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« La terre est à tous », quand des paysans vénézuéliens prennent la caméra

Loin des tumultes qui agitent les grandes villes, le Venezuela poursuit de manière moins visible ses mutations au fil des réformes menées depuis le début des années 2000. L’une d’entre elles, la « loi des terres », votée en 2010, a notamment permis de rendre à la propriété collective des terres inexploitées possédées jusqu’ici par de grands propriétaires.

Ainsi de Caquetios, dans l’État de Lara, à 400 km à l’ouest de Caracas, la capitale du Venezuela. C’est dans cette ancienne hacienda cédée par le gouvernement au Mouvement des sans-terre du Brésil, que des militants de l’association France Amérique latine Bordeaux-Gironde se sont retrouvés avec des travailleurs agricoles locaux pour animer un atelier d’agroécologie. Avec eux, des membres de l’École latino-américaine et populaire de cinéma, théâtre et télévision (Eplacite) et les cinéastes-documentaristes Luis et Andrés Rodriguez [1].

Après une semaine de travail d’éducation populaire, ils nous livrent ce court documentaire, La terre est à tous, filmé par les paysans eux-mêmes, qui décrit le quotidien du travail de terre dans ces zones rurales.

(cliquez en bas à droite de l’image pour activer les sous-titres français)

Un documentaire qui prend tout son sens quand on sait que ces terres n’appartenaient pas jusqu’ici aux paysans qui la travaillent, et qui est diffusé depuis le début du mois sur la plateforme télé participative AlbaTV.

Mais qui dit documentaire, dit matériel vidéo et formation. C’est le rôle de l’Eplacite, qui mène depuis plusieurs années des ateliers audiovisuels participatifs à travers tout le pays et même dans d’autres pays d’Amérique latine, par exemple au Nicaragua. Aujourd’hui, cette école pas comme les autres appellent à souscription pour financer ses activités et parrainer des cinéastes en herbe. Si vous êtes intéressés, rendez-vous jusqu’à mi-octobre sur la plateforme KisskissBankBank


- La Tierra Es De Todos, 12’08’’.

Source : Grégoire Souchay/Reporterre



Un court-métrage produit au Venezuela parle de la relation du paysan à la terre

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Source : page officielle du Mouvement Sans Terre (Brésil), 4 septembre 2016.

Par : Luara Dal Chiavon

Photos : Thierry Deronne et Pablo Kunich

Ce film est un des résultats d’un atelier de cinéma et d’agroécologie réalisé à Caquetios du 19 au 23 août 2016 dans l’école de formation que construit le Mouvement des Sans Terre au Venezuela, dans l’État de Lara, à plus de 400 kilomètres de Caracas. Le court-métrage “La terre est à tous” décrit de manière poétique la relation des paysan(ne)s à la terre, et sera présenté par Alba TVwww.albatv.org ce mercredi 7 septembre 2016.

Les ateliers ont été menés en partenariat avec l’École Populaire et Latino-Américaine de Cinéma, TV et Théâtre (qu’on peut découvrir et soutenir ici :https://www.kisskissbankbank.com/soutien-a-l-ecole-populaire-et-latino-americaine-de-cinema-theatre-et-television-eplacite) et avec le Collectif France-Amérique Latine Bordeaux (FAL 33), pour près de 50 membres de mouvements sociaux et collectifs du Venezuela.

Autre collectif participant : ALBA TV, télévision participative créée il y a 10 ans et qui, en plus de son site Web www.albatv.org, diffuse en numérique sur près de la moitié des états vénézuéliens. L’objectif de cette chaîne est de construire et de diffuser l’agenda des mouvements sociaux du Venezuela et d’Amérique Latine.

Le Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre du Brésil a également participé à l’atelier de l’EPLACITE mené sous la férule des frères Luis et Andrés Rodriguez.articulo-2

Le cinéma comme outil de lutte

L’École Populaire et Latino-Américaine de Cinéma, Théâtre et Télévision (EPLACITE), fondée au Nicaragua par le belgo-vénézuélien Thierry Deronne il y a trente ans et ancrée depuis 20 ans au Venezuela, a pour objectif de former les adhérents des mouvements sociaux et populaires au cinéma entendu comme outil de lutte.

Pour Thierry, le court-métrage produit durant l’atelier “est un travail participatif, de nombreuses mains ont porté et orienté la caméra, beaucoup de regards ont cherché à percer les apparences du réel, beaucoup d’idées se sont rassemblées – personne ne sait tout mais chacun sait quelque chose – et cet effort de créer un cerveau collectif s’accompagne d’une grande sensibilité. C’est dans le temps – temps de la rencontre, de la réalisation, du montage – que réside la possibilité d’accéder au monde de l’Autre, et à l’autre monde possible”.

Professeurs invités de l’École Populaire et Latino-Américaine de Cinéma, les cinéastes Luis et Andrés Rodriguez, primés internationalement pour certains de leurs films comme “Brèche dans le silence” (Venezuela, 2012) ont dirigé les quatre jours d’atelier pour près de 20 militants des mouvements sociaux du Venezuela et du Mouvement des Sans Terre du Brésil – membres de la Brigade Internationaliste Apolônio de Carvalho présent depuis 10 ans au Venezuela à l’invitation de Hugo Chavez pour développer des projets de semences autochtones et de communication populaire.

La méthodologie suivie par ces cinéastes s’apparente à celle des mouvements sociaux : dialogue, participation intense et création collective. Après avoir revisité quelques concepts du langage cinématographique, on passe à l’observation de la réalité pour que deux sous-groupes tournent les images-visions librement rêvées et élaborées par chacun(e). Ces tournages intensifs durent deux jours et chacun(e) peut manier la caméra et composer les plans. Le résultat est ce court-métrage de 11 minutes, monté sur place et projeté au collectif de participants ainsi qu’à la communauté populaire voisine qui a participé au tournage.

Pour le cinéaste Luis Rodriguez, “les jeunes ont abordé de manière assez intuitive le travail de l’image autour du thème de la relation à la terre, de la relation de l’être humain a la terre. C’est un peu le thème central abordé dans l’atelier, en symbiose avec l’espace de Caquetíos où nous avons vécu ces quatre  jours”.

Son frère le cinéaste Andrés Rodriguez travaille dans la même perspective d’accès à l’universel à partir du local : “Nous avons beaucoup souffert du regard de l’extérieur sur nous, qui est toujours en train de nous superviser, ou d’élaborer nos discours et de dire qui nous sommes. Notre identité doit être construite plan par plan, avec la sueur, la passion, le sang, avec beaucoup de force pour faire face aux voix de ceux qui veulent nous conquérir, nous coloniser à travers des discours. Il s’agit de construire une identité propre, libre, à partir de notre manière de voir les choses, de nos idiosyncrasies, c’est une lutte que nous devons mener avec beaucoup de force” souligne-t-il.

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Agroécologie : échange d’expérience entre peuples

Parallèlement et durant ces quatre jours, 30 militants ont participé à l’atelier d’agroécologie et de permaculture offert par l’association française FAL-33 (France –Amérique Latine Bordeaux).

Gloria Verges, membre de ce collectif et qui a donné l’atelier en compagnie de Chloé Jareno et de Franck David de http://www.saluterre.com/, explique qu’un des buts fondamentaux de l’apprentissage des participants fut qu’ils prennent conscience , à partir d’un projet initial et de la vision de la permaculture, d’une nouvelle philosophie de vivre la terre en pensant aux générations futures, de manière soutenable, pour élaborer une vision encore manquante de l’intégralité du processus : “Ils possédaient de nombreux éléments de connaissance qui sont autant de petits éléments de permaculture, mais il manquait la vision intégrale, globale et systémique. L’atelier a renforcé les pratiques qu’ils menaient déjà, en les intégrant dans une vision globale ”.

Caquetios, école en construction

Une des tâches des Sans Terre au Venezuela est de contribuer à la construction d’un espace de formation latino-américain sur les terres de Caquetios, ancienne hacienda expropriée par le gouvernement Chavez, transformée en Unité de production alimentaire (UPSA), puis cédée au mouvement brésilien non seulement comme espace productif pour contribuer à alimenter la population vénézuélien mais aussi comme espace de formation pour les mouvements sociaux d’Amérique Latine.

De cette manière le Mouvement des Sans Terre cherche à dépasser les frontières géographiques et à contribuer à la lutte internationaliste dans toute l’Amérique Latine, à partir d’une pédagogie paysanne, qui refuse de séparer la théorie de la pratique, et veut les construire conjointement. En d’autres termes, sur ce lieu où on produit les aliments, il s’agit aussi de produire des connaissances. Et de contribuer depuis une réflexion pratique à faire avancer l’unité des peuples et le socialisme latino-américain.articulo-4

Célia Cunha, militante des Sans Terre travaille depuis près de dix ans au Venezuela: “Parler de souveraineté c’est parler de semences. Et pour parler de semences nous devons parler de semailles, de récoltes, de mise en culture, et cela passe par un travail de base, de conscientisation. Il ne s’agit pas seulement de distribuer les semences, il faut aussi que ce processus s’accompagne d’un processus de prise de conscience”.

Célia insiste par ailleurs sur le défi que représente l’organisation même des processus de formation, le débat sur le thème des semences comme souveraineté et leur redistribution aux familles, en garantissant un processus d’accompagnement, pour que dans un an le contexte soit différent. Et l’unité est fondamentale pour réussir ce processus : “nous savons que nous ne mènerons pas ce processus seuls, mais avec l’engagement des paysannes et des paysans du Venezuela, des collectifs (…) C’est pourquoi notre tâche est de jeter des ponts entre eux”.

 

Source : http://www.mst.org.br/2016/09/04/curta-metragem-produzido-na-venezuela-discute-a-relacao-do-campones-com-a-terra.html

Texte : Luara Dal Chiavon

Edition : Iris Pacheco

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-2hA 



Message des Sans Terre du Brésil à propos du Coup d’État médiatico-politique en cours au Brésil
13 mars 2015, 6:28
Filed under: Appel à mobilisation, Démocratisation des médias
Joao Pedro Stedile, membre de la Coordination Nationale du MST

Joao Pedro Stedile, membre de la Coordination Nationale du MST

Un message a circulé à travers les réseaux sociaux réclamant la tête de Joao Pedro Stedile “mort ou vif”. Il y est présenté comme dirigeant du Mouvement des Sans terre et “ennemi de la Patrie”. L’auteur offre une récompense de 10.000 Reales à qui exécutera cette commande. En d’autres mots il incite à l’assassinat sur solde d’une personne, dans ce cas, de Joao Pedro Stedile, membre de la Coordination Nationale du MST.

Des indices montrent que cette action délictuelle a pour origine le compte personel de Facebook de Paulo Mendonça, garde municipal de Macaé (État de Rio de Janeiro). Ce message a été immédiatement reproduit par les réseaux sociaux qui distillent la haine quotidienne contre les mouvements populaires, les émigrés, les membres du Parti du Travail (PT) et maintenant, principalement, contre la présidente Dilma Rousseff. Ce sont les mêmes réseaux sociaux qui appellent la population aux mobilisations du 15 mars pour exiger le départ de Dilma de son mandat de Présidente de la République, alors qu’elle a été légitimement élue en 2014.

Les différentes actions ont été initiées, avec les autorités compétentes, pour que l’auteur de ce message et tous ceux qui le diffusent dans le même but, fassent l’objet d’une enquête et soient traduits en justice, pour leur responsabilité dans ce délit d’incitation à perpétrer un asassinat.

Mais cette menace n’est qu’un reflet de la campagne de violences et de haine de secteurs de l’élite brésilienne qui veulent déstabiliser le gouvernement et reprendre le pouvoir perdu lors de la première victoire du PT en 2002.

Pour ces secteurs il n’y a pas de limites, pas même de sens commun. Ils refusent d’accepter la volonté du peuple exprimée dans le processus démocratique d’élire un gouvernement.

Ces secteurs se laissent emporter par les instincts du coup d’État, appuyés par des médias conservateurs et anti-démocratiques. Ils utilisent la rhétorique de la lutte contre la corruption et de la nécessité d’éliminer ceux dont ils estiment qu’ils détruisent le pays, pour flirter avec la rupture de la démocratie. Ils se disent démocrates mais oublient que les gouvernements de la dictature militaire disaient l’être.

Ce sont les mêmes qui ont commis, impunément, un crime de lèse-Patrie avec la politique de privatisations des années 90.

Ce message, et ce qu’on voit dans les rues et dans les réseaux sociaux, est la conséquence principalement de la transformation de médias en partis politiques, qui manipulent, déforment et occultent des informations tout en promouvant la haine et les préjugés contre ceux qui pensent différemment. Le théologien Leonardo Boff a raison de responsabiliser les médias conservateurs, putschistes qui n’ont jamais respecté un gouvernement populaire, du drame de la crise politique que traverse le Brésil. Et de nommer courageusement les promoteurs du chaos dans lequel ils veulent enfoncer le pays: le journal O Globo, la Télévision Globo, le journal Folha de Sao Paulo, l’État de Sao Paulo et la perverse et mensongère revue Veja.1 a fol veja contra o mst

Un pouvoir médiatique qui a la capacité de prendre en otages les partis et les secteurs des institutions républicaines.

Ces médias, orphelins d’éthique et de responsabilité sociale, sont ceux qui forment leurs lecteurs avec la mentalité de l’auteur du message criminel contre Stedile. Et qui alimentent les réseaux sociaux avec les valeurs les plus anti-sociales et incivilisées.

Les “tucanos”, trahissant leur origine social-démocrate, s’opposent au gouvernement en alimentant une haine collective jusque là confinée à la classe haute mais maintenant répandue dans tous les segments de la société, contre un parti et contre sa présidente élue. Ils croient qu’ils bénéficieront du chaos qu’ils veulent installer pour la honte de leurs prédécesseurs.

Ce courant politique est en train de créer un monstre par la manière qu’il a choisie de faire opposition au gouvernement du PT et à l’irresponsabilité des médias privés. La violence et la haine se naturalisent dans les rues. Ce monstre créé a désigné ses premières victimes : les couples homosexuels et leurs enfants, les émigrés, les pauvres des périphéries urbaines, les dirigeants des mouvements populaires et des militants de gauche. Mais souvent ces créatures – toujours affamées de violence et d’intolérance – ne sauvent même pas leurs créateurs ni ceux qui auojuoud’hui les accompagnent.

Un long chemnin sera nécessaire pour dépasser les difficultés créées par ceux qui s’opposent á la construction d’un pays socialement juste, démocratique et égalitaire.

Nous devons commencer par une profonde réforme politique qui nous amène à une nouvelle Asemblée Nationale Constituante, exclusive et souveraine. Il est nécessaire d’imposer les grandes fortunes et d’affronter le pouvoir des rentiers et du système financier. Batailles aussi urgentes et nécessaires que celle d’affronter le défi de la démocratisation de la communication pour garantir la liberté d’expression et le droit à l’information, droits paralysés par le monopole de la communication existant dans le pays.

Ce n’est qu’ainsi que les nostalgiques des gouvernements dictatoriaux seront défaits et que le peuple aura conscience que défendre le pays signifie lutter pour la démocratie et non le contraire comme le croit l’auteur de ce message criminel.

(Traduction : Thierry Deronne)

 

São Paulo, 12 mars 2015

Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans terre – MST

URL de cet article : http://wp.me/p27hZR-rB



Défis pour l’organisation populaire dans le monde entier, par Joao Pedro Estedile
imagesLors de divers échanges et réflexions entre nos mouvements, en analysant l’époque actuelle, nous sommes tombés d’accord sur le fait que nous assistons au déclin du capitalisme industriel –et des structures sociales qui en ont découlé –, devant l’hégémonie du capital financier et spéculatif, sur fond de crise structurelle financière, mais aux répercussions plus vastes puisqu’il s’agit d’un phénomène systémique.
Parallèlement à cette transformation, le capital, national et international, passe à l’offensive, cherchant par tous les moyens à s’approprier toutes les richesses de la nature (biodiversité, terres, eau, oxygène, etc.), principalement par le biais de l’industrie minière, des centrales hydroélectriques et nucléaires, qui provoquent de graves dégâts tels que la destruction des écorégions, le changement climatique, les expulsions, etc. ; et qui affectent également de façon directe la souveraineté des pays et des peuples.
C’est dans cette dynamique que s’inscrit la crise climatique caractérisée par les sécheresses, inondations, ouragans, incendies, pénurie d’eau et une myriade de problèmes qui détériorent les conditions de vie sur la planète, dont les premières victimes sont les populations les plus pauvres soit près de 3 mille millions de personnes dans le monde. Et simultanément se greffe la crise de l’énergie sur laquelle le modèle énergétique basé sur les combustibles fossiles s’est pratiquement effondré.
De plus, nous assistons à une crise alimentaire, car les sources de nourriture, bases de la vie et de la reproduction humaines, ont été commercialisées, standardisées et monopolisées par seulement 50 firmes transnationales dans le monde. Il en résulte que quelques 900 mille millions de personnes souffrent de la faim et que la sécurité alimentaire de tous les peuples se trouve menacée.
Dans le même ordre d’idées, nous sommes confrontés à la fois à l’augmentation de l’insécurité de l’emploi et au recul des droits des travailleurs. Tant et si bien que presque partout, le chômage augmente chaque année, surtout parmi les jeunes où il atteint les 50% dans certains pays.
Globalement, il s’agit d’une dynamique marquée par une concentration croissante de la propriété, des terres, richesses, villes, moyens de communication et instruments politiques, aux mains d’une minorité de capitalistes, qui ne dépasse pas 1% de la population mondiale : 737 compagnies, 80% du secteur financier et 147 firmes transnationales. Alors que 70% de la population mondiale détient seulement 2,9% des richesses.
De plus, n’oublions pas que les Etats-Unis d’Amérique et leurs alliés du G8, par le biais de l’Organisation Mondiale du Commerce contrôlent l’économie mondiale grâce au pouvoir du dollar, des accords de libre-échange (TLC’s). Ne perdons pas non plus de vue, qu’entre la machine de guerre et la maîtrise des médias, ils imposent leurs intérêts à l’humanité.
Et dans la mesure où, au niveau mondial, la puissance du monde de l’entreprise impose sa domination sur l’économie et les gouvernements, ceux-ci peuvent même se réunir, simplement pour ne rien décider, on note une dégradation flagrante de la démocratie et des formes de représentation, étant donné qu’elles ont cessé de répondre aux intérêts des citoyens. Ce processus est tout à fait évident dans les organismes internationaux, comme dans la plupart des pays où, bien que le système d’élections reste en place, le peuple n’a aucun droit de participation directe au pouvoir politique. En règle générale, les pouvoirs publiques n’accordent pas la priorité aux besoins des plus pauvres, ou alors appliquent des politiques compensatoires qui ne résolvent pas le problème de fond.
Par ailleurs, les guerres en cours sont stupides et inacceptables, en ce sens qu’elles se traduisent par la perte de millions de vies innocentes, dans le seul but de protéger les intérêts économiques, énergétiques, géopolitiques des pays impérialistes, qui, très souvent utilisent de faux prétextes ethniques, religieux ou de « lutte anti-terroriste ».
Dans ce scénario gravite le contrôle monopolistique des médias, non seulement par appât du gain mais pour exercer une domination idéologique sur les masses populaires. C’est par ce moyen que l’on prône et amplifie une culture mercantilisée, qui défend les fausses valeurs de la surconsommation, de l’égoïsme et de l’individualisme.
Et il est intéressant de remarquer que les secteurs universitaires et scientifiques ont été manipulés et utilisés à seules fins d’augmenter la productivité et les bénéfices du capital, sans tenir compte des besoins des peuples.

La nécessité de nous structurer

Pour faire face à cette réalité, nous devons reconnaître en premier lieu que nous nous trouvons devant une crise de projet alternatif, ce qui rend difficile la mise en oeuvre de processus d’unité et de programmes propres à modifier l’équilibre des forces. C’est un fait, malheureusement, les organisations populaires manquent encore de poids, et rencontrent de nombreuses difficultés pour mener leurs actions, car nous vivons une période historique de reflux des mouvements de masse.
De façon générale, les luttes sociales en sont encore à la phase de « protestations » et non à la structuration d’un projet de société englobant les travailleurs et les mouvements sociaux en s’appuyant sur la solidarité, l’égalité et tout particulièrement la justice, point essentiel s’il en est, car sans elle point de futur.A cet égard, nous tenons à évoquer le Rassemblement Mondial des Mouvements Populaires (EMMP), qui s’est tenu à Rome et au Vatican (27-29 octubre 2014), sous l’égide du Pape François [« Este encuentro de Movimientos Populares es un gran signo » – Papa Francisco [2014-10-28] en esp], en termes d’expérience positive qui a mis en évidence, une fois de plus, les impératifs d’organisation et de cohésion pour travailler à l’unité des travailleurs du monde entier, en toute autonomie vis à vis des Etats-gouvernements, partis politiques, religion et institutions analogues, sans pour autant rompre les relations ou interrompre le dialogue.

Pour les mêmes raisons, nous avons convenu de continuer à rassembler les secteurs les plus importants et diversifiés qui revendiquent les droits à la terre et à la souveraineté alimentaire, les droits au logement et les droits civiques en contexte urbain, les droits du travail, la fin des guerres génocides et le droit à la souveraineté des peuples, les droits de la nature et de l’environnement.
Cela devrait nous amener, par voie de conséquence, à affiner un programme qui tienne compte de la conclusion de l’EMMP : « la cause de tous les maux sociaux et environnementaux doit être recherchée dans la nature injuste et dégradante du système capitaliste qui place le profit au-dessus de l’être humain. L’énorme pouvoir des firmes transnationales qui prétendent tout absorber et privatiser -marchandises, services, pensée – est le premier instrumentiste de cette destruction» [« Declaración final Encuentro Mundial Movimientos Populares » – [2014-10-29] en esp].
En ce sens, le défi passe par l’élaboration d’un projet alternatif au capitalisme qui regroupe les forces des différents secteurs sociaux à l’échelle mondiale. Cela implique, bien sûr, une théorisation capable d’appréhender la réalité existante en lien avec les luttes sociales, car ce sont elles qui bâtissent et modifient l’équilibre du pouvoir dans la société ; et l’organicité entre les défenseurs du peuple.
Selon nous, cela renvoie à l’importance du travail de base et de la formation comme processus permanents, où se conjugue la relation pratique-théorique-pratique, qui se nourrissent mutuellement. Par conséquent, il ne peut y avoir de place pour l’activisme s’il ne reflète pas nos actes ni de théorie éloignée des luttes et pratiques quotidiennes. Après tout, les changements que nous désirons ne dépendent pas de nous autres, individus, mais de notre capacité en tant que classe ouvrière à nous organiser, nous battre et nous faire entendre. C’est pourquoi nous prenons l’engagement de créer des écoles de formation politique afin d’élever le niveau de sensibilisation de nos bases.
Un autre axe fondamental pour nos organisations et la coordination internationale vient du défi que nous devons relever face au pouvoir médiatique devenu médiateur des pouvoirs en place, devant l’érosion des partis politiques, et donc en soutien à l’ idéologie de nos sociétés gouvernées par les idées des pouvoirs hégémoniques.
C’est à dire que nous nous heurtons à un pouvoir médiatique très centralisé, tant au niveau mondial qu’à l’échelle nationale, qui tente de contrôler les idées, les désirs et l’opinion publique, ce qui en fait un instrument virtuel de répression idéologique contre toute lutte sociale. C’est pourquoi dans notre combat pour une vraie démocratie, où le peuple puisse réellement présider à sa propre destinée, nous exigeons, en premier lieu, la démocratisation des médias.
Dans cette optique il nous incombe donc de favoriser et soutenir nos propres médias et de les connecter en réseau, tout en rejoignant les médias alternatifs et populaires et la lutte pour la démocratisation de la communication afin de contrer l’hégémonie médiatique et culturelle.
– João Pedro Stedile est membre de la Coordination Nationale du MST et de la Vía Campesina Brésil. Membre du Conseil de l’ALAI.
Ce texte fait partie de la Revue Amérique Latine en Mouvement (Revista América Latina en Movimiento), No.500 de décembre 2014, sur le thème de « América Latina: Cuestiones de fondo» – [http://alainet.org/publica/500.phtml]
Traduit de l’espagnol pour El Correo par : Florence Olier-Robine
 Source:  http://alainet.org/active/79664


Brésil: les 30 ans du Mouvement des Sans Terre et la haine des médias
Il y a quelques semaines, le MST, Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre, célébrait ses 30 années de lutte. Les médias « privés » – aux deux sens du terme – passèrent simplement sous silence cet important événement historique. Quelques journaux, comme l’oligarchique Estadão qui vit le jour, le siècle passé, en vendant des annonces pour le travail esclave et a toujours été un ennemi acharné des mouvements sociaux, publia même un éditorial où il reprenait ses vieilles attaques contre le MST. La presse écrite alternative, bien que disposant de peu de ressources – le gouvernement préfère placer ses annonces dans les medias des gros agriculteurs – souligna le long parcours victorieux de ce mouvement social et exposa avec sérieux les défis futurs à relever.
VejaMST  1 a fol veja contra o mst
Cela vaut la peine d’attirer l’attention sur l’interview de João Pedro Stédile réalisée par les journalistes de la Revue Fórum Digital, Igor Carvalho et Glauco Faria. Les auteurs font remarquer qu’il y a plusieurs raisons de célébrer cet anniversaire. « Le Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre, présent dans 23 Etats, en plus du District Fédéral, et comptant plus de 900 « assentamentos »(1) hébergeant 150.000 familles, fête cette semaine ses 30 années d’existence. Créé en janvier 1984, lors d’une rencontre nationale réunissant 80 travailleurs agricoles à Cascavel (Paraná), le mouvement a effectué tout au long de son histoire plus de 2500 occupations de terres et créé 2000 écoles dans les « assentamentos ». Parmi d’autres réalisations bénéfiques, l’accès au crédit d’aide à la production doit être mis en évidence. »
Au cours de l’interview, le représentant de la coordination nationale du MST a présenté une vue générale du mouvement et indiqué quels sont les défis à relever à l’avenir dans la lutte pour la réforme agraire au Brésil. João Pedro Stédile affirme la nécessité d’actualiser cet étendard du combat en fonction des changements survenus dans le monde rural, ces dernières années. « Le capital est en train d’adopter un mode d’exploitation de l’agriculture appelé agrobusiness. Ce mode d’exploitation se caractérise par une nouvelle alliance entre les classes dominantes. Il regroupe les grands propriétaires terriens, les entreprises transnationales et les moyens de communications bourgeois. Ces derniers, afin de défendre leur projet et décourager toute velléité de réforme agraire ou de lutte sociale dans les campagnes, utilisent tous les instruments dont ils disposent, tels le Pouvoir judiciaire et le Congrès. »
« Il y eut, ces dernières années, un changement dans notre programme agraire : nous avons créé ce que nous appelons la proposition de réforme agraire populaire. Durant la période précédente, à l’époque où dominait le capital industriel, existait la possibilité d’une réforme agraire de type classique : elle consistait dans la démocratisation de la propriété terrienne et l’intégration des paysans dans ce processus de démocratisation. Maintenant, l’économie mondiale est dirigée par le capital financier et international. Ce modèle a installé dans les campagnes l’agrobusiness qui exclut et expulse tout à la fois les paysans et la main-d’oeuvre campagnarde. Maintenant, il ne suffit plus seulement de distribuer les terres : le processus en cours est celui de la concentration de la propriété terrienne et de la privatisation. »
Stédile critique également le rythme actuel des expropriations. « Dans le gouvernement de Dilma, ce processus est totalement paralysé. Cela est dû, d’une part à une conjonction de forces adverses en raison des orientations sociales et politiques du gouvernement et d’autre part à l’impressionnante incompétence opérationnelle des entités qui constituent le gouvernement ». Pour Stédile, aujourd’hui plus que jamais, la lutte pour la terre passe par de profonds changements politiques dans le pays. Il plaide pour une réforme politique urgente, la fin du financement privé des campagnes électorales et la fin du monopole des moyens de communication. Si l’on ne surmonte pas ces obstacles entre autres, la réforme agraire ne fera aucun progrès.
Alors que plus de 15000 leaders du mouvement des « sans terre » se sot réunis à Brasilia lors d’un congrès qui a défini les différentes étapes à franchir pour réaliser la réforme agraire et le changement politique dans le pays. Les médias « privés », qui jusqu’à présent gardent un silence quasi absolu sur les 30 ans d’activité du MST, pourraient tout de même nous avoir informés à propos de cette rencontre. Mais ils ont cependant tendance à suivre la ligne réactionnaire de l’éditorial du Estadão publié le mardi 21 janvier. Pour ce journal, qui ne cache pas ses liens avec les gros agriculteurs, le mouvement « affronte une grave crise d’identité » et tend à disparaître. L’éditorial fait l’éloge de l’agrobusiness, cette « poule aux œufs d’or de l’économie nationale » et condamne, sur le plan idéologique, la vision tronquée, socialiste du MST.
Dans la pratique, le texte confirme la thèse de Stédile selon laquelle la réforme agraire ne progressera dans le pays qu’avec la fin de la prédominance du latifundium sur les médias.
Altamiro Borges (journaliste brésilien, président du Centre d’Etudes de Mídia Barão de Itararé)
Source : http://altamiroborges.blogspot.com.br/2014/01/30-anos-do-mst-eo-odio-da-midia.html
30/1/2014 – ALAI-Amlatina
Traduction : Jean-Pierre Plumat
Publié avec l’aimable autorisation d’Alai-Amlatina
(1) NdT : Un assentamento est constitué par un groupe de familles ayant obtenu un titre de propriété officiel à la suite de l’occupation d’une terre

Source :  http://alainet.org/active/72180



L’AFP lance la réforme agraire au Brésil

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Récemment l’AFP a diffusé dans les médias une dépêche intitulée “Brésil : Rousseff exproprie 92 fermes pour la réforme agraire”. Les lecteurs ont pu croire que la présidente apportait enfin une réponse aux revendications historiques des Sans Terre. Sauf que le tweet présidentiel envoyé in extremis avant le réveillon de fin d’année, n’était qu’un coup médiatique. L’AFP et ses recopieurs ne mentionnent pas que ces zones réduites auraient dû être expropriées depuis plusieurs années, qu’une moitié seulement ira aux travailleurs sans terre, l’autre à de petits syndicats locaux. La présidente Roussef repousse sans cesse une réunion avec la Coordination des Travailleurs Ruraux Sans Terre parce que ni elle ni ses ministres incompétents ne savent quoi leur dire… L’interview (janvier 2014) du coordinateur national des Sans Terre Joao Pedro Stedile à l’Association Brésilienne de la Presse (ABI) permet de comprendre la paralysie de la réforme agraire.

Thierry Deronne

João Pedro Stedile: “L’avancée du Capital empêche la réforme agraire”

Par Mário Augusto Jakobskind (ABI)

7 janvier 2014

MAJ – Selon des informations récurrentes le gouvernement de Dilma Roussef n’a pas fait avancer la réforme agraire en 2013 ?

Joao Pedro Stedile – Le bilan de la réforme agraire sous le gouvernement de Roussef est malheureusement négatif. Honteux, dirais-je. En termes statistiques seules 4.700 familles ont bénéficié d’expropriations de  grands domaines … soit moins de ce que le militaire président Figueiredo [1979-1985] a fait dans sa dernière année.

La réforme agraire est bloquée à cause de la concentration de la propriété de la terre et du contrôle croissant de l’agriculture par le capital. La conjugaison de plusieurs facteurs rendent la situation très difficile pour les travailleurs ruraux sans terre. D’abord, le déferlement de capitaux internationaux sur les ressources naturelles brésiliennes, qui fuient la crise globale et spéculent avec nos terres, avec l’éthanol, l’hydro-électricité, et même en crédit de carbone avec les titres d’oxygène de nos forêts. L’augmentation des produits provoquée par la spéculation a entraîné une rente extraordinaire dans les zones rurales, qui a attiré de nombreux capitalistes et a fait s’envoler le prix des terres.

Troisièmement la coalition de forces du gouvernement de Roussef marque une forte hégémonie de l’agro-business. Citons par exemple la sénatrice Katia Abreu, éminente représentante du latifundisme rétrograde de Tocantins, qui appuie le gouvernement et se réunit fréquemment avec la présidente.

Quatrièmement les grands médias de la bourgeoisie brésilienne, avec à leur tête TV Globo, Veja et leurs relais, ont fabriqué une opinion publique qui fait de l’agro-business le meilleur des mondes. Ils cachent les effets pervers comme les inondations qui affectent tous les ans le Sud-Est et les conséquences du déboisement et de la monoculture dans la región amazonienne et dans le Centre-Ouest du Brésil.

Face à une corrélation de forces aussi rude, le monde du travail s’est paralysé et les grandes occupations de terre et les mobilisations en zone rurale ont diminué.

MAJ – Des multinationales comme Monsanto et d’autres continuent à mettre en oeuvre leur agenda au Brésil pratiquement sans le moindre obstacle. Que s’est-il passé ?

Joao Pedro Stedile – Le capital international et financier a pris possession de nos ressources naturelles et de l’agriculture à travers son bras économique : les entreprises transnationales de l’agro. Elles contrôlent des intrants tels que semences et engrais, la technologie, les machines et ensuite, grâce au contrôle du marché des produits, imposent leurs prix et s’emparent de la majeure partie du bénéfice généré par l’agriculture. Par conséquent pour chaque segment de l’agriculture il y a un oligopole d’entreprises transnationales aux commandes. Pour les semences et les grains, il y a Monsanto, Cargill, Bungue, ADM et Dreyfuss. Pour le lait, il y à Nestlé, Parmalat et Danone. Pour la cellulose, on compte quatre ou cinq entreprises, et ainsi de suite…

Leur pouvoir est immense, le gouvernement ne les contrôle pas, et apprend leurs opérations par voie de presse. Je vais vous donner un exemple de leur autonomie et de la perte de souveraineté de notre pays sur son agriculture. Depuis deux ans le Nord-Est vit la pire sécheresse de son histoire. On estime que plus de dix millions de têtes de bétail (bovin, ovin et caprin) sont mortes surtout par manque de nourriture. Le gouvernement avait décidé que le CONAB (compagnie nationale d’approvisionnement) achèterait du maïs pour le distribuer aux agriculteurs de la région. Mais le CONAB a échoué à le faire. Pourquoi ? Parce que l’an passé, Cargill, Bungue et ADM, les trois entreprises états-uniennes qui contrôlent l’agro et l’éthanol, ont exporté 18 millions de tonnes de maïs brésilien aux États-Unis. Nous avons perdu un patrimoine énorme de bétail et nous avons risqué de perdre des milliers de vie humaines en échange… d’éthanol pour les voitures nord-américaines.

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João Pedro Stedile (à gauche) parmi les militants du Mouvement des Travailleurs Sans Terre (Goianuia, 17/04/2010)

MAJ – Quelles sont les attentes du Mouvement des Travailleurs Ruraux sans Terre pour 2014 ?

Joao Pedro Stedile – Nous souhaitons qu’en 2014 se poursuivent les mobilisations de masse au Brésil, et que s’instaure un véritable débat politique dans la rue. En tant que Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre et organisations paysannes, nous faisons partie d’une vaste assemblée plénière de tous les mouvements sociaux, pour lancer le débat das la société sur la nécessité d’une réforme politique. Nous allons débattre avec le peuple sur ce qu’il veut changer dans la politique. Et montrer que les changements dont a besoin le pays passent par une réforme politique et par l’instauration d’une véritable démocratie au Brésil. Le 7 septembre 2014, nous mènerons un plébiscite populaire pour demander aux citoyens s’ils veulent ou non convoquer une Assemblée Constituante souveraine. A partir de là nous pourrons défendre ces résultats dans une grande manifestation à Brasília, pour faire pression sur les trois pouvoirs.

Le modèle actuel du lulisme – ce pacte gouvernemental avec tous – a atteint ses limites. Nous avons besoin de changements structurels pour améliorer les conditions de santé, d’éducation, de transport public et la réforme agraire. Cela dépend de l’usage de l’excédent qui pour l’heure va aux banques. Ce qui suppose une réforme fiscale et une réforme judiciaire, ainsi qu’une modification des règles électorales qui font actuellement des gouverneurs et des parlementaires les otages des entreprises qui financent leurs campagnes. Nous ne pourrons y arriver qu’à travers une réforme politique, et celle-ci n’aura lieu que si le peuple descend dans la rue. J’espère qu’il y reviendra bientôt.

MAJ – En octobre 2014 plus de 120 millions de Brésiliens se rendront aux urnes pour élire le Président  de la République, les gouverneurs et les législateurs des États fédéraux et du Sénat. Quel est votre point de vue sur cette échéance ?

Joao Pedro Stedile – La bourgeoisie brésilienne contrôle le Congrès, le pouvoir judiciaire et les médias. Elle est unie en tant que classe. Électoralement, elle va défendre ses intérêts en pondant ses oeufs dans chacun des trois niveaux de candidatures. Il est donc très probable que la présidente Dilma soit réélue. Mais le fait le plus important est que même avec la réélection de la Presidente Dilma Roussef la corrélation de forces ne changera pas pour effectuer les transformations nécessaires. Au contraire la droite va élire un congrès encore plus conservateur et va déployer son énergie dans l’élection des gouverneurs. Notre analyse, en tant que mouvements sociaux, est que les prochaines élections ne feront pas bouger la ligne de forces. D’où le besoin de débattre, de retourner à la rue pour qu’une réforme politique ouvre des brèches pour les réformes structurelles.

MAJ – Un message pour les jouralistes brésiliens, en particulier pour les membres de l’ABI (Association Brésilienne de Presse) qui célèbrera en avril ses 106 ans d’existence ?

Joao Pedro Stedile – L’ABI a toujours été une tranchée de lutte démocratique, favorable aux changements sociaux au Brésil, sous toutes les périodes historiques. Cela fait d’elle aujourd’hui une référence politique, non seulement pour la catégorie professionnelle des journalistes ou pour les journalistes comme acteurs politiques, mais pour tous les militants populaires, pour toute la société.

C’est pourquoi il est très important que la direction de l’ABI contribue, stimule et participe au débat politique nécessaire sur les réformes politiques dont les brésiliens ont besoin. Une réforme majeure concerne les médias. Le projet de loi présenté au Congrès est le fruit d’innombrables consultations et de la Conférence Nationale de la Communication. Nous sommes engagés dans une campagne de signatures pour faire pression sur les députés. Ici aussi ce projet de démocratiser les médias ne s’incarnera qu’en se politisant dans la rue. L’ABI peut jouer un rôle prépondérant pour nous aider à porter ce débat partout. Par ailleurs, j’espère que les journalistes qui travaillent dans les médias bourgeois cesseront d’être les carpettes de leurs patrons et exercent leur profession avec éthique, en s’engageant aux côtés de la population.

MAJ – Le MST tiendra son congrès national du 10 au 14 février, qu’attendez-vous de ce congrès ?

Joao Pedro Stedile – Ce que nous appelons le Congrès est en fait un événement qui couronne un long processus de discussions organisées au cours des deux dernières années avec toute notre base militante, avec tous les secteurs et instances du Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre. En février, nous serons 15.000 militants à Brasilia pour des retrouvailles fraternelles, pour célébrer l’unité autour de nouvelles idées, fruits des débats menés dans tout le pays.

Les idées-maîtresses sont qu’il nous faut un nouveau programme de réforme agraire qui intéresse non seulement les paysans et les travailleurs sans terre mais l’ensemble du peuple, la société tout entière. Une réforme agraire qui vise non seulement à sauver les paysans sans terre mais priorise la production de nourriture saine, sans pesticides. Qui développe une nouvelle matrice technologique sur base de l’agro-écologie pour produire sans déséquilibres naturels. Ces idées parmi d’autres s’incarneront dans le nouveau programme agraire des Sans Terre qui sera synthétisé et lancé à Brasilia en février 2014.

Source : http://www.mst.org.br/node/15598

Traduction du portugais : Thierry Deronne

URL de cet article : http://wp.me/p27hZR-pA



Lutter, construire la réforme agraire populaire ! Manifeste pour le VIème Congrès des Travailleurs Sans Terre (février 2014)

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Nous, Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre (MST), après trente ans de lutte, prenons les engagements suivants :

1 ) La terre, l’eau, les forêts, la faune, la flore, les minéraux, le soleil, bref tous les produits de la nature doivent être au service du peuple et doivent être préservés pour les générations futures .

2 ) L’accès à la terre doit être démocratisé et sa fonction sociale réalisée. Toutes les familles paysannes doivent avoir le droit de vivre et de travailler la terre et de vivre sur elle.

3 ) Nous soutenons la démarcation de tous les territoires appartenant aux peuples indigènes, aux communautés autochtones traditionnelles, quilombos des afro-descendants, riverains, mineurs et pêcheurs artisanaux.

4 ) Nous devons prioriser une production alimentaire saine, garantir la santé des producteurs, des consommateurs et la préservation de la nature. La nourriture est un droit et ne peut être réduite à des marchandises, sources d’exploitation et de lucre.

5 ) Nous soutenons le principe de la souveraineté alimentaire, pour que chaque communauté et chaque région produise la nourriture nécessaire à sa population.

6) La production agricole doit être agro-écologique et doit abolir l’utilisation des pesticides et des semences génétiquement modifiées.

7 ) Les semences sont un patrimoine des peuples au service de l’humanité, et ne peuvent être soumises à aucune propriété privée.

8) Promouvoir différentes formes de coopération agricole et développer dans les zones rurales une agro-industrie sous le contrôle de travailleurs.

9) Lutter contre la déforestation et impulser le reboisement des zones dégradées avec des arbres indigènes et fruitiers.

10 ) Développer, sous la forme de coopératives, la souveraineté énergétique de chaque communauté, profitant des sources d’énergie renouvelables, pour répondre aux besoins de la population.

11 ) Toutes les personnes vivant en zone rurale ont droit à l’éducation publique, gratuite, de qualité et à tous les niveaux, sur leur lieu de résidence.

12 ) Garantir le droit de la population paysanne à produire et à jouir des biens culturels et de l’accès aux différents médias.

13 ) Les travailleurs/employés ruraux doivent jouir des mêmes droits sociaux, de la même sécurité sociale et des mêmes garanties que les travailleurs/employés urbains.

14 ) Les relations sociales de production doivent abolir l’exploitation, l’oppression et l’aliénation. Les travailleurs doivent contrôler le résultat de leur travail.

15 ) Combattre toutes les formes de violence contre les femmes, enfants et personnes âgées. Il faut éliminéer toutes les formes de discrimination sociale, de genre, d’appartenance ethnique, religieuse ou d’orientation sexuelle.

16 ) Combattre toutes les formes de travail forcé et d’esclavage, exproprier les fermes et les entreprises qui les pratiquent et sanctionner leurs propriétaires et responsables.

17 ) Garantir l’accès à la formation permanente, technico-scientifique et politique, pour tous les habitant(e)s des zones rurales. La connaissance doit être un outil de conscientisation, de libération et d’élévation culturelle permanente.

Les zones rurales doivent être un endroit où il fait bon vivre. Où les gens voient leurs droits respectés et jouissent de conditions de vie dignes. C’est pourquoi nous maintenons notre ferme engagement de lutter pour la transformation sociale !

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En route vers le VIème Congrès du Mouvement des Travailleurs Sans Terre (MST) | 10-14 février 2014, Brasília / DF

Traduction : T.D.

URL de cet article : https://mouvementsansterre.wordpress.com/2013/12/30/lutter-construire-la-reforme-agraire-populaire-manifeste-pour-le-vieme-congres-des-travailleurs-sans-terre-fevrier-2014/




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