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Brésil : jours d’angoisse et de terreur au Para

Les mouvements sociaux font face à l’expulsion des sans terre, à la violence policière et à la mort des défenseurs des droits humains

Par Felipe Milanez, De Carta Capital. 30 novembre 2017

Le Pará vit des jours de tristesse et d’angoisse, de panique et de terreur en vertu d’une méga-opération de la police militaire et du décès  de personnages historiques dans la défense des droits de l’homme.

Lundi 27, le commandement des missions spéciales (CME) de la PM (police militaire) a commencé  la reprise de possession des terres dans les plantations de la région, en se concentrant sur les zones occupées par le MST dans les terres latifundiaires de la Compagnie Agricole Santa Barbara Xinguara S / A, du groupe Opportunity,  appartenant au banquier Daniel Dantas.

Initiée à 7 heures du matin, la réintégration a connu des moments de tension, mais les leaders du mouvement négocient constamment une solution politique. L’opération contre le MST a eu lieu le lendemain de la mort du frère Henri Burin des Roziers, le dimanche 26, à Paris, de causes naturelles. A 87 ans, l’avocat dominicain et son histoire de vie ont été une étape importante dans la lutte pour la réforme agraire, contre le travail esclave et l’impunité des assassinats de dirigeants syndicaux dans le sud du Pará.

Roziers était une force morale et intellectuelle fondamentale pour les mouvements sociaux. Diplômé en droit à l’Université de Cambridge avec un doctorat de la Sorbonne, sa présence était cruciale pour condamner des hommes de main et des criminels agriculteurs dans les années 1980 et 1990. «J’ai passé une grande partie de mon temps au Brésil en essayant d’agir pour que la Justice juge et condamne les assassins », a confié Frei Henri dans une interview avec Carta Capital en 2015.

Frei Henri était fondamental dans la lutte pour les droits de l’homme au Pará. Un malheur n’arrivant jamais seul, le décès du père Henri est venu exactement un mois après la mort subite, par crise cardiaque, de Paulo Fonteles fils, membre de  la Commission de la Vérité de l’État de Pará  et l’un des chercheurs principaux des décombres du massacre de la guérilla de l’Araguaia. Il a également été un immense défenseur des droits de l’homme au Pará, un militant dont le père, déjà, l’avocat Paulo Fonteles, qui a courageusement  fait face aux propriétaires latifundiaires, a été assassiné par des hommes de main en 1987.

Les décès surviennent en même temps que la méga opération de réintégration des terres se déroule dans le sud du Pará, dans la région de Marabá. Des terres qui avaient déjà été concédées à la réforme agraire, des acquis consolidés par les mouvements sociaux.

Au moins 14 mandats d’expulsions ont été décidés par le juge de la Cour agraire de Marabá, devant être exécutés d’ici la fin de l’année. La semaine dernière, les mouvements sociaux ont entamé une campagne de mobilisation, avec des blocages de route, puis des marches contre les expulsions des familles.

La première réintégration a eu lieu à la Ferme Cristalina, à Itupiranga, le 2 novembre. Le lundi 27 novembre, ça a été au tour du campement Helenira Resende, du MST.

Avec plus de 700 familles, le campement Helenira Rezende, nom donné en hommage à une guérillera combattante de l’ Araguaia, est installé sur les fermes du Cèdre et Fortaleza, Santa Barbara depuis 2009. La plupart des familles s’étaient organisées pour quitter pacifiquement la zone agricole Cedro, l’objet de la demande de réintégration. Il se trouve qu’elle est frontalière sans limite bien défini, avec la ferme Fortaleza, un espace public illégalement pris, que l’ INCRA (Institut national de la Réforme Agraire) est en droit de confisquer pour la réforme agraire, mais n’a toujours pas fait.

Il y a une impasse qui a duré toute la semaine, avec des rapports tendus et risqués. Santa Barbara a envoyé 15 camions et une pelleteuse pour collaborer avec la police. Les Sans terre ont résisté quand le tracteur a démoli l’école.

Le MST a indiqué que les familles sont installées dans ce campement depuis près d’une décennie, produisant environ 1 500 litres de lait par jour, en plus d’avoir plus de 10 000 pieds de bananiers et 40 hectares de manioc. Le reste est un immense pâturage avec des squelettes de châtaigniers, pour qu’on se souvienne qu’un jour, avant que le latifundio ne s’installe, c’était la forêt amazonienne.

Ils sont également menacés les campements Dalcídio Jurandir, la ferme Maria Bonita, du Groupe Santa Barbara, avec une audience prévue pour le 1er Décembre, et le campement Hugo Chavez, situé dans la ferme d’un ancien mineur chercheur d’or de la région, responsable de l’une des plus importantes déforestations de l’histoire de l’Amazonie, avec une audience pour le 13 décembre. En juillet, des hommes de main armés ont attaqué le campement de Chávez.

Les fermes Cedro, Fortaleza et Maria Bonita font partie de la stratégie d’investissement foncier de Daniel Dantas. Ce sont des latifundios achetés à la famille des Mutran en décadence, ceux qui, dans le passé, constituaient l’oligarchie brutale des châtaigniers. Dans la  Fazenda Cabaceiras, appartenant à la famille Mutran, expropriés en 2008 pour faire place à une unité productive agricole dirigée par le MST, a été trouvé un cimetière clandestin.

Ces actions de réintégration vont de pair avec la politique du gouvernement fédéral d’arrêter la réforme agraire. Depuis le coup d’État, Temer a commencé à nommer à l’Incra des  « ruralistes » (défenseurs des latifundio) et, l’année dernière, il a émis un décret provisoire (759/2016) pour «moderniser la réforme agraire». L’intention était de favoriser la ré-concentration des terres dans les mains des riches propriétaires et de l’agrobusiness.

La fin de la réforme agraire

Ces mesures anti-réforme agraire du gouvernement fédéral, comme l’explique l’avocat de la Commission Pastorale de la Terre dans la région, José Batista Afonso, ont augmenté les tensions. « Elles signalent que le gouvernement ne soutiendra pas les préemptions/réquisitions ni les indemnisations, ce qui incite les grands propriétaires terriens (fazendeiros) à mettre tous les moyens en œuvre pour expulser les familles », affirme-t-il.

Dans une lettre ouverte où il dénonce l’escalade de la violence, Mauricio de Areu Monteiro, le recteur de l’Université Fédérale du Sud-Est du Para (Unifesspa) ; Raimunda Nonata Monteiro, recteur de l’Université Fédérale de l’Ouest du Para (Ufopa) ; et Claudio AlexJorgeda Rocha, recteur de l’Institut Fédéral du Para (IFPA), ont manifesté leur « solidarité en faveur des luttes des peuples ruraux pour le droit de vivre dans la dignité ».

Violence et mémoire

Tandis que la Police Militaire est utilisée contre les travailleurs ruraux pour défendre la grande propriété foncière, 20 assassinats de travailleurs ruraux ont déjà eu lieu cette année dans le Para. Le 24 mai dernier, dix d’entre eux ont été exécuté par la police (de l’État du Para), au cours d’un événement connu sous le nom du Massacre de Pau D’Arco. Grâce à une forte mobilisation d’organisations de défense des droits de l’homme, et d’une enquête de la police fédérale, il a été possible d’identifier les responsabilités individuelles des policiers assassins et onze d’entre eux sont aujourd’hui sous les verrous. La police fédérale a depuis été dessaisie du dossier, ce qui est préoccupant pour la suite de la procédure.

Si le Massacre de Pau D’Arco, perpétré par la police de l’État, rappelle à la mémoire collective de la région, l’époque des assassinats en masse (chacinas) des années 1980, l’imminence des actions de récupération des terres pour le compte des grands propriétaires effectuées par la police ravive les terribles souvenirs du Massacre d’Eldorado de Carajas, du 17 avril 1996, lorsque la police militaire du Para tua 19 travailleurs ruraux.

Ces actions en défense de la grande propriété foncière, menées par le gouvernement et la justice, engendrent un véritable climat d’« insécurité juridique » pour les travailleurs ruraux. Une situation qui tranche radicalement avec l’argument en faveur d’une nécessaire « sécurité juridique », dont se targue habituellement les grands propriétaires, pour disqualifier les demandes de terres des paysans, des indigènes et des communautés de descendants d’esclaves-marrons (quilombos).

L’absence du Frère Henri

Dans ce climat de tensions et de violence structurelle, Frère Henri Burin des Roziers était une figure clé de la défense de la démocratie et de la justice. C’est aussi pour cela que sa perte a provoqué un fort sentiment de déprime parmi les militants.

En mai de l’année dernière, il avait envoyé une lettre à un campement qui porte son nom, à Curionopolis (Para). Attaquée par des milices armées, la propriété Fazendinha fait l’objet d’un mandat de réintégration en faveur de l’INCRA (Institut National de Colonisation et Réforme Agraire) expédié par le Tribunal Régional Fédéral. Ici, bizarrement, la police n’agit pas, lorsque les milices armées (pistoleiros) sont actives et terrorisent la population des campements. « La loi est de votre côté » écrivait Frère Henri : « Mais il y a beaucoup de coups bas de la part des grands propriétaires dans le but de falsifier certaines choses et faciliter la récupération des terres par usurpation (grilagem) ». Il ajoutait « Restez fermes, unis, confiants, déterminés, et ne laissez pas ces grands propriétaires s’approprier la terre qui est la votre. »

Frère Henri est décédé en France. Au mois de mai 2014, j’ai réalisé une entrevue avec Frère Henri au couvent Saint-Jacques où il résidait à Paris, qui portait sur la violence dans cette région du Brésil. Il décrivait les massacres comme des « crimes contre l’humanité, comme une dictature, un génocide. Peu importe combien de temps cela prendra, il est impératif que cela soit jugé, et que cela soit qualifié de crime contre l’humanité. Au regard de l’histoire, ce sera considéré comme un crime très grave ».

Il défendait la Justice, pas seulement dans son aspect punitif, mais en tant que construction de la mémoire collective, de l’histoire d’un peuple. « Un crime grave qui ne tombera pas dans l’oubli. »

Source : Carta Capital et MST, http://www.mst.org.br/2017/11/30/dias-de-angustia-e-terror-no-para.html

Traduction: Mônica Passos et Guillaume Van Wijk

Merci à Monique Murga

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Brésil: les 30 ans du Mouvement des Sans Terre et la haine des médias
Il y a quelques semaines, le MST, Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre, célébrait ses 30 années de lutte. Les médias « privés » – aux deux sens du terme – passèrent simplement sous silence cet important événement historique. Quelques journaux, comme l’oligarchique Estadão qui vit le jour, le siècle passé, en vendant des annonces pour le travail esclave et a toujours été un ennemi acharné des mouvements sociaux, publia même un éditorial où il reprenait ses vieilles attaques contre le MST. La presse écrite alternative, bien que disposant de peu de ressources – le gouvernement préfère placer ses annonces dans les medias des gros agriculteurs – souligna le long parcours victorieux de ce mouvement social et exposa avec sérieux les défis futurs à relever.
VejaMST  1 a fol veja contra o mst
Cela vaut la peine d’attirer l’attention sur l’interview de João Pedro Stédile réalisée par les journalistes de la Revue Fórum Digital, Igor Carvalho et Glauco Faria. Les auteurs font remarquer qu’il y a plusieurs raisons de célébrer cet anniversaire. « Le Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre, présent dans 23 Etats, en plus du District Fédéral, et comptant plus de 900 « assentamentos »(1) hébergeant 150.000 familles, fête cette semaine ses 30 années d’existence. Créé en janvier 1984, lors d’une rencontre nationale réunissant 80 travailleurs agricoles à Cascavel (Paraná), le mouvement a effectué tout au long de son histoire plus de 2500 occupations de terres et créé 2000 écoles dans les « assentamentos ». Parmi d’autres réalisations bénéfiques, l’accès au crédit d’aide à la production doit être mis en évidence. »
Au cours de l’interview, le représentant de la coordination nationale du MST a présenté une vue générale du mouvement et indiqué quels sont les défis à relever à l’avenir dans la lutte pour la réforme agraire au Brésil. João Pedro Stédile affirme la nécessité d’actualiser cet étendard du combat en fonction des changements survenus dans le monde rural, ces dernières années. « Le capital est en train d’adopter un mode d’exploitation de l’agriculture appelé agrobusiness. Ce mode d’exploitation se caractérise par une nouvelle alliance entre les classes dominantes. Il regroupe les grands propriétaires terriens, les entreprises transnationales et les moyens de communications bourgeois. Ces derniers, afin de défendre leur projet et décourager toute velléité de réforme agraire ou de lutte sociale dans les campagnes, utilisent tous les instruments dont ils disposent, tels le Pouvoir judiciaire et le Congrès. »
« Il y eut, ces dernières années, un changement dans notre programme agraire : nous avons créé ce que nous appelons la proposition de réforme agraire populaire. Durant la période précédente, à l’époque où dominait le capital industriel, existait la possibilité d’une réforme agraire de type classique : elle consistait dans la démocratisation de la propriété terrienne et l’intégration des paysans dans ce processus de démocratisation. Maintenant, l’économie mondiale est dirigée par le capital financier et international. Ce modèle a installé dans les campagnes l’agrobusiness qui exclut et expulse tout à la fois les paysans et la main-d’oeuvre campagnarde. Maintenant, il ne suffit plus seulement de distribuer les terres : le processus en cours est celui de la concentration de la propriété terrienne et de la privatisation. »
Stédile critique également le rythme actuel des expropriations. « Dans le gouvernement de Dilma, ce processus est totalement paralysé. Cela est dû, d’une part à une conjonction de forces adverses en raison des orientations sociales et politiques du gouvernement et d’autre part à l’impressionnante incompétence opérationnelle des entités qui constituent le gouvernement ». Pour Stédile, aujourd’hui plus que jamais, la lutte pour la terre passe par de profonds changements politiques dans le pays. Il plaide pour une réforme politique urgente, la fin du financement privé des campagnes électorales et la fin du monopole des moyens de communication. Si l’on ne surmonte pas ces obstacles entre autres, la réforme agraire ne fera aucun progrès.
Alors que plus de 15000 leaders du mouvement des « sans terre » se sot réunis à Brasilia lors d’un congrès qui a défini les différentes étapes à franchir pour réaliser la réforme agraire et le changement politique dans le pays. Les médias « privés », qui jusqu’à présent gardent un silence quasi absolu sur les 30 ans d’activité du MST, pourraient tout de même nous avoir informés à propos de cette rencontre. Mais ils ont cependant tendance à suivre la ligne réactionnaire de l’éditorial du Estadão publié le mardi 21 janvier. Pour ce journal, qui ne cache pas ses liens avec les gros agriculteurs, le mouvement « affronte une grave crise d’identité » et tend à disparaître. L’éditorial fait l’éloge de l’agrobusiness, cette « poule aux œufs d’or de l’économie nationale » et condamne, sur le plan idéologique, la vision tronquée, socialiste du MST.
Dans la pratique, le texte confirme la thèse de Stédile selon laquelle la réforme agraire ne progressera dans le pays qu’avec la fin de la prédominance du latifundium sur les médias.
Altamiro Borges (journaliste brésilien, président du Centre d’Etudes de Mídia Barão de Itararé)
Source : http://altamiroborges.blogspot.com.br/2014/01/30-anos-do-mst-eo-odio-da-midia.html
30/1/2014 – ALAI-Amlatina
Traduction : Jean-Pierre Plumat
Publié avec l’aimable autorisation d’Alai-Amlatina
(1) NdT : Un assentamento est constitué par un groupe de familles ayant obtenu un titre de propriété officiel à la suite de l’occupation d’une terre

Source :  http://alainet.org/active/72180



L’AFP lance la réforme agraire au Brésil

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Récemment l’AFP a diffusé dans les médias une dépêche intitulée “Brésil : Rousseff exproprie 92 fermes pour la réforme agraire”. Les lecteurs ont pu croire que la présidente apportait enfin une réponse aux revendications historiques des Sans Terre. Sauf que le tweet présidentiel envoyé in extremis avant le réveillon de fin d’année, n’était qu’un coup médiatique. L’AFP et ses recopieurs ne mentionnent pas que ces zones réduites auraient dû être expropriées depuis plusieurs années, qu’une moitié seulement ira aux travailleurs sans terre, l’autre à de petits syndicats locaux. La présidente Roussef repousse sans cesse une réunion avec la Coordination des Travailleurs Ruraux Sans Terre parce que ni elle ni ses ministres incompétents ne savent quoi leur dire… L’interview (janvier 2014) du coordinateur national des Sans Terre Joao Pedro Stedile à l’Association Brésilienne de la Presse (ABI) permet de comprendre la paralysie de la réforme agraire.

Thierry Deronne

João Pedro Stedile: “L’avancée du Capital empêche la réforme agraire”

Par Mário Augusto Jakobskind (ABI)

7 janvier 2014

MAJ – Selon des informations récurrentes le gouvernement de Dilma Roussef n’a pas fait avancer la réforme agraire en 2013 ?

Joao Pedro Stedile – Le bilan de la réforme agraire sous le gouvernement de Roussef est malheureusement négatif. Honteux, dirais-je. En termes statistiques seules 4.700 familles ont bénéficié d’expropriations de  grands domaines … soit moins de ce que le militaire président Figueiredo [1979-1985] a fait dans sa dernière année.

La réforme agraire est bloquée à cause de la concentration de la propriété de la terre et du contrôle croissant de l’agriculture par le capital. La conjugaison de plusieurs facteurs rendent la situation très difficile pour les travailleurs ruraux sans terre. D’abord, le déferlement de capitaux internationaux sur les ressources naturelles brésiliennes, qui fuient la crise globale et spéculent avec nos terres, avec l’éthanol, l’hydro-électricité, et même en crédit de carbone avec les titres d’oxygène de nos forêts. L’augmentation des produits provoquée par la spéculation a entraîné une rente extraordinaire dans les zones rurales, qui a attiré de nombreux capitalistes et a fait s’envoler le prix des terres.

Troisièmement la coalition de forces du gouvernement de Roussef marque une forte hégémonie de l’agro-business. Citons par exemple la sénatrice Katia Abreu, éminente représentante du latifundisme rétrograde de Tocantins, qui appuie le gouvernement et se réunit fréquemment avec la présidente.

Quatrièmement les grands médias de la bourgeoisie brésilienne, avec à leur tête TV Globo, Veja et leurs relais, ont fabriqué une opinion publique qui fait de l’agro-business le meilleur des mondes. Ils cachent les effets pervers comme les inondations qui affectent tous les ans le Sud-Est et les conséquences du déboisement et de la monoculture dans la región amazonienne et dans le Centre-Ouest du Brésil.

Face à une corrélation de forces aussi rude, le monde du travail s’est paralysé et les grandes occupations de terre et les mobilisations en zone rurale ont diminué.

MAJ – Des multinationales comme Monsanto et d’autres continuent à mettre en oeuvre leur agenda au Brésil pratiquement sans le moindre obstacle. Que s’est-il passé ?

Joao Pedro Stedile – Le capital international et financier a pris possession de nos ressources naturelles et de l’agriculture à travers son bras économique : les entreprises transnationales de l’agro. Elles contrôlent des intrants tels que semences et engrais, la technologie, les machines et ensuite, grâce au contrôle du marché des produits, imposent leurs prix et s’emparent de la majeure partie du bénéfice généré par l’agriculture. Par conséquent pour chaque segment de l’agriculture il y a un oligopole d’entreprises transnationales aux commandes. Pour les semences et les grains, il y a Monsanto, Cargill, Bungue, ADM et Dreyfuss. Pour le lait, il y à Nestlé, Parmalat et Danone. Pour la cellulose, on compte quatre ou cinq entreprises, et ainsi de suite…

Leur pouvoir est immense, le gouvernement ne les contrôle pas, et apprend leurs opérations par voie de presse. Je vais vous donner un exemple de leur autonomie et de la perte de souveraineté de notre pays sur son agriculture. Depuis deux ans le Nord-Est vit la pire sécheresse de son histoire. On estime que plus de dix millions de têtes de bétail (bovin, ovin et caprin) sont mortes surtout par manque de nourriture. Le gouvernement avait décidé que le CONAB (compagnie nationale d’approvisionnement) achèterait du maïs pour le distribuer aux agriculteurs de la région. Mais le CONAB a échoué à le faire. Pourquoi ? Parce que l’an passé, Cargill, Bungue et ADM, les trois entreprises états-uniennes qui contrôlent l’agro et l’éthanol, ont exporté 18 millions de tonnes de maïs brésilien aux États-Unis. Nous avons perdu un patrimoine énorme de bétail et nous avons risqué de perdre des milliers de vie humaines en échange… d’éthanol pour les voitures nord-américaines.

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João Pedro Stedile (à gauche) parmi les militants du Mouvement des Travailleurs Sans Terre (Goianuia, 17/04/2010)

MAJ – Quelles sont les attentes du Mouvement des Travailleurs Ruraux sans Terre pour 2014 ?

Joao Pedro Stedile – Nous souhaitons qu’en 2014 se poursuivent les mobilisations de masse au Brésil, et que s’instaure un véritable débat politique dans la rue. En tant que Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre et organisations paysannes, nous faisons partie d’une vaste assemblée plénière de tous les mouvements sociaux, pour lancer le débat das la société sur la nécessité d’une réforme politique. Nous allons débattre avec le peuple sur ce qu’il veut changer dans la politique. Et montrer que les changements dont a besoin le pays passent par une réforme politique et par l’instauration d’une véritable démocratie au Brésil. Le 7 septembre 2014, nous mènerons un plébiscite populaire pour demander aux citoyens s’ils veulent ou non convoquer une Assemblée Constituante souveraine. A partir de là nous pourrons défendre ces résultats dans une grande manifestation à Brasília, pour faire pression sur les trois pouvoirs.

Le modèle actuel du lulisme – ce pacte gouvernemental avec tous – a atteint ses limites. Nous avons besoin de changements structurels pour améliorer les conditions de santé, d’éducation, de transport public et la réforme agraire. Cela dépend de l’usage de l’excédent qui pour l’heure va aux banques. Ce qui suppose une réforme fiscale et une réforme judiciaire, ainsi qu’une modification des règles électorales qui font actuellement des gouverneurs et des parlementaires les otages des entreprises qui financent leurs campagnes. Nous ne pourrons y arriver qu’à travers une réforme politique, et celle-ci n’aura lieu que si le peuple descend dans la rue. J’espère qu’il y reviendra bientôt.

MAJ – En octobre 2014 plus de 120 millions de Brésiliens se rendront aux urnes pour élire le Président  de la République, les gouverneurs et les législateurs des États fédéraux et du Sénat. Quel est votre point de vue sur cette échéance ?

Joao Pedro Stedile – La bourgeoisie brésilienne contrôle le Congrès, le pouvoir judiciaire et les médias. Elle est unie en tant que classe. Électoralement, elle va défendre ses intérêts en pondant ses oeufs dans chacun des trois niveaux de candidatures. Il est donc très probable que la présidente Dilma soit réélue. Mais le fait le plus important est que même avec la réélection de la Presidente Dilma Roussef la corrélation de forces ne changera pas pour effectuer les transformations nécessaires. Au contraire la droite va élire un congrès encore plus conservateur et va déployer son énergie dans l’élection des gouverneurs. Notre analyse, en tant que mouvements sociaux, est que les prochaines élections ne feront pas bouger la ligne de forces. D’où le besoin de débattre, de retourner à la rue pour qu’une réforme politique ouvre des brèches pour les réformes structurelles.

MAJ – Un message pour les jouralistes brésiliens, en particulier pour les membres de l’ABI (Association Brésilienne de Presse) qui célèbrera en avril ses 106 ans d’existence ?

Joao Pedro Stedile – L’ABI a toujours été une tranchée de lutte démocratique, favorable aux changements sociaux au Brésil, sous toutes les périodes historiques. Cela fait d’elle aujourd’hui une référence politique, non seulement pour la catégorie professionnelle des journalistes ou pour les journalistes comme acteurs politiques, mais pour tous les militants populaires, pour toute la société.

C’est pourquoi il est très important que la direction de l’ABI contribue, stimule et participe au débat politique nécessaire sur les réformes politiques dont les brésiliens ont besoin. Une réforme majeure concerne les médias. Le projet de loi présenté au Congrès est le fruit d’innombrables consultations et de la Conférence Nationale de la Communication. Nous sommes engagés dans une campagne de signatures pour faire pression sur les députés. Ici aussi ce projet de démocratiser les médias ne s’incarnera qu’en se politisant dans la rue. L’ABI peut jouer un rôle prépondérant pour nous aider à porter ce débat partout. Par ailleurs, j’espère que les journalistes qui travaillent dans les médias bourgeois cesseront d’être les carpettes de leurs patrons et exercent leur profession avec éthique, en s’engageant aux côtés de la population.

MAJ – Le MST tiendra son congrès national du 10 au 14 février, qu’attendez-vous de ce congrès ?

Joao Pedro Stedile – Ce que nous appelons le Congrès est en fait un événement qui couronne un long processus de discussions organisées au cours des deux dernières années avec toute notre base militante, avec tous les secteurs et instances du Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre. En février, nous serons 15.000 militants à Brasilia pour des retrouvailles fraternelles, pour célébrer l’unité autour de nouvelles idées, fruits des débats menés dans tout le pays.

Les idées-maîtresses sont qu’il nous faut un nouveau programme de réforme agraire qui intéresse non seulement les paysans et les travailleurs sans terre mais l’ensemble du peuple, la société tout entière. Une réforme agraire qui vise non seulement à sauver les paysans sans terre mais priorise la production de nourriture saine, sans pesticides. Qui développe une nouvelle matrice technologique sur base de l’agro-écologie pour produire sans déséquilibres naturels. Ces idées parmi d’autres s’incarneront dans le nouveau programme agraire des Sans Terre qui sera synthétisé et lancé à Brasilia en février 2014.

Source : http://www.mst.org.br/node/15598

Traduction du portugais : Thierry Deronne

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Campement Virgulino Ferreira, en lutte contre l’oligarchie de Sergipe

DSCN4088Les 10 et 11 novembre, nous étions dans le campement Virgulino Ferreira da Silva, du nom du célèbre Robin des Bois local, mieux connu sous le nom de Lampião, qui volait les riches avec sa bande de cangaceiros, et est devenu un symbole de la résistance populaire face aux grands propriétaires.

Difficile de mieux choisir le nom de ce campement, qui résiste depuis des années, malgré cinq expulsions par la Police Militaire, non loin de la ville de Carira (région Agreste de l’Etat de Sergipe). 180 familles y campent au bord d’une route principale, sous un soleil de plomb. Les perspectives sont difficiles: bien que revendiquant une grande propriété improductive, les familles ont jusqu’à présent étant déboutées par l’Institut national de colonisation et réforme agraire (INCRA), chargé de conduire le processus amenant à la désappropriation des terres déclLarées improductives au sens de la Constitution brésilienne de 1988 – et selon des critères complètement dépassés.

Une des raisons des difficultés affrontées peut être la suivante: la propriété revendiquée par les familles du MST appartient à la famille Franco. Depuis la colonisation du Brésil par le Portugal, la famille Franco est une des plus riches et puissantes de l’Etat. Figurent, entre autres, à son patrimoine: d’immenses étendues de terres destinées le plus souvent à la culture de canne-à-sucre ou à l’élevage de bovins, une usine de production de sucre et d’éthanol, la plus grande entreprise de production de lait de l’Etat (Sabe), un Motel, une entreprise de production textile, les deux principales chaînes de TV de l’Etat (TV Sergipe et TV Atalaia), ainsi qu’un des trois plus importants journaux (Jornal da Cidade). La famille a dominé pendant des décennies la politique locale. Deux de ses rejetons ont gouverné l’Etat, à plusieurs reprises.


Les 180 familles du Virgulino Ferreira ont affaire à forte partie. Mais elles continuent la lutte – avec la conviction qu’elles gagneront, en fin de compte. Chapeau bas.

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Source : http://amisdessansterre.wordpress.com/2013/11/21/campement-virgulino-ferreira-en-lutte-contre-loligarchie-de-sergipe/



Stedile: « 2013: un bilan négatif pour les travailleurs de la campagne »

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C’est le bilan que tire João Pedro Stedile, dirigeant national du MST, dans un article qui vient de paraître dans la revue Caros Amigos. Selon Stedile, « le processus de concentration de la propriété de la terre et de la production agricole continue à s’accélérer. Les ressources naturelles sont toujours plus concentrées entre les mains d’un nombre réduit de capitalistes. Il y a eu une avalance de capital étranger et financier, investi pour contrôler un plus grand nombre de terres, d’eau, d’usines, d’agro-industries, et pratiquement l’ensemble du commerce extérieur des commodities agricoles. »

« Le lobby des ruralistes au Parlement, fidèle défenseur des intérêts des capitalistes – qu’ils soient grands propriétaires ou entreprises transnationales – , après nous avoir imposé, l’année passée, la défaite de la révision du Code des forêts (Codigo florestal, loi protégeant de la déforestation), veut maintenant mettre la main sur les terres des indigènes et empêcher l’entrée en vigueur de la loi qui punit ceux qui pratiquent encore le travail esclave. », continue Stedile.  « Ils veulent de plus autoriser l’utilisation des semences terminator, qui ne naissent qu’une fois et sont interdites dans le monde entier ».

Sur le gouvernement Dilma, Stedile constate qu’ »il a moins désapproprié de terres que le dernier gouvernement de la dictature militaire, celui du général Figueiredo [1979-1985]. Pendant que plus de 100 000 familles attendent, moisissant dans des campements le long des routes! »

En termes d’avancées pour les travailleurs ruraux en 2013, Stedile note la mise sur pied d’un Plan national d’Agroécologie, destinant près de 9 milliards de reais au développement de cultures agro-écologiques dans le pays; la conquête de cours d’études supérieures pour les jeunes Sans Terre, à travers des partenariats avec les universités; et le programme « plus de médecins », qui amène des médecins étrangers dans les campagnes délaissées par les médecins brésiliens.

Pour Stedile, un des éléments qui a marqué 2013 est  l’augmentation de la visibilité des contradictions sociales auxquelles mène le modèle de l’agronégoce, notamment à travers des agressions toujours plus brutales contre l’environnement, de son utilisation intensive des produits agrotoxiques – qui mène à un réel problème de santé publique, avec une augmentation des cas de cancer liés à leur consommation et utilisation – et de sa manipulation du prix des aliments.

Pour conclure, le dirigeant du MST aborde les grandes mobilisations urbaines de juin: « Dans les grandes villes, les jeunes ont été notre voix, demandant des changements et se mobilisant pour un pays meilleur. Nous nous joindrons certainement à eux en 2014, exigeant une réforme politique et la mise sur pied d’une Constituante souveraine, puique les oreilles des élites et des trois pouvoirs continuent à être bouchées par leur propre stupidité. »

Source : http://amisdessansterre.wordpress.com/2013/11/28/2013-un-bilan-negatif-pour-les-travailleurs-de-la-campagne/



Lettre unitaire et réunion des organisations rurales avec la présidente Dilma Rousseff

gfgmob_sociales_brasilUne coordination unitaire des mouvements des travailleurs et des populations rurales rencontrera la présidente Dilma ce vendredi 6 juillet 2013, à 15h, au Palais du Planalto, à Brasilia.

Des organisations comme la Contag, le Mouvement des Sans Terre, la Via Campesina, la Fetraf, entre autres, ont publié la Lettre aux travailleur(se)s du Brésil et à la Présidente dont voici le texte intégral :

« Nous, organisations et mouvements sociaux qui habitons les zones rurales, qui travaillons pour produire l’alimentation du peuple brésilien, avons été invités à une réunion avec la présidente Dilma Rousseff. Nous avons accepté l’invitation et nous espérons que ce dialogue va ouvrir une nouvelle étape pour résoudre les problèmes subis par les travailleur(se)s ruraux depuis des décennies et qui affectent les villes.

Par cette lettre, nous voulons expliquer quelle sera notre position lors de la réunion avec la présidente. Le peuple brésilien est dans la rue, exige et réclame des solutions aux problèmes réels de la classe ouvrière, comme la réduction des coûts du transport et son amélioration, il lutte pour l’amélioration des soins de santé (SUS) et pour une éducation publique, gratuite et de qualité, pour la démocratisation des médias, et contre la répression, entre autres. Les luttes exigent des changements structurels. Les luttes sociales sont légitimes : elles seules peuvent améliorer les conditions de vie de notre peuple.

Nous participons et nous continuerons à participer aux luttes populaires qui se déroulent dans les villes et les campagnes. Nous exprimons notre soutien et notre solidarité avec les luttes et les revendications populaires des jeunes, des populations des quartiers populaires et de tou(te)s les travailleur(se)s qui vivent dans les villes.

Dans les zones rurales il y a une énorme dette sociale et les inégalités sociales augmentent. La terre est concentrée dans les mains des grands propriétaires et des entreprises étrangères. Nos ressources naturelles, stratégiques, telles que la terre, l’eau, les forêts, les minéraux, sont privatisées et sont passées sous le contrôle des grandes entreprises. Selon l’IBGE, près de 8.300 propriétaires possèdent à eux seuls 83 millions d’hectares alors que 4,3 millions d’agriculteurs familiaux ne possèdent que 70 millions d’hectares. Or ce sont ces agriculteurs familiaux qui produisent 70% de l’alimentation consommée par la population brésilienne.

Le poison utilisé par l’agro-industrie arrive à notre table et provoque de nombreux problèmes de santé. Les prix alimentaires sont gonflés par le business de la spéculation. L’agriculture brésilienne est dominée par les sociétés transnationales.

Neuf grandes entreprises privées dominent et agissent comme des cartels sur  la production alimentaire, les produits toxiques, l’industrie semencière, imposent partout l’utilisation des pesticides dans l’agriculture; ils déboisent de vastes étendues de forêts et de mangroves; envahissent et persécutent les peuples autochtones, les pêcheurs et les communautés afro-descendantes ainsi que les travailleurs ruraux ; imposent le travail esclave ; criminalisent et persécutent les organisations ; augmentent les prix des aliments pour les populations des villes. C’est le modèle d’agriculture baptisé agro-business qui ne paie pas d’impôt à l’exportation, reçoit de grandes quantités d’argent public et se voit privilégié dans les politiques de l’État et des gouvernements.
Nous voulons le changement !

La rue demande des changements pour améliorer la vie des travailleurs dans les zones rurales comme dans les zones urbaines. Dans l’agriculture, nous voulons des changements profonds. Il est temps que les gouvernements surmontent leurs positions conservatrices et progressent au rythme que les luttes populaires exigent.

La dirigeante Janaina Stronzake, lors d'une action militante du Mouvement des Sans Terre.

La dirigeante Janaina Stronzake, lors d’une action militante du Mouvement des Sans Terre.

Voici ce que nous demandons au gouvernement de Dilma Roussef :

1. Récupérer la souveraineté nationale sur les terres brésiliennes. Nous proposons que le gouvernement annule les achats déjà conclus et exproprie toutes les terres contrôlées par des sociétés étrangères.

2. Accélérer la réforme agraire pour installer et légaliser immédiatement des milliers de familles de producteurs qui vivent encore dans des campements au bord des routes.

3. Politique publique de soutien, d’encouragement et de crédit pour la production d’une alimentation bon marché,  saine, sans poisons, et renforcement de la paysannerie. Adoption de programmes structurels pour les jeunes et pour les femmes rurales.

4. Garantir les droits des populations rurales, avec la reconnaissance et la délimitation immédiate des terres indigènes, afro-descendantes et les droits des personnes affectées par les barrages, des territoires de la pêche et autres.

5. L’interdiction immédiate des pesticides déjà interdits dans d’autres pays, l’interdiction de la pulvérisation aérienne, et une politique visant à réduire l’utilisation des pesticides dans le domaine. Révision en profondeur de la politique de libération des OGM et contrôle social.

6. Que le gouvernement assume une politique de contrôle de la déforestation à travers le pays et soutienne la récupération des zones abîmées et le reboisement pour l’ agriculture paysanne et familiale.

7. L’annulation de la privatisation des ressources naturelles comme l’eau, l’énergie, les minéraux, les forêts, les rivières et les mers. Nous proposons de supprimer d’urgence au congrès national, le projet de code minier, et que le gouvernement / congrès ouvrent un vaste débat national avec les travailleurs brésiliens, afin de produire un nouveau code en fonction des intérêts du peuple brésilien.

8. Mise en œuvre immédiate de programmes visant à éradiquer l’analphabétisme et à garantir des écoles pour toutes les communautés rurales.

9. Suspension de toutes les concessions privatisant des terres irriguées dans le nord du Brésil pour leur attribution immédiate à l’Institut National de Colonisation et de Réforme Agraire qui doit les remettre aux unités agricoles familiales et paysannes ; Adoption de politiques structurelles de démocratisation de l’eau pour aider les familles à faire face à la sécheresse.

10. Suppression de la loi Kandir qui exonère de l’impôt les principaux exportateurs de matières premières agricoles, énergétiques et minérales.

Nous soutenons également toutes les revendications populaires et la réforme politique nécessaire de notre pays, avec la convocation immédiate d’un référendum.

Enfin, à travers cette lettre, nous vous demandons votre soutien, travailleurs,  hommes et femmes, habitant dans  les villes.

Continuons ensemble à nous mobiliser et à nous battre.

Comptez sur nous !

Brésil, le 4 Juillet 2013.

CONTAG, Confédération Nationale des Travailleurs de l’Agriculture

Fédération Nationale des Agriculteurs Familiaux – FETRAF.

Coordination des Peuples Indigènes du Brésil – APIB

Via Campesina – Brésil

Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre – MST.

Mouvement des Victimes des Barrages – MAB

Mouvement des Femmes Rurales – MMC

Mouvement des Pêcheurs et Pêcheuses du Brésil – MPP

Coordination Nationale des Communautés Afro-descendantes – CONAQ

Association des Salariés Ruraux de Minas Gerais – ADERE

Mouvement Populaire des Paysans – MCP

Mouvement national pour la souveraineté populaire sur l’exploitation minière – MAM

Conseil Indigéniste missionnaire, CIMI

Pastorale de la Jeunesse Rurale, PJR

Association Brésilienne de Réforme Agraire -ABRA

Association brésilienne des Étudiants Ingéniérie Forestière – ABEEF

Fédération brésilienne des étudiants en agronomie – FEAB

Rencontre nationale des étudiants de biologie – ENEBIO

Coordination Nationale de l’Agro-écologie -ANA

Coordination des entités de la région semi-aride (Nord-Est) – ASA

Plus d’informations auprès des journalistes:

Iris Pacheco – 61 83384640 iris@mst.org.br

Mayra Lima – 61-96846534 mayra.lima @ gmail.com

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Source : http://www.mst.org.br/Em-reuni%C3%A3o-com-Dilma-movimentos-do-campo-exigir%C3%A3o-garantia-de-direitos

Traduction : Thierry Deronne

Pour soutenir concrètement le Mouvement des Travailleurs Sans Terre, on peut écrire à Lucas Tinti, prointer@mst.org.br

URL de cet article : https://mouvementsansterre.wordpress.com/2013/07/04/lettre-unitaire-et-reunion-des-organisations-rurales-avec-la-presidente-dilma-rousseff/



Joao Paulo Rodriguez, de la direction nationale des Sans Terre : « Nous sommes persécutés et criminalisés parce que l’agro-business est hégémonique. »
Joao Paulo Rodrigues

Joao Paulo Rodrigues

Entretien réalisé par Gerardo Elorriaga

A côté des immenses routes brésiliennes campent plus 150.000 familles paysannes qui aspirent devenir propriétaires d’une petite exploitation. Le Mouvement de Travailleurs Ruraux sans Terre (MST) soutient cette revendication des travailleurs agricoles (journaliers, précaires, saisonniers, etc.) depuis sa création il y a trois décennies. Aujourd’hui, cette organisation est devenue un des mouvements sociaux les plus importants de l’Amérique «latine». Il poursuit sa lutte dans un contexte encore plus complexe et mondialisé, dans lequel convergent d’énormes intérêts économiques et des affrontements sociaux d’ampleur. Joao Pablo Rodrigues Chaves, membre de la Coordination nationale du MST, vient de recevoir le prix Paix et Réconciliation 2013 de la mairie de Guernica [ville bombardée le 26 avril 1937 par les troupes franquistes et nazies et dont Picasso a peint un tableau entre mai et juin 1937], pour récompenser une lutte qui s’est vue entravée par la répression étatique et des assassinats «clandestins», par des malfrats au service des grands propriétaires.

Le conflit social se poursuit dans la campagne brésilienne. Au cours de ces trente dernières années, les progrès se sont-ils consolidés ou la situation s’est-elle aggravée?

Joao Pablo Rodriguez – Le MST a été fondé au cours d’une période de dictature [1964-1985; le MST a vu le jour officiellement en 1984 mais s’est développé au cours des années 1970], et pour nous, la consolidation d’un processus démocratique et les conquêtes économiques, tout comme la politique de crédits agricoles, l’introduction de l’énergie électrique ou l’éducation, constituent des avancées importantes pour les paysans,.

Pourtant, la concentration de la propriété s’est accentuée au cours de ces dernières décennies?

Les transnationales, qui achètent des terres pour les affecter à la monoculture d’exportation, constituent un nouveau facteur. Elles cultivent de la canne à sucre pour la production d’éthanol dans l’Etat de São Paulo ou dans le Nordeste du pays; ou plantent des eucalyptus pour faire de la pâte de cellulose à l’aide de capitaux finlandais ou de l’Asie du sud; ou encore se consacrent au marché du soya dans le centre ouest du pays.

Monsanto [un des deux grands groupes, avec Syngenta, des «sciences du vivant» dans l’agro], Bunge [transnationale du grain d’origine bréslienne, Bill Gates [fondateur de Microsoft], George Soros [fonds Quantum] et beaucoup d’autres sont entrés dans ce marché.

L’agriculture brésilienne est-elle un exemple de mondialisation commerciale?

Le capital transnational a pénétré dans notre pays à la recherche de possibilités d’investissements sûrs et rentables au cours d’une période de crise économique récurrente. Toute l’exportation de grains (blé, maïs, etc.) – sans mentionner le soja,  cette légumineuse – est répartie entre cinq ou six firmes. La production de viande est captée par trois chaînes frigorifiques. Ce phénomène nous met dans une situation très compliquée, car nous devons faire face non plus à un latifundiste local, mais à une grande entreprise transnationale dont le siège se trouve à New York ou à Helsinki.

Les gouvernements «progressistes» de Lula da Silva et de Dilma Rousseff soutiennent-ils ce développement ?

Dans la mesure où le modèle de développement brésilien est fondé sur le soutien à l’investisseur étranger, on peut dire que Lula a été le père des pauvres et la mère des riches. Le Brésil consacre en effet 2000 millions de dollars (1535 millions d’euros) à des prêts, des subsides pour des infrastructures ou des incitations pour les paysans, alors que les entreprises agro-industrielles disposent de 120.000 millions. Par exemple, le soya destiné à la consommation interne est soumis à l’impôt alors que celui destiné à l’exportation en est exempté.

Il y a une année trois de vos représentants ont été assassinés. Qui tue au Brésil?

C’est celui qui possède la terre qui tue. Les grandes entreprises sont très modernes, leurs plantations de São Paulo disposent de la technologie la plus récente, mais le même groupe peut posséder une exploitation tout à fait archaïque, avec un système d’esclavage et des milices armées à Maranhao, au nord-est du pays. Nous avons également des problèmes avec la police locale qui est dressée contre nous. Nous sommes persécutés et criminalisés parce que l’agro-négoce est aujourd’hui hégémonique. Ils considèrent les paysans sans terre, les indigènes, les syndicalistes et les écologistes comme étant les «méchants», les ennemis.

Est-ce que des fléaux comme l’esclavage et le travail des enfants persistent?

Ils persistent parce que l’agriculture est mixte. Il y a celle qui est moderne et celle qui est fondée sur le travail bon marché d’une main d’œuvre privée de droits. Cette agriculture détruit aussi les forêts et fait pression sur les petits propriétaires [ou ceux qui ont occupé des terres et les ont défrichées: posseiros] pour qu’ils vendent leurs terres. Dans leurs exploitations isolées, les travailleurs sont obligés de payer le logement, la nourriture et les vêtements. L’année passée, 2000 personnes qui se trouvaient dans cette situation [de travail forcé et de «consommation» contrainte] ont été libérées.

Est-ce que le pays est conscient des risques que pose cette monoculture intensive, non seulement sur le plan économique mais également sur le plan sanitaire, à cause de l’utilisation massive de pesticides qu’elle exige ?

Non. Le Brésil est le plus grand consommateur de produits agro-toxiques du monde, avec une moyenne de 5 kg par personne, soit presque cinq millions de kilos annuels. Le phénomène est très grave, car ces produits sont répandus par avion, ce qui affecte la santé des êtres humains. On fumige les pâturages et les cultures de soya, de maïs, d’eucalyptus, mais la production de haricots, de manioc ou de fruits comme la mangue stagne. Les prix des aliments sont les plus hauts d’Amérique latine, celui des tomates a augmenté de 150%, les rendant plus chers que la viande.

Ce modèle de développement est-il viable ?

Ce modèle n’est pas soutenable. Les pays émergents ont besoin de nouveaux procédés de production. Actuellement on n’investit avant tout dans la technologie destinée à la production de biodiésel. Nous sommes en train de perdre la souveraineté alimentaire; les paysans migrent vers les villes et les grands capitalistes veulent exploiter l’Amazonie pour en extraire le fer et d’autres ressources minérales et «biologiques». Nous allons avoir d’énormes problèmes sociaux et écologiques.

La classe politique ne semble pas avoir conscience des risques encourus, mais qu’en est-il de la société ?

On est conscient du fait que le pays s’enrichit face à un monde en grande partie en crise, qu’une dite classe moyenne réclame de bons logements, des voitures, des télévisions et des frigos… à crédit. La population brésilienne se concentre en cinq grandes villes: São Paulo, Rio de Janeiro, Belo Horizonte, Fortaleza et Salvador. Elle se soucie bien peu de ce qui peut arriver au Mato Grosso ou dans l’Amazone, même si la production agricole, au sens large, reste le grand moteur économique du pays. Actuellement l’augmentation des cas de cancer préoccupe beaucoup, mais il n’y a pas de débat sur les causes de cet accroissement [liés à de nombreux facteurs dans le monde rural comme dans l’enfer urbain à la São Paulo]. «On» pense en termes de croissance économique mais non en termes développement social; les risques encourus ne sont pas appréhendés ou alors ils sont niés.

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Le contexte socio-économique du Brésil de la terre

Exportations agricoles: le Brésil occupe la troisième place à niveau mondial, après les Etats-Unis et l’Union européenne [la France en particulier].

Contrôle des terres: 50% de ses 65 millions d’hectares labourés se trouvent entre les mains de grands groupes économiques, et 54% des cultures sont transgéniques.

Superficie cultivée: les exploitations dépassant les 100’000 hectares ont passé de 22 en 2003 à 2008 en 2011.

Membres du MST: le MST compte 2,5 millions d’affiliés et a été [et est] le principal bras de levier pour l’établissement de 500’000 familles sur des terres.

Les victimes: depuis 1985, 1566 personnes ont été assassinées au Brésil, simplement pour avoir défendu leur droit à la terre. Seuls 8% de ces crimes ont été jugés.

Source : http://alencontre.org/ameriques/amelat/bresil/bresil-entretien-avec-joao-pablo-rodriguez-chaves-dirigeant-du-mst.html

Pour soutenir concrètement le Mouvement des Sans Terre, on peut écrire à Lucas Tinti, prointer@mst.org.br

URL de cet article : https://mouvementsansterre.wordpress.com/2013/05/25/joao-paolo-rodriguez-de-la-direction-nationale-des-sans-terre-nous-sommes-persecutes-et-criminalises-parce-que-lagro-business-est-hegemonique/




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