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MST : à la découverte d’un acampamento 2/6
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» … Tout d’abord une explication sur les acampamentos et les assentamentos. Un acampamento est une occupation d’une grande propriété inexploitée pour tenter, à travers une démarche judiciaire, d’obtenir le droit de travailler cette terre : les procédures peuvent durer des années comme pour les parents de Valdir.
Un assentamento est l’installation officielle sur la terre après reconnaissance juridique de l’inexploitation de celle-ci par les anciens propriétaires…  »

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/…/  » Valdir est un Sans Terre. Son histoire mérite d’être contée : Ses parents sont des paysans sans terre. Ils sont restés 7 ans sous des bâches, dans un acampamento, qui leur servait de lieu d’habitation. De l’âge de 9 ans à 16 ans il a grandi dans ces conditions. Un des soucis majeurs du Mouvement des Sans Terre (MST) est la formation des enfants et des jeunes. Valdir a pu en bénéficier. Mais dans quelles conditions ! Pendant 4 ans, tous les soirs, car il travaillait dans la journée, et par tous les temps, il faisait 160 kms AR en moto avec un copain pour suivre des cours dans le Mato Grosso… Leur souci ? ne pas rater le dernier passage à minuit du transbordeur qui assurait la liaison sur le fleuve Parana. Combien de fois, à cause des pluies, a-t-il du dormir dans les fourrés pour attendre la reprise des rotations à 6 h … heure de sa reprise de travail…. Aujourd’hui Valdir a une formation de comptable et il se rend dans les différents campements pour travailler à leur gestion./…/

Visite de l’acampamento du 8 mars dans le Parana
« … En route avec Jean et sa voiture,  vers l’acampamento, à une cinquantaine de kms de la Copavi, nous croisons des coupeurs de canne à sucre. C’est le choc.
Les grands propriétaires terriens, lorsque le temps de la coupe est venu, ne s’embarrassent pas : ils mettent le feu à des milliers d’hectares. Désastre écologique pour la flore mais aussi pour la faune prise au piège de ce brasier. Ainsi, il ne reste que la tige de la canne et ça procure un gain de temps….Au milieu donc de ce brûlis des coupeurs de canne engoncés de la tête au pied dans des chiffons par plus de 40% à l’ombre. Ils se protègent ainsi car tiges et feuilles sont coupantes comme un rasoir et lacèrent la peau. Ces hommes sont noirs de charbon et seul leur regard brille. Certains sont dans les champs, d’autres, épuisés, sur le bord de la route : regard hagard, sans vie. Jean et Valdir nous apprennent qu’ils travaillent au rendement et doivent couper plus de 10 tonnes par jour pour un salaire de misère. Esclaves et forçats des temps modernes, Jean nous dit que, tous les ans, il y en a qui meurent d’épuisement.

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Leur espérance de vie est limitée : du temps de l’esclavage, un esclave pouvait vivre 20 ans au delà du début du travail. Aujourd’hui ces hommes ont une espérance de vie de 12 ans de travail ! J’essaie, sans conviction et abasourdi, de prendre des photos, mais de loin… Hier encore, nous étions dans le luxe à Porto Rico et nous-mêmes aujourd’hui dans l’insouciance de gens bien nantis…quelle détresse !… et que faire ?….

Notre arrivée à l’acampamento va finir de nous mettre mal à l’aise….!
L’acampamento du 8 mars (date de l’occupation, il y a quelques mois) ou encore appelé « Salvador Allende », à Terra Rica, comprend 300 familles ! Elles se sont installées suite à un constat d’improductivité : 1200 hectares sont inexploités depuis 20 ans. Peu après les premiers jours d’occupation, le propriétaire a sous-traité avec une usine de canne qui a planté des plants, voulant montrer ainsi que le terrain était en exploitation et que, donc, l’occupation était illégale. Le MST a immédiatement saccagé les champs pour couper court à cette menace (et c’est ce qu’on retenu les médias).

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Valdir nous fait pénétrer dans le camp : en effet à l’entrée une barrière ferme l’accès. Elle est tenue par des femmes. Comme chacun ici, elles sont sur le qui-vive et exercent à tour de rôle une surveillance 24 h/24h.
Un peu plus tard, à l’arrière du camp, d’une position dominant les collines, une jeune fille de 15-16 ans exerce de son côté cette surveillance avec beaucoup de sérieux et d’application : je suis bouleversé de voir cette enfant prête à sonner le tocsin pour alerter les plus de mille personnes qui vivent ici … Pourquoi cette surveillance ? Peu de jours après l’occupation, des pistoleiros, hommes de mains de la fazenda ou de l’usine, sont venus attaquer le campement, de nuit, avec des armes à feu. Pendant 4 heures, jusqu’à l’aube, ils ont harcelés hommes, femmes et enfants qui avaient réussi à s’abriter dans un hangar de brique et de fer (et pas en bois heureusement). Seules trois personnes ont été blessées.
Nous entrons dans le campement. L’accueil d’Alex, avec son tee shirt rouge, est très chaleureux. C’est lui qui nous fait découvrir le camp : sur le terrain, des lots de 15 m par 15 m accueillent des centaines de cabanes. Ce sont des ossatures de bois, souvent de bambous, sur lesquelles sont tendues des bâches agricoles noires pour protéger de la pluie. Le tout est tenu par des cordes ou des fils de fer. Chacun gère son lopin comme il l’entend : certains plantent des fleurs à l’entrée, d’autres quelques légumes. Tout est propre. le sol de terre est balayé devant chaque masure.

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Nous apprenons que lorsqu’un acampamento se met en place un « comité organisateur » distribue les tâches. Une des premières choses mises en place sera pour les enfants : visite du médecin qui deviendra hebdomadaire, création d’une pharmacie et mise en route de l’école.

Cette dernière est organisée en rotation : des cours le matin pour les uns, puis l’après midi pour les autres et enfin le soir pour les adultes. Les cours du jour concernent les 4 premières années de la scolarité enfantine; ensuite les jeunes se rendront à l’école du village voisin pour continuer leur cursus.

Un forage fournit de l’eau au camp et les services sociaux ont réussi à fournir l’électricité.
Les hommes vont dans les fazendas voisines pour trouver du travail comme journaliers en étant payés en nature par un « cesta basica », « panier de base » qui comprend nourriture, différents produits etc… Une grande parcelle du terrain occupé sera cultivée et le produit de la récolte est partagé entre tous.

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J’ai les larmes aux yeux de voir à la fois tant de misère et tant de dignité. Ces personnes viennent des 4 coins du Parana pour pouvoir espérer avoir le droit de rester ici. Mais dans combien de temps ? Certaines occupations durent 8 ans dans ces conditions ! … et si le MST « gagne », seules 80 familles sur les 300 resteront ici, les autres devront poursuivre leur lutte ailleurs…. Je comprends un peu mieux ici la nécessaire solidarité, interne et entre les campements, pour ne pas sombrer d’une manière ou d’une autre…

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Nous visiterons le camp, l’école, le hangar criblé de balles, le dispensaire, la petite épicerie…. dans chaque lieu des drapeaux rouges du MST, des photos posters, des épitaphes de Marx, du Che, de Jésus Christ, y compris jusque dans les classes primaires… « je suis sans terre, je suis sans terre, je sais, c’est l’identité la plus belle que j’ai gagnée ! »

Nous repartons de là, sonnés, et ce d’autant plus qu’à peine partis une pluie diluvienne se met à tomber avec un vent violent… des torrents d’eau et de boue nous font rouler au pas parce que nous ne pouvons pas nous arrêter….Nous pensons très fort à toutes ces personnes que nous venons de quitter : elles doivent s’organiser et lutter sans doute face à ce déluge… comment vivre dans de telles conditions… ? /…/ »

 

Source de cet article: https://kestenig.fr/mst-a-la-decouverte-dun-acampamento-2-6/



« Etudier, sourire et lutter » par Wesley Lima (site du MST)

Par Wesley Lima
Du site du MST

Cours dans une école itinérante à Nova Santa Rita (RS). Photo : Leonardo Melgarejo

Une éducation faite par le peuple, pour le peuple, avec le peuple. Telle est la synthèse de la méthode pédagogique adoptée dans les écoles publiques rurales situées dans les campements et dans les unités productives du Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans terre du Brésil, du nord au sud du territoire.

Ce processus connecte la réalité vécue dans les campagnes avec la scolarisation et la lutte pour la terre: les enfants, jeunes et adultes, hommes et femmes, font de la connaissance scientifique une clef pour lire leur réalité et pour, de manière critique, penser les actions collectives qui peuvent l’améliorer.

Cette méthode, pensée pour dialoguer avec les différentes réalités de notre territoire national, n’est pas unique dans sa pratique, mais possède des principes importants.

La formatrice populaire et militante des Sans Terre Estado do Ceará, ​Maria de Jesus, explique qu’il n’existe pas de distinction entre étudier et lutter, parce que ces deux activités font partie de la construction du sujet. “Ce processus de participation dans la lutte sociale, dans la lutte des classes, éduque. Et l’éducation en zone rurale vient réaffirmer la permanence de ses sujets, avec dignité, avec un projet rural opposé au projet du capital”.

Pour la formatrice populaire et militante des Sans Terre dans l’état du Ceará, ​Maria de Jesus, “il n’y a pas de distinction entre étudier et lutter”. Photo: Aline Oliveira

Pour elle, l’éducation en zone rurale est pensée contre l’hégémonie de l’agrobusiness et a pour objectif de fortifier l’agriculture paysanne basée sur l’agroécologie: “dans ce contexte, l’éducation rurale est émancipatrice. Non seulement elle forme les sujets ruraux mais elle valorise leurs dimensions culturelles, leurs luttes, leurs mémoires. C’est une éducation en mouvement. C’est une éducation en lutte permanente”.

Connaissance et lutte collective

Parce qu’elle dialogue sur ces thèmes et unifie la connaissance en tant que synthèse du technique et du politique, la militante du secteur de l’éducation dans l’état de Pernambouc, Rubneuza de Souza, souligne aussi que le développement des potentialités humaines est une “praxis”. De telle sorte qu’“en développant le travail on pense sur ce qu’on fait. Nos méthodologies en rendent compte”.

Nous prenons l’éducation comme processus de formation humaine : en plus de l’éducation populaire, les gens créent la base d’une pédagogie socialiste, qui fait de l’éducation une combinaison d’éducation et d’instruction, où la vie, le travail, la lutte, font partie de la construction de ce qu’on appelle la connaissance” explique Souza.

Par ailleurs Jésus souligne que la connaissance, en tant que fondement de la formation humaine, doit être construite à partir de matrices. La première d’entre elles est l’Histoire, suivie de la dimension culturelle, l’organisation collective et le travail. Les processus éducatifs doivent se penser à travers ces quatre processus.

A propos du travail dans les relations éducatives, Jésus explique aussi qu’il est le facteur créateur, recréateur et transformateur du processus d’humanisation et d’organisation de la lutte sur le terrain. L’objectif est d’être un instrument de résistance à l’offensive du capital dans les zones rurales qui s’exprime aussi dans l’agro-industrie et dans ses rapports d’exploitation.

Agroécologie et éducation

Etudiant(e)s à l’oeuvre dans un potager collectif dans l’extrême sud de l’état de Bahia. Photo: MST

Pour avancer dans cette dimension du travail sans perdre de vue les besoins du lieu où l’école rurale s’insère, il est nécessaire de penser à cette école et d’organiser son programme scolaire à partir de la réalité du terrain.

Les expériences qui marquent la lutte pour l’intégration d’une série de thèmes, comme l’agroécologie, en tant que matière enseignée dans les écoles rurales, se trouvent dans l’État de Bahia. Aujourd’hui, dans les régions du Sud-Ouest et de l’Extrême-Sud, ce sujet figure dans les programmes scolaires des centres de formation et des écoles publiques, qui travaillent avec les enfants.

Dans l’extrême sud de Bahia, les expériences construites à partir de la lutte commune se sont concrétisées dans la municipalité d’Alcobaça. La première étape a été de proposer à la municipalité la discipline de l’agroécologie comme composante du programme d’études dans les écoles rurales. Puis, en partenariat avec le syndicat des enseignants, il a été possible de se mobiliser pour faire approuver cette matière au sein du conseil municipal. C’était la première localité de cet état à intégrer l’agroécologie dans son programme d’enseignement public municipal.

Dans une interview pour la page web du MST, accordée en novembre 2018, Dionara Ribeiro, de la coordination pédagogique de l’École Populaire d’Agroécologie et d’Agroforesterie Egídio Brunetto (EPAAEB), explique que le point central de cette réalisation fut le  » zèle  » dans la construction collective.

« Tou(te)s les éducateur(trice)s qui ont participé à ce travail ont joué un rôle fondamental, tant dans la pratique pédagogique qu’ils ont construite dans chaque école que dans la participation, le questionnement et la réflexion menés dans chaque cours et chaque séminaire » souligne-t-elle.

La définition du collectif scolaire, composé d’éducateurs et de la coordination des écoles rurales de la région, était que la discipline de l’agroécologie serait travaillée de manière interdisciplinaire, ce qui nécessitait un travail collectif entre enseignants, une restructuration organisationnelle dans de nombreuses écoles pour la réalisation de la planification. Grâce à quoi la municipalité de Santa Cruz Cabrália, située dans la même région, a inséré la discipline agroécologique dans ses cours.

Fermer une école est un crime

Cependant, malgré la reconnaissance et les récompenses accordées à ce vaste processus éducatif, l’enseignement dans les campagnes est en danger à l’heure actuelle. La fermeture des écoles est une réalité dans les campagnes brésiliennes.

Selon une enquête de l’Université fédérale de São Carlos (UFSCar), entre 2002 et le premier semestre 2017, environ 30 000 écoles rurales du pays ont cessé de fonctionner. Aujourd’hui, le Mouvement des Sans Terre, par exemple, compte plus de 2 000 écoles publiques construites dans des campements et des unités productives, et a subi plusieurs attaques de démantèlement de ces écoles.

Un certain nombre de problèmes se posent dans les écoles rurales, qui vont du retard ou du non-paiement des salaires du personnel à l’absence totale d’infrastructures. La solution que donnent les municipalités est le départ des enfants, des jeunes et des adultes de la campagne pour étudier en ville.

C’est dans cet esprit que Jésus explique que la lutte du MST contre la fermeture des écoles et pour un projet politique et pédagogique qui dialogue avec la réalité rurale est une lutte permanente. « Nous refusons de quitter la campagne pour étudier dans la ville où notre réalité paysanne n’est pas approfondie”, dénonce-t-il.

Dans ce contexte, le Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre a lancé en 2011 la Campagne nationale contre la fermeture des écoles rurales, qui vise à promouvoir le débat sur l’éducation rurale avec la société dans son ensemble, à articuler différents secteurs contre ces régressions et à dénoncer la fermeture des écoles.

Source: http://www.mst.org.br/2019/05/21/estudar-sorrir-e-lutar.html

Traduction: Thierry Deronne

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Un film sur le travail des Sans Terre au Vénézuéla: « Semences, rêves et contradictions » (Terra TV, 2019)

Il y a 13 ans un accord entre le Gouvernement de Hugo Chavez et le Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre a permis la présence permanente au Venezuela de formatrices et formateurs brésiliens. Au service de la souveraineté alimentaire mais aussi comme porteurs d’une expérience latino-américaine des plus importantes en matière de formation intégrale pour les mouvements sociaux. Ce travail qui ne s’est jamais arrêté malgré de nombreux obstacles bureaucratiques.

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La compagne Yirley Rodriguez (photo), formatrice et militante féministe explique: “L’école de formation internationaliste “A Namuna signifie “la semaille”. C’est le mot Warao pour dire “semaille”. Nous avons choisi un nom indigène en tant qu’école décoloniale. L’école est le produit d’expériences de formation que nous nos mouvements sociaux mènent depuis de nombreuses années, appuyés par le Mouvement des Sans Terre du Brésil et sa Brigade Internationaliste Apolonio de Carvalho qui s’est établie au Venezuela il y a 13 ans, ainsi des organisations comme “Femmes pour la vie”, “Front Culturel de Gauche”, Editions “La tranchée”, etc… Plusieurs organisations ont envoyé des compagnes et compagnons étudier dans l’école “Florestan Fernandes” au Brésil, l’école des Sans Terre, et y ont appris une méthode de formation intégrale, basée sur l’éducation populaire. Nos cours couvrent des aspects tels que l’organisation révolutionnaire, le féminisme populaire, la formation de formateurs(trices). L’école “A Namuna” part du contexte populaire, pour ne pas séparer l’étudiant de la réalité populaire dans laquelle il ou elle est immergé(e), pour qu’il la vive, collectivement, pour mettre à jour les contradictions, les problématiser et pour que les étudiants cherchent à les dépasser à travers l’organisation sociale. Notamment en construisant des relations de production socialistes et féministes. C’est pourquoi nous avons organisé cet atelier dans le cadre d’une prise de terres de commune El Maizal.”

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Une des méthodes apportées par le Mouvement des Sans Terre est la « Ciranda ». Une équipe formée par les étudiant(e)s s’occupe des enfants pour que les femmes qui sont mères puissent participer pleinement au cours. A ce moment prendre soin des enfants des travailleuses devient les enfants devient une responsabilité de tout le collectif du cours.

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C’est sur l’espace d’une prise de terre par la Commune El Maizal que le cours est organisé, pour mieux marier étude théorique et apprentissage pratique, pour maintenir le concept d’une pédagogie liant l’étude à l’immersion dans la réalité populaire. Chaque sous-groupe étudiant apprend avec les habitants un aspect différent du travail, traire les vaches, réparer des outils, cuisiner, cultiver les parcelles… C’est une autre caractéristique de la pédagogie politique des Sans Terre.

Réalisation: Yarumi Gonzalez.

Montage: Miguel Escalona.

Production: Terra TV.

République Bolivarienne du Venezuela 2019.

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Pour le Mouvement des Sans Terre, « on peut voyager grâce aux livres »

Les enfants sont invités à découvrir le monde de la lecture dans l’école du Contestado. Photo : Ana Santos

Par Antonio Kanova
Du Site du MST

Ce qui fut hier la maison des esclaves afrodescendants, ceux et celles que fouettait le Baron de Campos Gerais, est aujourd’hui l’espace où les enfants paysans peuvent lire, jouer et s’amuser. Telle est l’histoire de l’école municipale de Campo Contestado, dans la ville de Lapa (Paraná). Une ambiance heureuse, visible dans les visages de 30 enfants, a marqué l’activité organisée le jeudi (25) par l’école, en collaboration avec le Centre Culturel Casarão, dans le quartier du Contestado.

Ana Claudia, éducatrice de troisième année, explique que le processus pédagogique fait du processus d’incitation à la lecture une activité quotidienne et constante.Nous mettons l’accent sur l’habitude de lire, mais nous insistons aussi sur le fait que la lecture peut se faire dans des environnements où les enfants se sentent à l’aise. Ainsi, l’apprentissage va au-delà de l’école.

Photo: Ana Santos

Développer l’accès à la diversité culturelle est le pilier de cette union entre l’école et l’Unité Productive des Travailleurs Sans Terre. « Le centre culturel Casarão est important parce qu’il favorise la formation humaine intégrale, en favorisant la rencontre du public des Sans Terre avec les arts visuels, la danse, la musique, la littérature, le cirque, le cinéma et le théâtre » précise Sylviane Guilherme, du collectif de travail du Centre culturel de Casarão.

L’initiative s’inscrit dans le cadre d’une campagne menée par le Secteur de l’éducation et par le Collectif National de la Culture du MST, sur le thème « Pour le droit à la littérature dans les écoles rurales« , renforçant l’idée qu’il est possible de voyager dans les livres.

Le Centre Culturel Casarão est une conquête des familles de l’établissement contesté et est devenu le premier espace artistique dans le domaine de la réforme agraire dans la région sud du Brésil. Situé dans le village de Contestado, l’espace a donné aux familles la possibilité d’accéder à la culture et à l’art. Depuis le début de ses activités, en juillet 2018, ce centre a réalisé plusieurs activités mensuelles, allant de la projection de films à des représentations théâtrales, ou à des spectacles musicaux, entre autres.

Photo : Sylviane Guilherme

Rien que pour le mois d’avril, outre l’activité organisée en partenariat avec l’école municipale, ont eu lieu des projections de films nationaux et latino-américains, ainsi que deux ateliers de tambour, de chant et de broderie avec les Joueuses de Tambour do Divino Espírito Santo de Curitiba, des expositions d’arts plastiques et d’artistes populaires locaux.

Source : http://www.mst.org.br/2019/04/25/escola-do-campo-proporciona-uma-educacao-libertadora.html

Traduction : Thierry Deronne

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Au Venezuela, apprendre à désapprendre

1er jour : « NOUS SOMMES DES MILITANTS DE LA VIE »

Luisa Araujo et sa fille Lydda

« Pourquoi nous chantons ? Nous chantons parce qu’il pleut sur les sillons, et nous sommes des militants de la vie, nous chantons parce que les champs sentent le printemps, parce que dans la tige de ce fruit, chaque question a sa réponse ». Luisa, directrice vénézuélienne de l’école de Caquetios créée par le Mouvement des Sans Terre (du Brésil) au Venezuela, lit un poème de Benedetti. Étudiants et professeurs forment un cercle autour du mot Révolution qu’ils ont écrit avec des pierres. Autour des pierres, le drapeau du Mouvement des Sans terres (MST). Luisa Araujo a donné naissance à une petite fille, le 17 décembre 2016. Elle s’appelle Lydda, comme cette militante et poète Lydda Franco, féministe née dans les années 1960. La « mistica » comme disent les brésiliens termine avec l’hymne national vénézuélien.

Le premier jour, les militants du MST, nous expliquent l’histoire et le fonctionnement de l’école. Celia Rodrigues, chargée de la formation politique de l’école, revient du Brésil, où elle a suivi un cours de formation de formateurs. « Nous ne croyons pas au hasard mais à la causalité, explique-t-elle. La défense de la révolution bolivarienne, part d’un des principes du MST : la solidarité, ici nous sommes sur une terre libérée par la Révolution. Notre objectif, c’est d’être autonome pour la production de nourriture et la formation » Les terres de Caquetios appartenaient aux propriétaires terriens qui l’utilisaient pour faire des courses de chevaux. Aujourd’hui, ce sont des « unités de production sociale ». En 2010, l’espace a été récupéré par le gouvernement bolivarien, à travers la CVAL (Corporation Vénézuélienne d’Alimentation). En 2014, Nicolas Maduro signe un nouvel accord avec le Mouvement des Sans Terres, et légalise les titres de propriété des terres. « Caquetios n’est pas une île, les pompes à eaux ont crevé, nous avons beaucoup de problèmes pour la production, nous n’avons pas de quoi arroser. Nous avons du mal à récolter, car on nous vole notre production ». La plus grande avancée selon Celia, c’est l’incorporation de vénézuéliens à la brigade du Mouvement des Sans Terre.

Celia Rodrigues, brasileña del movimiento Sin Tierras

Celia Rodrigues, coordinatrice de formation du Mouvement des Sans Terre (Brésil) au Vénézuéla

Simon Uzcategui, responsable de la production, explique qu’aujourd’hui, les producteurs commencent à fabriquer des biofertilisants. « Nous développons le maïs autochtone qui allait disparaître : le maïs guanape, et la courge, et nous utilisons le champignon tricoderme pour tuer le parasite « cogollero », nous produisons 600 d’insecticides naturel ». Les paysans produisent aujourd’hui une tonne mensuelle de fertilisant organique, ils réparent les tracteurs argentins et biélorusses, et les paysans cultivent deux jardins pour leur propre consommation. Les organisations paysannes sont en train de s’articuler pour former un front de Conseils Paysans. Celia essaye d’organiser des rencontres avec les femmes pour parler de leurs droits sexuels et reproductifs. Le Mouvement des Sans Terres a aussi créé un réseau d’amis de l’école, pour réaliser des cours de production et récupération de semences autochtones.

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Cultures agro-écologiques sur les terres de Caquetios

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Début de l’atelier de cinéma

L’atelier de cinéma qui va durer 5 jours permettra aux étudiants d’apprendre les techniques du cinéma populaire d’EPLACITE, l’école populaire et latino-américaine de cinéma et théâtre fondée par Thierry Deronne dans les années 1990. Thierry est arrivé au Venezuela, après une rencontre avec des Vénézuéliens au Nicaragua. L’histoire de l’école est liée au processus de transformation nationale de la Révolution bolivarienne avec la création de Vive tv, mais c’est aussi l’école des mouvements sociaux, avec la participation du Mouvement des Sans Terre. « La production audiovisuelle c’est comme le travail du paysan, c’est exactement la même chose, dans les deux cas, il s’agit d’alimenter une population. Dans le premier cas c’est une alimentation physique et dans l’autre une alimentation intellectuelle, spirituelle, mais ces deux production passent par le temps. On ne fait pas un bon documentaire sans le temps de la participation, de l’enquête, de la réalisation, du montage, du retour vers la communauté avec ses images. Ce processus du temps est commun à une vraie agriculture au service d’un peuple, mais aussi à une vraie information. »

L’atelier de cinéma commencera avec l’analyse de séquences de cinéma, la critique de la monoforme télévisuelle où la figure sacro-sainte du journaliste fait de la radio déguisée en donnant la bonne parole au téléspectateur passif. Le « noticiero » de Santiago Alvarez propose une autre mode de produire l’information : une spirale croissante, participative qui part d’un problème vécu par la population pour remonter humblement vers les clefs et les possibles solutions. Une manière d’éveiller la conscience critique du téléspectateur-citoyen, responsable de la solution, lui-aussi.

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Jesus Reyes (à gauche), enseignant de l’Ecole Populaire et Latinoaméricaine de Cinéma

Parallèlement, des militants-enseignants français du mouvement France Amérique Latine (FAL 33) de Bordeaux, enseignent la technique de la permaculture à des vénézuéliens venus jusqu’à Caquetios depuis les régions du Zulia, de Falcon, de Lara et de Caracas. Le premier jour, les participants reçoivent des cours théoriques, qu’ils mettront en pratique pendant la semaine. Il y aura trois ateliers : la construction de toilettes sèches, l’installation d’un réservoir d’eau pour filtrer les eaux usées, et un système de récupération des eaux de pluie.

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Le groupe franco-vénézuélien

Pendant ces cinq jours d’ateliers parallèles, nous formons différents groupes, chaque groupe porte un nom, et sera chargé des différentes tâches collectives dans l’école de Caquetios: solidarité, patrie, lutte, révolution, socialisme. Chaque matin, un groupe présente une poésie, un chant, une idée pendant 15 minutes : « C’est un moment de rencontre très important, de réaffirmation de pourquoi nous sommes là. Nous voulons voir le peuple, la lutte et ses espoirs, la joie et la célébration. L’exemple du partage, de la solidarité internationale, par exemple, c’est cette grande mare que vous avez traversé depuis la France pour venir ici travailler avec nous latino-américains », conclut Celia.

Le premier jour de l’atelier de permaculture, une étudiante de Rossana Melendez répond à la question du professeur de permaculture Franck David. Que signifie la permaculture ? La culture permanente, c’est apprendre à désapprendre. Réapprendre la culture ancestrale paysanne.« La révolution d’aujourd’hui, ce n’est pas la révolution verte, c’est la révolution de la résilience. La résilience c’est être en capacité de résister, ce que vous connaissez bien », répond Franck.

2ème jour : « J’ALLUME CETTE BOUGIE POUR RAVIVER LE FEU DU PATRIOTISME »

Ce matin, une jeune fille lit le poème, « une mer de petits feux », d’Eduardo  Galeano, tiré du « livre des étreintes », « Il y a des gens de grand feu, de petit feu, et des feux de toutes les couleurs. Il y a des feux de gens sereins, qui ne sentent pas le vent, des feux de gens fous, qui remplissent l’air d’étincelles ». Une bougie passe de main en main, et chacun dit une phrase que lui inspire la lumière. « J’allume cette bougie pour raviver le feu du patriotisme, dit une vénézuélienne. C’est mon tour. La première phrase qui me vient à l’esprit. « Que le sol « wicho » des yukpa, illumine le chemin des peuple en lutte ».

Sarah Gourdel participa en el taller de cine

Sarah Gourdel

Sarah Gourdel (photo) vit en France, elle arrive du Brésil pour assister à l’atelier de cinéma. Dans la région bordelaise, elle travaille dans un jardin pédagogique pour accompagner des collectifs d’habitants sur des résidences déjà construites, certaines en construction. L’organisme de formation met en place des pratiques agro-écologiques en jardinage naturel. Gloria Vergès, la présidente de FAL, est venue donner un cours de biofertilisants et lui a parlé de l’atelier de Caquetios au Venezuela. « J’ai décidé de prendre une semaine de vacances pour participer à cet atelier de cinéma, en même temps pour être en lien avec la communauté locale au Venezuela, faire de nouvelles rencontres, prendre ce temps pour moi, pour me former. »

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Thierry Deronne, formateur de l’école populaire et latino-américaine de cinéma

L’atelier de cinéma documentaire se poursuit. Comment fabriquer un film à 10 personnes ? « On commence par l’enquête de terrain, sans caméra, on écoute avec patience, on se laisse surprendre par la réalité et on ne pas se laisse envahir par elle », explique Thierry à la pause-café. « Cet apprentissage devient un plan de bataille pour le documentaire à réaliser. Les trois groupes de 4 personnes vont être mélangé dans un montage parallèle final ».  Aujourd’hui, Sarah a appris la technique du montage parallèle : « deux situations se déroulent en même temps, et on va intercaler des plans, on fait des ellipses, on n’a pas toute la situation au même moment. » L’an dernier, les frères Rodriguez ont enseigné une autre méthodologie du documentaire. Ils ont demandé aux gens de se balader dans l’espace de Caquetios, et de ressentir cet espace directement, intuitivement, sans passer forcement par l’interview. A partir de là, les étudiants ont élaboré leur image personnelle, avec un montage final d’ordre poétique. « On sait qu’il y a différentes façons d’aborder le réel, que la poésie est aussi importante que la sociologie, l’histoire et la philosophie »,précise Thierry.

28815317043_ff9c5c2429_bOdilio Mendez a 20 ans, il vient d’un Conseil Communal près de la Commune El Maizal dans l’Etat de Lara. Angel Prada, représentant de la Commune a été élu à l’Assemblée Constituante comme représentant territorial. « Nous sommes très fiers de son élection, cela fait 9 ans que nous luttons pour la consolidation de la Commune qui va être désormais inscrit dans la Constitution. Nous souhaitons arriver à l’autogouvernement.La commune a demandé une aide pour semer 800 hectares de maïs cette année. En 2016, 1100 hectares ont été semés, et 4 000 tonnes ont été récoltées. « Mais où se trouve la farine ? Le problème du manque de conscience du paysan est un grave problème. Il y a beaucoup de corruption entre nous. Sans faire cet examen, nous ne pouvons pas avancer. Nous devons mettre fin à la rivalité qui existe entre nous ». La Commune El Maizal dans l’Etat Portuguesa, est composée de 22 conseils communaux se trouve en face de la Commune El Piñal dans l’Etat de Lara, et ses 4 Conseils Paysans. « Les paysans refusent de s’entraider. Comment pouvons-nous dialoguer entre les Communes ? Notre commune est mieux consolidée, nous pourrions aider El Piñal avec le problème de l’électrification, de la consommation, de l’eau. »

Odilio Mendez de la Comuna el Maizal, Rosana Melendez y un militante del Frente Francisco de Miranda instalan un sistema para recolectar la lluvia

Odilio Mendez de la commune El Maizal (à droite)

Le problème de la production alimentaire est aussi liée au manque d’inspection, 4 millions d’hectares ont été remis à des producteurs qui ne produisent pas, mais n’ont qu’un objectif : soustraire des ressources à l’État. Le Fond de développement agricole (FONDAS) est tombé en ruine plusieurs fois, parce que beaucoup de crédits ont été déviés. L’État ne peut donc pas leur donner de nouveau crédit, ou financer d’autres producteurs. «Nous sommes habitués à cette culture capitaliste de recevoir des ordres, nous avons toujours besoin de la figure d’un chef », critique Douglas Quintero, du mouvement Fabricio Ojeda, qui appartient au Conseil Communal Indio Chejendé. « Il faut mettre la pression sur le paysan pour qu’il produise sans lui porter préjudice, car en fonction des saisons, la productivité n’est pas la même ». Changer le système bureaucratique inefficace est tout aussi essentiel. Auparavant, l’Institut National des Terres (INTI) mettait 5 ans à remettre le titre de propriété de la terre au paysan. Aujourd’hui, le système est automatisé, et ne dure que 15 jours. Douglas vient d’une famille pauvre, il se définit comme une « âme libre » qui n’aime pas recevoir des ordres. Il a travaillé dans plusieurs institutions agricoles et fondations privées, il est aujourd’hui technicien agricole à Boconó, dans l’État de Trujillo. « J’aime ce métier car j’ai le sentiment d’aider les gens. »

Douglas Quintero trabaja en el taller de phyto-epuracion 2.jpg

Douglas Quintero dans l’atelier de phyto-épuration.

3ème jour: « COLIBRI, TU N’ES PAS FOU ? CE N’EST PAS AVEC CES GOUTTES D’EAU QUE TU VAS ÉTEINDRE LE FEU ! – « : JE LE SAIS, MAIS JE FAIS MA PART ».

Sur le sol, entre les pieds des participants, un chapeau Indien Yukpa. Deux compagnons lisent quelques lignes du livre « Notre Amérique, Passé Communautaire,vers un socialisme indigène ».  « Avec Guaicapuro, Paramaconi, les nus et héroïques indigènes Caracas, nous devons être, et non avec les flammes qui les ont brûlé, ni les cordes qui les ont attaché, ni les fers qui les ont décapité, ni les chiens qui les ont mordus ». Pendant la lecture, une des participantes distribue des fleurs et des plantes aux étudiants et professeurs. Je lis un passage du livre de Pierre Rahbi « Vers la sobriété heureuse », l’histoire du colibri, ce petit oiseau qui tente d’éteindre un immense incendie en recueillant des gouttes d’eau sur les fleurs, alors que les animaux fuient la forêt. Le tatou lui demande « Colibri, tu n’es pas fou, ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ? « Et le colibri lui répondit : Je le sais, mais je fais ma part. «  Ces fleurs qui ont été données, puis redéposées sur le sol pour la terre, des offrandes, des prières pour la terre, la terre est vraiment en souffrance et on a besoin de s’en occuper, c’est ce qui m’a le plus touché, c’est notre mère terre, la Pachamama, j’adore la nature, et le fait d’avoir aborder plein de lecture dont celle du colibri avec chacun fait sa part. comme ça vient plutôt d’Europe, c’est bien de faire cet échange »

Mistica del tercer dia con un sombrero yukpa en el centro, con flores y plantas recojidas en el jardin de Caquetios 2.jpgColibris, mouvement pour la terre et l’humanisme, lancé par Pierre Rabhi encourage l’émergence et l’incarnation de nouveau modèle de société fondée sur l’autonomie, l’écologie et l’humanisme. Son ambition est de participer à la construction d’une société fondée sur le bonheur d’être plutôt que la volonté d’avoir. En Europe, les mouvements écologistes parlent depuis une dizaine d’année de la « décroissance ». Une expression qui peut paraître aberrante pour les gens du Sud de notre terre. En Europe, on utilise de l’eau potable pour les toilettes, alors que dans l’État de Falcon, terre aride du nord-ouest du Venezuela où vit Rossana Melendez, l’eau potable n’arrive qu’une fois par semaine par camion-citerne. Le système de récupération des eaux de pluie est très utile. Même s’il ne pleut presque jamais dans cette région, lorsque la pluie tombe, cela peut durer plusieurs jours. Son rêve, créer une réserve naturelle pour la faune sylvestre. Elle avait 15 ans lorsqu’elle a commencé à militer au sein d’un mouvement révolutionnaire, en désaccord avec sa famille de droite. Elle a aujourd’hui 26 ans, elle a fait des études de gestion environnementale à l’Université Bolivarienne. Le visage de Chavez tatouée sur sa cuisse n’est pas une veste qu’on retourne toujours du bon côté, comme dit Jacques Dutronc, dans sa chanson sur la critique de la mentalité capitaliste.

Rosaura Mendez es licenciada en gestion ambiental de la Universidad Bolivariana de Falcon 2

Rossana Menendez, licenciée en Gestion Environnementale de la (nouvelle) Université Bolivarienne, état de Falcon

 « Je crois que nous devrions avoir tous les même possibilités de nous développer. La croissance, c’est un appauvrissement moral. Nous devons nous diriger vers l’éco-socialisme. Je crois que le problème de l’arc minier nous montre qu’il faut un équilibre entre les différentes ressources du Venezuela. Mais nous ne devons pas commettre les mêmes erreurs qu’avec le pétrole, nous devons utiliser ces ressources comme l’agriculture ou le tourisme. Souvenons-nous des paysans qui ont quitté leurs terres pour travailler dans les villes au moment du boom pétrolier en 1973. Ils vont à nouveau partir pour travailler dans les mines en pensant à leur supposé « bien-être ». Mais peut-être que lorsqu’ils voudront revenir sur leurs terres, elles n’existeront plus. Pour le moment, nous avons ces ressources minières, mais elles ne sont pas infinies. »

Menehould, jeune française de 22 ans a décidé de participer à l’atelier des toilettes sèches qui permettent d’économiser 50 % de la quantité d’eau nécessaire pour l’être humain. E France, elle travaille dans l’aéronautique et vit dans un petit studio parisien. Elle rêve de construire une maison en bois écologique sur roulette, dans lequel elle installerait des toilettes sèche. Elle partage la vision de Rosaura sur le concept de décroissance. « C’est un terme péjoratif. Dans l’esprit de beaucoup de gens, la décroissance s’accompagne de l’idée de régression mais ce n’est pas du tout le cas. Dans les pays qui sont moins développés – si je puis dire-, c’est plutôt une opportunité de développer dans le bon sens. En Europe, on a un confort de vie bien trop futile, et c’est difficile de dire aux gens de faire autrement. Qu’est-ce que la croissance, elle n’est jouable que si on consomme toujours plus. On est arrivé aux limites de notre planète. Le 2 août, on a dépensé toutes les ressources naturelles existantes sur la planète qu’elle pouvait faire en un an. »

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Menehould (chemise blanche) entourée de Goya (gauche) et de Flor (droite)

Nous avons perdu 2 milliards d’hectares en 6000 ans, mais en 60 ans, nous avons perdu 1 milliards d’hectares. « L’homme peut dégrader le sol, l’eau et l’atmosphère, mais il ne peut pas supprimer le sol. Pour détruire l’eau il faudrait la faire bouillir à 100°, ce qui n’arrivera jamais heureusement, par contre le sol on le dégrade très facilement. La notion de sol est donc très importante en terme de permaculture », précise Franck David (photo), paysagiste de formation, depuis sa longue expérience au sein de la ScoopSaluterre.

Franck David

Le paysagiste et enseignant de permaculture Franck David

Les étudiants apprennent la technique de la phyto-épuration, des filtres naturels pour nettoyer cette eau.

Patricia Leal (photos ci-dessous) et David, le fils de Yamilys, du Réseau National des Communardes et Communards sont à l’œuvre, ils espèrent mettre en pratique cette méthode dans leur région semi-aride. Ils construisent avec leurs compagnons un premier filtre vertical. L’eau tombe dans ce filtre vertical, comme une piscine. Ils la remplissent de grosses pierres au fond. Un drain va permettre l’évacuation des gaz, car une grande activité bactériologique va se faire, sans oxygène. Le drain évite de tuer le système, qui attrape toute la pollution, la transforme en nitrate, azote, potassium. Les particules restent accrochées aux gros cailloux. Un autre tuyau transporte l’eau vers une autre piscine moins profonde, de seulement 30 centimètres, horizontale. Le passage de l’eau va se faire de manière horizontale. « Je vais mettre des graviers surtout, les particules vont rester dans les graviers, explique Gloria Verges, professeure de permaculture. Cette piscine est forcément recouverte d’eau, je vais installer des plantes, qui vont remuer les graviers, et vont permettre d’oxygéner cette eau, au bout, je mets encore un tuyau, et là l’eau va aller dans un petit étang avec des plantes à eaux qui terminent de nettoyer l’eau. Lorsque l’eau est là, elle est parfaite. »

Rossana souhaite organiser un voyage à Falcon avec l’équipe de FAL33 pour étudier les possibilités de permaculture : « Je viens d’une zone très aride, où il y a très peu d’eau, quasiment nulle. Quelle serait la meilleure méthode pour utiliser ces eaux ? Il te faut regarder le sol, lui répond Franck.Il va falloir planter des arbres pour qu’il n’y ait pas de forte évaporation la journée avec des grosses chaleurs, car l’eau va très vite s’évaporer. Il faut planter des arbres parce que ce sont les racines des arbres qui vont permettre de faire percoler l’eau dans les nappes souterraines. Il faudrait se prosterner devant les arbres. C’est dans l’arbre qu’on devrait puiser notre énergie. L’arbre fabrique le sol, il va interférer sur les pollutions atmosphériques, il va filtrer en permanence l’eau. Il va épurer l’air, il va surtout être un réservoir de biodiversité extraordinaire. »

 4ème JOUR: L’ORÉNOQUE ET L’AMAZONE S’EMBRASSERONT.  

La poésie matinale, cette fois, ne se déroule pas dans la salle de classe, mais à l’air libre. Une carte du Venezuela est dessinée sur le sable. Nous sommes invités à en faire le tour, puis on prend un des objets posés au sol : graines, fleurs, fruits, instruments de musiques, caméra, outils de travail. Chacun se positionne sur un endroit de la carte du pays, dit une phrase. L’une,  un sac de graines dans les mains, en pose au sol : « Vive la loi des semences autochtones vénézuéliennes, interdiction de la directive 9.70 en Colombie ! » (La loi interdit aux paysans de garder leur graines qu’ils sont obligés de les acheter à la multinationale Monsanto).

Au Venezuela, l’utilisation des produits chimiques a dévoré les sols pendant des décennies, le développement de l’agro-écologie est comme la goutte d’eau du colibri, elle commence à éteindre le feu doucement. Mais d’abord, et encore, il faut lutter contre les mafias de la distribution. En 2015, dans la région de Trujillo, le fertilisant chimique était accaparé par les grandes boutiques d’agros. Le prix a tellement augmenté que l’idée de créer un conseil paysan est née. « Nous avons réussi à créer un lien direct avec l’institution Agropatría, et acheter directement les engrais à Pequiven, pour arriver à faire baisser les prix de manière conséquente, explique Douglas. Ces produits ne peuvent pas être gardés plus de 3 ou 4 mois, ils sont très corrosifs et se détériorent rapidement ». Douglas reconnaît que la lutte contre l’agriculture conventionnelle n’est pas facile, car elle est très rentable économiquement.

Face au capitalisme qui dévore notre mère terre, la permaculture nous offre la possibilité de prendre le temps d’observer la nature, échanger, mutualiser en permanence. Le temps n’est pas une ligne droite pour les peuples originaires, c’est une spirale, une forme très utilisée dans la nature : « Le vent est une spirale, le son est une spirale, la voix est une spirale, l’univers est une spirale, les escargots, les coroles, c’est une forme très belle la spirale, car on part de pas grand-chose, et on grandit, cela donne l’effet papillon, », raconte Franck.

Jeudi soir, on distribue des petits papiers. La lumière s’éteint, une voix parle de l’obscurité, de la tristesse, de la douleur, du deuil. Chacun brûle les papiers au centre du cercle, et la lumière s’allume. Les tambours sonnent au rythme de la batucada brésilienne. Sarah danse au centre, nous la rejoignons. La fête commence. Une chanson d’Ali Primera. « Viens, ami Colombien, nous allons chanter ensemble pour la deuxième Indépendance, nous allons lutter ensemble, l’Orénoque et le Magdalena s’embrasseront, entre les chansons de la jungle, tes enfants et les miens chanteront et souriront à la paix. »

Gloria Vergès ayuda los estudiantes a fabricar el la primera piscina de phyto-epuracion

Gloria Verges (à droite) avec les participants à l’atelier de construction du bassin de filtrage de phyto-épuration

Gloria Verges, présidente de FAL 33, a commencé à militer avec les exilés politiques latino-américains dans les années 1970. Au sein d’une association, La Peña, elle recevait les musiciens en exil, comme Inti Illimani et Quilapayun, Mercedes Sosa, Viglietti. Pour faire connaître les mouvements de libération d’Amérique latine, elle a participé à la création d’un comité France Amérique Latine en Gironde en 1981. Parallèlement, elle créé en 1983, un festival de ciné latino-américain. Elle part vivre 3 ans à Cuba, puis rentre en France en 1987. Elle milite avec les zapatistes à la fin des années 1980, développe un projet avec les mères célibataires boliviennes. La période spéciale commence à Cuba. Gloria continue de s’y rendre régulièrement, elle voyage aussi en Colombie pour travailler sur le problème des exactions des paramilitaires, des déplacés de guerre, des exécutions extrajudiciaires, et commence à s’intéresser à l’agriculture urbaine à Cuba. «J’ai rencontré la fondation Antonio Nuñez Jiménez (http://www.fanj.cult.cu), compagnon de lutte de Fidel Castro, un géographe cubain et spéléologue, qui a cartographié Cuba, et qui a découvert la moitié des grottes cubaines, qui a beaucoup travaillé au Venezuela sur l’Orénoque, et dans l’Amazonie, et qui a fondé une association pour la protection de l’environnement auprès des jeunes, la gestion des milieux humides et particulier à Cuba. »

La fondation commence à développer des formations à la permaculture, à partir de 1994, avec des australiens, qui étaient à Cuba au moment de la période spéciale, pour pouvoir faire en ville des jardins spontanés. « En pratiquant la permaculture, on ne va pas se mettre à vivre comme vivaient les hommes dans les cavernes, non. On sait que l’on peut vivre confortablement, en répondant à toutes les nécessités fondamentales de l’homme, c’est-à-dire bien se nourrir, s’alimenter pour être en bonne santé, avoir un toit, être en bonne relation avec les autres, avoir du temps pour soit, penser, ne rien faire, rêver, écrire de la poésie, chanter, regarder la lune, et non pas travailler 40 heures comme des abrutis, et rentrer chez soit complètement claqué, et se mettre devant la télé ou devant des écrans pour s’abrutir. La permaculture, c’est une façon de concevoir le monde, le rapport de l’homme à la planète, c’est une philosophie de vie sur la planète. »

Gloria découvre le Venezuela après avoir vu un film de Thierry Deronne, « le Passage des Andes » en 2005. Le réalisateur vient présenter son film à Bordeaux, invité par le festival « Rencontres » de FAL 33. Elle effectue un premier voyage au Venezuela en 2011, pour mettre en relation l’école populaire et latino-américaine de cinéma (EPLACITE) et le Festival de Cinéma de Bordeaux. « Cela nous permettait de faire se rejoindre nos deux secteurs principaux qui sont le cinéma et la solidarité. J’avais un projet d’agro-écologie, je savais que le Mouvement des Sans Terre était au Venezuela. On a monté à Camunare Rojo un projet avec des femmes paysannes dans l’Etat agricole de Yaracuy. L’an dernier, on a fait une formation permaculture et cinéma, et après on est venu ici, on a développé le projet de Camunare Rojo, celui de Caquetios, et on continue avec EPLACITE. »

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Le formateur Juan José Moreno (chemise rouge, à droite) pendant l’atelier de cinéma de l’EPLACITE

Juan José Moreno, Jota, a 25 ans, il a étudié à l’EPLACITE, où il est désormais professeur de ciné. Il accompagne les étudiants de Caquetios pour la réalisation de leur court-métrage. L’atelier réalisé l’an dernier à Camunare avec les femmes qui ont créé la télévision communautaire est une expérience inoubliable. Elles souhaitaient faire un film de fiction à partir d’une thèse réalisée par des étudiants de l’université centrale dans les années 1970. « Nous avons extrait de ce livre une lutte qui a beaucoup marqué l’histoire de ce village. Une femme violée, séparée de ses parents, mise en esclavage par le grand propriétaire, est témoin tardivement de la naissance de la révolution bolivarienne. Nous racontons dans le film l’assassinat de sa mère au moment de la naissance, puis son enlèvement par un péon du propriétaire terrien. Cette femme n’est plus en vie, mais celles qui ont travaillé le scénario l’ont connue. Dans ce court-métrage de 12 minutes, on voit un camarade qui lutte pour la titularisation des terres, plusieurs personnages se croisent. Le film ne termine pas avec l’étape de la révolution, mais avec un regard d’espoir. Pour nous, c’était très important de montrer que la révolution bolivarienne est un processus qui ne s’est jamais arrêté. L’histoire de Camunare Rojo, nous a ramené à l’histoire des racines des premières résistances indo-américaines sur ces terres, la lutte d’Ezéquiel Zamora, et de Chávez ».  

 5ÈME JOUR. VIE, TERRE

Nous sommes en cercle, dehors. Chacun écrit sur un petit papier les trois mots qui résume notre séjour à Caquetios, que l’on dépose au centre du cercle. « J’écris: sourire, vie, terre ». Ménéhould entonne “Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ?” 

Le dernier jour, nous rencontrons Ubiel Viñales, un agriculteur aveugle qui pratique l’agro-écologie. Ubiel a récupéré la terre de Yaracuy, avec son camarade député Braulio Alvarez. Il a dú se cacher pendant un an, il y a 20 ans, car les propriétaires terriens le cherchaient pour l’assassiner. Il s’est battu contre les policiers sicaires d’Eduardo Lapi, gouverneur de droite de l’état de Yaracuy, qui poursuivaient les paysans en lutte. « La centrale sucrière Matilde usurpait une terre de tradition indigène. Nous avons pu le démontrer avec la Gazette Officielle de 1904, lorsque Cipriano Castro a ordonné le droit de répartir ces terres. Si les droits indigènes sont intransmissibles, inaliénables, et inattaquables, comment est-ce possible que Jesus Asquetas, colonisateur cubain, arrive au Venezuela en 1946, pour acheter les réserves indiennes de Fermin Calderon, un homme riche qui battait sa propre monnaie ? Si tu étais propriétaire d’une réserve indigène, et que tu avais besoin d’argent, il te prêtait de l’argent, mais il mettait en garantie la terre. Comme au bout de deux ans, tu ne pouvais pas payer ta dette, il récupérait la terre. »

Ubiel a suivi un cours à l’Université Expérimentale de Portuguesa et des Llanos, l’UNELLEZ, puis s’est formé en agro-écologie, grâce à la mission sociale Savoir et Travail, qui devrait « éliminer la division de classe, sans patron ni ouvrier, si nous luttons pour une véritable indépendance. » Il a créé un engrais organique, le « curachire viñalero ». L’origine du nom est un oiseau d’Amazonie. Lorsque cet oiseau vole au-dessus des champs, c’est le signe que vient une grande production agricole. “Nos ancêtres n’utilisaient pas d’engrais chimiques, ils coupaient l’arbre “Rosa”, le brûlait, et utilisait la cendre des arbres comme engrais. Et comme cela, il pouvaient produire toute l’année. »

Marta Lopez, la femme d’Ubiel, est professeure des écoles, retraitée. Elle a mis en place dans son école des projets communautaire pour former les enfants au développement écologique. « C’est une graine qui est restée ici. J’avais 30 petits, il y avait beaucoup de producteurs autour qui utilisaient des produits chimiques. Un jour, je suis tombée malade, j’ai eu une forte bronchite, les enfants aussi. Nous avons commencé à organiser des débats avec les gardes forestiers. L’institutrice actuelle continue mon travail, c’est pour cela que l’éducation est tellement importante. Le monde est à l’envers, comme disait Galeano. Où se trouve l’eau ? Dans les pays du Sud » Et Ubiel, d’ajouter : « Le fleuve Tocuyo débouche sur la mer des Caraïbes dans l’Etat de Falcon. A travers l’érosion du fleuve, à chaque crue, il entraîne du sable. L’accumulation du sable dans le Yaracuy, dans les dunes de Coro se fait à travers la brise. Lorsque Colon, est arrivé et a trouvé au bord du fleuve les Indiens Caraïbes, eux connaissaient bien ce fleuve, parce qu’il était navigable.» Le couple se réjouit de la création de l’université de l’environnement à la Fleur du Venezuela à Barquisimeto, construit par l’architecte alternatif Fruto Vivas, pavillon du Venezuela à l’exposition mondiale de Hanovre en 2000. Le toit est composé de 16 pétales qui s’ouvrent et se ferment. Les vénézuéliens aiment y contempler le coucher de soleil. « Mais la pratique de l’agro-écologie doit se faire sur le terrain, non dans une salle de classe », souligne Ubiel.

L’éducation à l’environnement ouvre la voie patiente vers l’éco-socialisme.« Les jeunes sont comme des éponges, raconte Odilio. Nous devons retenir toutes ces informations, et les faires connaître dans nos communautés, et les mettre en pratique. Aujourd’hui, dans la Commune el Maizal, il n’y a que grands parents. Nous luttons pour la Commune, nous mourrons, et ensuite, que font les jeunes ? 70 % des votes pour l’Assemblée Constituante, ce sont des jeunes.  Nous devons luttons pour ne pas perdre les valeurs. Je suis jeune, rebelle, que vive la Commune ! ». David Torres, ne veut pas quitter la terre de ses ancêtres, comme dit son père Glaudy Alvarez, « s’il devait renaître, ce serait au même endroit, comme disait Chavez »

Dernier jour de formation. Luisa porte sa petite Lydda dans les bras. Sa voix résonne dans la salle de classe. Des bougies sont posées au sol.“Changez le superficiel, changez aussi ce qui est profond, changez la manière de penser, changez tout dans ce monde, changez le climat avec les années, comme le pasteur change avec son troupeau. Et comme tout change, les cheveux du vieil homme changent. Et comme tout change, que je change, ce n’est pas étrange.
Mais cela ne change pas mon amour aussi loin que je sois, ni la mémoire ni la douleur, de mon peuple. Ce qui a changé hier, vous devrez le changer demain. Tout comme je change, dans ce pays lointain. Que je change n’est pas étrange.

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Pré-visionage de leur image par les paysans qui travaillent la terre de Caquetíos

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Dernières heures de montage

L’atelier se termine sur la projection du court-métrage réalisé par la quinzaine de participants :

6ÈME JOUR : « JUSQU’À NOUS ENTERRER DANS LA MER »  

Retour vers la capitale. Avec Yamilys Torres, la mère de David, nous allons voir la projection du court-métrage « Mémoires du ciel » de Jésus Reyes, étudiant et aujoud’hui formateur de l’EPLACITE, réalisé dans le vaste quartier populaire de Catia, à l’Ouest de Caracas. Le son raconte l’histoire et la réalité du quartier. « J’aime beaucoup ce film, raconte une personne âgée. J’ai vu un quartier que je n’ai pas connu enfant. Thierry nous a aidés à construire un discours au-delà des mots. » 

Le film « jusqu’à nous enterrer dans la mer », qui sera présenté le 21 septembre au festival d’Attac en Belgique commence… « J’ai vécu un an dans un quartier populaire, me raconte Thierry Deronne, les 11 premiers mois, je n’ai fait qu’y vivre pour dialoguer avec les gens, partager des éléments d’organisation, y compris sur le plan de l’alimentation, sur la lutte contre cette guerre économique, et les pénuries qui en dérivent, puis j’ai senti le moment, le point de rencontre qui pouvait définir l’ensemble de cette réalité. Ce quartier populaire m’est apparu petit à petit comme un grand bateau avec beaucoup de passagers sur une mer violente, qui est la guerre économique, cet océan chaotique de la globalisation culturelle, de la déstructuration de la conscience, d’un jeune un peu perdu qui erre dans un no-man land culturel, cet mer violente qui explique en partie ce titre. »

La première image du film, un jardin en friche. « Si nous avions appris à semer, nous n’en serions pas là aujourd’hui ». Ce n’est plus le temps lyrique de la révolution bolivarienne, où l’imaginaire se nourrissait de passions créatives, en vivant le temps présent. Aujourd’hui, c’est le temps de la résistance patiente du rêve. Une institutrice donne les cours à l’école, son bébé sous le bras. Il n’y a pas de médicament, mais une jeune femme asthmatique, est reçue gratuitement au dispensaire de Barrio Adentro installé au siège du conseil communal. « J’ai aussi voulu écrire cette chronique le plus fidèlement possible à ce que je vivais, par rapport à un cinéma militant qui projette parfois ses désirs sur la réalité, qui parfois se casse la figure, parce qu’il a confondu son rêve avec le réel, a projeté une iconographie du peuple en marche, de la combattante souriante avec un bébé dans les bras. Il ne s’agit pas d’un hymne lyrique à la révolution, mais de regarder la rose avec ses épines, pour mieux réfléchir collectivement et apporter à d’autres de nouvelles idées, mais aussi des leçons à tirer de l’expérience pour continuer à avancer, sans idéaliser la réalité. »

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Denir Sosa, membre de l’équipe du Mouvement brésilien des Sans Terre au Vénézuela

C’est la fin du film, les lumières s’allument. Denir Sosa, militant brésilien du Mouvement des Sans Terres prend la parole. « On nous montre qu’une autre communication est possible, celle des quartiers, invisibles dans les télévisions commerciales. Je dis cela, car les télénovelas brésiliennes sont supposément les meilleures, mais ce n’est pas vrai, si vous faites attention, vous verrez que les noirs sont toujours des employés, chauffeurs, mères au foyer, et lorsque la vie des quartiers apparaît, c’est manière caricaturale. »

Lorsque nous sortons du cinéma, nous discutons du film avec Yamilys. Je lui demande ce qu’elle pense de la question de la colonialité : « Je vois dans la colonialité, le modernisme et le moi-je-isme. Nous devons arrêter d’être toujours dépendants d’une mode commerciale qui chasse l’autre, et nous identifier à nos racines. Chavez nous a dit qu’il fallait apprendre à produire. Nous devons enseigner aux jeunes à produire de manière écologique, comme par exemple la fabrication d’espadrilles artisanales. »Yamilys, paysanne de l’Etat semi-aride de Lara me parle de l’importance de l’agriculture urbaine. «Ce n’est pas parce que nous sommes en ville que nous ne pouvons pas semer de légumes sur notre balcon. Le film « Jusqu’à nous enterrer dans la mer » conclut avec le mouvement culturel théâtral César Rengifo. C’est l’image finale qui m’a le plus marqué : la culture. Un des professeurs de pièces de théâtre, explique que nous devons enseigner à celui qui ne sait pas, sans esprit de compétition. Nous devons partager ces savoirs, apprendre à travailler en collectivité. Et petit à petit, retrouver l’amour de semer. »

Texte et photos : Angèle Savino

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Communiqué de la Brigade Internationale Apolonio de Carvalho du MST présente au Venezuela


MOUVEMENTS SOCIAUX DE L’ALBA · 25 Juillet 2017

Appel à la solidarité

Nous, membres du Mouvement des travailleurs sans terre du Brésil (MST), qui travaillons et vivons au Venezuela au sein la Brigade Internationale Apolonio de Carvalho, dénonçons la grave situation d’insécurité qui pèse l’espace UPSA Caquetios, où nous avons développé avec la Révolution bolivarienne, une école de formation technique et politique.
La Brigade Internationaliste Apolonio de Carvalho (BIAC), qui a été pionnière de l’internationalisme du Mouvement des Sans Terre et a toujours porté haut le drapeau de l’internationalisme révolutionnaire, est arrivée au Venezuela en 2006 pour rejoindre et apprendre de l’expérience de la révolution bolivarienne. Pendant ces 11 années de militantisme au Venezuela, la BIAC a participé à diverses activités dans des domaines tels que la formation, l’éducation populaire et la production agricole. Parmi les activités effectuées aujourd’hui par la BIAC, on compte l’organisation de l’école de Caquetios, située dans la UPSA Caquetios dans l’État de Lara (« Carretera vieja -Yaritagua Barquisimeto » à 800 mts du Club Kilovatico, Ancienne Ferme Bureche).

L’école de formation intégrale (technique et sociopolitique) du domaine de Caquetios se trouve sur un espace récupéré. Elle est actuellement en cours de construction et est administrée par le gouvernement bolivarien en collaboration avec le MST, l’objectif étant d’en faire un centre de formation consacré à la formation technique agro-écologique et à la production de semences autochtones.

Que s’est-il passé à l’école?

Dans la nuit du 22 Juillet, l’école a été envahie par des individus armés qui ont intimidé physiquement et verbalement les collègues brésilien(e)s et vénézuélien(e)s qui vivent et travaillent sur le lieu. Après les avoir menacés de leurs armes, ils ont volé les fournitures, les équipements électroniques, les outils de travail, la nourriture et même un véhicule. Ils ont pris la fuite après avoir ligoté et enfermé toute l’équipe. Etant donné le déroulement de l’attaque, il est légitime de penser qu’il s’agit non pas d’une agression, mais plutôt d’une tentative d’intimidation pour que l’organisation abandonne le projet.

Notre engagement en tant que MST

En dépit de cette agression, nous allons poursuivre le projet de l’école parce que nous savons que nous vivons un moment politique où ces espaces sont essentiels pour le renforcement et la continuité de la Révolution bolivarienne. Pour consolider les objectifs de cet espace de formation, nous lançons un appel à la solidarité, avec pour objectif principal la création d’une structure qui assure la sécurité et la défense, et ce en collaboration avec l’équipe internationale des Sans Terre.

Edson Marcos Bagnara

Coordinateur de la Brigade Internationaliste Apolonio de Carvalho

Luisa Araujo

Directrice de l’Ecole Caquetíos

Contact : Escuela Caquetíos formacioncaquetios@gmail.com

Traduction : Gloria Verges, FAL 33

Source : http://albamovimientos.org/2017/07/venezuela-comunicado-de-la-brigada-internacionalista-apolonio-de-carvalho-del-mst-presente-en-venezuela

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Les « Sem Terrinha » en action…

Les 18-19 septembre 2013, première rencontre des « Sem Terrinha »  – enfants des familles sans terre – du campement Maria Lindaura (450 familles, région Nord de Sergipe). 150 enfants ont participé aux activités: ludiques (théâtre, bibliothèque, foot bien sûr) mais aussi éducatives – dans le contexte de campements sans eau, électricité, système d’égoût et de fosses septiques, les questions d’éducation en santé sont primordiales pour éviter les maladies qui guettent les familles et leurs enfants. Les parents étaient aussi présents. Et une participation spéciale pour nous: notre « Sem Terrinha » Nilo, déchaîné…

Nini-semterrinha

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