toutes ces terres de corrompus doivent être rendues à la reforme agraire ». La justice brésilienne a ordonné l’expulsion immédiate, ce 25 juillet, des occupants qui ont décidé de maintenir leur campement.

Temer – un ultra-libéral qui s’accroche au pouvoir depuis le coup d’État mené par la droite parlementaire contre la présidente élue Dilma Roussef – est en train de vendre aux multinationales les terres de l’Amazonie appartenant aux communautés indigènes et aux quilombolas (communautés afro-descendantes). Dans le reste du Brésil, il met aux enchères les terres destinées à la réforme agraire (manière d’acheter le vote des secteurs de l’agrobusiness au sein du congrès et de freiner sa possible destitution pour corruption). Allié privilégié des multinationales, le président de facto multiplie la répression contre les militants sociaux. Les travailleurs sans terre dénoncent l’impunité qui entoure les assassinats et autres exactions, réclament la démission du putschiste, la tenue immédiate d’élections libres et la reprise de la réforme agraire.

Au Venezuela, les amis de Temer rêvent, impatients, de mener la même politique sauvage de privatisation de l’économie, de restitution des terres aux grands propriétaires  et de répression des mouvements sociaux. Leur violence raciste et de classe (que les médias internationaux déguisent en « révolte populaire » comme ils l’ont fait pour les mobilisations de la droite contre Dilma Roussef) n’est que la répétition générale de ce qu’ils feraient une fois au pouvoir. Depuis le coup d’État contre le président Chavez en 2002 jusqu’à aujourd’hui, en passant par les 43 morts des « guarimbas » de 2014, cette droite est responsable de la violence et de la majorité des morts. Des mouvements paysans ont répondu en occupant des terres improductives appartenant à ces partisans du coup d’État.

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La grande différence avec le Brésil est qu’ici, le gouvernement bolivarien, malgré ses inerties conservatrices, résiste aux violences de la droite et continue à donner des réponses positives aux revendications des paysan(ne)s : ce lundi ; après des années de luttes amères, d’expulsions à l’aube, l’Institut National des Terres leur a enfin remis 5.000 hectares du grand domaine Las Mercedes (État de Barinas) et leur a octroyé le titre de propriété. Comme l’explique le journaliste Marco Teruggi : « Il faut poursuivre le mouvement avec d’autres récupérations stratégiques comme les grandes propriétés de Cajarito El Diamante, La Primavera, El Otoño, celles du Sud du Lac de Maracaibo, une longue liste de terres encore aux mains de ceux qui, historiquement, ont vécu de la pauvreté des paysans et financent aujourd’hui les violences de l’extrême droite putschiste. Manière de donner un double signal : en direction des grands propriétaires pour les décourager de continuer à financer la déstabilisation, et en direction des mouvements sociaux, pour montrer qu’on peut renforcer une dynamique positive depuis l’État en faveur de ceux qui veulent semer la terre. » (1)

Thierry Deronne, Venezuela, 26 juillet 2017

Note

  1. Lire, de Marco Teruggi : Campesinos rescatan 5 mil hectáreas de un terrateniente financista de la violencia, http://www.hastaelnocau.wordpress.com/2017/07/25/campesinos-rescatan-5-mil-hectareas-de-un-terrateniente-financista-de-la-violencia

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Syngenta condamnée: la Justice responsabilise l’entreprise de la mort d’un Sans Terre au Paraná

L´attaque ayant lieu en 2007 a eu comme conséquence l´assassinat du travailleur rural Keno, et d´autres paysans blessés. La condamnation de  Syngenta est bien accueillie par les mouvements sociaux puisqu´il est toujours très difficile de  responsabiliser les entreprises des violacions des droits humains commises par elles mêmes.

L´entreprise suisse productrice des OGM et des agro toxiques, Syngenta, a été responsabilisée par la justice de l´assassinat du travailleur  rural Valmir Mota de Oliveira (plus connu comme Keno) et pour la tentative d´assassinat d´ Isabel de Nascimento de Souza. Les deux étaient membres de La Vía Campesina et ils ont été les victimes de l´attaque des gardes privées armées,  en 2007.

La résolution, présentée par le juge de droit Pedro Ivo Moreira, de la Cour Civile de Première Instance de la région de Cascavel (Etat de Paraná, Brésil), a été publiée dans le Journal  Officiel de l´État mercredi dernier, le 17 novembre. La sentence détermine que l´entreprise doit payer les  indemnités   aux familiers de Keno et à la victime Isabel pour les préjudices moraux et matériaux qu´elle a provoqués. L´ action a été jugée en 2010, à manière de tentative d´obtenir des réponses de l´ État quant à la responsabilité de la corporation Syngenta concernant l´attaque mise en pratique par la milice armée privée.

Cette résolution est bien appréciée par los mouvements sociaux et les organisations des droits humains, puisque la responsabilité des entreprises qui commettent des violacions aux droits humains est un défi d´ordre global. “Actuellement, les entreprises transnationales ont une grande liberté de participation transnationale, mais il n´y a pas de normes ni de mécanismes nationaux ni internationaux suffisants pour les obliger à respecter les droits humains ou pour les responsabiliser en cas de violacions.. La condamnation de Syngenta, dans ce cas, est une exception à la règle, explique l´avocat populaire de Terre de Droits, Fernando Prioste, qui a suivi le cas.mst1

Sur la décision

Le juge a reconnu que ce qui a eu lieu dans la station expérimentale de l´entreprise Syngenta a été un vrai massacre. Dans sa décision, il affirme que ´´dire que ce qui s´est passé a été une confrontation, c´est fermer les yeux devant la réalité, puisque […] il n´y a pas de doute qu´ en fait, il s´agit d´un massacre avec un visage de remise des possessions ´´. Ainsi, on voit que la version de Syngenta a été refusée para le Pouvoir Judiciaire. L´entreprise se défend en disant que l´attaque de 2007 serait-il le résultat d´une confrontation entre des gardes privés et des membres de la Via Campesina.

Lors de sa défense, Syngenta a reconnu l´illégalité de l´action contre La Via Campesina et le MST. L´entreprise a affirmé que ´´plus que la protection de n´importe quelle exploitation agricole, c´est clair que la garde privée avait comme objectif de défendre une position idéologique contre le MST [Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre] afin de propager l´idée que toute action a toujours une réaction´´.   Ainsi, la transnationale essayait d´évader ses responsabilités, en soutenant que l´attaque n´avait pas été fait par l´entreprise, mais par une milice ayant à sa tête les propriétaires des exploitations agricoles.

Toutefois, dans sa décision, le juge a reconnu que ´´la mauvaise élection dans le service externalisé de provision de sécurité, et aussi le financement indirect des activités illicites, tout  cela devient un fait à une grande responsabilité civile´´.

En outre, le juge a fortement désapprouvé l´attaque en affirmant que même si l´invasion à la propriété a été illégitime, cela n´admet pas le fait d´agir de sa propre main, et d´imposer la peine de mort aux occupants. Bien au contraire, il faut chercher les moyens légaux de solution au conflit, puisque la loi considère délictueux l´exercice arbitraire à partir des raisons personnelles´´.  C´est ainsi que la décision judiciaire qui a condamné Syngenta confirme le fond idéologique de l´action des gardes, mais aussi responsabilise l´entreprise de cette action.

La décision judiciaire n´est pas encore définitive. Syngenta, à travers son défenseur, Renne Ariel Dotti, pourra faire recours au Tribunal de Justice de l´État de Paraná. Selon l´avocat populaire de Terre de Droits, Fernando Prioste,  on attend que le Tribunal mentionné maintienne la décision dont l´objectif est celui de trouver la vérité concernant les faits ayant eu lieu en octobre 2007. “Les preuves contre l´entreprise sont-elles indubitables “, a-t-il dit. “Un éventuel acquittement de Syngenta signifierait la complicité du système de justice concernant les massacres, tel le prouve ce cas. ”

mst2Des manifestants protestent pour la mort de Keno devant le siège de l´entreprise, en Suisse, en 2008

Exception à la règle

Consultée sur la décision, Isabel Nascimento dos Santos s´est déclarée heureuse, bien ailleurs la réparation économique. Gravement blessée pendant l´attaque conçu et pratiqué par Syngenta en 2007, l´agricultrice a remarqué la reconnaissance de la part de la Justice, et la responsabilité de l´entreprise dans cette affaire.

“Il s´agit maintenant de lever la tête, d´essayer d´oublier un peu la souffrance que nous avons vécue´´. La lutte a-t-elle pris fin? “Jamais! On va tout droit en avant, on va donner suite au travail de Keno”.

Le représentant du MST de la région de Cascavel, Eduardo Rodrigues, remarque l´importance de la décision. Selon Rodrigues, c´est très fréquent de vérifier de l´impunité des grandes entreprises qui violent les droits, et au même temps, c´est fréquent de constater que des membres du mouvement paysan sont-ils criminalisés pour leur lutte opposée au modèle de l´agro affaire. “L´ attaque n´a pas eu lieu sans la connaissance de la multinationale”, a dénoncé l´agriculteur. “Ils n´ont pas donné que leur soutien institutionnel, ils ont même donné leur soutien financier et de la logistique”.

Rodrigues a avoué qu´il voudrait bien que cette  décision soit appliquée à d´autres cas de responsabilité des entreprises pour les attaques qu´elles perpètrent. “J´espère que cette décision rendra plus forte notre lutte, en faisant visible nos copains”.

Il y a beaucoup d´obstacles à surmonter afin de parvenir à que les entreprises respectent les droits humains et qu´elles deviennent responsables des violations qu´elles commettent. Cette réalité a provoqué la discussion de l´Organisation des Nations Unies (ONU) sur l´établissement d´un traité international qui puisse créer des mécanismes de prévention, de réparation et de responsabilité en ce qui le sujet des entreprises et des droits humains.

Le groupe de travail de l´ONU, qui mène à bien des activités pour l´établissement de ce traité, visitera le Brésil en décembre prochain. On espère que les représentants  de l´ ONU puissent  utiliser la condamnation de Syngenta comme une référence au moment des évaluations des grandes entreprises qui commettent des violacions contre les droits humains moyennant des entreprises externalisées.

Sur ce dossier

Le 21 octobre 2007, près de 40 tueurs de l´entreprise “NF Sécurité”, ont attaqué le campement de La Vía Campesina, situé au campus d´expérimentation des OGM de la transnationale Syngenta, à Santa Tereza de l´ Ouest (État de Paraná). Le lieu avait été récupéré par environ 150 membres de La Vía Campesina, et du Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre (MST), ce même matin-là.

Les occupants dénonçaient les réalisations des essais illégaux avec du maïs transgénique dans la zone au Parc National d´Iguazú. Les membres de La Vía Campesina ont voulu même dénoncer les entreprises biotechnologie agissant d´une telle manière à imposer un modèle d´agriculture provoquant des dommages climatiques et de l´environnement moyennant l´utilisation des OGM et des agro toxiques. Et de cette façon, essayer de pouvoir rendre invisible la production des aliments sains pour les paysans, les communautés originaires et traditionnelles.

Des miliciens de l´entreprise “NF Sécurité” fortement armés ont envahi le lieu en tirant de coups de revolver sur les personnes présentes dans cet espace.  Selon les informations de La Vía Campesina, l´action avait  été promue par Syngenta, qui utilisait des services de “NF Sécurité”, et aussi avec la participation de la Société Rurale de la Région Ouest (SRO), et le  Mouvement des Producteurs Ruraux (MPR), lié à l´agro affaire. Des indices signalent que l´entreprise de sécurité ne serait- elle qu´une façade. Et qu´elle aurait embauché des gardes d´une manière illégale pour les opérations d´attaque.  Outre Keno, les tireurs ont ciblé Isabel et ils ont aussi blessé trois  agriculteurs.

Possédant le19 % du marché des agro chimiques, et la troisième entreprise ayant le plus grand gain dans la commercialisation des semences du monde, très proche de Monsanto et de Dupont, Syngenta, avec d´autres transnationales, rend encore plus grave la scène de violence dans le campus moyennant l´imposition d´un modèle d´agriculture basé sur la monoculture, sur la super exploitation du travailleur, sur la dégradation de l´environnement, sur l´utilisation des agro toxiques et sur l´appropriation des ressources naturelles et génétiques.

Dans le lieu où il y a eu l´attaque, aujourd´hui se dresse le Centre de Recherche en  Agroecologie Valmir Mota de Oliveira, “Keno”.

>> Sur le sujet de la responsabilité des entreprises pour les violations des droits humains, Terre de Droits a conçu une guide afin de fournir une  évaluation sur les  possibilités de plaider contre les entreprises dans le domaine international.

Source : http://www.alainet.org/fr/articulo/173897



Les 5 propositions du Mouvement des Travailleurs Sans Terre aux candidats à la Présidence de la République

Par Joao Paulo Rodriguez, membre de la Direction Nationale du MST, formé en sciences sociales et membre du groupe de conjoncture de la Fondation Perseu Abramo.

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1. Lutte pour une Assemblée Constituante exclusive de réforme politique.

Nous ne pouvons admettre qu’au Congrès National siègent 76 députés qui s’affichent comme représentants de l’agro-business. De l’autre côté seuls 7 députés se déclarent représentants des paysans sans terre. Au total seulement 8 % des députés sont des femmes. Cette réalité ne changera qu’avec une réforme du système politique qui ne sera pas réalisée par un Congrès issu du financement privé des campagnes. La société a besoin d’intervenir dans ce processus à travers la construction d’une Assemblée Constituante Exclusive et Souveraine du Système Politique.

 2. Démocratiser la terre pour les Sans Terre.

C’est l’heure de lancer la bataille de la démocratisation des terres brésiliennes. Comment admettre que les meilleures terres agricoles soient au service des grandes transnationales de la canne à sucre, de l’eucalyptus et du soja, et dans leur majorité sous contrôle du capital étranger ? 60 millions d’hectares de terre cultivables sont en litige au Brésil – elles peuvent être destinées à la Réforme Agraire ou être achetées à tout moment par des étrangers. Il est important que l’exécutif organise un plan d’expropriation des grandes propriétés et garantisse la terre aux familles de paysans sans terre qui vivent dans les campements, en plus de la démarcation des terres indigènes et de garantir le droit des quilombolas et de leurs descendants (communautés afrodescendantes).

3. Pour un plan de production d’aliments sains.

Le Brésil est le plus grand consommateur de produits agrotoxiques au monde. Les petits agriculteurs peuvent produire des aliments de qualité sans ces poisons pour approvisionner le marché brésilien tout en préservant l’environnement et garantissant une diversification des aliments nécessaires pour l’équilibre alimentaire. Pour cela nous avons besoin d’augmenter la capacité de la Compagnie Nationale d’Approvisionnement (Conab) pour l’acquisition des produits de la Réforme Agraire et pour garantir que les mairies achètent ces aliments pour les repas scolaires.

Le gouvernement fédéral, les états régionaux et les municipalités doivent être partenaires des petits agriculteurs à travers un esemble de politiques publiques, agro-industrielles, politiques de crédit, de protection et de développement de semences, d’assistance technique et de formations pour contribuir à l’organisation de la production alimentaire. Nous proposons ainsi la création d’une entreprise d’État pour satisfaire cette demande.

4. Education et culture en zone rurale, comme lieu agréable de vie.

Les zones rurales brésilienes ne peuvent être réduites à un lieu pour produire. Nous ne pouvons traiter la campagne comme si elle n’était qu’une grande usine à grains. Nous avons besoin de zones rurales comme lieu agréable de vie, c’est pourquoi l’État doit renforcer les politiques publiques qui garantissent une qualité de vie. D’emblée nous revendiquons l’arrêt immédiat des fermetures des écoles rurales. Dans les dernières quinze années plus de vingt mille écoles ont été fermées. Nous avons besoin d’internet de qualité, de centres culturels, d’écoles pour les enfants, de transport public, d’équipements et d’infrastructures pour les pratiques sportives, et de politiques de publicité pour les publications centrées sur la vie de la population rurale.

5. Construire un projet populaire pour le Brésil.

De notre point de vue, la bataille électorale principale se joue entre le néo-développementisme et le néo-libréralisme. Nous ne sommes représentés par aucun de ces deux projets mais il est important de battre le néo-libéralisme et toute la droite conservatrice qui l’appuie. Face à cette conjocture nous devons débattre et construire un champ politique autour d’une plate-forme de réformes structurelles qui soit dirigée et hégémonisée par le camp populaire. Ceci permettra de résoudre les problèmes sociaux du monde du travail et en même temps, d’accumuler des forces pour les transformations profondes de l’État brésilien et pour élever le niveau de conscience politique et culturel de la classe des travailleurs.

Nous croyons le moment propice à l’ouverture d’un grand débat avec toutes les forces populaires et de gauche, avec les partis qui croient encore à la réforme agraire comme moyen de construire une société plus juste et égalitaire. Enfin, indépendamment de qui gagnera les élections, nous devons nous préparer pour les nombreuses luttes que connaîtra la prochaine période.

Source : http://www.revistaforum.com.br/rodrigovianna/plenos-poderes/eleicoes-gerais-momento-de-debate-das-mudancas-estruturais-e-reforma-agraria.html

Traduction :  Thierry Deronne

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