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«Au Brésil près de 186 mille familles paysannes vivent sous des tentes. Nous attendons du nouveau ministre qu’il accélère les expropriations de terre et la réforme agraire.»

Interview d’Alexandre Conceiçao, membre de La Direction Nationale du Mouvement des Travailleurs Sans Terre du Brésil (MST), 16 mars 2012.

Par Luiz Felipe Albuquerque

De la Page du MST


Alexandre Conceiçao, membre de la Direction Nationale du Mouvement des Travailleurs ruraux Sans terre (MST, Brésil)

Luis Felipe Albuquerque – Comment évalues-tu le changement de ministre du développement agraire ?

Alexandre Conceição – Ce changement incombe à la présidente Dilma. Cependant nous attendons que le nouveau ministre accélère le processus d’expropriation des terres, ce qui n’a pas été fait en 2011 à cause de la bureaucratie interne de l’INCRA (Institut National de Colonisation et de Réforme Agraire) et du Ministère lui-même. Les premières victimes ont été les familles installées dans les campements.

La présidente fait valoir que la réforme agraire ne consiste pas seulement à remettre des terres. Nous sommes d’accord là-dessus mais aujourd’hui la réalité, c’est qu’il y a près de 186 mille familles qui vivent sous des tentes dans tout le Brésil. Si l’on ne crée pas de nouvelles unités productives de plus en plus de familles vont aller vivre dans des campements, ce qui créera davantage de problèmes pour le gouvernement lui-même. Voilà pourquoi nous attendons l’accélération des expropriations des latifundiums (grandes propriétés non productives) de la part du ministre et de l’INCRA.

L.F.A – pourquoi ces chiffres extrêmement faibles pour la réforme agraire en 2011 ?

A.C. – Les données pour 2011 sont les pires des 16 dernières années. La présidente a signé le premier décret d’expropriation des terres juste à la fin du mois de décembre, ce qui démontre que l’INCRA ne fonctionnait pas et que le MDA (Ministère du développement agraire) ne dialoguait pas avec l’INCRA, au détriment de la possibilité d’expropriation. Le gouvernement a un modus operandi qui ne fait qu’aggraver la bureaucratie du ministère et de l’INCRA. Nous attendons que le gouvernement dégèle le processus et reprenne les expropriations de terre.

Travailleurs ruraux occupant des grands domaines pour les mettre en production, et qui sont actuellement menacés par la justice, Buriticupu, État de Maranhao, 2012.

L.F.A. – Quelles sont vos attentes pour l’avenir?

A.C. – Nous attendons que le gouvernement puisse accélérer et débureaucratiser l’INCRA et le MDA. Les surintendants de l’INCRA dans chaque État doivent se rendre dans les zones rurales pour établir le cadastre précis des zones qui peuvent bénéficier de la réforme agraire, mener les enquêtes de terrain et mettre en oeuvre rapidement les processus d’expropriation de terres.

Ces nombreuses familles qui vivent dans des campements au Brésil vont lutter dans la période qui vient. Avec la poussée de l’agro-business et du capital international dans l’agriculture brésilienne, l’expulsion des familles des zones rurales et le travail esclave se sont renforcés. Ce qui a entraîné une augmentation des problèmes sociaux. De plus en plus des paysans qui campent au bord des routes sont prêts à s’engager dans la lutte pour la terre.

Malgré le discours gouvernemental d’investissement dans la réforme Agraire, dans les unités productives et dans l’expropriation des terres, il n’y a pas de budget. Couper dans un budget déjà si restreint nous fera perdre une année de plus. Le gouvernement doit augmenter, non pas réduire, le budget pour permettre de réels investissements.

Travailleurs ruraux réduits en esclavage, État de Goiás, Brésil, 2012.

 

L.F.A. – Le gouvernement a pris des engagements vis-à-vis du MST lors des mobilisations du mois d’août. Ces engagements ont-ils été respectés?

A.C. – Non, il y a eu très peu de progrès. Nous mobilisons notre base du nord au sud. Nous avons obtenu un budget supplémentaire et une plus grande adéquation des ressources. Cependant le budget n’a été libéré qu’en décembre: à cause de ce blocage de l’INCRA et du MDA, moins de la moitié du montant a été utilisée. Pour te donner une idée, seules 600 familles du mouvement des Travailleurs sans Terres (MST) ont bénéficié de ce supplément.

L.F.A. – Qu’attend le mouvement de la journée de lutte en avril prochain ?

A.C. – La journée des femmes a eu beaucoup de succès pendant la semaine du 8 mars, avec des mobilisations dans huit États. La semaine passée d’autres mobilisations ont eu lieu dans des agences bancaires pour revendiquer l’accès au crédit destiné à l’agriculture familiale. Ce sont des exemples qui montrent la volonté populaire de lutter.

La journée d’avril constituera une autre mobilisation de masse, avec des actions dans divers états : marches, occupations, actes publics en défense de la réforme Agraire et en mémoire des victimes du massacre dans l’Eldorado de Carajás. La réforme Agraire et l’agenda des mouvements de la Via Campesina ne se détacheront qu’en étant portés par ces grandes mobilisations. C’est pourquoi dans cette journée doivent s’additionner les mobilisations de tous les mouvements ruraux.

Mobilisation des Travailleuses Rurales sans Terre dans tout le Brésil, mars 2012.


L.F.A. – Quelles seront les principales revendications ?

A.C. – C’est faux de dire que ce pays va se développer grâce à l’agriculture familiale sans créer de nouvelles unités de production, car l’exploitation des ressources naturelles est liée directement à la concentration des terres, principalement par les entreprises transnationales qui prennent possession de nos terres. Rien que la Chine, par exemple, a consacré un budget de 30 milliards de dollars pour l’achat de terres au Brésil l’an dernier, c’est une dénationalisation de nos terres. C’est pourquoi la revendication principale est le territoire et l’expropriation, la déconcentration du territoire à travers laréforme Agraire. 

L.F.A. – Et en ce qui concerne les unités de production ?

A.C. – Les politiques publiques menées tout au long des gouvernements de Lula et de Dilma pour développer ces unités productives, ont permis des avancées importantes mais elles doivent s’améliorer et d’autres doivent être soumises à révision. Nous avons besoin d’une requalification de ces politiques tant du point de vue budgétaire que de celui de la débureaucratisation pour qu’elles s’universalisent au Brésil. À quoi servent de bonnes politiques si elles ne concernent que peu de familles.

Le gouvernement doit concrétiser la mise en oeuvre du programme des agro-industries pour que les petits agriculteurs et les unités de production puissent non seulement fonctionner, améliorer les productions naturelles, ajoutant de la valeur à leurs produits et générant des revenus pour les familles. Dans ce but nous avons besoin de science et de technologie au service de la réforme Agraire.

L.F.A. – Comment va l’assistance technique ?

A.C.– Nous allons lutter pour que l’assistance technique soit universelle et continue. Le processus reste saisonnier parce qu’il souffre du manque de budget à chaque récolte. Autrement dit il n’y a pas de continuité dans le processus et celui-ci n’est pas encore devenu une politique massive. Il y a beaucoup d’erreurs, par conséquent la production souffre du manque d’assistance technique. Pour que l’agriculture familiale continue à produire des aliments, il faut une assistance technique universelle, une capacité technique et l’incorporation de technologie orientée vers l’agroécologie, pour éliminer la consommation élevée d’agros-toxiques qui résulte de cette matrice de production calquée sur l’agro-business.

Travailleurs ruraux Sans Terre résistant à la répression de la police
et des hommes de main des grands propriétaires, Hacienda Serro Azul, municipalité d'Altinho, État de Pernambuco, 2012.

  

L.F.A. – Que signifie l’articulation des diverses organisations rurales ?

A.C. – La lettre historique signée le 28 février 2012 par toutes les organisations rurales du Brésil est un symbole puissant (1). Il y a plus de 50 ans, en avril 1961, que pour la première et seule fois dans l’Histoire toutes les forces rurales se sont réunies pour le premier Congrès Paysan du Brésil. La lettre est chargée de toute cette symbologie – les forces rurales qui se retrouvent à nouveau après 50 ans pour faire une révision du monde rural, de la situation agraire du pays et refaire une analyse ensemble, avec le désir d’orienter le gouvernement et la société dans la défense de la réforme Agraire.

Plusieurs réunions et rencontres entre nos mouvements se déroulent actuellement pour tracer le programme de lutte pendant toute l’année, avec de grandes mobilisations. Peut-être que nous pourrons répéter le grand congrès de 61. Chaque organisation a son propre agenda politique mais du point de vue de la lutte pour la réforme agraire nous marchons déjà dans le même sens.

Notes :

(1)  Lire le manifeste unitaire historique des mouvements sociaux ruraux brésiliens ici : https://mouvementsansterre.wordpress.com/2012/03/02/manifeste-historique-des-organisations-sociales-rurales-du-bresil/

Source : MST

Traduction : Thierry Deronne

Pour soutenir concrètement le MST dans sa lutte, on peut écrire à Salete Carollo, prointer@mst.org.br

Pour une information continue en français sur les activités du MST : https://mouvementsansterre.wordpress.com/




Brésil : face aux mobilisations des Sans Terre, Dilma Roussef limoge un ministre pour relancer la réforme agraire.

Pour sortir de la paralysie de la réforme agraire au Brésil, la présidente  Dilma Rousseff a décidé de limoger le ministre du Développement Agraire Afonso Florence, issu du Parti des Travailleurs (PT) et de le remplacer par le député José Vargas, du même parti. C’est le douzième changement de ministre depuis que la mandataire a assumé ses fonctions, le 1er janvier 2011.

De nombreuses mobilisations sociales, en particulier celles du Mouvement des Travailleurs Sans Terre (MST) ont dénoncé récemment que la première année de Rousseff a été la pire de la réforme agraire depuis 1995, pire que sous les mandats du social-démocrate Fernando Henrique Cardoso (1995-2002) et d’Ignacio Lula da Silva (2003-2010).

Le nouveau ministre José Vargas a expliqué que la presidente Rousseff  l’a chargé de mener à bien deux objectifs principaux: accélérer la réforme agraire et combattre les poches de pauvreté en milieu rural.

« Elle veut une augmentation de l’agriculture familiale et la redistribution des revenus dans les campagnes. Nous avons une agriculture familiale forte mais il y a des poches de pauvreté et le grand objectif est d’en finir avec la misère en fortifiant l’agriculture familiale« .

Le nouveau ministre a dû renoncer à ses aspirations de devenir maire de Caxias do Sul, dans l’État du Rio Grande do Sul, pôle viticole du Brésil, pour accepter ce poste. « La réforme agraire est une préoccupation du gouvernement mais il ne suffit pas de distribuer des terres, nous devons les distribuer là oú existent de vraies conditions de vie, avec des normes de qualité, pour les familles de paysans » a expliqué Vargas.

De source gouvernementale on indique qu’il s’agit d’un grand tournant dans la gestion ministérielle de l’agriculture familiale, une activité qui produit 80% des aliments consommés quotidiennement au Brésil, et que l’idée est de s’entourer de responsables politiques plus adaptés.

Le Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre (MST), critique du modèle agro-exportateur qui dépend du Ministère de l’Agriculture brésilien, a déclaré qu’il espère des avancées au sein du Ministère du développement Agraire. « La présidente a reconnu qu’en 2011 rien n’a été fait pour la réforme agraire. Nous espérons que le nouveau ministre pourra accélérer la réforme agraire, nous continuerons pour notre part à placer cet objectif au coeur de notre agenda » a déclaré Alexandre Conceiçao, coordinateur national du MST.

Le dirigeant a pris comme l’exemple l’État de Pernambouc, avec ses 15 mille familles réduites à vivre dans des campements dans l’attente de pouvoir travailler les terres improductives : 102 d’entre elles à peine ont pu s’installer légalement.

Sur les chiffres de 2011 le président de l’Institut National de la Réforme Agraire (INCRA), Celso Lacerda, a déclaré que le gouvernement Cardoso ne faisait que remettre des lopins de terre alors que les gouvernements de Lula et de Roussef ont le souci de créer une infrastructure pour le travail en milieu rural. « Cette volonté de doter de ressources l’agriculteur familial a réduit la capacité des nouvelles unités productives. Mais il faut comprendre qu’il ne s’agit pas seulement de distribuer des terres. La partie la plus ardue vient ensuite, lorsqu’il s’agit d’insérer les personnes dans le processus productif”.

L’État qui se trouve en tête des remises de terres, historiquement, est celui du Pará, dans la région amazonienne. Le gouvernement fédéral y possède en effet plus de terres et ne doit donc pas recourir à des actions judiciaires pour exproprier de grandes propriétés en friche ou celles dont les titres de propriété ont été falsifiés. 5 dirigeants paysans au moins ont été assassinés par des mercenaires probablement liés à la mafia de l’exploitation du bois amazonien.

Source:  http://www.diariorumbosur.com/web/news!get.action;jsessionid=F4175BD68DC9CA66E68267DEDDE08D91?news.id=42933&news.title=Rousseff-relanza-reforma-agraria

Traduction : Thierry Deronne

Pour soutenir concrètement le MST, on peut écrire à Salete Carollo, prointer@mst.org.br

Pour une information continue en français sur les activités du MST : 

https://mouvementsansterre.wordpress.com/



MANIFESTE HISTORIQUE DES ORGANISATIONS SOCIALES RURALES DU BRÉSIL

Les mouvements sociaux ruraux de tout le Brésil qui ont tenu une réunion cette semaine à Brasilia ont lancé un manifeste historique pour la défense de­­­­­ la réforme agraire, pour un développement rural qui mette fin aux inégalités, de la production et pour l’accès à des aliments sains, l’agro-écologie et la garantie et l’extension des droits sociaux pour les travailleurs ruraux.L’après-midi du mardi (28/2), les mouvements ont présenté cet appel à la société au cours d’une activité politique lors de la 15ème séance plénière de la Chambre des représentants, à Brasilia.

En voici le texte intégral.

MANIFESTE DES ORGANISATIONS SOCIALES RURALES

 

Les entités APIB, CARITAS, CIMI, CPT, CONTAG, FETRAF, MAB, MCP, MMC, MPA et MST, présents au Séminaire National des organisations sociales rurales qui s’est tenu à Brasilia les 27 et 28 Février 2012, ont discuté de la construction et de la réalisation d’un processus de lutte unifié pour la défense de la réforme agraire, des droits territoriaux et la production d’aliments sains.

 

Considérant que:

 

1) L’approfondissement du capitalisme dépendant dans les zones rurales, basé sur l’expansion de l’agro-business, produit des impacts négatifs sur la vie des populations  rurales, sur les forêts et sur les eaux, empêche l’accomplissement de la fonction sociale et environnementale des terres et la réforme agraire, développe l’exclusion et la violence, provoque un impact négatif dans les villes, aggrave la dépendance extérieure et la dégradation des ressources naturelles (primarisation).

 

2) Le Brésil connaît un processus de reprimarisation économique basée sur la production et l’exportation de produits agricoles et non agricoles (exploitation minière), qui le rend incapable de financer et de promouvoir le développement durable et  solidaire et de répondre aux besoins du peuple brésilien.

 

3) L’agro-business représente un pacte des classes sociales hégémoniques, avec un fort soutien de l’Etat brésilien, orienté vers le financement et l’accumulation du capital, la commercialisation des produits de la nature, la concentration de la terre et son appropriation par des groupes étrangers, la contamination des aliments par les pesticides, la destruction de l’environnement, l’exclusion et la violence dans les  campagnes, et la criminalisation des mouvements, des dirigeants et des luttes sociales.

 

4) La crise actuelle est systémique et planétaire et, dans les situations de crise, le capital cherche des solutions qui ne font qu’affecter davantage les travailleurs par l’exploitation accrue de la main-d’œuvre (y compris par le travail esclave), la surexploitation et la concentration des biens et des ressources naturelles (reprimarisation), la flexibilisation des droits et l’investissement dans une technologie d’exclusion et prédatrice.

 

5) Dans la crise actuelle, le Brésil, en tant que pays riche en terres, en eau, en actifs naturels et en biodiversité, attire les capitaux spéculatifs et l’agro-exportation, exacerbant ainsi les impacts négatifs sur les territoires et les populations indigènes, afro-descendantes, sur les communautés traditionnelles et paysannes. Extérieurement, le Brésil pourrait se convertir en levier du projet néo-colonisateur, avec l’expansion de ce modèle à d’autres pays, en particulier en Amérique latine et en Afrique.

 

6) La pensée du  « néo-développement » axé sur la production et sur le profit, défendu par la droite et par certains secteurs de gauche, exclut et traite comme des obstacles les peuples indigènes, afrodescendants et paysans. L’option du gouvernement brésilien pour ce projet de « néo-développement » axé sur les grands projets et l’exportation des produits agricoles, aggrave la situation de l’exclusion et de la violence. En conséquence il ne répond pas aux besoins structurels et ne place pas la réforme agraire au centre de l’agenda politique, ce qui provoque un vif  mécontentement des organisations sociales rurales, malgré de petites améliorations sur des questions périphériques.

 

Telles sont les raisons centrales qui ont mené les organisations sociales à se joindre à un processus national d’articulation des luttes. Tout en reconnaissant la diversité politique, elles comprennent l’importance de la construction de l’unité, sur la base de la sagesse, de la maturité politique et du respect des différences, dans la recherche de conquêtes concrètes pour les habitants des zones rurales, des forêts et des eaux.

 

Par conséquent, nous, organisations rurales, allons nous battre pour un développement soutenable qui mette l’accent sur la souveraineté alimentaire et territoriale, à partir de quatre axes centraux:

 

1) Réforme agraire en profondeur et de qualité, garantie et extension des droits territoriaux pour les peuples indigènes, afrodescendants et communautés traditionnelles. La terre comme milieu de vie et affirmation socio-culturelle des peuples. La lutte contre le transfert des terres à des groupes étrangers et l’établissement de limites à la propriété foncière au Brésil ;

 

2) Le développement rural avec répartition des revenus et de la richesse et la fin des inégalités;

 

3) La production et l’accès à une alimentation saine et la conservation del’environnement, l’établissement de processus qui assurent la transition à l’agroécologie;

 

4) La garantie et l’extension des droits sociaux et culturels qui permettent la qualité de vie, y compris le progrès rural et la permanence des jeunes en milieu rural. C’est un moment historique, un espace qualifié, en présence des dirigeant(e)s des principales organisations rurales qui lancent un appel à l’adhésion et à l’engagement dans ce processus à d’autres organisations et mouvements sociaux, secteurs du gouvernement, parlementaires, personnalités et société en général, sachant que l’agenda qui nous unit exprime les intérêts de tous et de toutes.

 

Brasilia, le 28 Février 2012.

 

APIB – Association des Peuples Indigènes du Brésil

Caritas Brésil

CIMI – Conseil Indigène Missionnaire

CPT – Commission Pastorale de la Terre

CONTAG – Confédération Nationale des Travailleurs Agricoles

FETRAF – Confédération nationale des travailleurs de l’agriculture familiale

MAB – Mouvement des personnes affectées par les barrages

MCP – Mouvement Paysan Populaire

MMC – Mouvement des Femmes Rurales

MPA – Mouvement des Petits Agriculteurs

MST – Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre

Via Campesina Brésil

Source: MST

Traduction : Thierry Deronne

Pour soutenir concrètement le MST, on peut écrire à Salete Carollo, prointer@mst.org.br

Pour une information continue en français sur les activités du MST : https://mouvementsansterre.wordpress.com/

Version espagnole : http://www.cloc-viacampesina.net/es/temas-principales/reforma-agraria/920-brasil-campesinos-y-campesinas-lanzan-manifiesto-por-la-reforma-agraria-tras-un-encuentro-unitario-historico-

Version portugaise : http://www.mst.org.br/Camponeses-lancam-manifesto-pela-Reforma-Agraria-apos-encontro-historico%20

 



(Photos : ) 1100 paysannes du Mouvement des Sans Terre occupent les grandes propriétés de l’entreprise Suzano Cellulose au sud de l’état de Bahia (Brésil)

Plus de 1.100 femmes paysannes venues des campements et des unités productives du Mouvement des Sans Terre du sud de l´état de Bahia (Brésil) ont occupé l´hacienda  Esperança, située dans la municipalité de Alcobaça, propriété de l´entreprise de Sao Paulo  Suzano Papier Cellulose, ce jeudi matin (1er mars 2012).

Cette occupation fait partie des journées de lutte des paysannes organisées par la Via Campesina du Brésil dans le cadre de la prochaine journée internationale de la Femme du 8 mars. L’objectif est d’exiger de ‘Institut National de la Colonisation et de la Réforme Agraire (Incra) qu´il mette en oeuvre le processus d´expropriation de ces grands domaines (latifúndios) voués à la monoculture de l´eucalyptus.

Le Groupe Suzano, présent dans divers secteurs économiques, contrôle 771 mille hectares, dont 326 mille pour la monoculture de l´eucalyptus, concentrés dans les états de Bahia, Espírito Santo, São Paulo, Minas Gerais, Maranhão, Tocantins et Piauí. Ce modèle de production accélère la déforestation de la Mata Atlântica, en violation des directives du Code Forestier actuel qui obligent à préserver la Réserve Légale et les Zones de Préservation Permanente, les ZPP.

Les 23 mille familles des Sans Terre qui campent dans le sud de Bahia ont tout le droit de s´installer sur ces terres pour y produire des aliments, les entreprises du papier n´assurant pas la fonction sociale de la terre exigée la Constitution brésilienne.

Les femmes dénoncent en outre la priorité donnée par l´État brésilien au modèle de l´agro-business, les transferts de banques publiques en faveur d´entreprises de l´eucalyptus et elles exigent des investissements du gouvernement de cet état ainsi que du gouvernement fédéral en faveur des unités de production agricole régionales.

Par cette occupation les femmes se mobilisent pour dénoncer les dégâts sociaux et environnementaux causés par les entreprises de monoculture de l´eucalyptus dans la région, ainsi que l’augmentation de la pauvreté et de l’inégalité sociale que provoque l’expulsion des familles rurales. L’exode rural mène à l’explosion démographique des grands centres urbains, où la population ne jouit d’aucune garantie de droits sociaux et devent la victime de l’augmentation de la violence. La région du Sud de Bahia est considérée comme une des plus violentes du Brésil.

Cette occupation par des femmes travailleuses rurales sans terre est la deuxième dans cette zone de plantation d’eucalyptus, située dans l’extrême sud de Bahia. La première a eu lieu le 28 mars 2011, dans la municipalité de Eunápolis, sur les terres de l’hacienda Nova América, propriété de Veracel.

Veracel est un oligopole transnational créé par le partenariat de deux entreprises leaders dans le secteur de la cellulose et du papier, la brésilienne Fibria et la suédoise-finlandaise  Stora Enso. Cette entreprise contrôle 119.000 hectares de terre dans les municipalités d’Eunápolis, Canavieiras, Belmonte, Guaratinga, Itabela, Itagimirim, Itapebi, Mascote, Porto Seguro et Santa Cruz Cabrália.

L’an passé plusieurs occupations des terres de ces entreprises sont été organisées par le Mouvement des Travailleurs sans Terre afin de faire pression pour qu´elles soient transformées en unités de production agricoles.

Pour plus d´informations:

Source : Page du MST http://www.mst.org.br/Mulheres-camponesas-ocupam-fazenda-da-Suzano-Papel-e-Celulose-no-sul-da-Bahia

Traduction: Thierry Deronne

Espagnol : (Audio y fotos : ) Más de 1000 mujeres del Movimiento de Trabajadores Rurales sin Tierra de Brasil (MST) ocuparon predio de empresa forestal y celulósica en Bahia
Anglais : MST Brazil women occupy field of forestry and cellulose company from Bahia

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