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« Chao » (« sol »), sortie du nouveau documentaire sur les Sans Terre, réalisé par Camila Freitas (2020)

CHÃO (« sol »), le documentaire sur le mouvement brésilien des sans-terre, sera diffusé en première au Brésil le 26 mars 2020. Réalisé par Camila Freitas, il raconte l’histoire quotidienne d’une occupation du MST dans le sud de l’État de Goiás. Le film a fait ses débuts mondiaux au Festival international du film de Berlin, a été projeté au DocLisboa et a déjà remporté plusieurs prix dans des festivals de cinéma.

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Le MST dans le viseur de Bolsonaro, augmentation de la violence contre les paysans

Par Nara Lacerda

Le discours belliciste du président se matérialise: exécution de militants, expulsions de paysans, et gros propriétaires terriens (ruralistas) au sein du pouvoir.

Lors des premiers jours de son administration, en janvier 2019, le gouvernement de Jair Bolsonaro avait déjà montré qu’il mettrait en œuvre les prises de position annoncées pendant sa campagne électorale sur les questions agraires. Au fil des mois, ses déclarations violentes se sont traduites par des actions gouvernementales. L’agressivité de ses proclamations est allée croissant, ce qui, selon les observateurs, a rendu les rapports sociaux dans la campagne brésilienne encore plus tendus.

Pendant la période électorale, Bolsonaro avait promis la fermeture des écoles du Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre (MST), d’apporter un soutien juridique à ceux qui tuent les occupants de terres et de mettre fin à l’expropriation des terres des propriétaires pratiquant le travail forcé et l’esclavage. Il a également assimilé les travailleurs ruraux à des terroristes.

Le 5 janvier 2019, moins de sept jours après son installation au pouvoir, le premier acte de violence a été enregistré. Des agents de sécurité d’une entreprise privée ont tué une personne et en ont blessé huit autres lors d’une occupation de la ferme de Bauru à Colniza, dans le Mato Grosso (région du centre ouest du Brésil). A cette occasion, la déclaration d’un des gardes a déjà montré à quel point le discours belliqueux du gouvernement avait influencé le climat de permissivité face aux actes de violence.

«Il y a eu une invasion des terrains occupés par les sans-terre, qui ne sont plus sans terre car, selon Bolsonaro, ce sont des bandits… Deux bandits sont morts et cinq autres ont été blessés par balle, ils sont à l’hôpital», a déclaré le chef de la sécurité au site local d’informations Cuiabá VG News. Quatre d’entre eux ont été arrêtés «en flagrant délit», accusés de meurtre et tentative de meurtre. Mais la justice a libéré les accusés deux jours plus tard.

Toujours en janvier, le gouvernement a ordonné l’interruption de toutes les procédures d’achat et de démarcation des terres destinées aux colonies (campements) du MST.

Quelques semaines plus tard, Luiz Antônio Nabhan Garcia (ex-président de l’União Democrática Ruralista, la structure politique des grands propriétaires terriens), nommé secrétaire spécial aux Affaires Foncières, a qualifié les écoles du Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre de «fabriques de dictateurs» et a déclaré que le gouvernement ferait tout pour fermer ces institutions, qui accueillent plus de 200’000 enfants et jeunes.

Faisant écho au discours violent du gouvernement fédéral, les administrations conservatrices des différents États ont commencé à agir.

Dans la dernière semaine de février, le gouverneur du Minas Gerais, Romeu Zema (depuis janvier 2019, membre du parti NOVO) a décidé de fermer l’école publique Eduardo Galeano. Cette école du Minas Gerais fonctionnait depuis trois ans dans le campement de Quilombo Campo Grande, sans aucun soutien gouvernemental, que ce soit pour le transport ou la nourriture des élèves.

Quelques jours plus tard, à Chapada Diamantina (Bahia), la Police Militaire a envahi le campement de Mãe Terra (Terre Mère) et a arrêté deux travailleurs ruraux sans avoir pour autant de mandat d’arrêt.

Dans le Pernambuco, 450 familles ont été expulsées du campement de l’usine Maravilha, dans la municipalité de Goiana, dans la région de Mata Norte. Le site était occupé depuis 2012. Les occupants exploitaient la terre, y avaient construit des maisons et une école. Par ailleurs, il y avait une procédure en cours auprès de l’INCRA (Institut National de la Colonisation et de la Réforme Agraire), qui avait déjà affecté une partie de la zone à la réforme agraire.

Dans l’ouest du Paraná, la justice a déterminé la récupération de la pré-colonie de Jangadinha, dans la municipalité de Cascavel, qui produisait 2000 kg de nourriture par semaine.

Toujours en février, l’Institut National de la Colonisation et de la Réforme Agraire (INCRA) a cessé les négociations avec les entités sans CNPJ (Cadastre qui octroie la personnalité juridique aux paysans sans terre occupant des terrains) d’où la paralysie de plusieurs fronts de dialogue et de négociation. Quelques jours plus tard, sur recommandation du Ministère Public Fédéral, le gouvernement a fait marche arrière, en arguant que la mesure pourrait donner lieu à des illégalités ou à des situations inconstitutionnelles.

Isolete Wichinieski, économiste et coordinatrice nationale de la Commission Pastorale de la Terre (Commission dépendant de la Conférence Nationale des Evêques du Brésil), a conclu qu’il existe une tentative de vider les processus de colonisation (occupations de terre): «Tous les organismes liés au thème de la réforme agraire ont été démantelés. Toutes les politiques agricoles sont paralysées. Les processus de possession communautaire sont déconstruits. Des colonies et des campements en attente de régularisation des titres de propriété et qui ont pourtant plus de dix ans d’existence ont été expulsés de leurs terres.»

En avril, Bolsonaro a attaqué, à nouveau, directement le MST. Dans une émission en direct sur Facebook, le président a déclaré qu’il avait l’intention de qualifier les occupations du MST d’actes de terrorisme et a préconisé que les propriétaires puissent tirer sur les occupants, et les tuer, sans que l’action soit pour autant considérée comme un crime.

Assassinats et expulsions

Le mois de mars, la coordinatrice (active depuis trois décennies) du Mouvement des personnes affectées par les barrages hydroélectriques, Dilma Ferreira Silva, a été cruellement assassinée dans le campement Salvador Allende à Para. Son mari, Claudionor Costa da Silva et Hilton Lopes, un ami du couple, ont également été tués. Le commanditaire du crime, le propriétaire foncier Fernando Ferreira Rosa Filho, âgé de 43 ans, a été arrêté. Selon l’enquête, son but était d’occuper une partie des terres de la colonie et d’utiliser ensuite de faux documents pour en revendiquer la propriété, une méthode qui est appelée grilagem au Brésil.

Tout au long de l’année, il y a eu des actions d’expulsion dans plusieurs États. Une des initiatives historiques et une des plus réussies du MST, le Centre de formation Paulo Freire a été ciblé par le gouvernement Bolsonaro. Située dans la colonie de Normandia, à Caruaru, municipalité de Pernambuco, l’école proposait des cours, des ateliers, des conférences en partenariat avec le gouvernement de l’État de Pernambuco et les universités. L’ordre d’expulsion a été signé par l’INCRA, la même institution qui, deux décennies plus tôt, avait rendu possible la création de ce centre de formation.

Les assauts du gouvernement de Jair Bolsonaro contre les mouvements sociaux qui travaillent dans les campagnes sont en train de s’inscrire dans une continuité.

Le 25 novembre 2019, Bolsonaro a déclaré qu’il avait l’intention d’envoyer au Congrès un projet de loi visant à autoriser des opérations de Garantie de la Loi et de l’Ordre (GLO) lors des actions de reprise de possession des terres. En pratique, cela signifie que les agents fédéraux, y compris les forces armées, pourront agir lors de ces procédures.

Kelli Mafort, membre de la direction nationale du MST, affirme que le discours haineux du gouvernement contre les travailleurs de la campagne autorise ces actes de violence, qui proviennent non seulement des agents de la sécurité publique, mais aussi des sociétés privées qui opèrent comme des milices. «Le jour où Jair Bolsonaro s’est exprimé sur la GLO rurale – de manière presque synchronisée – a eu lieu à Bahia l’une des plus grandes expulsions de paysans de l’année 2019. Cette expulsion a été exceptionnelle: il s’agit de 1700 hectares, des familles qui étaient déjà installées, une zone dont le périmètre est irrigué. Cette expulsion a été demandée par l’entreprise gouvernementale responsable, avec la présence de la Police Fédérale et en rompant les accords existants». Kelli fait référence à l’action qui a touché 700 familles dans les camps d’April Red, Dorothy et Irany, dans les municipalités de Casa Nova et Juazeiro. Outre les agents de la Police Fédérale, une structure dont la fonction n’est pas de participer à ce type d’actions, il y avait sur place des membres de la Police Militaire et des agents de sécurité privés.

Il y a eu des coups de feu, du gaz lacrymogène et des grenades de désencerclement. Les familles étaient là depuis plus de dix ans, sur la base d’un accord signé entre le Gouvernement fédéral, le Gouvernement de l’État, l’INCRA, le Défenseur du peuple pour les questions agraires, la Codevasf (Compagnie pour le développement des vallées de São Francisco et de Parnaíba) et le Ministère public.

En décembre, de nouveau des actions violentes: les campements de Zequinha et de Patria Libre dans la région métropolitaine de Belo Horizonte ont été attaqués sans ordre préalable. Les gardes de sécurité les ont encerclés et ont assiégé les plus de 1200 familles qui vivent dans cette région.

Cette agressivité a même motivé le départ de la Police Militaire du site, trois jours après l’invasion. Il a été signalé des cas d’agression, de destruction de biens et des plantations, et même de harcèlement sexuel.

Ruralistas et grileiros [1]

Quelques jours plus tôt, Bolsonaro avait signé la Mesure Provisoire du Programme de Régularisation des Terres qui est censée simplifier le processus de délivrance des titres de propriété. Mais les experts estiment que cette Mesure Provisoire est conforme aux intérêts des ruralistas et met en danger la protection de l’environnement.

Dans un entretien accordé à Brasil de Fato, la chercheuse Brenda Brito, de l’Institut de l’Homme et de l’Environnement en Amazonie (Imazon), estime que le texte stimule l’appropriation irrégulière des terres appartenant à l’État tout comme la déforestation illégale. «C’est parce qu’il modifie la date qui indique le délai pendant lequel une terre publique doit avoir été occupée afin de pouvoir prétendre à l’obtention d’un titre de propriété, en respectant certaines exigences. Chaque fois que cette date est changée, le message est qu’il est toujours possible de modifier la loi au profit de ceux qui volent des terres publiques», explique Brenda Brito.

Au milieu de la violence, des morts et des tentatives d’affaiblissement des mouvements des paysans, la production ne s’arrête pourtant pas. Le MST est aujourd’hui le plus grand producteur d’aliments biologiques au Brésil. Il existe des centaines de coopératives, plus de 90 industries agroalimentaires et 1900 associations. Les produits ne sont pas seulement consommés sur le territoire brésilien, ils sont également exportés vers d’autres pays de l’Amérique latine, de l’Amérique du Nord, d’Europe et d’Océanie. (Article publié dans Brasil do Fato en date du 30 décembre 2019; traduction de Ruben Navarro à partir de la version espagnole, complétée par celle en brésilien)

[1] Ruralistas: grands propriétaires terriens. Grileiros: ceux qui pratiquent le grilagem, appropriation des terres avec de faux titres de propriété.

 

6 – janvier – 2020

http://alencontre.org/ameriques/amelat/bresil/bresil-retrospective-le-mst-dans-le-viseur-de-bolsonaro-augmentation-de-la-violence-contre-les-paysans.html

 



Note de la direction du Mouvement des Sans Terre du Paraíba après l’assassinat de deux militants dans le campement José Maria Pires – municipalité d’Alhandra

« Que serait ce monde sans les militants ? À quoi ressemblerait la condition humaine s’il n’y avait pas de militants ? Non que les militants soient parfaits, ni qu’ils aient toujours raison, qu’ils soient des surhommes et qu’ils ne se trompent jamais. Ce n’est pas ça. C’est que les militants ne cherchent pas leur intérêt, ils viennent offrir leur âme pour une poignée de rêves ».

(Ancien président de l’Uruguay, Pepe Mujica)

Le Mouvement des travailleurs ruraux sans terre (MST-PB) a perdu ce samedi soir, 8 décembre, vers 19h30, deux militants : José Bernardo da Silva, dit Orlando et Rodrigo Celestino. Ils ont été brutalement assassinés par des hommes de main cagoulés et lourdement armés. Cela démontre la répression actuelle contre les mouvements populaires et leurs dirigeants. L’attaque a eu lieu au campement José Maria Pires, dans la municipalité d’Alhandra à Paraíba, Domaine de la ferme Garapu, appartenant au groupe Santa Tereza, occupé par les familles en juillet 2017.

Nous demandons que justice soit faite, que les coupables soient punis, et nous pensons que lutter n’est pas un CRIME. En ces temps d’angoisse et de doutes sur l’avenir du Brésil, nous ne pouvons pas laisser ceux qui détiennent le pouvoir politique et économique décider de notre destin. Nous continuons donc de réaffirmer que la lutte pour la défense de la terre est essentielle pour garantir la dignité des travailleurs ruraux et urbains.

Deux jours à peine avant les commémorations de la Journée Internationale des Droits de l’Homme, le 10 décembre, deux travailleurs sans terre sont brutalement assassinés. En ce sens, nous appelons les militants, les amis, les défenseurs des travailleurs et les travailleurs, à dénoncer la répression actuelle et les meurtres résultant des conflits à la campagne.

Solidarité avec la famille d’Orlando et de Rodrigo.

Direction du MST – PB
Lutter
, construire la réforme agraire populaire !

Traduction : Raisa Inocêncio

Source : https://liberezlula.org/2018/12/note-de-la-direction-du-mouvement-des-sans-terre-du-paraiba-apres-lassassinat-de-deux-militants-dans-le-campement-jose-maria-pires-municipalite-dalhandra/



Les 300 familles du campement des Travailleurs Sans Terre « Hugo Chavez » expulsées manu militari au Brésil

Aujourd’hui 14 décembre 2017, sous la pluie et dans le froid, le Commando des Missions Spéciales (CME) est arrivé au campement Hugo Chávez et en a expulsé les quelques 300 familles qui y vivaient avec leurs 150 enfants, dix jours avant Noël, en dépit de l’appel lancé par les organisations, mouvements et organisations sociales nationales et internationales, religieux, artistes pour demander l’arrêt de cette procédure.

C’est une expulsion de plus parmi les 20 prévues dans la région, toutes décidées par le juge Amarildo Mazzuti de la juridiction agraire de Marabá. Le Mouvement des Sans Terre du Para dénonce l’action de la police, coordonnée par le gouvernement de l’état, le harcèlement et la violence auxquelles les familles des travailleurs ruraux ont été soumises sur place. Les familles se retrouvent à la rue, n’ont nulle part où aller, et les enfants ne pourront pas terminer leur année scolaire. Le gouvernement de l’État, ainsi que d’autres organismes publics, ne se sont pas prononcés sur ces violations des droits humains et n’ont proposé aucune solution alternative au conflit. Les familles ont résisté jusqu’au dernier moment mais ne pouvant plus gérer la situation ont choisi de commencer le démantèlement des cabanes. En cette heure, les familles organisent un campement temporaire dans une région avoisinante.

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Ces derniers jours, les paysans avaient été attaqués par des hommes armés, ce qui avait suscité une grande mobilisation d’amis et d’organisations solidaires et rouvert le débat sur la propriété de la terre et la violence dans cette région du nord du Brésil.

Le Mouvement des Sans Terre remercie  les centaines de gestes de solidarité du Brésil et de l’étranger et réitère son engagement pour défendre les droits des familles des travailleurs ruraux sans terre dans la lutte pour la réforme agraire et la justice sociale. Celles-ci n’abandonneront pas la région.

Le latifundio veut la guerre, nous, nous voulons la terre!

Direction de l’État du Para du Mouvement des Sans Terre

Source : http://www.mst.org.br/2017/12/14/mst-repudia-acao-de-despejo-no-acampamento-hugo-chavez-no-para.html

Traduction : T.D.

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URGENT: Appel à la solidarité contre les expulsions forcées des campements du Mouvement des Travailleurs Sans Terre au nord du Brésil

Chers compagnons,

Une attaque agressive est menée contre les paysans sans terre du MST dans l’Etat de Pará, au nord du Brésil.

Les grands propriétaires fonciers ainsi que les autorités judiciaires locales, les grands médias et la police militaire brésilienne ciblent les campements du MST dans tout le pays.

2.000 familles paysannes vivant dans 20 campements situés dans l’Etat du nord de Pará risquent d’être violemment expulsées d’ici à la fin de l’année

Lundi (11), un commando  armé a attaqué le campement Hugo Chavez. Sept hommes lourdement armés – une «sécurité privée» illégale engagée par les grands propriétaires, ont fait feu sur des paysans désarmés, y compris des femmes et des enfants.

L’ordonnance judiciaire d’expulsion des 300 familles vivant dans le campement Hugo Chavez a été confirmée pour demain par la police militaire (14). On s’attend à plus de violence, puisque les familles sont prêtes à résister.

L’escalade récente de la violence a lieu alors que le gouvernement brésilien continue de mettre en place et d’utiliser de lois régressives sur la propriété foncière, qui ont eu des conséquences dévastatrices sur les travailleurs agricoles sans terre et les déplacés.

Pendant l’administration du président non élu du Brésil, Michel Temer, le Mouvement des Sans Terre a été victime de niveaux accrus de violence étatique et de criminalisation contre nos membres

Face à l’escalade de la violence et de la répression, nous lançons un appel urgent à la solidarité internationale!

Envoyez une courte vidéo ou une déclaration de soutien et de solidarité aux familles MST du Pará à l’adresse e-mail suivante: redacao@mst.org.br et srimst@mst.org.br!

PLUS IMPORTANT: ESSAYONS D’ARRÊTER L’EXPULSION DE DEMAIN ET CETTE MONTÉE DE LA VIOLENCE.

Ecrivez aux autorités officielles pour condamner les expulsions au Pará et demander la révision de l’ordre d’expulsion du Camp Hugo Chavez!

Envoyer un email aux adresses électroniques suivantes:

Président de la Cour de justice – Ricardo Ferreira Nunes: presidencia@tjpa.jus.br

Secrétaire d’État à la Sécurité publique – Jeannot Jansen da Silva Filho: segup.ascom@gmail.com

Secrétaire de l’État du Pará – Jose Megale Filho: casacivil@palacio.pa.gov.br

Bureau du médiateur agricole – Rosi Maria Gomes de Farias: ouvidoria.agraria@tjpa.jus.br

Juge agraire de Maraba – Amarildo Mazutti: Amarildo.mazutti@tjpa.jus.br

Ombudsman agraire national – Jorge Tadeu Jatoba: ouvidoria@incra.gov.br

Copie: redacao@mst.org.br et srimst@mst.org.br

Avec votre solidarité et la pression internationale, les 2 000 familles campées de l’État de Pará espèrent passer Noël dans leurs maisons et sur leurs terres.

Conseil national du Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre du Brésil www.mst.org.br – Collectif des Relations Internationales

(Traduction : T.D.)

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Brésil : jours d’angoisse et de terreur au Para

Les mouvements sociaux font face à l’expulsion des sans terre, à la violence policière et à la mort des défenseurs des droits humains

Par Felipe Milanez, De Carta Capital. 30 novembre 2017

Le Pará vit des jours de tristesse et d’angoisse, de panique et de terreur en vertu d’une méga-opération de la police militaire et du décès  de personnages historiques dans la défense des droits de l’homme.

Lundi 27, le commandement des missions spéciales (CME) de la PM (police militaire) a commencé  la reprise de possession des terres dans les plantations de la région, en se concentrant sur les zones occupées par le MST dans les terres latifundiaires de la Compagnie Agricole Santa Barbara Xinguara S / A, du groupe Opportunity,  appartenant au banquier Daniel Dantas.

Initiée à 7 heures du matin, la réintégration a connu des moments de tension, mais les leaders du mouvement négocient constamment une solution politique. L’opération contre le MST a eu lieu le lendemain de la mort du frère Henri Burin des Roziers, le dimanche 26, à Paris, de causes naturelles. A 87 ans, l’avocat dominicain et son histoire de vie ont été une étape importante dans la lutte pour la réforme agraire, contre le travail esclave et l’impunité des assassinats de dirigeants syndicaux dans le sud du Pará.

Roziers était une force morale et intellectuelle fondamentale pour les mouvements sociaux. Diplômé en droit à l’Université de Cambridge avec un doctorat de la Sorbonne, sa présence était cruciale pour condamner des hommes de main et des criminels agriculteurs dans les années 1980 et 1990. «J’ai passé une grande partie de mon temps au Brésil en essayant d’agir pour que la Justice juge et condamne les assassins », a confié Frei Henri dans une interview avec Carta Capital en 2015.

Frei Henri était fondamental dans la lutte pour les droits de l’homme au Pará. Un malheur n’arrivant jamais seul, le décès du père Henri est venu exactement un mois après la mort subite, par crise cardiaque, de Paulo Fonteles fils, membre de  la Commission de la Vérité de l’État de Pará  et l’un des chercheurs principaux des décombres du massacre de la guérilla de l’Araguaia. Il a également été un immense défenseur des droits de l’homme au Pará, un militant dont le père, déjà, l’avocat Paulo Fonteles, qui a courageusement  fait face aux propriétaires latifundiaires, a été assassiné par des hommes de main en 1987.

Les décès surviennent en même temps que la méga opération de réintégration des terres se déroule dans le sud du Pará, dans la région de Marabá. Des terres qui avaient déjà été concédées à la réforme agraire, des acquis consolidés par les mouvements sociaux.

Au moins 14 mandats d’expulsions ont été décidés par le juge de la Cour agraire de Marabá, devant être exécutés d’ici la fin de l’année. La semaine dernière, les mouvements sociaux ont entamé une campagne de mobilisation, avec des blocages de route, puis des marches contre les expulsions des familles.

La première réintégration a eu lieu à la Ferme Cristalina, à Itupiranga, le 2 novembre. Le lundi 27 novembre, ça a été au tour du campement Helenira Resende, du MST.

Avec plus de 700 familles, le campement Helenira Rezende, nom donné en hommage à une guérillera combattante de l’ Araguaia, est installé sur les fermes du Cèdre et Fortaleza, Santa Barbara depuis 2009. La plupart des familles s’étaient organisées pour quitter pacifiquement la zone agricole Cedro, l’objet de la demande de réintégration. Il se trouve qu’elle est frontalière sans limite bien défini, avec la ferme Fortaleza, un espace public illégalement pris, que l’ INCRA (Institut national de la Réforme Agraire) est en droit de confisquer pour la réforme agraire, mais n’a toujours pas fait.

Il y a une impasse qui a duré toute la semaine, avec des rapports tendus et risqués. Santa Barbara a envoyé 15 camions et une pelleteuse pour collaborer avec la police. Les Sans terre ont résisté quand le tracteur a démoli l’école.

Le MST a indiqué que les familles sont installées dans ce campement depuis près d’une décennie, produisant environ 1 500 litres de lait par jour, en plus d’avoir plus de 10 000 pieds de bananiers et 40 hectares de manioc. Le reste est un immense pâturage avec des squelettes de châtaigniers, pour qu’on se souvienne qu’un jour, avant que le latifundio ne s’installe, c’était la forêt amazonienne.

Ils sont également menacés les campements Dalcídio Jurandir, la ferme Maria Bonita, du Groupe Santa Barbara, avec une audience prévue pour le 1er Décembre, et le campement Hugo Chavez, situé dans la ferme d’un ancien mineur chercheur d’or de la région, responsable de l’une des plus importantes déforestations de l’histoire de l’Amazonie, avec une audience pour le 13 décembre. En juillet, des hommes de main armés ont attaqué le campement de Chávez.

Les fermes Cedro, Fortaleza et Maria Bonita font partie de la stratégie d’investissement foncier de Daniel Dantas. Ce sont des latifundios achetés à la famille des Mutran en décadence, ceux qui, dans le passé, constituaient l’oligarchie brutale des châtaigniers. Dans la  Fazenda Cabaceiras, appartenant à la famille Mutran, expropriés en 2008 pour faire place à une unité productive agricole dirigée par le MST, a été trouvé un cimetière clandestin.

Ces actions de réintégration vont de pair avec la politique du gouvernement fédéral d’arrêter la réforme agraire. Depuis le coup d’État, Temer a commencé à nommer à l’Incra des  « ruralistes » (défenseurs des latifundio) et, l’année dernière, il a émis un décret provisoire (759/2016) pour «moderniser la réforme agraire». L’intention était de favoriser la ré-concentration des terres dans les mains des riches propriétaires et de l’agrobusiness.

La fin de la réforme agraire

Ces mesures anti-réforme agraire du gouvernement fédéral, comme l’explique l’avocat de la Commission Pastorale de la Terre dans la région, José Batista Afonso, ont augmenté les tensions. « Elles signalent que le gouvernement ne soutiendra pas les préemptions/réquisitions ni les indemnisations, ce qui incite les grands propriétaires terriens (fazendeiros) à mettre tous les moyens en œuvre pour expulser les familles », affirme-t-il.

Dans une lettre ouverte où il dénonce l’escalade de la violence, Mauricio de Areu Monteiro, le recteur de l’Université Fédérale du Sud-Est du Para (Unifesspa) ; Raimunda Nonata Monteiro, recteur de l’Université Fédérale de l’Ouest du Para (Ufopa) ; et Claudio AlexJorgeda Rocha, recteur de l’Institut Fédéral du Para (IFPA), ont manifesté leur « solidarité en faveur des luttes des peuples ruraux pour le droit de vivre dans la dignité ».

Violence et mémoire

Tandis que la Police Militaire est utilisée contre les travailleurs ruraux pour défendre la grande propriété foncière, 20 assassinats de travailleurs ruraux ont déjà eu lieu cette année dans le Para. Le 24 mai dernier, dix d’entre eux ont été exécuté par la police (de l’État du Para), au cours d’un événement connu sous le nom du Massacre de Pau D’Arco. Grâce à une forte mobilisation d’organisations de défense des droits de l’homme, et d’une enquête de la police fédérale, il a été possible d’identifier les responsabilités individuelles des policiers assassins et onze d’entre eux sont aujourd’hui sous les verrous. La police fédérale a depuis été dessaisie du dossier, ce qui est préoccupant pour la suite de la procédure.

Si le Massacre de Pau D’Arco, perpétré par la police de l’État, rappelle à la mémoire collective de la région, l’époque des assassinats en masse (chacinas) des années 1980, l’imminence des actions de récupération des terres pour le compte des grands propriétaires effectuées par la police ravive les terribles souvenirs du Massacre d’Eldorado de Carajas, du 17 avril 1996, lorsque la police militaire du Para tua 19 travailleurs ruraux.

Ces actions en défense de la grande propriété foncière, menées par le gouvernement et la justice, engendrent un véritable climat d’« insécurité juridique » pour les travailleurs ruraux. Une situation qui tranche radicalement avec l’argument en faveur d’une nécessaire « sécurité juridique », dont se targue habituellement les grands propriétaires, pour disqualifier les demandes de terres des paysans, des indigènes et des communautés de descendants d’esclaves-marrons (quilombos).

L’absence du Frère Henri

Dans ce climat de tensions et de violence structurelle, Frère Henri Burin des Roziers était une figure clé de la défense de la démocratie et de la justice. C’est aussi pour cela que sa perte a provoqué un fort sentiment de déprime parmi les militants.

En mai de l’année dernière, il avait envoyé une lettre à un campement qui porte son nom, à Curionopolis (Para). Attaquée par des milices armées, la propriété Fazendinha fait l’objet d’un mandat de réintégration en faveur de l’INCRA (Institut National de Colonisation et Réforme Agraire) expédié par le Tribunal Régional Fédéral. Ici, bizarrement, la police n’agit pas, lorsque les milices armées (pistoleiros) sont actives et terrorisent la population des campements. « La loi est de votre côté » écrivait Frère Henri : « Mais il y a beaucoup de coups bas de la part des grands propriétaires dans le but de falsifier certaines choses et faciliter la récupération des terres par usurpation (grilagem) ». Il ajoutait « Restez fermes, unis, confiants, déterminés, et ne laissez pas ces grands propriétaires s’approprier la terre qui est la votre. »

Frère Henri est décédé en France. Au mois de mai 2014, j’ai réalisé une entrevue avec Frère Henri au couvent Saint-Jacques où il résidait à Paris, qui portait sur la violence dans cette région du Brésil. Il décrivait les massacres comme des « crimes contre l’humanité, comme une dictature, un génocide. Peu importe combien de temps cela prendra, il est impératif que cela soit jugé, et que cela soit qualifié de crime contre l’humanité. Au regard de l’histoire, ce sera considéré comme un crime très grave ».

Il défendait la Justice, pas seulement dans son aspect punitif, mais en tant que construction de la mémoire collective, de l’histoire d’un peuple. « Un crime grave qui ne tombera pas dans l’oubli. »

Source : Carta Capital et MST, http://www.mst.org.br/2017/11/30/dias-de-angustia-e-terror-no-para.html

Traduction: Mônica Passos et Guillaume Van Wijk

Merci à Monique Murga

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Campagne pour la libération des prisonniers politiques du Mouvement Sans Terre au Brésil

Chers compagnons comme vous le savez le Brésil vit depuis quelques mois un coup d’Etat d’extrême droite. Le gouvernement illégitime de Michel Temer a intensifié la criminalisation et la répression des mouvements populaires et des luttes sociales, en même temps qu’il a multiplié les réformes néolibérales dans le pays.

Ces derniers mois se sont produits plusieurs cas d’arrestations et de persécutions politiques de leaders et activistes populaires, dans le but de démobiliser les mouvements sociaux.

Le Mouvement Sans Terre compte actuellement 16 prisonniers politiques dans tout le pays. Ce sont des personnes emprisonnées pour leur activisme et pour leur lutte pour la terre et pour un monde plus juste.

Nous avons lancé une campagne contre la criminalisation des luttes et pour la libération immédiate des prisonniers politiques du Mouvement des Sans Terre Fabiana et Claudelei, emprisonnés depuis novembre 2016 dans l’État de Paraná, et accusés du délit d’organisation criminelle.

Les emprisonnements font partie de l’Opération Castra, commandée par la Police Civile de Paraná. Une autre action de cette même opération fut l’invasion de l’École Nationale Florestan Fernandes – ENFF, sans ordre judiciaire, en novembre passé, dans l´État de Sao Paulo.

Fabiana est une jeune militante du MST de 22 ans, qui vit dans l’unité agricole productive (asentamiento) Dom Tomás Balduíno.

Claudelei Lima a 39 ans, vit dans l’unité agricole productive (asentamiento) Celso Furtado, est agriculteur, radio-amateur, et plus récemment conseiller municipal de Quedas do Iguaçu.

L’accusation contre ces personnes révèle de la tentative de criminaliser la lutte et l’organisation populaire. C’est pourquoi nous vous invitons à contribuer à la défense de la lutte des défenseurs des droits humains.

La campagne propose plusieurs actions de solidarité :

1. Signer le manifeste d’appui à la libération des prisonnières et prisonniers politiques du Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre (ci-joint, ci-dessous)

Vous pouvez signer en ligne ici : http://meucrimeelutar.com.br/

Vous pouvez envoyer votre signature au courriel : meucrimeelutar@gmail.com et srimst@mst.org.br

Vous pouvez envoyer votre photo de soutien à : meucrimeelutar@gmail.com et srimst@mst.org.br

2. Envoyer un message de soutien aux prisonniers et prisonnières : depuis la page web http://meucrimeelutar.com.br/ aux quatre membres du Mouvement des Sans Terre emprisonnés dans l’État de Paraná. Les messages seront envoyés au mail de la campagne, imprimés et remis aux destinataires.

Vous pouvez aussi envoyer directement votre message à meucrimeelutar@gmail.com avec copie à srimst@mst.org.br

3. Diffuser la page Web, le Facebook et le Twitter de la campagne.

Fabiana, Claudelei et tous les prisonniers politiques du MST comptent sur votre solidarité.

MANIFESTE POUR LA LIBERATION DES PRISONNIER(E)S POLITIQUES du MOUVEMENT DES SANS TERRE AU BRESIL- SIGNATURE

Pour la liberté des prisonniers politiques du Mouvement des Travailleurs Sans Terre

A : EXMA. SRA. DRA. JUEZA DE DERECHO DE LA COMARCA DE QUEDAS DO IGUAÇU – TRIBUNAL DE JUSTICIA DEL ESTADO DEL PARANÁ

Actions pénales n° 0003169-83.2016.8.16.0140 y n°0003376-82.2016.8.16.0140

Nous, sympathisant(e) du MST soussignés, demandons à votre Excellence à travers cette lettre l’annulation des détentions préventives contre des membres de ce mouvement social.

Nous comprenons que le MST est l’expression licite de l’exercice de la citoyenneté. Être sans terre, c’est agir pour l’amélioration des conditions de vie de milliers de personnes, dans le cadre des articles de la Constitution, pour que se réalise la réforme agraire au Brésil. Malheureusement cette politique publique ne se concrétise qu’à travers la mobilisation de paysans et paysannes: telle est la raison de l’existence des campements de travailleuses et travailleurs ruraux à Quedas do Iguaçu et Rio Bonito do Iguaçu.

Etre sans terre n’est pas une atteinte à l’ordre public. Ce n’est pas un crime de manifester pour la réforme agraire. L’imputation pour délit d’organisation criminelle représente une violation frontale des droits humains et d’assemblée, prévus dans plusieurs accords internationaux dont le Brésil est signataire, parmi lesquels le Pacte International des Droits civils et de la Déclaration Interaméricaine des Droits Humains.

En outre il n’est pas légitime d’affirmer sans preuves que des membres du MST, pour les simple fait d’être Sans terre, empêchent la production de preuves dans ces procès ou font obstacle à l’application du code pénal.

Toutes les personnes, dont les membres du MST, ont le droit de répondre aux accusations en liberté. Les emprisonnements préventifs contre des adhérents du MST, par leur caractère générique, attentent à la présomption d’innocence. La situation actuelle montre que les Sans terre sont coupables jusqu’à ce qu’ils réussissent à prouver leur innocence, ce qui va en sens contraire de ce qu’établit la Constitution de la République Fédérale du Brésil et plusieurs traités internationaux dont le pays est signataire.

Il n’existe pas de justification légale au maintien des emprisonnements préventifs alors qu’existent d’autres possibilités de mesures de précaution, tous les défenseurs des droits humains qui ont été criminalisés possèdant famille, résidence fixe, et occupation licite.

C’est pourquoi nous exigeons que soient révoqués les emprisonnements préventifs existant contre les adhérents du MST, garantissant à ceux-ci le droit fondamental à l’organisation et à la manifestation, ainsi que le droit d’être considérés innocents et en liberté pour qu’ils puissent prouver qu’ils n’ont commis aucun délit.

Nous croyons dans la Justice et sa capacité de discernement !

Joignez-vous à ce manifeste et envoyez votre signature à meucrimeelutar@gmail.com, avec copie à srimst@mst.org.br

Ou signez directement en ligne à travers le site http://meucrimeelutar.com.br/

Merci pour votre solidarité !

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Cassia Bechara

Direction National du Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre MST

Collectif des Relations Internationales

Tél: (11) 2131 0850

Skype: cassia.bechara

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Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : http://wp.me/p27hZR-tI




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