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Le groupe ETC dénonce la prise de contrôle du marché mondial des semences et des aliments par les grands groupes privés

Monsanto_semillasTrois entreprises contrôlent les 53 % du marché mondial de semences, six compagnies de pesticides dominent les 76 % du secteur et dix corporations se partagent les 41 % du marché des fertilisants. Avec noms propres et gains chiffrés, un rapport international vient d’offrir des données dures sur les multinationales de l’agrobusiness. “La concentration du pouvoir des corporations et la privatisation de la recherche doivent être discutées comme des thèmes centraux dans la recherche de solutions au problème de qui va nous alimenter” conclut Kathy Jo Wetter, coordinatrice de l’enquête depuis les États-Unis, et qui souligne un des mensonges principaux du modèle de l’agro-business : “C’est un grand mensonge de dire que le modèle agro-industriel peut combattre la faim dans le monde”. Et d’insister sur la nécessité d’en finir avec les oligopoles et de fortifier un autre modèle.

Le Groupe ETC est un espace de référence en matière d’études sur les corporations de l’agro. Fort de trente ans de travail et possédant des bureaux au Canada, aux États-Unis et au Mexique, il publie périodiquement des documents sur les cinq continents, basés sur le croisement d’information officielle avec celle des entreprises. “Semences, sols et paysans. Qui contrôle les produits agricoles ?” résume la situation des multinationales de l’agriculture.

Les trois entreprises qui contrôlent 53 % du marché mundial de semences sont Monsanto (26 %), DuPont Pioneer (18,2 %) et Syngenta (9,2 %). A elles trois elles elles Font un chiffre d’affaires de 18 milliards de dollars annuels. Entre la quatrième et la dixième place on trouve Vilmorin (du groupe français Limagrain), WinField, l’allemande KWS, Bayer Cropscience, Dow AgroSciences et les japonaises Sakata et Takii.

Ces dix entreprises dominent les 75 % du marché mundial de semences. Chiffre d’affaires annuel : 26 miliards de dollars.

Le rapport explique que les grandes compagnies ont déjà acheté la majeure partie des entreprises qu’elles pouvaient acquérir dans leurs pays d’origine et que la nouvelle stratégie est d’acquérir et d’établir des alliances avec des compagnies d’Inde, d’Afrique et d’Amérique Latine. Exemples, l’états-unienne Arcadia Biosciences et l’argentine Bioceres (parmi ses directeurs on trouve Gustavo Grobocopatel et Víctor Trucco, parmi d’autres référents de l’industrie locale des OGM). Le Groupe ETC lance l’alarme sur le fait que le cartel des semences impulse la privatisation des semences à travers la “protection plus sévère de la propriété intellectuelle” et le découragement la pratique la plus ancienne de l’agriculture : conserver des semences de la récolte pour les utiliser lors des prochaines semailles.

Le cadre légal impulsé par les entreprises de l’agro et les gouvernements s’appelle UPOV 91 (Union Internationale pour la Protection des Licences Végétales) qui interdit l’échange de variétés entre paysans.

Le secteur de l’agro-chimique est lui aussi entre peu de mains. Dix compagnies contrôlent 95 % du secteur. Syngenta (23 % du marché et 10 milliards de dollars annuels), Bayer CropScience (17 % et 7,5 milliards), Basf (12 % et 5,4 milliards), Dow AgroSciences (9,6 % et 4,2 milliards) et Monsanto (7,4 % et 3,2 milliards). Entre les sixième et dixième rangs on trouve DuPont, Makhteshim (acquise par la chinoise Agrochemical Company), l’australienne Nufarm et les japonaises Sumitomo Chemical et Arysta LifeScience. Ces dix entreprises totalisent un chiffre d’affaires de 41 milliards l’an.

Le rapport signale l’augmentation exponentielle des produits agro-chimiques dans les pays du sud. Les auteurs mettent en cause l’augmentation de l’exposition chimique et son impact sur la santé publique.

Les oligopoles ont envahi tout le système agro-alimentaire” résume Kathy Jo Wetter du bureau états-unien du Groupe ETC, pour exiger “de remettre en vigueur les régulations nationales en matière de concurrence et d’établir des mesures qui défendent la sécurité alimentaire globale”. Elle critique vivement le discours des entreprises qui promettent d’en finir avec la faim sur la base du modèle agricole actuel : “C’est un grand mensonge que d’affirmer qu’en intensifiant la production industrielle avec les technologies du nord (semences OGM, pesticides et génétique animale promus par les corporations) la population mondiale aura des aliments pour survivre”.

En ce qui concerne les fertilisants, dix compagnies contrôlent 41 % du marché pour un chiffre d’affaires de 65 milliards de dollars. Il s’agit des entreprises Yara (6,4 %), Agrium Inc (6,3 %), The Mosaic Company (6,2 %), PotashCorp (5,4 %), CF Industries (3,8 %), Sinofert Holdings (3,6 %), K+S Group (2,7 %), Israel Chemicals (2,4 %), Uralkali (2,2 %) et Bunge Ltd (2 %).

Le Groupe ETC a également analysé le secteur phramaceutique : sept compagnies accaparent 72 % du marché global. Quant au secteur de la génétique du bétail, quatre firmes dominent 97 % de la recherche et du développement sur la volaille (poules d’engraissement, pondeuses et dindes).

Silvia Ribeiro, directrice pour l’Amérique Latine du Groupe ETC, a souligné la nécessité d’un autre modèle agricole : “Le réseau paysan de production d’aliments est pratiquement ignoré ou reste invisible pour ceux qui élaborent les politiques qui doivent résoudre les thèmes de l’alimentation, de l’agriculture et de la crise climatique. Cela doit changer, les paysans sont les seuls à disposer réllement la capacité et la volonté d’alimenter ceux qui souffrent de la faim”.

Pour réduire la concentration

Le groupe ETC alerte sur le fait que la concentration du marché agro-alimentaire a provoqué une haute vulnérabilité du système alimentaire mondial. “Il est temps de dépoussiérer les régulations nationales sur la concurrence et de commencer à considérer des mesures internationales pour défendre la sécurité alimentaire du monde” exige le rapport. Autre recommandation : pour les aliments et l’agriculture le niveau de concentration de quatre compagnies ne peut excéder 25 % du marché et une seule entreprise ne peut en occuper plus de 10 %. Le rapport propose d’interdire à toute entreprise la vente de semences dont la productivité dépende des produits agro-chimiques de la même entreprise.

ETC recommande aux gouvernements de mettre en oeuvre des politiques de concurrence qui comprennent des mesures fortes contre les monopoles combinées à des actions concrètes pour protéger les petits producteurs et les consommateurs. Il demande au Comité pour la Sécurité Alimentaire de l’ONU d’évaluer sérieusement la capacité du modèle industriel de l’agro-business et de fortifier par des mesures concrètes le réseau des aliments paysans “de manière à garantir avec succès la sécurité alimentaire”.

Darío Aranda

Source (espagnol) : http://www.pagina12.com.ar/diario/sociedad/3-248242-2014-06-10.html

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : https://mouvementsansterre.wordpress.com/2014/06/11/le-groupe-etc-denonce-la-prise-de-controle-du-marche-mondial-des-semences-et-des-aliments-par-les-grands-groupes-prives/ 

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Lutter, construire la réforme agraire populaire ! Manifeste pour le VIème Congrès des Travailleurs Sans Terre (février 2014)

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Nous, Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre (MST), après trente ans de lutte, prenons les engagements suivants :

1 ) La terre, l’eau, les forêts, la faune, la flore, les minéraux, le soleil, bref tous les produits de la nature doivent être au service du peuple et doivent être préservés pour les générations futures .

2 ) L’accès à la terre doit être démocratisé et sa fonction sociale réalisée. Toutes les familles paysannes doivent avoir le droit de vivre et de travailler la terre et de vivre sur elle.

3 ) Nous soutenons la démarcation de tous les territoires appartenant aux peuples indigènes, aux communautés autochtones traditionnelles, quilombos des afro-descendants, riverains, mineurs et pêcheurs artisanaux.

4 ) Nous devons prioriser une production alimentaire saine, garantir la santé des producteurs, des consommateurs et la préservation de la nature. La nourriture est un droit et ne peut être réduite à des marchandises, sources d’exploitation et de lucre.

5 ) Nous soutenons le principe de la souveraineté alimentaire, pour que chaque communauté et chaque région produise la nourriture nécessaire à sa population.

6) La production agricole doit être agro-écologique et doit abolir l’utilisation des pesticides et des semences génétiquement modifiées.

7 ) Les semences sont un patrimoine des peuples au service de l’humanité, et ne peuvent être soumises à aucune propriété privée.

8) Promouvoir différentes formes de coopération agricole et développer dans les zones rurales une agro-industrie sous le contrôle de travailleurs.

9) Lutter contre la déforestation et impulser le reboisement des zones dégradées avec des arbres indigènes et fruitiers.

10 ) Développer, sous la forme de coopératives, la souveraineté énergétique de chaque communauté, profitant des sources d’énergie renouvelables, pour répondre aux besoins de la population.

11 ) Toutes les personnes vivant en zone rurale ont droit à l’éducation publique, gratuite, de qualité et à tous les niveaux, sur leur lieu de résidence.

12 ) Garantir le droit de la population paysanne à produire et à jouir des biens culturels et de l’accès aux différents médias.

13 ) Les travailleurs/employés ruraux doivent jouir des mêmes droits sociaux, de la même sécurité sociale et des mêmes garanties que les travailleurs/employés urbains.

14 ) Les relations sociales de production doivent abolir l’exploitation, l’oppression et l’aliénation. Les travailleurs doivent contrôler le résultat de leur travail.

15 ) Combattre toutes les formes de violence contre les femmes, enfants et personnes âgées. Il faut éliminéer toutes les formes de discrimination sociale, de genre, d’appartenance ethnique, religieuse ou d’orientation sexuelle.

16 ) Combattre toutes les formes de travail forcé et d’esclavage, exproprier les fermes et les entreprises qui les pratiquent et sanctionner leurs propriétaires et responsables.

17 ) Garantir l’accès à la formation permanente, technico-scientifique et politique, pour tous les habitant(e)s des zones rurales. La connaissance doit être un outil de conscientisation, de libération et d’élévation culturelle permanente.

Les zones rurales doivent être un endroit où il fait bon vivre. Où les gens voient leurs droits respectés et jouissent de conditions de vie dignes. C’est pourquoi nous maintenons notre ferme engagement de lutter pour la transformation sociale !

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En route vers le VIème Congrès du Mouvement des Travailleurs Sans Terre (MST) | 10-14 février 2014, Brasília / DF

Traduction : T.D.

URL de cet article : https://mouvementsansterre.wordpress.com/2013/12/30/lutter-construire-la-reforme-agraire-populaire-manifeste-pour-le-vieme-congres-des-travailleurs-sans-terre-fevrier-2014/



Le mouvement des « Sans Terre » alimentera les écoliers de la plus grande ville du Brésil

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Récolte de riz par les producteurs du Mouvement des Sans Terre

Le « Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre » (MST) est un mouvement social qui milite pour que les paysans brésiliens ne disposant pas de terres puissent en cultiver.

Ce mouvement lutte aussi pour une agriculture écologique et une réforme agraire juste et non commerciale.

Récemment, la mise en production de plusieurs grandes propriétés (« latifundios ») récupérées par les Sans Terre a permis la signature d’un accord inédit et sans précédent avec la mairie de Sao Paulo, centre économique du pays, portant sur la livraison de 930 tonnes de riz organique, produit par la coopérative des travailleurs agricoles de la région de Porto Alegre (Cooperativa dos Trabalhadores dos Assentados da Região de Porto Alegre (Cootap).

Ce riz est destiné au réseau public des écoles de Sao Paulo. Le MST fournit donc de la nourriture organique à la plus grande ville du pays et y voit l’embryon d’une nouvelle responsabilisation de l’État en ce qui concerne l’alimentation dans le secteur de l’éducation publique:  les écoles municipales, qui abritent près de 260.000 enfants, recevront des aliments exempts de pesticides, produits dans les coopératives de groupes d’agriculteurs qui luttent pour la réforme agraire dans le pays.

Pour Erika Fisher, du département de l’Alimentation Scolaire de la Mairie (PT, parti de Dilma Roussef) de Sao Paulo, « il est fondamental que les enfants puissent consommer une alimentation saine, cela aura des répercussions favorables sur leur croissance« .

Cet accord est estimé à une valeur de 2,4 millions de Réal, sois environ 1,08 millions de dollars US.

La signature d’autres accords semblables  entre le MST et la mairie de Sao Paulo est déjà prévue pour d’autres aliments de base tels que les haricots.

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Le maire de Sao Paulo Fernando Haddad (Parti des Travailleurs) avec le Coordinateur du Mouvement des Sans Terre Joao Pedro Stedile.

Source : http://www.mst.org.br/MST-assina-primeiro-contrato-de-comercio-de-alimentos-com-prefeitura-de-Sao-Paulo

Pour soutenir concrètement le Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre du Brésil, on peut contacter Lucas Tinti, prointer@mst.org.br

URL de cet article : http://bit.ly/1chrnuN



« Les grands médias occultent que Monsanto a poussé 284.000 paysans indiens au suicide» explique la scientifique Vandana Shiva à Botucatu (Brésil).

Un militant du Mouvement des Travailleurs sans Terre du Brésil brûle des graines de soja transgéniques lors d’une manifestation précédant la cérémonie d’ouverture de la huitième réunion de la Conférence des Parties à la Convention sur la biodiversité (COP 8) à Curitiba, au Brésil, le 27 mars 2006. On estime à 88,8 % le soja transgéniquement modifié cultivé au Brésil.

par Pericles De Oliveira,  Botucatu, 1 août 2013.

La chercheuse Vandana Shiva lors d’une de ses conférences internationales

C’est pour près de 3000 personnes que la célèbre scientifique indienne Vandana Shiva a réalisé un exposé d’une heure et a répondu aux questions, ouvrant la IIIème journée internationale d’agro-écologie à Botucatu, Brésil, l’après-midi du 31 juillet 2013.59708_10200997789296227_1061044829_n

Vandana Shiva a commencé par raconter sa vie d’étudiante en biologie et en physique quantique à l’université, aliénée par rapport aux réalités du monde, jusqu’au choc que signifia pour elle le tragique accident survenu dans l’usine états-unienne de pesticides Union Carbide, installée à Bhopal qui causa la mort de 35 mille indiens, il y a trente ans. A partir de là, elle s’est convertie à la cause du peuple et n’a cessé d’enquêter sur les activités des entreprises transnationales dans l’agriculture.  

Elle est aujourd’hui considérée comme une des principales scientifiques et chercheuses en matière des atteintes à la santé et de la destruction de la biodiversité que les OGM et les produits agro-toxiques des entreprises transnationales causent dans le monde entier.

Elle est repartie des conséquences de la “révolution verte” des années 60, que le gouvernement des États-Unis imposa à son aire d’influence comme moyen de vendre plus de produits agro-chimiques et plus de marchandises agricoles, subjuguant la paysannerie de tous ces pays. Résultat : 65% de toute la biodiversité et des ressources en eau douce mondiale ont été polluées par les agro-toxiques. Des études montrent que 40% de l’effet de serre qui affecte le climat planétaire est causé par l’usage excessif et non nécessaire de fertilisants agricoles chimiques. Dans de nombreuses régions d’Europe, à la suite de la mortalité et de la disparition des abeilles, la productivité agricole a déjà chuté de 30%. Vandana Shiva a rappelé que si nous nous calculions les préjudices et les coûts nécessaires pour rétablir la biodiversité, rééquilibrer l’environnement et remédier aux dégâts climatiques, le montant en dollars dépasserait le chiffre d’affaires de la vente de biens par les entreprises.

En ce qui concerne l’action des entreprises transnationales qui opèrent dans l’agriculture – Monsanto, Bungue, Syngenta, Cargill – Vandana explique qu’elles contrôlent la production et le commerce mondial de la soja, du maïs, du colza et du blé, martelant via la publicité que l’humanité dépend des aliments produits par l’agro-business. En réalité l’humanité se nourrit de centaines d’autres végétaux et sources de protéines qu’elles écartent et n’ont pas encore pu contrôler.  

Pour la chercheuse “ces entreprises qui promeuvent les OGM n’ont rien inventé et n’ont rien développé. La seule chose qu’elles ont faite fut d’opérer des mutations génétiques qui existent dans la nature pour rentabiliser la vente de leurs produits agro-toxiques.

Elle a expliqué que Monsanto a réussi à prendre le contrôle de la production du coton en Inde avec l’appui de gouvernements soumis, néo-libéraux et qu’aujourd’hui 90% de la production dépend des semences et des poisons. Ce qui a entraîné une destruction du mode paysan de production du coton et l’endettement généralisé des producteurs. La conjonction de l’usage de produits toxiques qui ont mené à la dépression et à la honte de la dette, ont poussé depuis 1995 284.000 paysans indiens au suicide. Un véritable génocide occulté par les grands médias du monde entier et dont le coupable principal est l’entreprise privée Monsanto.

Malgré tout ce sacrifice en vies humaines, Monsanto reçoit dans son pays 200 millions de dollars annuels, perçoit des royalties pour l’usage de semences génétiquement modifiées de coton.

La critique du modèle de l’agro-business en général

Le modèle de l’agro-business n’est qu’une forme de s’approprier les bénéfices des biens agricoles mais il ne résout pas les problèmes du peuple. La preuve : en  augmentant beaucoup la production, nous pourrions alimenter 12 milliards de personnes alors qu’aujourd’hui nous avons un milliard de personnes qui souffrent de la faim quotidiennement, 500 millions d’entre elles étant des paysans qui ont vu leur système de production d’aliments détruit par l’agro-business.    

Les produits agricoles sont de simples marchandises, plus des aliments. 70 % des aliments dans le monde restent produits par les paysans. Nous devons comprendre que les aliments sont la synthèse de l’énergie nécessaire aux êtres humains pour survivre à partir du milieu où ils vivent, recueillant cette énergie de la fertilité et de l’environnement. Plus grande la biodiversité naturelle, plus grand le nombre de sources nutritives et plus saine pour les humains l’alimentation produite dans cette région. L’agro-business a détruit la biodiversité et les sources d’énergie véritables.

Les entreprises utilisent le fétiche de la publicité des techniques modernes de la bio-technologie utilisées pour augmenter la productivité des plantes. Mais ce n’est qu’un hameçon : quand on fait des recherches sur ces bio-technologies on se heurte au secret. Dans le fond elles ne sont que des mécanismes pour augmenter la rentabilité des grandes plantations ; l’agriculture industrielle est la standardisation de la connaissance, la négation de la connaissance de l’art de cultiver la terre. La vraie connaissance est développée par les agriculteurs eux-mêmes et par les chercheurs dans chaque région, dans chaque biome, pour chaque plante.

Le modèle de l’agro-business veut transformer les personnes en « consommateurs » de leurs produits. Nous devons combattre l’usage et le réductionnisme du terme “consommateurs”, pour utiliser l’expression « êtres humains » ou personnes qui ont besoin de vie saine. Le consommateur est une réduction subalterne de l’être humain.

Les entreprises de l’agro-business disent qu’elles incarnent le développement et le progrès, qu’elles contrôlent 58% de toute la production agricole mondiale, mais en fait elles ne donnent du travail qu’à 3% des personnes vivant dans le monde rural. C’est donc un système anti-social.

La scientifique indienne a révélé qu’elle fait partie d’um groupe de 300 autres chercheurs internationaux qui se sont consacrés à étudier l’agriculture pendant trois années intensives et ont démontré que ni la révolution verte des États-Unis ni l’usage intensif des semences transgéniques et des produits agro-chimiques ne peuvent résoudre les problèmes de l’agriculture et de l’alimentation mondiales. Seule peut le faire la récupération des pratiques agro-écologiques em harmonie avec la biodiversité, partout sur la planète.

Elle a conclu sa critique du modèle de l’agro-business en montrant comment son projet génère la destruction, la peur, parce qu’ il est basé sur la concentration et l’exclusion. C’est pour cela que les entreprises procèdent à l’intimidation ou à la cooptation des scientifiques qui s’opposent à elles.

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La chercheuse Vandana Shiva

La solution : l’agro-écologie.

Le modèle agro-écologique est le seul qui permette de développer des techniques accroissant la productivité et la production sans destruction de la biodiversité. L’agro-écologie est la seule forme de créer de l’emploi et des formes de vie saines pour que la population puisse vivre en milieu rural sans être contrainte de se marginaliser dans les villes.

Surtout, les méthodes agro-écologiques sont les seules qui permettent la production d’aliments sains, sans poisons.

6 recommandations aux jeunes étudiants en agro-écologie et aux producteurs agricoles.

1.     La base de l’agro-écologie est la préservation et la mise en valeur des sources nutritives existantes dans le sol – en cela elle s’est référée à une autre scientique présente à cette rencontre et qu’elle a écoutée attentivement – la professeure Ana Maria Primavesi. Nous devons appliquer des techniques qui garantissent la santé du sol et de cette santé recueillir les fruits en termes d’énergie saine.

2.     Stimuler et promouvoir le contrôle des semences par les agriculteurs. Les semences sont la garantie de la vie. Nous ne pouvons permettre que des entreprises privées, transnationales, les transforment en marchandises. Les semences sont un patrimoine de l’humanité.

3.     Nous devons lier l’agro-écologie à la production d’aliments sains qui garantissent la santé et peuvent ainsi conquérir les coeurs et les esprits des habitants des villes comme des zones rurales, de plus en plus empoisonnés par les marchandises traitées par les agro-toxiques (multiplication de cancers depuis quarante ans). Si nous lions les aliments à la santé des personnes, nous gagnerons des millions des habitants des villes à notre cause.

4.     Nous devons transformer les territoires sous contrôle des paysans en véritables sanctuaires de semences, d’arbres sains, de cultures de la biodiversité, d’élevage d’abeilles, de diversité agricole.

5.      Nous devons défendre l’idée, qui fait partie de la démocratie, de la liberté des personnes de choisir les aliments. Les produits de référence ne peuvent pas se réduire à ceux que les entreprises décident de mettre dans les rayons.

6.      Nous devons lutter pour que les gouvernements cessent d’utiliser des fonds publics qui appartiennent à l’ensemble des citoyens, pour les transférer en subventions aux grands propriétaires et entrepreneurs de l’agro-industrie. C’est ce qui se passe dans le monde entier et aussi en Inde. Le modèle de l’agro-business ne survivrait pas sans ces subventions et sans les avantages fiscaux offerts par les gouvernements qui les garantissent.

Sur les difficultés de la transition à l’agro-écologie

En Inde, rappelle Vandana Shiva, on a vécu des problèmes majeurs à l’époque du colonialisme anglais. Gandhi a enseigné que la force est de toujours “lutter pour la vérité”. Le capital trompe, ment, pour pouvoir accumuler des richesses. Et la vérité est avec la nature, avec les personnes. S’il existe une volonté politique de réaliser des changements, s’il y a une volonté de produire des aliments sains, il deviendra possible de les cultiver.

Vandana Shiva a conclu en appelant tous les citoyens présents à s’engager dans la journée mondiale de lutte pour les aliments sains et contre les entreprises transnationales que la Via Campesina, des mouvements de femmes et des centaines d’organisations réaliseront dans la semaine du 16 octobre 2013 : ce sera l’occasion d’unifier nos voix sur le plan mondial.

Source : http://www.mst.org.br/node/15078

Traduction du portugais  : Thierry Deronne

Pour soutenir concrètement le Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre du Brésil, on peut contacter Lucas Tinti, prointer@mst.org.br

URL de cet article : https://mouvementsansterre.wordpress.com/2013/08/03/les-grands-medias-occultent-que-monsanto-a-pousse-284-000-paysans-indiens-au-suicide-explique-la-scientifique-vandana-shiva-a-botucatu-bresil/



Lettre unitaire et réunion des organisations rurales avec la présidente Dilma Rousseff

gfgmob_sociales_brasilUne coordination unitaire des mouvements des travailleurs et des populations rurales rencontrera la présidente Dilma ce vendredi 6 juillet 2013, à 15h, au Palais du Planalto, à Brasilia.

Des organisations comme la Contag, le Mouvement des Sans Terre, la Via Campesina, la Fetraf, entre autres, ont publié la Lettre aux travailleur(se)s du Brésil et à la Présidente dont voici le texte intégral :

« Nous, organisations et mouvements sociaux qui habitons les zones rurales, qui travaillons pour produire l’alimentation du peuple brésilien, avons été invités à une réunion avec la présidente Dilma Rousseff. Nous avons accepté l’invitation et nous espérons que ce dialogue va ouvrir une nouvelle étape pour résoudre les problèmes subis par les travailleur(se)s ruraux depuis des décennies et qui affectent les villes.

Par cette lettre, nous voulons expliquer quelle sera notre position lors de la réunion avec la présidente. Le peuple brésilien est dans la rue, exige et réclame des solutions aux problèmes réels de la classe ouvrière, comme la réduction des coûts du transport et son amélioration, il lutte pour l’amélioration des soins de santé (SUS) et pour une éducation publique, gratuite et de qualité, pour la démocratisation des médias, et contre la répression, entre autres. Les luttes exigent des changements structurels. Les luttes sociales sont légitimes : elles seules peuvent améliorer les conditions de vie de notre peuple.

Nous participons et nous continuerons à participer aux luttes populaires qui se déroulent dans les villes et les campagnes. Nous exprimons notre soutien et notre solidarité avec les luttes et les revendications populaires des jeunes, des populations des quartiers populaires et de tou(te)s les travailleur(se)s qui vivent dans les villes.

Dans les zones rurales il y a une énorme dette sociale et les inégalités sociales augmentent. La terre est concentrée dans les mains des grands propriétaires et des entreprises étrangères. Nos ressources naturelles, stratégiques, telles que la terre, l’eau, les forêts, les minéraux, sont privatisées et sont passées sous le contrôle des grandes entreprises. Selon l’IBGE, près de 8.300 propriétaires possèdent à eux seuls 83 millions d’hectares alors que 4,3 millions d’agriculteurs familiaux ne possèdent que 70 millions d’hectares. Or ce sont ces agriculteurs familiaux qui produisent 70% de l’alimentation consommée par la population brésilienne.

Le poison utilisé par l’agro-industrie arrive à notre table et provoque de nombreux problèmes de santé. Les prix alimentaires sont gonflés par le business de la spéculation. L’agriculture brésilienne est dominée par les sociétés transnationales.

Neuf grandes entreprises privées dominent et agissent comme des cartels sur  la production alimentaire, les produits toxiques, l’industrie semencière, imposent partout l’utilisation des pesticides dans l’agriculture; ils déboisent de vastes étendues de forêts et de mangroves; envahissent et persécutent les peuples autochtones, les pêcheurs et les communautés afro-descendantes ainsi que les travailleurs ruraux ; imposent le travail esclave ; criminalisent et persécutent les organisations ; augmentent les prix des aliments pour les populations des villes. C’est le modèle d’agriculture baptisé agro-business qui ne paie pas d’impôt à l’exportation, reçoit de grandes quantités d’argent public et se voit privilégié dans les politiques de l’État et des gouvernements.
Nous voulons le changement !

La rue demande des changements pour améliorer la vie des travailleurs dans les zones rurales comme dans les zones urbaines. Dans l’agriculture, nous voulons des changements profonds. Il est temps que les gouvernements surmontent leurs positions conservatrices et progressent au rythme que les luttes populaires exigent.

La dirigeante Janaina Stronzake, lors d'une action militante du Mouvement des Sans Terre.

La dirigeante Janaina Stronzake, lors d’une action militante du Mouvement des Sans Terre.

Voici ce que nous demandons au gouvernement de Dilma Roussef :

1. Récupérer la souveraineté nationale sur les terres brésiliennes. Nous proposons que le gouvernement annule les achats déjà conclus et exproprie toutes les terres contrôlées par des sociétés étrangères.

2. Accélérer la réforme agraire pour installer et légaliser immédiatement des milliers de familles de producteurs qui vivent encore dans des campements au bord des routes.

3. Politique publique de soutien, d’encouragement et de crédit pour la production d’une alimentation bon marché,  saine, sans poisons, et renforcement de la paysannerie. Adoption de programmes structurels pour les jeunes et pour les femmes rurales.

4. Garantir les droits des populations rurales, avec la reconnaissance et la délimitation immédiate des terres indigènes, afro-descendantes et les droits des personnes affectées par les barrages, des territoires de la pêche et autres.

5. L’interdiction immédiate des pesticides déjà interdits dans d’autres pays, l’interdiction de la pulvérisation aérienne, et une politique visant à réduire l’utilisation des pesticides dans le domaine. Révision en profondeur de la politique de libération des OGM et contrôle social.

6. Que le gouvernement assume une politique de contrôle de la déforestation à travers le pays et soutienne la récupération des zones abîmées et le reboisement pour l’ agriculture paysanne et familiale.

7. L’annulation de la privatisation des ressources naturelles comme l’eau, l’énergie, les minéraux, les forêts, les rivières et les mers. Nous proposons de supprimer d’urgence au congrès national, le projet de code minier, et que le gouvernement / congrès ouvrent un vaste débat national avec les travailleurs brésiliens, afin de produire un nouveau code en fonction des intérêts du peuple brésilien.

8. Mise en œuvre immédiate de programmes visant à éradiquer l’analphabétisme et à garantir des écoles pour toutes les communautés rurales.

9. Suspension de toutes les concessions privatisant des terres irriguées dans le nord du Brésil pour leur attribution immédiate à l’Institut National de Colonisation et de Réforme Agraire qui doit les remettre aux unités agricoles familiales et paysannes ; Adoption de politiques structurelles de démocratisation de l’eau pour aider les familles à faire face à la sécheresse.

10. Suppression de la loi Kandir qui exonère de l’impôt les principaux exportateurs de matières premières agricoles, énergétiques et minérales.

Nous soutenons également toutes les revendications populaires et la réforme politique nécessaire de notre pays, avec la convocation immédiate d’un référendum.

Enfin, à travers cette lettre, nous vous demandons votre soutien, travailleurs,  hommes et femmes, habitant dans  les villes.

Continuons ensemble à nous mobiliser et à nous battre.

Comptez sur nous !

Brésil, le 4 Juillet 2013.

CONTAG, Confédération Nationale des Travailleurs de l’Agriculture

Fédération Nationale des Agriculteurs Familiaux – FETRAF.

Coordination des Peuples Indigènes du Brésil – APIB

Via Campesina – Brésil

Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre – MST.

Mouvement des Victimes des Barrages – MAB

Mouvement des Femmes Rurales – MMC

Mouvement des Pêcheurs et Pêcheuses du Brésil – MPP

Coordination Nationale des Communautés Afro-descendantes – CONAQ

Association des Salariés Ruraux de Minas Gerais – ADERE

Mouvement Populaire des Paysans – MCP

Mouvement national pour la souveraineté populaire sur l’exploitation minière – MAM

Conseil Indigéniste missionnaire, CIMI

Pastorale de la Jeunesse Rurale, PJR

Association Brésilienne de Réforme Agraire -ABRA

Association brésilienne des Étudiants Ingéniérie Forestière – ABEEF

Fédération brésilienne des étudiants en agronomie – FEAB

Rencontre nationale des étudiants de biologie – ENEBIO

Coordination Nationale de l’Agro-écologie -ANA

Coordination des entités de la région semi-aride (Nord-Est) – ASA

Plus d’informations auprès des journalistes:

Iris Pacheco – 61 83384640 iris@mst.org.br

Mayra Lima – 61-96846534 mayra.lima @ gmail.com

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Source : http://www.mst.org.br/Em-reuni%C3%A3o-com-Dilma-movimentos-do-campo-exigir%C3%A3o-garantia-de-direitos

Traduction : Thierry Deronne

Pour soutenir concrètement le Mouvement des Travailleurs Sans Terre, on peut écrire à Lucas Tinti, prointer@mst.org.br

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Joao Pedro Stedile, Coordinateur du Mouvement des Sans Terre du Brésil : « celui qui veut rester en dehors, sortira de l’Histoire ».

???????????????????????????Interview de João Pedro Stedile, coordinateur national du Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre (photo), par Nilton Viana du journal Brasil de Fato sur la signification et les perspectives des mobilisations de rue, le 24 juin 2013.

Brasil de Fato – Comment analysez-vous les récentes manifestations qui ont secoué le Brésil ces dernières semaines ? Quelle est la base économique d’un tel évènement ?

João Pedro Stedile – Il y a de nombreuses évaluations sur le pourquoi des manifestations. Je rejoins l’analyse de la professeure Erminia Maricato, notre meilleure spécialiste des thèmes urbains, qui a travaillé au sein du Ministère des Villes sous la gestion d’Olivio Dutra. Elle défend la thèse d’une crise urbaine au Brésil comme conséquence du capitalisme financier. Une énorme spéculation immobilière a fait grimper le prix des terrains et les loyers de 150% dans les trois dernières années. Le capital a financé hors de tout contrôle gouvernemental la vente d’automobiles, pour envoyer de l’argent à l’extérieur, ce qui a rendu la circulation chaotique. Dans les dernières années il n‘y a pas eu d’investissements dans le transport public. Le programme de logement “ma maison, ma vie” a rejeté les pauvres vers les périphéries, sans conditions d’infrastructure. Tout cela a engendré une crise structurelle, les gens vivent l’enfer dans les grandes villes en perdant trois à quatre heures par jour dans les embouteillages alors qu’ils pourraient être avec leur famille, aux études ou dans des activités culturelles. A cela s’ajoute la très mauvaise qualité des services publics, en particulier dans la santé et dans l’éducation, de l’école fondamentale à l’enseignement moyen dont les étudiants sortent sans pouvoir faire une rédaction. Et l’enseignement supérieur, où on trouve 70 % des étudiants universitaires, est devenu un marchand de diplômes ou de prestations.

Brasil de Fato – Du point de vue politique, quelles sont les causes du mouvement ?

João Pedro Stedile – Les quinze ans de néo-libéralisme suivis de dix ans de politique de conciliation de classes ont transformé la manière de faire de la politique en otage des intérêts du capital. Les partis ont répété leurs vieilles pratiques et se sont transformés en étiquettes qui agglutinent en majorité des opportunistes se battant pour accéder à des mandats publics ou pour capter des fonds publics en fonction de leurs intérêts. Toute une jeunesse arrivée après coup n’a pas eu la possibilité de participer à la politique. Aujourd’hui le candidat à un mandat public comme celui d’échevin, doit posséder plus d’un million de Reais ; un mandat de député coûte à peu près dix millions. Les capitalistes paient et les politiques obéissent. La jeunesse en a par-dessus la tête de cette manière bourgeoise, mercantile, de faire de la politique. Mais le plus grave c’est que les partis de la gauche institutionnelle, sans exception, ont adopté ces méthodes. Ils ont vieilli et se sont bureaucratisés. Cette manière d’agir des partis a dégoûté les jeunes. Et ils ont raison. La jeunesse n’est pas apolitique, au contraire, elle vient de remettre la politique dans la rue même sans avoir conscience de sa signification. Ce qu’elle dit c’est qu’elle ne supporte plus d’assister à la télévision à ces pratiques politiques, qui prennent le vote des citoyens en otage, sur base du mensonge et de la manipulation. Et les partis de gauche ont besoin de réapprendre que leur rôle est d’organiser la lutte sociale et de politiser la classe des travailleurs. S’ils ne veulent pas passer aux oubliettes de l’Histoire.

Plus de 150 personnes de diverses organisations – syndicats, partis, mouvements sociaux, pastorales sociales, étudiants – réunis à Belo Horizonte (État de Minais Gerais), le 21 juin 2013. Source : Brasil de Fato

Brasil de Fato – Pourquoi ces manifestations n’éclosent-elles qu’aujourd’hui ?

João Pedro Stedile – Sans doute est-ce davantage la somme de différents facteurs de la psychologie de masse qu’une décision politique planifiée. A tout le climat que j’ai décrit s’est ajoutée la dénonciation de surfacturations dans les travaux de construction des stades de football, ce qui choque la population. Quelques exemples : le groupe privé médiatique Globo a reçu du gouvernement de l’État de Rio et de la mairie 20 millions de Reais d’argent public pour organiser un show d’à peine deux heures pour le tirage au sort de la coupe des confédérations. Le stade de Brasília a coûté 1,4 milliards et il n’y a pas d’autobus dans la ville ! Les gouvernements se sont soumis à la dictature explicite et aux coups tordus imposés par la FIFA/CBF. La réinauguration du Maracanã fut une gifle pour le peuple brésilien. Les photos parlent d’elles-mêmes : dans le plus grand temple du football mondial, pas un noir, pas un métis ! Et la hausse des tarifs d’autobus n’a été que l’étincelle pour allumer le sentiment généralisé de révolte et d’indignation. L’étincelle est venue du gouverneur de l’état de São Paulo Geraldo Alkmin, protégé par les médias qu’il finance, habitué à réprimer impunément la population comme il l’a fait à Pinheirinho et dans d’autres expulsions rurales et urbaines, et qui a relancé sa barbarie policière. Là tout le monde a réagi. Heureusement la jeunesse s’est réveillée. Et le mérite du mouvement “Passe Livre” est d’avoir su canaliser cette insatisfaction populaire et d’organiser les protestations au bon moment.

Brasil de Fato – Pourquoi la classe travailleuse n’est-elle pas encore descendue dans la rue ?

João Pedro Stedile – C’est vrai qu’elle n’a pas encore pris part aux manifestations. Ceux qui sont dans la rue sont les fils de classe moyenne, classe moyenne basse, ainsi que des jeunes issus de ce qu’Andre Singer nomme le sous-prolétariat, ceux qui étudient et travaillent dans le secteur des services, qui ont amélioré leurs conditions de consommation, mais qui veulent être entendus. Ces derniers apparaissent plus dans d’autres capitales que São Paulo et dans les périphéries.

La réduction des tarifs intéressait beaucoup l’ensemble de la population, et le mouvement “Passe livre” a vu juste en mobilisant sur la base de ces intérêts populaires. Le peuple a appuyé ces manifestations, on le voit dans les indices de popularité des jeunes, surtout quand ils ont été réprimés.

La classe travailleuse tarde à se mobiliser mais quand elle bouge, cela affecte directement le capital. Chose qui ne s’est pas encore produite. Je crois que les organisations médiatrices de la classe travailleuse n‘ont pas encore compris le moment ou sont encore trop timides. Mais en tant que classe, je crois que les travailleurs sont disposés à lutter. Le nombre de grèves pour des améliorations salariales est déjà revenu au niveau des années 80. Je crois que ce n’est qu’une question de temps, si ces médiateurs trouvent les revendications justes qui peuvent motiver la classe à se mettre en mouvement. Ces derniers jours dans des villes de moindre taille et dans les périphéries des grandes villes se produisent des manifestations sur des revendications très localisées. Et cela est très important.

Brasil de Fato – Les voix du Mouvement des Sans terre et des paysans ne se font pas encore entendre…

João Pedro Stedile – C’est vrai.  Dans les capitales où nous avons des unités productives et des agriculteurs familiaux à proximité, nous participons déjà. D’ailleurs je suis témoin du bon accueil que nous avons reçu avec notre drapeau rouge et notre revendication d’une réforme agraire et d’aliments sains et bon marché pour le peuple. Je crois que dans les prochaines semaines il pourra y avoir une adhésion majeure, ce qui comprend des manifestations de paysans sur les routes et dans les municipalités de l’intérieur. Parmi nos militant(e)s tou(te)s brûlent d’entrer dans la lutte et de se mobiliser. J’espère aussi que ça bougera bientôt…

Brasil de Fato – Qu’est-ce qui selon vous est à l’origine de la violence dans certaines manifestations ?

João Pedro Stedile – D’abord, il faut relativiser : la bourgeoisie à travers ses télévisions a recouru à la tactique de faire peur à la population en mettant en avant les émeutiers et les casseurs. Ils sont minoritaires et insignifiants par rapport aux milliers de personnes qui se sont mobilisées. Cela convient à la droite de faire entrer dans l’imaginaire collectif l’idée du désordre et s’il y a finalement du chaos, d’en rendre responsable le gouvernement et d’exiger la présence des forces armées. J’espère que le gouvernement ne commettra pas la bêtise de faire appel à la Garde nationale et aux forces armées pour réprimer les manifestations. C’est ce dont rêve la droite !

Ce qui provoque les scènes de violences c’est la manière d’intervenir de la Police Militaire. La PM a été entraînée depuis la dictature militaire pour traiter le peuple comme un ennemi et dans les états gouvernés par les sociaux-démocrates (SP, RJ et MG), elle est sûre de son impunité.

Il y a des groupes de droite organisés dont l’objectif est de provoquer et de piller. A São Paulo des groupes fascistes se sont mobilisés. Et des vigiles sous contrat. A Rio de Janeiro ont agi des milices organisées qui protègent les politiciens conservateurs. Et bien sûr on trouve aussi un substrat de lumpen qui apparaît dans toute manifestation populaire, que ce soit dans les stades, dans le carnaval, et même dans les fêtes religieuses, pour tenter d’en tirer profit.

Brasil de Fato – Alors y a-t-il une lutte de classes dans les rues, ou s’agit-il seulement de la jeunesse qui exprime son indignation ?

João Pedro Stedile – Il y a clairement une lutte des classes dans la rue. Mais ce n’est pas encore l’expression d’une bataille idéologique. Le plus grave c’est que la jeunesse elle-même qui se mobilise, par son origine de classe, n’est pas consciente de ce qu’elle prend part à une lutte idéologique. Elle fait de la politique de la meilleure manière possible, dans la rue. Elle écrit sur ses pancartes : “nous sommes contre les partis et la politique”.  C’est pour cela qu’ont été autant diffusés ces messages. Cela se produit dans chaque ville, dans chaque manifestation, c’est une bataille idéologique permanente dans la lutte des intérêts de classes. La jeunesse vit ce conflit entre idées de droite et idées de gauche, entre capitalistes et classe des travailleurs.

Par ailleurs, on a des signes évidents d’une droite très bien articulée avec ses services d’intelligence qui utilisent l’internet, sous différents masques, pour lancer des rumeurs et des courants d’opinion. Un message étrange peut être soudainement reproduit des milliers de fois et diffusé comme s’il s’agissait de l’expression de la majorité. Ces mécanismes de manipulation ont été utilisés par la CIA et le département d’État lors du printemps arabe, de la tentative de déstabilisation du Venezuela, dans la guerre de Syrie. Il est clair qu’ils opèrent ici aussi pour atteindre leurs objectifs.

Brasil de Fato – Quels sont les objectifs de la droite et ses propositions ?

João Pedro Stedile – La classe dominante, les capitalistes, les intérêts de l’empire états-unien et leurs porte-paroles idéologiques qui apparaissent tous les jours à la télévision, ont un grand objectif : saper au maximum le gouvernement de Dilma, affaiblir les formes d’organisation de la classe travailleuse, déjouer les propositions de changements structurels dans la société brésilienne et gagner les élections de 2014, pour reconstruire une hégémonie totale aux commandes de l’État brésilien, actuellement objet de la bataille.

Pour atteindre ces objectifs elle avance à tâtons, alterne ses tactiques. Parfois elle provoque les violences pour noyer les objectifs des jeunes. Parfois elle inscrit ses messages sur leurs pancartes. Par exemple la manifestation de samedi dernier à São Paulo, bien que réduite, a été totalement manipulée par des secteurs de droite qui n’ont évoqué que la lutte contre la PEC 37, avec des pancartes et des slogans étrangement semblables. Certainement la majorité des jeunes ignore de quoi il s’agit. C’est um thème secondaire pour le peuple, mais la droite tente de hisser la bannière du moralisme comme l’a fait l’UDN dans le passé. Ce qu’elle fait déjà au sein du congrès, elle veut le prolonger dans la rue.

J’ai remarqué dans les réseaux sociaux contrôlés par la droite que leurs bannières, en plus de la PEC 37, sont : la sortie de Renan du sénat; une commission d’enquête parlementaire et la transparence sur les frais de la Coupe; déclarer la corruption comme crime odieux et la fin de l’immunité pour les politiques. Déjà les groupes les plus fascistes répètent “Dilma dégage” et signent les pétitions pour son impeachment. Heureusement ces bannières n’ont rien à voir avec les conditions de vie des masses même si elles peuvent être manipulées par les médias. Et objectivement la droite peut se tirer une balle dans le pied. En fin de compte c’est la bourgeoisie brésilienne, ses entrepreneurs et ses politiciens qui sont les premiers corrupteurs et les premiers corrompus. Qui s’est approprié les dépenses excessives de la coupe ? Le réseau médiatique Globo et ses entreprises !

Brasil de Fato – Quels sont les défis pour les travailleurs, les organisations populaires et les partis de gauche ?

João Pedro Stedile – Ils sont nombreux. D’abord nous devons prendre conscience de la nature de ces manifestations, descendre tous dans la rue, nous battre dans les coeurs et dans les esprits pour politiser cette jeunesse encore dépourvue d’expérience de lutte des classes. Deuxièmement, la classe travailleuse doit se mettre en mouvement. Dans la rue, dans les usines, dans les zones rurales et dans les chantiers, comme dit Geraldo Vandré. Exprimer ses revendications pour résoudre les problèmes qu’elle affronte comme classe, du point de vue politique et économique. Troisièmement, nous avons besoin d’expliquer au peuple quels sont ses ennemis principaux. Aujourd’hui ce sont des banques, les entreprises transnationales qui ont pris les rènes de notre économie, ainsi que les grands propriétaires de l’agro-business, et les spéculateurs.

Nous devons prendre l’initiative de lancer un débat dans la société pour exiger l’approbation de la réduction de la journée de travail à 40 heures ; pour exiger que la priorité des investissements publics soit la santé, l’éducation, la réforme agraire. Mais pour cela le gouvernement doit réduire les taux et transférer les ressources des excédents primaires, ces 200 milliards qui vont chaque année aux 20 mille riches, rentiers, créanciers d’une dette interne dont nous ne sommes pas responsables, transférer ces ressources aux investissements productifs et sociaux. C’est là toute la question qui se pose au gouvernement de Dilma Roussef, du point de vue de la lutte des classes : les ressources publiques iront-elles à la bourgeoisie rentière ou serviront-elles à résoudre les problèmes de la population ?

Il faut approuver d’urgence, pour qu’elle soit opérationnelle avant les prochaines élections, une réforme politique ambitieuse, qui institue au minimum le financement public exclusif de la campagne ainsi que le droit de révoquer les mandats et le droit au plébiscite d’initiative populaire.

Nous avons besoin d’une réforme fiscale qui revienne au paiement de la TVA des exportations primaires, pénalise la richesse des riches, et diminue la fiscalité des plus pauvres, qui sont ceux qui paient le plus.

Nous avons besoin de la supension par le gouvernement de toutes les concessions sur l’exploitation de notre pétrole et de toutes les concessions privées sur les mines et d’autres domaines publics. Cela ne sert à rien d’investir toutes les redevances pétrolières dans l’éducation alors que ces royalties ne représentent que 8% des revenus du pétrole et que 92% iront aux sociétés transnationales devenues propriétaires du pétrole grâce aux concessions !

Une réforme structurelle en milieu urbain, qui redéfinisse les priorités des transports publics de qualité et avec des tarifs zéro. Il a été démontré que ce n’est ni coûteux ni difficile d’introduire la gratuité des transports pour les masses d’habitants des capitales.

Et finalement nous devons profiter du projet de la Conférence nationale sur la communication, largement représentative, pour démocratiser les médias. Pour en finir avec le monopole de Globo, afin que les organisations populaires disposent d’un large espace pour communiquer entre elles, pour créer leurs propres médias, avec des ressources publiques. J’ai entendu divers mouvements de jeunesse qui articulent les marches dire que peut-être que la seule bannière qui unifie tout le monde est “A bas le monopole de Globo !”   

Mais pour que ces revendications aient un impact dans la société et fassent pression sur le gouvernement et la classe politique, il faut impérativement que la classe des travailleurs se mobilise.

Brasil de Fato – Et que doit faire le gouvernement à présent ?

João Pedro Stedile – J’espère que le gouvernement aura la sensibilité et l’intelligence de profiter de cet appui, de ce cri qui vient de la rue, qui n’est que la synthèse d’une conscience diffuse dans la société que l’heure est venue de changer. Et de changer en faveur du peuple. C’est pourquoi le gouvernement doit affronter la classe dominante dans tous les domaines. Affronter la bourgeoisie rentière, déplacer le paiements des intérêts vers des investissements dans des domaines qui permettent de résoudre les problèmes des gens. Il faut promouvoir immédiatement des réformes politiques et fiscales. Lancer l’approbation du projet de démocratisation des médias. Créer des mécanismes d’investissements lourds dans les transports publics, qui mènent au tarif zéro. Accélérer la réforme agraire et mettre en oeuvre un plan de production d’aliments sains pour le marché interne. Garantir tout de suite 10% du PIB pour le financement public de l’éducation à tous les niveaux, pour l’école maternelle dans les grandes villes, pour un enseignement fondamental de qualité et pour l’universalisation de l’accès des jeunes à l’université publique.

Sans cela viendra la déception, et le gouvernement laissera à la droite l’initiative de ces revendications, ce qui va le miner à l’approche des élections de 2014. C’est l’heure pour le gouvernement de s’allier au peuple ou de payer la facture de l’avenir.

Brasil de Fato – Quelles perspectives ces mobilisations peuvent-elles apporter au pays dans les prochains mois ?

João Pedro Stedile – C’est encore l’inconnue car le débat se poursuit parmi les jeunes et les masses. C’est pour ça que les forces populaires et les partis de gauche doivent jeter toute leur énergie dans la mobilisation de rue. Se manifester, hisser leurs pancartes pour revendiquer des réformes qui intéressent le peuple. La droite va faire la même chose et pousser ses slogans conservateurs, régressifs, de criminalisation et de stigmatisation des idées de changement social. Nous sommes en pleine bataille idéologique et nul ne sait encore quel en sera le résultat. Dans chaque ville, dans chaque manifestation, nous devons nous battre dans les coeurs et dans les esprits. Celui qui veut rester en dehors, sortira de l’Histoire.

Traduction : Thierry Deronne

Le 21 juin, 76 organisations de gauche – mouvements sociaux, syndicats et partis politiques – se sont réunis au syndicat de la chimie à São Paulo pour discuter des actions à mener. Source : Brasil de Fato.

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URL de cet article : https://mouvementsansterre.wordpress.com/2013/06/25/joao-pedro-stedile-coordinateur-du-mouvement-des-sans-terre-du-bresil-celui-qui-veut-rester-en-dehors-sortira-de-lhistoire/



Le Collectif de Santé du Mouvement des Sans Terre lance un projet pilote de santé rurale dans l’État de Sergipe
17 septembre 2012, 11:39
Filed under: Formation, Santé publique

14 septembre 2012

De la Page du MST

Le collectif de Santé du Mouvement des Sans Terre, dans l’État de Sergipe, mène une expérience visant à améliorer la santé dans les zones de réforme agraire de la municipalité de Nossa Senhora da Gloria.

Depuis le début du mois de septembre une équipe formée par une médecin, une technicienne infirmière, des éducateurs populaires et des étudiants du cours de Service Social de l’Université Tiradentes (UNIT) visite les campements et les unités productives de Nossa Senhora da Glória, capitale du  Sertão de Sergipe.

L’initiative venue du collectif de santé du MST lui-même a pour objectif de réaliser un diagnostic de l’état de santé de la population des 11 unités productives et des 9 campements de la région.

Réunion de travail d’une équipe du Mouvement des Sans Terre dans une Faculté de Médecine (dans ce cas, de l’UFMG).

Concept plus ample de la Santé.

Pour établir le diagnostic le collectif a effectué une enquête auprès de 630 familles paysannes qui ne se limite pas aux questions sur la présence ou sur l’absence de maladies mais recueille aussi des informations sur les conditions de production, de logement, de communication, de transport, d’infrastructure, de nutrition, etc.

Nous tentons d’appliquer le concept de santé de l’Organisation Mondiale de La Santé (OMS) qui définit la santé comme un état de bien-être psycho-social. L’existence de conditions sanitaires de base, l’accès à l’eau et à la terre, à l’alimentation et à la santé mentale entre autres, ont une influence sur l’état de santé des individus” analyse Cristiane Costa Santana Zurkinden, médecin du MST formée à Cuba.

Prioriser la prévention.

Pour réaliser ce projet les militants de la santé ont obtenu l’appui du Secrétariat Municipal de la Santé. Les résultats de l’enquête seront traités, systématisés et remis aux familles paysannes et aux autorités publiques au cours du mois de novembre.

La diffusion des données sera le point de départ de la deuxième étape du projet : l’élaboration d’un plan d’action visant à améliorer la santé rurale. Selon Maria Solange Feitosa, dirigeante du collectif de santé du MST pour l’État de Sergipe et technicienne infirmière, “à partir de l’identification des problèmes, nous allons organiser um programme d’éducation en santé pour que les personnes puissent améliorer leur mode de vie et prévenir les maladies”.

La méthodologie s’inspire de l’expérience cubaine. “Sur le papier, le Système Unique de Santé (SUS) est le rêve de la  classe travailleuse ! Mais le modèle dominant de santé au Brésil est encore basé sur le complexe médecin-pharmacien-hôpital. Souvent ce modèle se limite à administrer des remèdes à des personnes malades. Le modèle cubain met davantage l’accent sur la prévention des maladies à travers l’éducation à la santé. Les excellents indicateurs de santé de la population cubaine démontrent que ce modèle fonctionne”, souligne Cristiane.

Agenda de revendications

Outre ce plan d’action, une liste de revendications sera élaborée pour améliorer l’accès aux politiques publiques de santé en zone rurale. Pour Maria Solange “le diagnostic va contribuer à améliorer le traitement du S.U.S dans les zones de réforme agraire. Nous avons encore des secteurs où les personnes doivent parcourir des kilomètres pour être soignées. Une absurdité !

Cette expérience initiale et de caractère local vise, si elle est couronnée de succès, à être appliquée dans tout l’État de  Sergipe.

URL de cet article : https://mouvementsansterre.wordpress.com/2012/09/17/le-collectif-de-sante-du-mouvement-des-sans-terre-lance-un-projet-pilote-de-sante-rurale-dans-letat-de-sergipe/

Source : http://www.mst.org.br/Coletivo-de-Saude-do-MST-realiza-projeto-piloto-na-saude-do-campo-em-Sergipe

Traduction du portugais : Thierry Deronne

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