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Caquetios, une école en construction

Grâce aux accords de coopération signés entre le président Chavez et le Mouvement des Travailleurs Ruraux sans Terre, une équipe du Brésil participe depuis 11 ans aux efforts de production et de formation agricoles de la révolution bolivarienne, au Venezuela. L’école de Caquetios, dans l’état de Lara (ouest du pays), en est un exemple. Ces anciens haras entourés de champs de canne à sucre, expropriés à la bourgeoisie locale par Hugo Chavez, sont aujourd’hui un espace consacré à la formation intégrale des mouvements sociaux, notamment en agroécologie, et à la production et distribution de semences autochtones.

Ce court-métrage est le fruit de cinq jours d’atelier de réalisation documentaire donné par l’École Populaire et Latino-américaine de Cinéma, Télévision et Théâtre (EPLACITE) à une vingtaine de membres de collectifs sociaux, à Caquetios, du 6 au 11 août 2017, avec l’appui du Mouvement des Sans Terre (MST) et de France-Amérique Latine Bordeaux-Gironde (FAL 33).

 

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Du Brésil au Venezuela, les mouvements paysans disent « basta ! » à la droite putschiste

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C’est au cri de « que les corrompus nous rendent nos terres !» que des centaines de militant(e)s du Mouvement des Sans Terre ont occupé ce 25 juillet du nord au sud du Brésil de grandes propriétés appartenant à des ministres, des sénateurs, et directement ou à travers des prête-noms, au président de facto Michel Temer. A Rio de Janeiro les travailleurs sans terre ont occupé l’immense hacienda improductive de Ricardo Texeira, ex-président de la puissante fédération brésilienne de football, impliqué comme Temer dans de nombreuses affaires de corruption. L’hacienda Santa Rosa, nous explique Joaquin Pineiro, des Sans Terre, sert de plate-forme au blanchissement de capitaux, et « toutes ces terres de corrompus doivent être rendues à la reforme agraire ». La justice brésilienne a ordonné l’expulsion immédiate, ce 25 juillet, des occupants qui ont décidé de maintenir leur campement.

Temer – un ultra-libéral qui s’accroche au pouvoir depuis le coup d’État mené par la droite parlementaire contre la présidente élue Dilma Roussef – est en train de vendre aux multinationales les terres de l’Amazonie appartenant aux communautés indigènes et aux quilombolas (communautés afro-descendantes). Dans le reste du Brésil, il met aux enchères les terres destinées à la réforme agraire (manière d’acheter le vote des secteurs de l’agrobusiness au sein du congrès et de freiner sa possible destitution pour corruption). Allié privilégié des multinationales, le président de facto multiplie la répression contre les militants sociaux. Les travailleurs sans terre dénoncent l’impunité qui entoure les assassinats et autres exactions, réclament la démission du putschiste, la tenue immédiate d’élections libres et la reprise de la réforme agraire.

Au Venezuela, les amis de Temer rêvent, impatients, de mener la même politique sauvage de privatisation de l’économie, de restitution des terres aux grands propriétaires  et de répression des mouvements sociaux. Leur violence raciste et de classe (que les médias internationaux déguisent en « révolte populaire » comme ils l’ont fait pour les mobilisations de la droite contre Dilma Roussef) n’est que la répétition générale de ce qu’ils feraient une fois au pouvoir. Depuis le coup d’État contre le président Chavez en 2002 jusqu’à aujourd’hui, en passant par les 43 morts des « guarimbas » de 2014, cette droite est responsable de la violence et de la majorité des morts. Des mouvements paysans ont répondu en occupant des terres improductives appartenant à ces partisans du coup d’État.

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La grande différence avec le Brésil est qu’ici, le gouvernement bolivarien, malgré ses inerties conservatrices, résiste aux violences de la droite et continue à donner des réponses positives aux revendications des paysan(ne)s : ce lundi ; après des années de luttes amères, d’expulsions à l’aube, l’Institut National des Terres leur a enfin remis 5.000 hectares du grand domaine Las Mercedes (État de Barinas) et leur a octroyé le titre de propriété. Comme l’explique le journaliste Marco Teruggi : « Il faut poursuivre le mouvement avec d’autres récupérations stratégiques comme les grandes propriétés de Cajarito El Diamante, La Primavera, El Otoño, celles du Sud du Lac de Maracaibo, une longue liste de terres encore aux mains de ceux qui, historiquement, ont vécu de la pauvreté des paysans et financent aujourd’hui les violences de l’extrême droite putschiste. Manière de donner un double signal : en direction des grands propriétaires pour les décourager de continuer à financer la déstabilisation, et en direction des mouvements sociaux, pour montrer qu’on peut renforcer une dynamique positive depuis l’État en faveur de ceux qui veulent semer la terre. » (1)

Thierry Deronne, Venezuela, 26 juillet 2017

Note

  1. Lire, de Marco Teruggi : Campesinos rescatan 5 mil hectáreas de un terrateniente financista de la violencia, http://www.hastaelnocau.wordpress.com/2017/07/25/campesinos-rescatan-5-mil-hectareas-de-un-terrateniente-financista-de-la-violencia

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Syngenta condamnée: la Justice responsabilise l’entreprise de la mort d’un Sans Terre au Paraná

L´attaque ayant lieu en 2007 a eu comme conséquence l´assassinat du travailleur rural Keno, et d´autres paysans blessés. La condamnation de  Syngenta est bien accueillie par les mouvements sociaux puisqu´il est toujours très difficile de  responsabiliser les entreprises des violacions des droits humains commises par elles mêmes.

L´entreprise suisse productrice des OGM et des agro toxiques, Syngenta, a été responsabilisée par la justice de l´assassinat du travailleur  rural Valmir Mota de Oliveira (plus connu comme Keno) et pour la tentative d´assassinat d´ Isabel de Nascimento de Souza. Les deux étaient membres de La Vía Campesina et ils ont été les victimes de l´attaque des gardes privées armées,  en 2007.

La résolution, présentée par le juge de droit Pedro Ivo Moreira, de la Cour Civile de Première Instance de la région de Cascavel (Etat de Paraná, Brésil), a été publiée dans le Journal  Officiel de l´État mercredi dernier, le 17 novembre. La sentence détermine que l´entreprise doit payer les  indemnités   aux familiers de Keno et à la victime Isabel pour les préjudices moraux et matériaux qu´elle a provoqués. L´ action a été jugée en 2010, à manière de tentative d´obtenir des réponses de l´ État quant à la responsabilité de la corporation Syngenta concernant l´attaque mise en pratique par la milice armée privée.

Cette résolution est bien appréciée par los mouvements sociaux et les organisations des droits humains, puisque la responsabilité des entreprises qui commettent des violacions aux droits humains est un défi d´ordre global. “Actuellement, les entreprises transnationales ont une grande liberté de participation transnationale, mais il n´y a pas de normes ni de mécanismes nationaux ni internationaux suffisants pour les obliger à respecter les droits humains ou pour les responsabiliser en cas de violacions.. La condamnation de Syngenta, dans ce cas, est une exception à la règle, explique l´avocat populaire de Terre de Droits, Fernando Prioste, qui a suivi le cas.mst1

Sur la décision

Le juge a reconnu que ce qui a eu lieu dans la station expérimentale de l´entreprise Syngenta a été un vrai massacre. Dans sa décision, il affirme que ´´dire que ce qui s´est passé a été une confrontation, c´est fermer les yeux devant la réalité, puisque […] il n´y a pas de doute qu´ en fait, il s´agit d´un massacre avec un visage de remise des possessions ´´. Ainsi, on voit que la version de Syngenta a été refusée para le Pouvoir Judiciaire. L´entreprise se défend en disant que l´attaque de 2007 serait-il le résultat d´une confrontation entre des gardes privés et des membres de la Via Campesina.

Lors de sa défense, Syngenta a reconnu l´illégalité de l´action contre La Via Campesina et le MST. L´entreprise a affirmé que ´´plus que la protection de n´importe quelle exploitation agricole, c´est clair que la garde privée avait comme objectif de défendre une position idéologique contre le MST [Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre] afin de propager l´idée que toute action a toujours une réaction´´.   Ainsi, la transnationale essayait d´évader ses responsabilités, en soutenant que l´attaque n´avait pas été fait par l´entreprise, mais par une milice ayant à sa tête les propriétaires des exploitations agricoles.

Toutefois, dans sa décision, le juge a reconnu que ´´la mauvaise élection dans le service externalisé de provision de sécurité, et aussi le financement indirect des activités illicites, tout  cela devient un fait à une grande responsabilité civile´´.

En outre, le juge a fortement désapprouvé l´attaque en affirmant que même si l´invasion à la propriété a été illégitime, cela n´admet pas le fait d´agir de sa propre main, et d´imposer la peine de mort aux occupants. Bien au contraire, il faut chercher les moyens légaux de solution au conflit, puisque la loi considère délictueux l´exercice arbitraire à partir des raisons personnelles´´.  C´est ainsi que la décision judiciaire qui a condamné Syngenta confirme le fond idéologique de l´action des gardes, mais aussi responsabilise l´entreprise de cette action.

La décision judiciaire n´est pas encore définitive. Syngenta, à travers son défenseur, Renne Ariel Dotti, pourra faire recours au Tribunal de Justice de l´État de Paraná. Selon l´avocat populaire de Terre de Droits, Fernando Prioste,  on attend que le Tribunal mentionné maintienne la décision dont l´objectif est celui de trouver la vérité concernant les faits ayant eu lieu en octobre 2007. “Les preuves contre l´entreprise sont-elles indubitables “, a-t-il dit. “Un éventuel acquittement de Syngenta signifierait la complicité du système de justice concernant les massacres, tel le prouve ce cas. ”

mst2Des manifestants protestent pour la mort de Keno devant le siège de l´entreprise, en Suisse, en 2008

Exception à la règle

Consultée sur la décision, Isabel Nascimento dos Santos s´est déclarée heureuse, bien ailleurs la réparation économique. Gravement blessée pendant l´attaque conçu et pratiqué par Syngenta en 2007, l´agricultrice a remarqué la reconnaissance de la part de la Justice, et la responsabilité de l´entreprise dans cette affaire.

“Il s´agit maintenant de lever la tête, d´essayer d´oublier un peu la souffrance que nous avons vécue´´. La lutte a-t-elle pris fin? “Jamais! On va tout droit en avant, on va donner suite au travail de Keno”.

Le représentant du MST de la région de Cascavel, Eduardo Rodrigues, remarque l´importance de la décision. Selon Rodrigues, c´est très fréquent de vérifier de l´impunité des grandes entreprises qui violent les droits, et au même temps, c´est fréquent de constater que des membres du mouvement paysan sont-ils criminalisés pour leur lutte opposée au modèle de l´agro affaire. “L´ attaque n´a pas eu lieu sans la connaissance de la multinationale”, a dénoncé l´agriculteur. “Ils n´ont pas donné que leur soutien institutionnel, ils ont même donné leur soutien financier et de la logistique”.

Rodrigues a avoué qu´il voudrait bien que cette  décision soit appliquée à d´autres cas de responsabilité des entreprises pour les attaques qu´elles perpètrent. “J´espère que cette décision rendra plus forte notre lutte, en faisant visible nos copains”.

Il y a beaucoup d´obstacles à surmonter afin de parvenir à que les entreprises respectent les droits humains et qu´elles deviennent responsables des violations qu´elles commettent. Cette réalité a provoqué la discussion de l´Organisation des Nations Unies (ONU) sur l´établissement d´un traité international qui puisse créer des mécanismes de prévention, de réparation et de responsabilité en ce qui le sujet des entreprises et des droits humains.

Le groupe de travail de l´ONU, qui mène à bien des activités pour l´établissement de ce traité, visitera le Brésil en décembre prochain. On espère que les représentants  de l´ ONU puissent  utiliser la condamnation de Syngenta comme une référence au moment des évaluations des grandes entreprises qui commettent des violacions contre les droits humains moyennant des entreprises externalisées.

Sur ce dossier

Le 21 octobre 2007, près de 40 tueurs de l´entreprise “NF Sécurité”, ont attaqué le campement de La Vía Campesina, situé au campus d´expérimentation des OGM de la transnationale Syngenta, à Santa Tereza de l´ Ouest (État de Paraná). Le lieu avait été récupéré par environ 150 membres de La Vía Campesina, et du Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre (MST), ce même matin-là.

Les occupants dénonçaient les réalisations des essais illégaux avec du maïs transgénique dans la zone au Parc National d´Iguazú. Les membres de La Vía Campesina ont voulu même dénoncer les entreprises biotechnologie agissant d´une telle manière à imposer un modèle d´agriculture provoquant des dommages climatiques et de l´environnement moyennant l´utilisation des OGM et des agro toxiques. Et de cette façon, essayer de pouvoir rendre invisible la production des aliments sains pour les paysans, les communautés originaires et traditionnelles.

Des miliciens de l´entreprise “NF Sécurité” fortement armés ont envahi le lieu en tirant de coups de revolver sur les personnes présentes dans cet espace.  Selon les informations de La Vía Campesina, l´action avait  été promue par Syngenta, qui utilisait des services de “NF Sécurité”, et aussi avec la participation de la Société Rurale de la Région Ouest (SRO), et le  Mouvement des Producteurs Ruraux (MPR), lié à l´agro affaire. Des indices signalent que l´entreprise de sécurité ne serait- elle qu´une façade. Et qu´elle aurait embauché des gardes d´une manière illégale pour les opérations d´attaque.  Outre Keno, les tireurs ont ciblé Isabel et ils ont aussi blessé trois  agriculteurs.

Possédant le19 % du marché des agro chimiques, et la troisième entreprise ayant le plus grand gain dans la commercialisation des semences du monde, très proche de Monsanto et de Dupont, Syngenta, avec d´autres transnationales, rend encore plus grave la scène de violence dans le campus moyennant l´imposition d´un modèle d´agriculture basé sur la monoculture, sur la super exploitation du travailleur, sur la dégradation de l´environnement, sur l´utilisation des agro toxiques et sur l´appropriation des ressources naturelles et génétiques.

Dans le lieu où il y a eu l´attaque, aujourd´hui se dresse le Centre de Recherche en  Agroecologie Valmir Mota de Oliveira, “Keno”.

>> Sur le sujet de la responsabilité des entreprises pour les violations des droits humains, Terre de Droits a conçu une guide afin de fournir une  évaluation sur les  possibilités de plaider contre les entreprises dans le domaine international.

Source : http://www.alainet.org/fr/articulo/173897



Les 5 propositions du Mouvement des Travailleurs Sans Terre aux candidats à la Présidence de la République

Par Joao Paulo Rodriguez, membre de la Direction Nationale du MST, formé en sciences sociales et membre du groupe de conjoncture de la Fondation Perseu Abramo.

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1. Lutte pour une Assemblée Constituante exclusive de réforme politique.

Nous ne pouvons admettre qu’au Congrès National siègent 76 députés qui s’affichent comme représentants de l’agro-business. De l’autre côté seuls 7 députés se déclarent représentants des paysans sans terre. Au total seulement 8 % des députés sont des femmes. Cette réalité ne changera qu’avec une réforme du système politique qui ne sera pas réalisée par un Congrès issu du financement privé des campagnes. La société a besoin d’intervenir dans ce processus à travers la construction d’une Assemblée Constituante Exclusive et Souveraine du Système Politique.

 2. Démocratiser la terre pour les Sans Terre.

C’est l’heure de lancer la bataille de la démocratisation des terres brésiliennes. Comment admettre que les meilleures terres agricoles soient au service des grandes transnationales de la canne à sucre, de l’eucalyptus et du soja, et dans leur majorité sous contrôle du capital étranger ? 60 millions d’hectares de terre cultivables sont en litige au Brésil – elles peuvent être destinées à la Réforme Agraire ou être achetées à tout moment par des étrangers. Il est important que l’exécutif organise un plan d’expropriation des grandes propriétés et garantisse la terre aux familles de paysans sans terre qui vivent dans les campements, en plus de la démarcation des terres indigènes et de garantir le droit des quilombolas et de leurs descendants (communautés afrodescendantes).

3. Pour un plan de production d’aliments sains.

Le Brésil est le plus grand consommateur de produits agrotoxiques au monde. Les petits agriculteurs peuvent produire des aliments de qualité sans ces poisons pour approvisionner le marché brésilien tout en préservant l’environnement et garantissant une diversification des aliments nécessaires pour l’équilibre alimentaire. Pour cela nous avons besoin d’augmenter la capacité de la Compagnie Nationale d’Approvisionnement (Conab) pour l’acquisition des produits de la Réforme Agraire et pour garantir que les mairies achètent ces aliments pour les repas scolaires.

Le gouvernement fédéral, les états régionaux et les municipalités doivent être partenaires des petits agriculteurs à travers un esemble de politiques publiques, agro-industrielles, politiques de crédit, de protection et de développement de semences, d’assistance technique et de formations pour contribuir à l’organisation de la production alimentaire. Nous proposons ainsi la création d’une entreprise d’État pour satisfaire cette demande.

4. Education et culture en zone rurale, comme lieu agréable de vie.

Les zones rurales brésilienes ne peuvent être réduites à un lieu pour produire. Nous ne pouvons traiter la campagne comme si elle n’était qu’une grande usine à grains. Nous avons besoin de zones rurales comme lieu agréable de vie, c’est pourquoi l’État doit renforcer les politiques publiques qui garantissent une qualité de vie. D’emblée nous revendiquons l’arrêt immédiat des fermetures des écoles rurales. Dans les dernières quinze années plus de vingt mille écoles ont été fermées. Nous avons besoin d’internet de qualité, de centres culturels, d’écoles pour les enfants, de transport public, d’équipements et d’infrastructures pour les pratiques sportives, et de politiques de publicité pour les publications centrées sur la vie de la population rurale.

5. Construire un projet populaire pour le Brésil.

De notre point de vue, la bataille électorale principale se joue entre le néo-développementisme et le néo-libréralisme. Nous ne sommes représentés par aucun de ces deux projets mais il est important de battre le néo-libéralisme et toute la droite conservatrice qui l’appuie. Face à cette conjocture nous devons débattre et construire un champ politique autour d’une plate-forme de réformes structurelles qui soit dirigée et hégémonisée par le camp populaire. Ceci permettra de résoudre les problèmes sociaux du monde du travail et en même temps, d’accumuler des forces pour les transformations profondes de l’État brésilien et pour élever le niveau de conscience politique et culturel de la classe des travailleurs.

Nous croyons le moment propice à l’ouverture d’un grand débat avec toutes les forces populaires et de gauche, avec les partis qui croient encore à la réforme agraire comme moyen de construire une société plus juste et égalitaire. Enfin, indépendamment de qui gagnera les élections, nous devons nous préparer pour les nombreuses luttes que connaîtra la prochaine période.

Source : http://www.revistaforum.com.br/rodrigovianna/plenos-poderes/eleicoes-gerais-momento-de-debate-das-mudancas-estruturais-e-reforma-agraria.html

Traduction :  Thierry Deronne

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Un Congrès de masse et combatif

Mobilisation des Sans Terre devant le Palais présidentiel, Brasilia, 12 février 2014

Mobilisation des Sans Terre devant le Palais présidentiel, Brasilia, 12 février 2014

Assemblée du Congrès national du MST, Brasilia, 11 février 2014

Le sixième Congrès national du Mouvement des travailleurs ruraux Sans Terre (MST) s’est achevé vendredi dernier, 14 février. De lundi à vendredi, 14 000 militant-e-s Sans Terre ont monté leur campement au centre de la capitale Brasilia et débattu de l’avenir de la lutte pour la terre au Brésil, des alliances à réaliser entre travailleurs ruraux et urbains pour affronter le capitalisme financier et l’agronégoce, de la libération de la femme. Le mot d’ordre qui a donné le ton du Congrès: « Lutter! Construire la Réforme Agraire Populaire. »

Un nouveau modèle de Réforme Agraire

Les débats n’ont pas évité les difficultés affrontées par le MST. Elles étaient résumées par João Pedro Stedile, dirigeant national du MST: depuis les années 2000, une avalanche de capital étranger a déboulé sur les terres brésiliennes. Conséquence: 85% des terres agricoles sont contrôlées aujourd’hui par les firmes de l’agronégoce, et recouvertes par les monocultures de soja, maïs, eucaliptus, destinés à l’exportation. Ce modèle de production entraîne un renforcement de la concentration des terres, et expulse les travailleurs ruraux  de la campagne. Pour compléter le tableau, le lobby de l’agronégoce domine largement les médias et la classe politique, au-delà des différences partisanes. Ces facteurs expliquent le recul de la réforme agraire au cours de la dernière décennie.

Tout n’est pourtant pas perdu. Comme le soulignait Stedile, « l’agronégoce est temporaire. Il va succomber sous ses propres contradictions »: ce modèle de production empoisonne terres et travailleurs par l’usage intensif de produits agrotoxiques, ne crée pas d’emplois, entraîne une désindustrialisation du pays et place le Brésil dans une situation de dépendance face à la demande en matières premières – et la fluctuation de leurs prix – sur le marché mondial.

« Face à ce modèle, nous devons défendre un nouveau type de Réforme Agraire », a martelé João Pedro Stedile: une Réforme Agraire Populaire, qui va au-delà de la simple redistribution des terres: elle implique un changement de la matrice productive de l’agriculture brésilienne, fondé sur les principes de l’agro-écologie, le développement d’agro-industries décentralisées produisant des aliments destinés au marché intérieur, le développement de l’éducation et l’accès aux services de santé à la campagne.

Reprise des luttes

Un vaste programme, qui ne pourra être appliqué, selon Stedile, que si l’ensemble des organisations de travailleurs du pays unissent leur lutte à celle du MST, à travers d’une reprise générale des luttes sociales. Le jeudi soir (13 février), Stedile appelait à l’unité de toutes les composantes de la gauche au cours d’un acte politique en faveur de la réforme agraire, regroupant des secteurs larges de la société, des évêques au très à gauche PSTU (Parti socialiste des travailles unifiés), en passant par le secrétaire général de la présidence, Gilmar Carvalho (PT, Parti des Travailleurs).

Stimuler la participation populaire

Les débats n’ont pas fait l’économie des défis internes posés au MST. Pour Jaime Amorim, dirigeant de l’Etat de Pernambouc (Nord-Est), l’heure est venue de reprendre le chemin des occupations massives de latifundia à travers le pays, seule issue pour arracher la réforme agraire face à un gouvernement qui l’a reléguée au placard. Une option partagée par Gilmar Mauro, dirigeant national de l’organisation. Pour Mauro, l’organisation doit, pour retrouver son punch, stimuler l’horizontalité et la participation la plus large de sa base, stimuler la participation des femmes et passer le témoin à une nouvelle génération de dirigeants. Comme le soulignait le dirigeant: « C’est la classe travailleuse qui va réaliser la réforme agraire, et pas une poignée de dirigeants qui le feront à leur place », rappelait le dirigeant. Avant de conclure: « Plus que tout, nous devons lutter. Car c’est dans la lutte que le travailleur devient protagoniste de son histoire, qu’il se forme et qu’il transforme la société. »

Un élément important: ont été invités lors du débat de mercredi sur la lutte des classes au Brésil, aux côtés de représentants des traditionnelles  centrales syndicales CUT et Força Sindical, une représentante du Mouvement Passe Livre, à l’origine des grandes manifestations de juin 2013, et de la combative centrale Intersindical, issue d’une rupture avec la CUT (liée au PT). Quand le nouveau rejoint l’ancien…

Mobilisation déterminée

Après la parole, les actes. Le jeudi 13 février, les 15 000 militant-e-s réalisaient une gigantesque marche à travers Brasilia. Arrivés devant le Palais gouvernemental, le MST montrait sa détermination: confronté à la violence policière qui voulait l’empêchait de dérouler ses banderoles devant l’entrée du bâtiment, les manifestant-e-s ne reculaient pas, malgré les tirs au Taser, les gaz lacrymogènes et les balles en caoutchouc. Ils montaient, devant le Palais présidentiel, leurs baraquements en bois, symbolisant les près de 200 000 familles attendant une terre sous des bâches à travers le pays. En même temps, ils réalisaient une action poussant le Suprême Tribunal Fédéral – ultra-conservateur, qui bloque systématiquement tous les procès de désappropriation de terres – à interrompre sa session en cours. La pression allait payer: le lendemain, la présidente Dilma Rousseff (PT) recevait, pour la première fois en trois années de présidence, une délégation du MST. À l’issue de la réunion, elle s’engageait à octroyer une terre à 30 000 familles en 2014 et à remettre la réforme agraire à l’ordre du jour.

Reste à voir si ces promesses se concrétiseront. N’oublions pas que, mardi 11 février, durant le Congrès du MST, la présidente visitait une plantation de soja et célébrait la « victoire de l’agrobusiness » brésilien, qui a connu en 2013 une production record. Le facteur déterminant sera, sans doute, la capacité du MST à radicaliser sa lutte. Les premiers tests viendront rapidement, lors des Journées d’action du 8 mars, puis des mobilisations de l’ »avril rouge. » Un signal important a été donné à Brasilia.

Source : http://amisdessansterre.wordpress.com/2014/02/18/un-congres-de-masse-et-combatif/



Les « Sem Terrinha » en action…

Les 18-19 septembre 2013, première rencontre des « Sem Terrinha »  – enfants des familles sans terre – du campement Maria Lindaura (450 familles, région Nord de Sergipe). 150 enfants ont participé aux activités: ludiques (théâtre, bibliothèque, foot bien sûr) mais aussi éducatives – dans le contexte de campements sans eau, électricité, système d’égoût et de fosses septiques, les questions d’éducation en santé sont primordiales pour éviter les maladies qui guettent les familles et leurs enfants. Les parents étaient aussi présents. Et une participation spéciale pour nous: notre « Sem Terrinha » Nilo, déchaîné…

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Campement Virgulino Ferreira, en lutte contre l’oligarchie de Sergipe

DSCN4088Les 10 et 11 novembre, nous étions dans le campement Virgulino Ferreira da Silva, du nom du célèbre Robin des Bois local, mieux connu sous le nom de Lampião, qui volait les riches avec sa bande de cangaceiros, et est devenu un symbole de la résistance populaire face aux grands propriétaires.

Difficile de mieux choisir le nom de ce campement, qui résiste depuis des années, malgré cinq expulsions par la Police Militaire, non loin de la ville de Carira (région Agreste de l’Etat de Sergipe). 180 familles y campent au bord d’une route principale, sous un soleil de plomb. Les perspectives sont difficiles: bien que revendiquant une grande propriété improductive, les familles ont jusqu’à présent étant déboutées par l’Institut national de colonisation et réforme agraire (INCRA), chargé de conduire le processus amenant à la désappropriation des terres déclLarées improductives au sens de la Constitution brésilienne de 1988 – et selon des critères complètement dépassés.

Une des raisons des difficultés affrontées peut être la suivante: la propriété revendiquée par les familles du MST appartient à la famille Franco. Depuis la colonisation du Brésil par le Portugal, la famille Franco est une des plus riches et puissantes de l’Etat. Figurent, entre autres, à son patrimoine: d’immenses étendues de terres destinées le plus souvent à la culture de canne-à-sucre ou à l’élevage de bovins, une usine de production de sucre et d’éthanol, la plus grande entreprise de production de lait de l’Etat (Sabe), un Motel, une entreprise de production textile, les deux principales chaînes de TV de l’Etat (TV Sergipe et TV Atalaia), ainsi qu’un des trois plus importants journaux (Jornal da Cidade). La famille a dominé pendant des décennies la politique locale. Deux de ses rejetons ont gouverné l’Etat, à plusieurs reprises.


Les 180 familles du Virgulino Ferreira ont affaire à forte partie. Mais elles continuent la lutte – avec la conviction qu’elles gagneront, en fin de compte. Chapeau bas.

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Source : http://amisdessansterre.wordpress.com/2013/11/21/campement-virgulino-ferreira-en-lutte-contre-loligarchie-de-sergipe/




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