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Présidentielles au Brésil. João Pedro Stedile du Mouvement des Sans Terre : « C’est une lutte de classe; on est avec le peuple ou contre lui »
3 octobre 2018, 11:10
Filed under: Analyse, Organisation, Transformation de l'État
Entretien avec João Pedro STEDILE – Brasil de Fato
Élire un président, des députés et des sénateurs qui s’engagent pour les intérêts des travailleurs est la principale façon pour ces derniers, d’essayer d’annuler les mesures qui affectent leurs droits de base que sont la santé, l’éducation, la sécurité. C’est l’analyse de João Pedro Stedile, de la direction du Mouvement des Travailleurs Ruraux sans terre (MST).
Dans une entrevue avec Brasil de Fato, il considère que d’annuler le vote ou de voter blanc n’est dans l’intérêt que de ceux qui désirent maintenir l’actuelle crise du pays.

João Pedro Stedile Foto: Rovena Rosa/Agência Brasil
Brasil de Fato : quelle est l’importance des prochaines élections ?
João Pedro Stédile : Les élections d’octobre ont une importance historique pour la classe ouvrière et le peuple dans son ensemble. Jamais auparavant, n’était apparue une situation aussi claire de lutte des classes. D’un côté, la bourgeoisie cherche à faire élire son président et ses parlementaires pour légitimer le coup d’État et, en même temps, continue à développer son plan machiavélique de faire porter tout le poids de la crise économique sur les épaules de la classe ouvrière. C’est ainsi qu’ils continuent à supprimer des droits aux travailleurs, suspendent la consolidation des lois du Travail (CLT), mettent les pensions en péril en s’appropriant les finances publiques qu’ils devraient utiliser pour financer les logements, la réforme agraire, la santé et l’éducation. Ils cherchent aussi à continuer à offrir nos richesses naturelles à leurs alliés : le capital étranger et le gouvernement des États-Unis.
De notre côté, c’est exactement le contraire : nous devons élire Fernando Haddad et un grand nombre de parlementaires pour en finir avec les mesures du coup d’ État institutionnel. Donc, le vote du peuple doit être un vote pour sa classe. Le peuple n’est pas arrivé à se mobiliser pour défendre le gouvernement de Dilma, et maintenant, affaibli par le chômage et les inégalités sociales, il n’a pas actuellement, la capacité de produire de grandes mobilisations. En conséquence, aujourd’hui, notre arme, c’est le vote. C’est pour cela que ce vote doit être un vote de classe. C’est seulement avec nos représentants que nous pourrons commencer à bâtir un nouveau projet pour le Brésil, en faveur du peuple, avec les réformes structurelles nécessaires.
Quel type de réformes ?
Nous devons commencer par l’économie, pour réindustrialiser le pays, garantir l’emploi et des revenus pour les salariés. De même, une réforme fiscale est importante en plus du contrôle des banques et des taux d’intérêt. Il est nécessaire aussi de réformer les moyens de communication, l’agriculture et l’éducation. Nous ne devons pas oublier non plus de convoquer à moyen terme, une assemblée constituante pour une profonde réforme du système politique et du pouvoir judiciaire.
Que doivent avoir à l’esprit les électeurs, au moment de choisir les députés et les sénateurs ?
En plus d’élire Haddad et des gouverneurs engagés avec les travailleurs, il est clair que nous devons être attentifs afin de garantir l’élection d’un grand nombre de parlementaires, à la Chambre et au Sénat, complètement engagés avec la classe ouvrière et avec un projet de changement pour le pays.
Je sais que dans tous les états, nous avons de très bon candidats de la classe ouvrière, des camarades expérimentés et des leaders populaires qui ont démontré leurs liens avec les travailleurs. Ce sont eux que nous devons élire. Des gens qui ont l’expérience de la lutte des classes. Des gens engagés avec leur classe, et non avec leurs intérêts personnels ou leurs médiocres vanités.
Le peuple doit savoir qui était avec nous dans les grèves, dans les occupations et dans les mobilisations de rue. Nous devons aussi dénoncer les candidats servant les seuls intérêts de la bourgeoisie et s’attaquant aux services publics.
Quel est le rôle du Congrès National pour un gouvernement fédéral qui a comme objectif central d’offrir la santé- et l’éducation publique de bonne qualité ?
Le prochain congrès devra être formé de parlementaires qui stimulent l’organisation et la mobilisation et utilisent leur mandat pour cela. La bataille entre les deux projets dont j’ai parlé aura lieu dans les rues. Le parlement n’est que le pale reflet de ce qui surviendra dans les rues. C’est pour cela que nous avons besoin de parlements de lutte, de mobilisation, avec courage et détermination pour expliquer au peuple que leur force n’est pas dans leur seule représentation légale mais dans leur force de mobilisation.
Le futur Congrès devra être un espace complémentaire pour un gouvernement populaire. Il devra aider à la convocation d’élections populaires pour révoquer toutes les mesures des putschistes. Il doit aider à supprimer la PEC55 qui limite les dépenses publiques dans les programmes de santé, d’éducation et de réforme agraire. Un parlementaire élu avec 200.000 votes, qui ensuite n’arrive pas à mobiliser 100 personnes pour défendre nos droits, Petrobras, Eletrobras, nos terres et nos ressources, ne sert à rien !
Comment la population peut elle contribuer à un Brésil plus juste à partir de 2019 ?
Nous devons expliquer à la population l’importance de ces élections. Le projet du pays pour les prochaines 4 années, sera décidé le 7 octobre et pour cela nous ne devons pas faiblir. Tout le monde ressent de la rage contre les politiciens de façon générique. Cela est dû au fait que la majorité des politiciens représentent les bourgeois ou eux mêmes ; ce sont les riches et les privilégiés qui s’accaparent le pouvoir du parlement pour faire vivre leurs intérêts de classe.
Même le journal « O Globo »* n’a cessé de critiquer les politiciens, mais seulement de façon générale ; il se garde bien d’en mentionner les coupables, les capitalistes, les bourgeois de manière à semer la confusion dans la tête du peuple.
Nous devons expliquer que les votes nuls ou blancs , lors de ces élections seront en faveur des putschistes, ce seront les votes de ceux qui ne veulent rien changer à la situation actuelle. Des votes aliénés, même s’ils disent qu’ils ne profiteront à personne.
Nous devons voter pour quelqu’un qui apporte le changement, pour renouveler le parlement, les gouvernements des États, et pour le candidat Haddad, nommé par Lula, seul capable d’affronter et vaincre les bourgeois putschistes.
La population a besoin de comprendre qu’elle votera pour le prix du gaz, pour la distribution des profits de Petrobras, de s’assurer qu’ils seront donnés pour l’éducation et non pour les actionnaires étrangers. Elle votera pour des moyens pour l’hôpital, elle votera pour une nouvelle politique de sécurité. La meilleure sécurité c’est l’emploi, les revenus et l’éducation pour tous. La police et l’armée ne résolvent rien. A Rio de Janeiro, les gens vivent au quotidien la répression violente et qui ne résout rien, dans leur chair.
La population votera si elle veut le contrôle social du Pouvoir Judiciaire, ou si elle veut que les magistrats continuent à gagner 30.000 Reals par mois (US$ 7.236), plus les primes pour le logement, l’habillement, les livres, des vacances de deux mois, alors que le peuple est sans le sou.
C’est pourquoi ces élections ne sont pas des batailles de partis ou de sigles. Ces derniers représentent peu de chose à l’heure actuelle. La bataille est de classes : à savoir qui est en faveur du peuple et des travailleurs, et qui est en faveur des putschistes, des bourgeois, des banques et du capital étranger
Quelles sont les tâches des militants dans la prochaine période ?
Bon, nous sommes au milieu de la lutte des classes radicalisée, et au milieu d’une énorme crise économique, sociale, environnementale et politique, cela signifie que la lutte sera longue pour pouvoir sortir de la crise dans les prochaines années avec des mesures de protection du peuple.
Pour cela, les militants doivent se retrousser les manches et s’investir corps et âme pour élire de bons gouverneurs, de parlementaires engagés et Haddad.
Après octobre, nous devons rester mobilisés et utilisant la méthodologie du Congrès du Peuple, continuer à réaliser des assemblées populaires dans tous les quartiers et municipalités convoquant le peuple pour qu’il discute d’un nouveau projet pour le pays. D’octobre à décembre, nous devons débattre de tous les changements à opérer, en économie, dans l’industrie, l’agriculture, dans l’organisation des villes, la santé, l’éducation, la réforme agraire etc. pour que le peuple présente ses propositions et qu’il, soit au clair sur ce qu’il est nécessaire de changer en premier et vite. Durant ces mois, nous devons faire une grande tournée nationale de débats dans toutes les organisations populaires.
Et là, nous devrons présenter les propositions pour les nouveaux élus, tant au niveau des États, qu’au niveau national. Ensuite, à partir de janvier 2019, avec Haddad nous devons débattre de nouvelles formes de participation populaire au gouvernement.
Maintenant, nous n’avons plus besoin de gouvernement pour le peuple et nous ne pourrons réussir à affronter la crise qu’avec un gouvernement qui soit avec le peuple. Et pour cela, nous devons organiser des mécanismes de participation populaire au gouvernement à travers des élections, référendums et consultations populaires, conseils de secteurs et grandes mobilisations de masse en défense des changements nécessaires.
La prochaine période verra beaucoup de luttes beaucoup de débats et de mobilisations. Le pire est passé, avec le coup d’état, maintenant nous devons stimuler le peuple pour qu’il aille voter, participer et construire un nouveau projet populaire pour le pays.
Traduction : Hélène Dubéros pour Amérique Latine Résistances | Révision : Wilma Jung
24 septembre 2018
Photo : Mídia Ninja
Note :
* « O Globo » : consortium brésilien conservateur de TV (TV Globo), radio (Radio Globo), presse (O Globo) et d’édition (Editora Globo). Il appuie le coup d’État militaire contre le gouvernement de João Goulart en 1964. De même, O Globo a soutenu la procédure de destitution de Dilma Rousseff.
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GOUVERNEMENTS POPULAIRES EN AMÉRIQUE LATINE : « FIN DE CYCLE » OU NOUVELLE ÉTAPE POLITIQUE ?

Isabel Rauber

Quelques intellectuels qui se définissent comme étant de gauche ou de centre gauche, ont affirmé récemment que nous vivons une fin de cycle des gouvernements progressistes, caractérisée par l’épuisement de leurs programmes néo-développementistes – qui incluent l’extractivisme – et leur « inefficace » capacité de gestion. Selon eux, nous devons donc nous attendre à une avancée de la droite dans la région, situation qui dessinerait une nouvelle carte politique en Amérique latine. Avec ce discours « visionnaire », basé sur la connaissance des projets géopolitiques de l’empire pour la région, ces intellectuels ont contribué à installer et à « rendre naturel » dans l’opinion publique l’avènement de la fin des gouvernements populaires et leur remplacement « inévitable » par des gouvernements de droite, en les présentant même comme une « salutaire alternance ». Il convient donc de partager quelques réflexions au sujet de ce diagnostic et de ce jugement.

Le retour critique sur les événements politiques de ces dernières années révèle que les propositions politiques qui ont caractérisé l’action des gouvernements populaires dans la phase post-néolibérale, ont été accomplies. Ceci annonce l’ouverture d’une nouvelle époque, supposant des problématiques et des tâches nouvelles ainsi que de nouveaux sujets et défis. Mais au-delà des tâches et de la programmation des agendas, les premières années des gouvernements populaires ont permis aux peuples d’évoluer à travers toutes sortes  d’apprentissages.

Il est devenu clair –dans les faits- que « gouvernement » et « pouvoir » ne sont pas synonymes, qu’il n’est pas possible de les affronter en même temps ni de la même façon. Les révolutions démocratiques ne sont pas synonymes de la « voie pacifique » d’autrefois. Elles supposent l’approfondissement de conflits politiques comme véhicules de la lutte des classes,  ceux-ci étant fortement liés à une profonde bataille d’idées, tant politique que culturelle.

Il est devenu clair qu’il ne suffit plus de placer « de bons gouvernements » à des postes institutionnels qui répondent au système que l’on cherche à changer.

  • La croissance économique est importante, mais insuffisante. L’éducation politique, la bataille idéologique est centrale. Et elle est liée à la participation politique, à la prise de pouvoir. Personne ne peut autonomiser autrui et moins encore par le haut. L’autonomisation germe dans la participation consciente et active des sujets lors des processus qui transforment la société.
  • La conception de la politique par le haut et discrétionnaire du XXème siècle est épuisée; la niaiserie, le romantisme fade au sujet de la démocratie, la sous-estimation de la politique, et les vieilles modalités de la représentation politique qui supplantent la participation populaire et séparent le politique du social.
  • Fin du maximalisme théorique et du minimalisme pratique de l’extrême-gauche.
  • Fin de l’avant-gardisme, de la pensée libérale de gauche et des pratiques qui en sont issues, et qui isolent les militants de gauche des processus concrets que vivent les peuples, leurs acteurs et leurs dynamiques, en les situant hors des espaces concrets où ont lieu les combats politiques.

DÉFIS FONDAMENTAUX DE CETTE NOUVELLE ÉPOQUE POLITIQUE

Les peuples, les mouvements sociaux et politiques, ainsi que les gouvernements populaires, révolutionnaires et progressistes ont besoin de faire une pause, de rendre compte des réussites, des limites et des nouvelles missions. Il s’agit de cela : retourner aux questions initiales, reconsidérer les réponses qui ont guidé les pas de l’action politique, économique, sociale et culturelle durant plus d’une décennie, tout en se préparant à affronter de nouveaux défis. Parmi eux, je soulignerais les suivants :

Conserver les acquis implique renforcer le processus de changement   

Le retour en force d’oppositions politiques de type néolibéral a mis certains gouvernements sur la défensive. Conserver les acquis est devenu une priorité de l’action politique. Mais ce qui n’a pas été – n’est pas – clarifié c’est que, pour conserver ce qui a été conquis et pour maintenir les processus de changements, il est nécessaire de les renforcer, de les approfondir. Ce n’est pas par des accords entre groupes de pouvoir, ni en cherchant des alliances avec des secteurs opposés aux changements qu’on y parvient; l’exemple du Brésil est plus qu’éloquent à cet égard.

La clé réside dans le fait d’ancrer les processus dans la participation active des citoyens. Une nouvelle époque sociale, politique et culturelle s’est bâtie : ce qui suppose de nouvelles missions dont la réalisation doit se marier avec l’action populaire. Cela implique également de renforcer les processus de conscientisation et d’organisation collective pour revigorer la détermination des peuples à maintenir les acquis et à entraîner le processus vers de plus grandes transformations. Cela ne peut pas être spontané ; si l’on livre les événements à la « spontanéité », ne nous étonnons pas face à l’avènement de substitutions politiques de droite.

L’actuelle conjoncture politique du continent place les gouvernements populaires, les forces progressistes et révolutionnaires face au choix de renforcer les transformations ou de succomber face à elles, s’ils choisissent de les défendre exclusivement « par le haut ».

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Argentine, janvier 2016: répression de travailleurs par le gouvernement Macri

La participation active des citoyens est stratégique pour que les gouvernements populaires deviennent aussi une manière de construire ce pouvoir populaire.

Le renforcement de la démocratie requiert d’assumer l’impératif politique décisif du rôle actif du peuple : les transformations relient simultanément les lignes politiques des gouvernements populaires aux différents processus deconstruction et de consolidation du pouvoir par le bas. C’est ce qui constitue le fondement de l’approfondissement des processus de transformation sociale en cours. Le penser comme un simpleaggiornamento de l’agenda public laisse les gouvernements populaires à la merci de la voracité politique des opposants.

Les réalités objectives et subjectives ont changé ; les subjectivités politiques des acteurs qui prennent part aux processus de changement se sont approfondies, il y a une exigence de rôles nouveaux, plus importants. Cette action a besoin aujourd’hui de se réorganiser et de se réarticuler pour constituer de nouvelles convergences dans les actions militantes sociales et politiques, à l’intérieur et à l’extérieur de ce qui est institutionnel, et en actualisant l’horizon stratégique des changements.

Parier sur la construction du rôle collectif des peuples pour qu’ils se constituent en force politico-sociale de libération est le facteur essentiel qui marquera le cap et les dynamiques politiques du présent et du futur immédiat. C’est lui aussi qui conduira à la construction de l’unité des peuples.

Reconnaître la participation populaire organique comme un facteur clé pour la consolidation et l’approfondissement des processus de changement en cours, ne s’oppose pas à la reconnaissance du rôle des leaderships individuels. Mais cela ne signifie pas accepter que la continuité des leaders à la tête des gouvernements populaires soit le facteur qui donne de la stabilité et de la solidité aux processus. Au contraire, lorsque des leaders se substituent au rôle politique des peuples, en réalité, loin d’en garantir la continuité, ils entraînent le processus dans le court terme.

Des peuples sans autonomie et sans conviction propre agiront peu pour renforcer et/ou approfondir des processus s’ils ne les perçoivent pas réellement come les leurs. La distance s’installera silencieusement dans les rangs populaires et ouvrira la voie à de prévisibles défaites. Ce n’est pas une situation en « noir ou blanc » ; il faut beaucoup nuancer. On a souvent vu des organisations populaires faire preuve de davantage de maturité et de responsabilité que leurs dirigeants et, même quand ils ne parviennent pas à éviter des dénouements négatifs, leur présence active dans la rue, les réduisent de façon non négligeable. Les leaders sont importants et dans certains cas, décisifs. Jamais pour remplacer la participation active des peuples, plutôt pour la déclencher et la faire progresser.

Hugo Chavez, exemple de leader charismatique et grand architecte du processus révolutionnaire bolivarien au Venezuela, n’a pas centré ce processus sur sa personne. Pour lui, il était clair que le peuple auto-constitué en tant que sujet révolutionnaire est le véritable créateur, constructeur et support d’un nouveau type de pouvoir en gestation dans les conseils communaux et les communes. C’est avec ces derniers que  la révolution bolivarienne avance vers une nouvelle civilisation, en s’orientant- avec  des citoyens assumant de plus en plus de pouvoirs – vers la construction d’un État communal. C’était si clair pour Chavez que son slogan a été (et restera) « la commune ou rien ».

Ciné-club dans une commune du Venezuela (novembre 2015)

Projets d'agriculture urbaine et jardins dans les écoles primaires (Venezuela, janvier 2016)

Construire un nouveau mode de production et de reproduction (société-nature)

L’une des plus grandes limitations de ce que l’on pourrait définir, sans trop de peine, comme « modèle économique néo-développementiste » c’est qu’il s’ajuste aux cadres du modèle de production capitaliste, et entretient ainsi le cycle de la mort. Ceci contribue à fixer pour cette nouvelle époque une tâche importante : créer et articuler des processus productifs alternatifs existants et promouvoir la recherche de nouvelles bases économiques qui rendent possible la cohérence sociale entre ce cycle de production et la reproduction.

Il s’agit d’élaborer un système productif responsable socialement du cycle reproductif qu’il génère. C’est-á-dire contribuer à la création d’un nouveau mode de production-reproduction sociales respectant une logique circulaire. Ce qui ouvrirait la voie à une nouvelle économie, qui, en plus de répondre avec succès à la question de la lutte contre la faim, la pauvreté, l’analphabétisme et les maladies, constituerait le socle d’un nouveau mode de vie et une nouvelle forme de civilisation, celle du bien vivre et du vivre ensemble.

Sortir de l’étau idéologique, politique, culturel et médiatique du pouvoir hégémonique

  • Déployer la bataille politique culturelle sur tous les terrains et dans toutes les dimensions, en particulier les réseaux sociaux.
  • Veiller au développement de la subjectivité et de la spiritualité des peuples en favorisant l’expression de leur identité, de leurs cultures et cosmovisions…
  • Développer durablement des processus interactifs de formation politique.
  • Ouvrir la voie d’une nouvelle pensée critique latino-américaine, décolonisée, interculturelle, embrassant de nombreuses cosmovisions, s’exprimant dans de multiples voix, et ancrée dans les pratiques des peuples.
  • Promouvoir des processus articulés de décolonisation, d’interculturalité et de rupture avec le cadre patriarcal visant la construction du pouvoir populaire par le bas.
  • Développer un nouveau type d’intellectuel organique, qui découvre, met e lumière et renforce la pensée des peuples dans toute sa diversité, son ampleur et sa richesse.

Travailler au renforcement et au développement de l’articulation régionale, continentale des mouvements et organisations sociales populaires, et, en particulier agrandir et renforcer l’espace des mouvements sociaux dans l’ALBA. Mais également, impulser la création d’espaces de rencontre, d’échange et de coordination des organisations sociales et politiques continentales, régionales et existantes au sein de chaque pays.

Parier sur la création et la construction d’une nouvelle gauche politique, sociale et culturelle

Il est vital de comprendre les nouvelles dimensions du politique, de l’action et de l’organisation politique; vital de souligner l’existence de nouvelles réalités et de nouveaux sujets : les déplacé(e)s de diverses origines, les populations précarisées de manière permanente, les mouvements indigènes, les femmes, les jeunes filles et jeunes hommes, les enfants, les adultes plus âgés, les LGTB…, de consacrer un espace aux identités, cosmovisions, savoirs, sagesses et courants de pensée : les connaissances écologiques, la biopolitique, la bioéthique, le féminisme politique et la rupture avec le patriarcat pour réaliser ainsi une critique radicale du pouvoir du capital…

Construire l’offensive stratégique populaire révolutionnaire

L’une des résultantes les plus récurrentes de la division du camp populaire, et particulièrement parmi la gauche latino-américaine, c’est que les manifestations et les luttes sociales finissent par exister en fonction des intérêts des puissants. Le camp populaire étant marqué par des querelles internes de « pouvoir », par des divisions multicolores de tout type entre les forces politiques et leurs corrélats dans les mouvements sociaux populaires, les conflits sociaux finissent par se subordonner aux stricts intérêts du pouvoir, en le renforçant comme « alternative politique » au lieu de parvenir –collectivement- à subordonner les puissants aux intérêts des citoyens et de passer à l’offensive en proposant un agenda politique des objectifs populaires. Le cas de l’Argentine nous en fournit en exemple très clair, visible tant dans les événements les plus récents que dans la trajectoire historique des gauches.

A cette grande faiblesse politique et culturelle, ajoutons la démagogie d’unepensée binaire (« ceci ou cela », « blanc ou noir »…), le développement de la guerre médiatique qui vise à conquérir et à anesthésier les esprits du « grand public » sans que les organisations politiques et sociales – occupées par leurs querelles internes – n’assument le travail de la bataille d’idées comme querelle fondamentale des luttes politiques de notre temps.

Le manque de convergence et d’unité des divers acteurs sociaux et politiques, ajoutée au peu de formation politique, à la sectorisation et au corporatisme… met les organisations sociales et politiques des peuples en situation de subordination aux intérêts des puissants. Ceux-ci peuvent les manipuler pour atteindre leurs objectifs, en affaiblissant et en brisant la base sociale des gouvernements populaires pour se regrouper en tant que bloc de pouvoir d’opposition, capable de récupérer son hégémonie. Cette récupération témoigne d’une adaptation des puissants qui, ayant analysé la nouvelle donne politique liée aux gouvernements populaires, chercheront une fois au gouvernement à détruire les bases démocratiques des sociétés pour empêcher tout retour de gouvernements progressistes, populaires ou révolutionnaires sur le continent. Ils ne sont pas seuls pour ce faire; ils comptent sur l’appui impérial, les institutions du pouvoir globalisé du capital et de ses « canonnières » médiatiques locales et globales.

L’arrivée de gouvernements de droite dans la région n’est pas un simple «retour au passé », pas plus qu’il ne répond à une « alternance enrichissante » de gouvernements et de gouvernants. Il s’agit d’une nouvelle phase, d’un virage radical pour articuler les processus locaux aux besoins hégémoniques et logiques du pouvoir global du capital : pillage, domination et mort… Il est important de ne pas le sous-estimer, et de préparer de nouvelles résistances ancrées dans la coordination, l’unité, la participation des secteurs populaires dans toute leur diversité. C’est cela que doit viser le renforcement de la formation sociopolitique et des processus organiques de convergence collective. Avec des objectifs communs s’inscrivant dans la création et la construction collectives d’unnouvel horizon de civilisation.

Visite de l'ex-président Lula à l'école de formation sociopolitique intégrale du Mouvement des Travailleurs Sans Terre et autres mouvements sociaux, Brasil janvier 2015.

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Source : http://www.alainet.org/es/articulo/174409

Traduction : Sylvie Carrasco

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-2aj



Entretien avec João Pedro Stedile, membre du Mouvement des travailleurs ruraux sans terres (MST) : « Au Brésil, les classes dominantes ont abandonné le pacte d’alliance passé avec Lula et Dilma » (Brasil de Fato)
2 septembre 2015, 3:11
Filed under: Analyse, Transformation de l'État

Brasil de Fato (BdF) : Quel regard portez-vous sur la scène politique brésilienne actuelle ?

João Pedro Stedile (JPS) : Le Brésil se trouve dans une période historique très difficile et complexe. Les débats que nous avons menés au sein de nos assemblées de mouvements populaires nous ont conduit à observer que nous traversions trois crises majeures. La première est une crise économique. L’économie du pays est paralysée, elle connaît un manque de croissance dans le secteur de l’industrie, des signes de chômage et une baisse des revenus des travailleurs.

La seconde est une crise sociale. Nous constatons une aggravation des problèmes, surtout dans les grandes villes : manque de logements, de transports publics, augmentation de la violence contre la jeunesse dans les périphéries, accès fermé à l’université pour des millions de jeunes. Ainsi, les huit millions d’étudiants inscrits à l’ENEM (examen national de l’enseignement secondaire, pré-requis obligatoire pour rentrer dans les universités publiques brésiliennes) se sont retrouvés cette année en compétition pour obtenir l’une des 1,6 millions de places disponibles dans l’enseignement supérieur. Ceux qui ne vont pas à l’université, où vont-ils ?

La troisième est une grave crise politique et institutionnelle. La population ne reconnaît ni la légitimité, ni le leadership des responsables politiques élus. Cela est dû au système électoral qui permet aux entreprises de financer leurs candidats. Pour bien comprendre, il faut savoir que la dizaine d’entreprises les plus importantes du pays ont élu 70% du parlement. En d’autres termes, la démocratie représentative a été séquestrée par le capital. Ceci a entraîné ainsi une hypocrisie des élus et une distorsion politique insurmontable.

Ces phénomènes se révèlent au grand jour dans les décisions adoptées par le parlement et les idées défendues par les élus. Elles n’ont rien en commun avec celles des électeurs. Ces élus soumis aux intérêts des entreprises ont, par exemple, bloqué un projet de loi garantissant 30% de représentation féminine au sein du parlement tandis que la société brésilienne est composée de 51% de femmes. Nous resterons donc avec un taux dans l’assemblée d’à peine 9% !

BdF : Comment évaluez-vous les propositions qui dominent le débat public quant à la résolution de tous ces problèmes ?

JPS : Les classes dominantes, celles qui possèdent le pouvoir économique dans notre société, sont assez intelligentes. Ce n’est pas pour rien qu’elles gouvernent depuis 500 ans. Percevant la gravité de la crise, elles ont abandonné le pacte d’alliances de classe passé avec les travailleurs consacrant le programme « néo-développementaliste », incarné par l’élection de Lula et de Dilma Rousseff.

Le « néo-dévelopementalisme » s’est épuisé comme programme de gouvernement. Les secteurs de la bourgeoisie qui bénéficiaient et faisaient partie de ce programme parient désormais sur un autre projet : l’Etat minimum. Ils démantèlent ainsi progressivement l’Etat en annonçant la diminution du nombre de ministères et de son intervention dans l’économie, ainsi que le « détricotage » du droit du travail. L’objectif est ici de réduire le coût de la main d’œuvre, de retrouver des taux de profit hauts et de devenir plus compétitifs sur le marché mondial.

L’autre élément de ce programme est le réalignement de l’économie et de la politique extérieure du Brésil sur les Etats-Unis. C’est pourquoi nos élites critiquent les politiques des Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), de l’Union des nations sud-américaines (Unasur), du Marché commun du Sud (Mercosur) et qu’elles défendent ouvertement le retour de la Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA, Alca en espagnol).

Ce programme de la classe dominante pour sortir de la crise n’est autre que le retour au néolibéralisme. Afin d’atteindre ces objectifs, la classe dominante active ses opérateurs politiques qui détiennent une hégémonie complète au Congrès national, au sein du pouvoir judiciaire et dans les médias. Ces trois pouvoirs agissent de manière permanente et articulée pour que ce programme soit appliqué. La Rede Globo (principal groupe médiatique brésilien) est le parti idéologique qui organise l’unité entre ces trois espaces.

BdF : Le gouvernement a pris diverses initiatives économiques, des mesures provisoires et des mesures d’ajustement fiscal ? Comment les mouvements sociaux perçoivent ces mesures ?

JPS : Pour nous, le gouvernement de Dilma n’a pas compris la nature de la crise, ni ce qui se passe dans la société brésilienne. Il n’a pas non plus mesuré le conflit idéologique qui s’est déroulé au second tour des élections, une terrible lutte de classes. Le gouvernement s’est trompé en mettant en place un ministère des finances très dépendant des partis conservateurs, partis qui votent contre lui au parlement. Cela devient schizophrène. C’est peut être le pire ministère que nous ayons connu depuis la nouvelle République. Son locataire voudrait réduire la compréhension de la crise à un seul problème de déficit budgétaire.

Le déficit budgétaire est une conséquence de la crise et cela ne suffit pas de prendre des mesures palliatives. Comme l’explique l’économiste Luiz Gonzaga Belluzzo « le moteur de l’économie s’essouffle et le gouvernement est préoccupé par la tôle et la peinture ». Pour aussi incroyable que cela puisse paraître, toutes les mesures prises par le gouvernement n’ont non seulement pas résolu la crise mais l’ont aggravée car elles restent à la surface des problèmes sans en attaquer les causes. Pire, beaucoup des mesures, en particulier celles de nature économique, vont dans la direction de la bourgeoisie en retirant des droits aux travailleurs. Augmenter les taux d’intérêts correspond aux attentes du secteur capitaliste hégémonique : gagner de l’argent grâce à l’affairisme et la spéculation.

Si le gouvernement ne change pas de direction, ne modifie pas sa politique économique et ne prend pas d’initiatives pour introduire au sein de la société un débat sur une réforme politique profonde, sa côte de popularité continuera à baisser et il demeurera incapable de sortir de la crise.

BdF : Dans cette conjoncture complexe, y a-t-il une possibilité de renversement du gouvernement ?

JPS : Les classes dominantes, les capitalistes, les chefs d’entreprises et la droite en tant que camp idéologique sont très divers dans une société aussi complexe que la nôtre. Malgré les efforts de Globo pour les unir, ils n’arrivent pas à trouver un consensus complet sur la manière d’envisager les problèmes et les solutions à mettre en place pour sortir, dans leurs intérêts, de la crise. Il est certain qu’une partie très radicale de la droite souhaite ce renversement, un « impeachment » de la présidente organisé par le parlement. Mais je crois que le patronat n’est pas intéressé par une situation de confusion institutionnelle. Il souhaite simplement que le gouvernement applique son programme. Dans le même temps, les motifs pour lesquels certains veulent la destitution de Dilma pourraient être mobilisés pour obtenir également celle des gouverneurs Geraldo Alckmin (Parti de la social-démocratie brésilienne, PSDB), Beto Richa (PSBD), etc. Ce qui créerait une confusion généralisée.

Malheureusement, je crois que le gouvernement est tombé dans un piège. En assumant lui-même le programme de la classe dominante, les trois crises ne se résolvent pas. C’est pourquoi nous sommes dans une période de confusion qui ne se réglera pas à court terme.

BdF : Face à cette situation, quelle est la proposition des mouvements populaires ?

JPS : Du côté des mouvements populaires, la situation est aussi complexe. Les mouvements et les forces populaires qui rassemblent toutes les formes d’organisation comme les partis, les syndicats, les mouvements sociaux, ruraux, etc. n’ont pu organiser une plateforme commune, un programme unitaire de sortie de crise. Nous avons des idées générales, théoriques, comme le fait que nous ne sortirons de la crise que si le gouvernement abandonne le logiciel de l’excédent primaire comme base de sa politique budgétaire et si, au lieu de payer 2,8 milliards de reais [760 millions d’euros] d’intérêts par an, il investit dans l’industrie pour créer des emplois, dans les transports, le logement et l’éducation.

Nous ne surmonterons la crise que si nous mettons en place une réforme politique profonde. Ce sont des idées générales pour des réformes structurelles nécessaires. Cependant, il faut élaborer un programme qui unifie tous les secteurs sociaux et les mobilisations de masse. Actuellement, seuls les secteurs organisés de la classe des travailleurs se mobilisent. Le peuple en général est calme. Il observe avec inquiétude les nouvelles de la crise et le manque d’alternative à la télévision. D’un côté, le peuple voit tous les jours la bourgeoisie prendre des mesures contre lui, un gouvernement inerte et incapable, et de l’autre, nous n’arrivons pas à faire entendre nos propositions, y compris parce que les médias sont détenus par la bourgeoisie.

BdF : Que pouvez-vous nous dire de l’affaire judiciaire « lava-jato » [1] et des dénonciations de corruption qui impliquent plusieurs entreprises dont Petrobas ?

JPS : Ce sujet recouvre plusieurs aspects. Bien sûr qu’il existe des personnes et des entrepreneurs qui s’approprient personnellement des ressources et qui, y compris, les envoient à l’étranger. Ces personnes sont donc corrompues. Pour autant, la corruption dans la société brésilienne est beaucoup plus profonde. Elle est présente dans la gestion des fonds publics, assurée par des responsables politiques issus de tous les partis et de secteurs sociaux.

Quand un professeur de l’université ouvre un bureau de consultant ou occupe un second emploi, il est également corrompu. Tout ceci, nous le réglerons en instituant une participation active de la population dans la gestion des fonds publics et en fixant des normes fiscales. Le plus pathétique dans l’affaire « lava-jato », c’est que soit culpabilisé untel ou untel. Le problème de fond, c’est le système électoral en tant tel. Tant que les campagnes électorales seront financées par les entreprises, il y aura des affaires « lava-jato ». La solution efficace ne réside pas dans l’arrestation du quidam mais dans le changement de système. Nous avons besoin d’une réforme politique profonde. Le Congrès a déjà montré, ces dernières semaines, plusieurs signes qui indiquent qu’il ne veut rien changer. L’unique solution serait de convoquer une assemblée constituante exclusive qui réalise la réforme du système politique brésilien.

Il est clair que l’organisation d’un référendum populaire, qui demanderait la convocation d’une assemblée constituante, n’adviendra que si les masses sortent dans la rue afin de le demander. Cela va donc dépendre de la construction d’un nouveau rapport de forces. Mais c’est bien l’unique solution politique pour combattre la corruption.

BdF : Quelles sont les initiatives des mouvements populaires pour se positionner dans cette conjoncture ?

JPS : Nous faisons tous les efforts possibles pour construire l’unité des mouvements à travers la mise en place de « Plénières unitaires » pour les fronts de masse, principalement au niveau des Etats. Nous soutenons également, pour les stimuler, les secteurs organisés qui luttent. Dans certains Etats, la lutte est plus visible comme c’est le cas avec celle des enseignants dans l’Etat du Paraná et du Minas Gerais.

Au niveau national, les centrales syndicales, en particulier la CUT (Centrale unique des travailleurs), ont fait l’effort de coordonner les mobilisations de la classe des travailleurs pour la défense de leurs droits. Si le projet de « tertiarisation » [renforcement des contrats précaires pour les salariés] se confirme, un projet de grève générale est à l’étude dans tous les secteurs de l’économie pour boycotter cette mesure qui fait partie du projet de la bourgeoisie.

Je crois qu’il y a une unité assez grande et une disposition à se battre pour la défense des droits des travailleurs mais nous n’avons pas avancé dans la construction d’un programme alternatif de classe.

BdF : Vous êtes en train de construire un front politique qui se fait appeler « Groupe Brésil ». Les thèmes de « Fronts élargis » et de « Front de gauche » sont apparus. Comment le MST voit ces propositions ?

JPS : Nous pensons nécessaire la construction de deux espaces complémentaires de « Front », d’unité. Pour commencer, un « Front de lutte de masses ». C’est celui que la CUT et les mouvements populaires construisent. Mais ce n’est pas suffisant. Il faut un « Front politique » qui puisse réunir les mouvements populaires, les partis, les organisations rurales et les secteurs intellectuels afin de débattre d’un projet pour le Brésil. C’est-à-dire un « Front » qui ne soit ni partisan ni électoral. C’est un « Front politique » pour penser le futur et disposer d’un projet alternatif à celui de la bourgeoisie.

Bien sûr que dans la construction de ce « Front » coexistent différentes opinions et initiatives. Nous terminerons d’ailleurs peut-être avec plusieurs « Fronts politiques ». Il n’est pas toujours possible d’atteindre l’unité tant les idéologies, les intérêts de partis et les vanités personnelles s’imposent parfois à l’exigence d’unité. Cette diversité fait partie de la lutte de la classe.

Au MST, nous parions sur un seul « Front politique », populaire et national, qui réunisse toutes les forces qui ont voté pour Dilma au second tour de l’élection présidentielle. C’est un point de référence idéologique. Il est probable que les secteurs plus à droite et plus à gauche refusent d’y participer. Ce n’est pas que nous les refusons, mais ils ont un projet différent.

Une proposition est en discussion. Il s’agirait d’organiser, en septembre ou aux alentours de la semaine de la patrie, une grande « Plénière nationale », dans l’Etat du Minas Gervais, qui réunirait les représentants et les militants de toutes les forces populaires (partis, syndicats, mouvements populaires, ruraux et intellectuels) afin de débattre d’un programme populaire s’opposant à la droite et à la crise.

Traduction de l’espagnol vers le français : Fanny Soares

Edition : Mémoire des luttes

Cet entretien a été publié dans son intégralité sur le site de Brasil de Fato le 6 juillet 2015 :http://www.brasildefato.com.br/node/32389

»» http://www.medelu.org/Au-Bresil-les-classes-dominantes
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http://www.legrandsoir.info/au-bresil-les-classes-dominantes-ont-abandonne-le-pacte-d-alliance-passe-avec-lula-et-dilma-brasil-de-fato.html
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« Cette école est exemplaire » : Lula viste l’école des Sans Terre et défend l’action des mouvements sociaux

Dans la matinée de ce mercredi 21 janvier, l’ex-Président Luís Inácio Lula da Silva a découvert l’École Nationale Florestan Fernandes (ENFF), accompagné du journaliste et ex-ministre Franklin Martins.

Pendant la visite, Lula a parcouru tous les espaces de l’école et a conversé avec les militant(e)s du MST au sujet du panorama actuel de la politique nationale et latino-américaine.

Cette école est exemplaire et le Mouvement des Sans Terre est heureux du succès rencontré. Continuez à former des cadres pour les changements dont le pays a tant besoin” a déclaré l’ex-président.

Pour Lula, l’action des mouvemets sociaux « fera la différence » dans la prochaine période. Il a défendu le caractère incontournable de la Réforme Politique et la nécessité de l’unité de la gauche pour faire avancer les conquêtes du monde du travail au Brésil.

Le rôle du mouvement social n’est pas d’être servile face au gouvernement. Ils ne peut renoncer à défendre les intérêts que son mouvement représente” a-t-il ajouté.

Pour Rosana Fernandes, membre de la Direction Nationale du MST et de la Coordination Pédagogique de la ENFF, la visite de Lula, en qualité d’ami du mouvement, prend place au sein des commémorations des 10 ans de l’École, fondée en janvier 2005, mais constitue aussi un bon moment pour parler de la réforme agraire.

La lutte pour la terre est le grand moteur de notre organisation. C’est pourquoi des questions telles que pourquoi la réforme agraire ne s’est pas faite et  pourquoi notre revendication n’a pas été prise en compte, doivent être posées. Nous ne voulons pas que Lula s’oppose à la présidente Dilma mais qu’il use de son influence pour que la réforme agraire soit mise en oeuvre” a souligné Rosana.

Obserrvant le rite amical reservé aux visiteurs de l'école, Lula a planté un arbre sur les terrains de l'École des Sans Terre qui est aussi l'École des Mouvements Sociaux de toute l'Amérique Latine

Suivant le rite amical réservé aux visiteurs de l’école, Lula a planté un arbre sur les terrains de ce qui est aussi une École des Mouvements Sociaux venus de toute l’Amérique Latine.

Traduction: T. Deronne

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Les 5 propositions du Mouvement des Travailleurs Sans Terre aux candidats à la Présidence de la République

Par Joao Paulo Rodriguez, membre de la Direction Nationale du MST, formé en sciences sociales et membre du groupe de conjoncture de la Fondation Perseu Abramo.

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1. Lutte pour une Assemblée Constituante exclusive de réforme politique.

Nous ne pouvons admettre qu’au Congrès National siègent 76 députés qui s’affichent comme représentants de l’agro-business. De l’autre côté seuls 7 députés se déclarent représentants des paysans sans terre. Au total seulement 8 % des députés sont des femmes. Cette réalité ne changera qu’avec une réforme du système politique qui ne sera pas réalisée par un Congrès issu du financement privé des campagnes. La société a besoin d’intervenir dans ce processus à travers la construction d’une Assemblée Constituante Exclusive et Souveraine du Système Politique.

 2. Démocratiser la terre pour les Sans Terre.

C’est l’heure de lancer la bataille de la démocratisation des terres brésiliennes. Comment admettre que les meilleures terres agricoles soient au service des grandes transnationales de la canne à sucre, de l’eucalyptus et du soja, et dans leur majorité sous contrôle du capital étranger ? 60 millions d’hectares de terre cultivables sont en litige au Brésil – elles peuvent être destinées à la Réforme Agraire ou être achetées à tout moment par des étrangers. Il est important que l’exécutif organise un plan d’expropriation des grandes propriétés et garantisse la terre aux familles de paysans sans terre qui vivent dans les campements, en plus de la démarcation des terres indigènes et de garantir le droit des quilombolas et de leurs descendants (communautés afrodescendantes).

3. Pour un plan de production d’aliments sains.

Le Brésil est le plus grand consommateur de produits agrotoxiques au monde. Les petits agriculteurs peuvent produire des aliments de qualité sans ces poisons pour approvisionner le marché brésilien tout en préservant l’environnement et garantissant une diversification des aliments nécessaires pour l’équilibre alimentaire. Pour cela nous avons besoin d’augmenter la capacité de la Compagnie Nationale d’Approvisionnement (Conab) pour l’acquisition des produits de la Réforme Agraire et pour garantir que les mairies achètent ces aliments pour les repas scolaires.

Le gouvernement fédéral, les états régionaux et les municipalités doivent être partenaires des petits agriculteurs à travers un esemble de politiques publiques, agro-industrielles, politiques de crédit, de protection et de développement de semences, d’assistance technique et de formations pour contribuir à l’organisation de la production alimentaire. Nous proposons ainsi la création d’une entreprise d’État pour satisfaire cette demande.

4. Education et culture en zone rurale, comme lieu agréable de vie.

Les zones rurales brésilienes ne peuvent être réduites à un lieu pour produire. Nous ne pouvons traiter la campagne comme si elle n’était qu’une grande usine à grains. Nous avons besoin de zones rurales comme lieu agréable de vie, c’est pourquoi l’État doit renforcer les politiques publiques qui garantissent une qualité de vie. D’emblée nous revendiquons l’arrêt immédiat des fermetures des écoles rurales. Dans les dernières quinze années plus de vingt mille écoles ont été fermées. Nous avons besoin d’internet de qualité, de centres culturels, d’écoles pour les enfants, de transport public, d’équipements et d’infrastructures pour les pratiques sportives, et de politiques de publicité pour les publications centrées sur la vie de la population rurale.

5. Construire un projet populaire pour le Brésil.

De notre point de vue, la bataille électorale principale se joue entre le néo-développementisme et le néo-libréralisme. Nous ne sommes représentés par aucun de ces deux projets mais il est important de battre le néo-libéralisme et toute la droite conservatrice qui l’appuie. Face à cette conjocture nous devons débattre et construire un champ politique autour d’une plate-forme de réformes structurelles qui soit dirigée et hégémonisée par le camp populaire. Ceci permettra de résoudre les problèmes sociaux du monde du travail et en même temps, d’accumuler des forces pour les transformations profondes de l’État brésilien et pour élever le niveau de conscience politique et culturel de la classe des travailleurs.

Nous croyons le moment propice à l’ouverture d’un grand débat avec toutes les forces populaires et de gauche, avec les partis qui croient encore à la réforme agraire comme moyen de construire une société plus juste et égalitaire. Enfin, indépendamment de qui gagnera les élections, nous devons nous préparer pour les nombreuses luttes que connaîtra la prochaine période.

Source : http://www.revistaforum.com.br/rodrigovianna/plenos-poderes/eleicoes-gerais-momento-de-debate-das-mudancas-estruturais-e-reforma-agraria.html

Traduction :  Thierry Deronne

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En route vers un Congrès historique !

Sergippe

L e MST a été fondé en 1984. Trente ans plus tard, l’organisation prépare son sixième Congrès national, qui aura lieu du 10 au 14 février 2014 à Brasilia. Questions à José («Zê») Borges Sobrinho, agriculteur et dirigeant du MST à Sergipe.

Comment es-tu entré dans le MST?

J’ai milité dans un syndicat de travailleurs ruraux, puis dans le Mouvement des Chrétiens en milieu rural, avant d’entrer dans le MST. Je me suis identifié avec le MST en raison de mes origines: je suis fil d’une famille de paysans pauvres, sans terre. Mais aussi parce que le MST est un mouvement qui prône la lutte pour les droits des travailleurs plutôt que l’assistencialisme.

Quel est le rôle d’un Congrès du MST?

Le Congrès national est la plus importante instance du mouvement: elle réunit l’ensemble des militant-e-s du pays pour définr les lignes stratégiques de notre lutte. Notre dernier Congrès, en 2007, a rassemblé 15 000 Sans Terre.

Il aura lieu dans un contexte difficile…

En 30 ans de lutte, le MST a permis à 400 000 familles de vivre dignement en travaillant la terre. C’est une grande avancée. Le modèle d’agriculture que nous défendons crée 70% des emplois

dans le secteur agricole, et produit la majeure partie de la nourriture consommée dans le pays. La réforme agraire représente une vraie alternative de développement pour des millions de familles à la campagne.

Aujourd’hui, les grands propriétaires et les multinationales de l’agro-business concentrent toujours plus de terres. Cela nous a affaibli. En termes de distribution des terres, 2013 sera une des pires années depuis la fin de la dictature militaire (1984). Les difficultés ne se limitent pas au MST: nous traversons une période de descente des luttes sociales depuis l’entrée au gouvernement du Parti des Travailleurs (PT) en 2003.

Comment expliquer ce paradoxe?

La base du MST a voté pour les candidats du PT à la présidence, Lula puis Dilma Rousseff. Nous estimons qu’il s’agit d’un moindre mal face à la droite, très répressive. Mais, en 10 ans de gouvernement, le PT a oublié la réforme agraire et favorisé l’agro-business. Pour remédier à la situation, nous devons renforcer notre lutte. Aucun politicien ne va résoudre notre problème.

Quelle est la situation à Sergipe?

Ce contexte touche tout le pays. À Sergipe, nous avons eu une avancée importante dans la région semi-aride du Sertão. Un accord avec le gouvernemnent de l’Etat (Marcelo Déda, PT) a permis l’acquisition et la redistribution de grandes propriétés improductives pour 1200 familles Sans Terre. Dans les autres régions de l’Etat, il est toujours plus difficile pour les petits de gagner un bout de terre.

Comment améliorer cette situation?

Nous devons renforcer notre capacité de lutte, qui a perdu du punch ces dernières années face au gouvernement. Ce sont le nombre et l’organisation qui font notre force. Sans la pression populaire, c’est le pouvoir politique et financier des entreprises et des grands propriétaires qui impose ses priorités au gouvernement. Nous devons préparer et former notre direction, nos militant-e-s, notre base à un nouveau cycle de luttes.



Le mouvement des « Sans Terre » alimentera les écoliers de la plus grande ville du Brésil

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Récolte de riz par les producteurs du Mouvement des Sans Terre

Le « Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre » (MST) est un mouvement social qui milite pour que les paysans brésiliens ne disposant pas de terres puissent en cultiver.

Ce mouvement lutte aussi pour une agriculture écologique et une réforme agraire juste et non commerciale.

Récemment, la mise en production de plusieurs grandes propriétés (« latifundios ») récupérées par les Sans Terre a permis la signature d’un accord inédit et sans précédent avec la mairie de Sao Paulo, centre économique du pays, portant sur la livraison de 930 tonnes de riz organique, produit par la coopérative des travailleurs agricoles de la région de Porto Alegre (Cooperativa dos Trabalhadores dos Assentados da Região de Porto Alegre (Cootap).

Ce riz est destiné au réseau public des écoles de Sao Paulo. Le MST fournit donc de la nourriture organique à la plus grande ville du pays et y voit l’embryon d’une nouvelle responsabilisation de l’État en ce qui concerne l’alimentation dans le secteur de l’éducation publique:  les écoles municipales, qui abritent près de 260.000 enfants, recevront des aliments exempts de pesticides, produits dans les coopératives de groupes d’agriculteurs qui luttent pour la réforme agraire dans le pays.

Pour Erika Fisher, du département de l’Alimentation Scolaire de la Mairie (PT, parti de Dilma Roussef) de Sao Paulo, « il est fondamental que les enfants puissent consommer une alimentation saine, cela aura des répercussions favorables sur leur croissance« .

Cet accord est estimé à une valeur de 2,4 millions de Réal, sois environ 1,08 millions de dollars US.

La signature d’autres accords semblables  entre le MST et la mairie de Sao Paulo est déjà prévue pour d’autres aliments de base tels que les haricots.

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Le maire de Sao Paulo Fernando Haddad (Parti des Travailleurs) avec le Coordinateur du Mouvement des Sans Terre Joao Pedro Stedile.

Source : http://www.mst.org.br/MST-assina-primeiro-contrato-de-comercio-de-alimentos-com-prefeitura-de-Sao-Paulo

Pour soutenir concrètement le Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre du Brésil, on peut contacter Lucas Tinti, prointer@mst.org.br

URL de cet article : http://bit.ly/1chrnuN




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