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« Sans assemblée constituante, la crise politique se prolongera »
Joao Pedro Stedile, membre de la coordination nationale du Mouvement des Travailleurs Sans Terre du Brésil (MST)

Joao Pedro Stedile, membre de la coordination nationale du Mouvement des Travailleurs Sans Terre du Brésil (MST)

Pour João Pedro Stedile, la présidente Dilma Roussef est politiquement vaincue et son avenir dépend maintenant beaucoup du courage dont elle fera preuve.  Quoi qu’il en soit la mobilisation populaire pour la réforme politique et les acquis sociaux devrait se poursuivre, afin « d’arracher » une constituante, unique moyen de parvenir aux réformes nécessaires.

par Nilton Viana, de la rédaction de  » Brasil de Fato », 23/07/2013.

Traduction du portugais : Frédéric Wilbaux

En Juin, lors des manifestations qui ont secoué le pays, le journal « Brasil de Fato » a publié une entrevue avec João Pedro Stedile (1), dirigeant national du « mouvement des paysans sans terre » (MST) et organisateur des mouvements sociaux brésiliens pour le changement social, afin de tirer un premier bilan et de comprendre l’importance de ce moment.

Aujourd’hui, plus d’un mois après ce moment historique, et suite à la journée de grève nationale organisée par les centrales syndicales et les mouvements sociaux, nous publions notre entrevue avec Stedile.

Le dirigeant pense que toute possibilité de changement politique par le Congrès actuel est morte et enterrée. Et il est catégorique: « si nous n’allons pas vers une constituante, nous verrons se prolonger une crise politique dont personne ne peut mesurer les conséquences. »

Brasil de Fato – Un mois après les grandes mobilisations et la grève générale du 11 Juillet, quel est votre bilan?

João Pedro Stedile – Le résultat des grandes mobilisations de juin est extrêmement  positif. La jeunesse a remis en question la politique institutionnelle et rompu avec l’apathie  de la politique de conciliation de classes,  il semblerait que tout le monde y ait gagné.

Puis nous avons eu la grève générale du 11 juillet – organisée par les syndicats et les organisations de la classe ouvrière- qui, malgré la manipulation de la presse bourgeoise, fut vraiment un succès.

La plupart des travailleurs des grands centres urbains du pays ne sont pas allés au travail.

Il s’en est suivi, dans beaucoup de villes, des mobilisations massives contre l’arrogance de la police, contre les administrations locales, comme dans les cas de Rio de Janeiro, Vitória, Porto Alegre, etc…

Tout cela fédère les masses en mouvement, les amenant à agir dans la lutte politique concrète et à utiliser la rue comme espace de revendication.

Brasil de Fato – Quel est la signification de tout cela d’un point de vue programmatique?

João Pedro Stedile – Du point de vue programmatique, nous assistons à la combinaison de deux pôles : d’un côté, la jeunesse contestant la façon de faire de la politique, le manque de représentation au Congrès, le pouvoir judiciaire et le gouvernement; dénonçant la gravité de la crise urbaine, de la situation des transports et de la vie dans les cités. Non sans critiquer la dictature médiatique de « Rede Globo » et en réclamant la démocratisation des médias.

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D’un autre côté, avec l’entrée en scène des secteurs organisés de la classe ouvrière, des exigences en matière de réformes structurelles ont été misés à l’ordre du jour, en relation avec les besoins socio-économiques de toute la population.

Comment les droits sociaux sont-ils garantis ? Quid de la loi de sous-traitance, de la précarisation des conditions de travail, de la réduction du temps de travail et de la sécurité ? Sont également à l’ordre du jour : la souveraineté nationale contre les ventes de pétrole, l’agenda de politique économique, la lutte contre les taux d’intérêts élevés, une réforme fiscale qui réexamine également la politique d’excédent primaire qui a été appliquée depuis le gouvernement Cardoso.

Brasil de Fato – Pourquoi la proposition de la Présidente Dilma d’organiser une constituante et un référendum populaire ne rencontre-t-elle pas le succès?

João Pedro Stedile – Dès les premiers clameurs de la rue, la Présidente Dilma a fait la proposition d’organiser une Assemblée constituante et un référendum afin de consulter la population à propos ce ces mouvements. C’était une bonne initiative, mis à part que le référendum proposé était lié à des petits changements électoraux et non à une réforme politique majeure. Mais même ainsi, aussi incroyable que cela puisse paraître, elle a été boycottée et vaincue.

D’abord par sa base parlementaire, qui n’est pas vraiment sa base gouvernementale mais la base des entreprises qui ont financé ses campagnes. Deuxièmement, elle a été boycottée par le PMDB, parti social-démocrate et membre de l’Internationale Socialiste (Partido do Movimento Democrático Brasileiro) et par une partie de son propre parti, le PT (Partido dos Trabalhadores).

Ainsi, la moindre marge de manœuvre au travers de l’actuel Congrès a été définitivement balayée. La preuve que personne n’est prêt à procéder à des coupes dans ses propres privilèges. Pire. Au milieu de toute cette mobilisation, les principaux représentants des pouvoirs constitués se sont comportés avec mépris face aux revendications des rues, avec l’usage de jets des forces armées pour se rendre à des fêtes et aux jeux de la sélection ; les coups tordus du président du Tribunal Suprême avec ses petits négoces, sa promiscuité avec la « Rede Globo », le travail fictif d’un de ses fils qui a touché  plus de 500 mille dollars sans travailler à l’Université d’Etat de Rio de Janeiro (UERJ)…

Tout cela a laissé la présidente politiquement vaincue. Je pense que son avenir dépend maintenant beaucoup du courage dont elle fera preuve.

Tout d’abord, elle devrait remplacer immédiatement différents ministres dans le domaine des affaires civiles, de la justice et de la communication; ceux qui n’ont pas encore écouté la rue… Elle doit donner une preuve qu’elle veut du changement.. Et s’éloigner le plus rapidement possible du PMDB en montrant qu’elle entend et suit le mouvement de contestation.

Brasil de Fato – Comment voyez-vous le comportement et les objectifs de la bourgeoisie brésilienne face à ces manifestations ?

João Pedro Stedile – Les secteurs organisés de la bourgeoisie brésilienne, qui représentent diverses mouvances, sont restés relativement atones durant les manifestations, sans savoir quoi faire et tâtonnant dans leurs tactiques. Même la position de « Globo » alternait quant aux interventions de la police militaire. Ils continuent a être divisés.

Une partie continue d’appuyer le gouvernement de Dilma, bien qu’ils auraient préféré que Lula revienne pour donner davantage de sécurité au pacte de classes institué en 2002. L’autre partie de la bourgeoisie, plus liée aux secteurs de l’agro-alimentaire et du capital financier, se retrouve autour d’un seul objectif : décrédibiliser au maximum le gouvernement Dilma pour en recueillir les fruits aux élections de 2014. Toutefois, ils n’ont pas encore le candidat qui puisse défendre leurs intérêts tout en surfant sur le désir de changement de la rue.

Ils ne sont pas le mouvement : ils sont la régression; le retour aux programmes néo-libéraux et une plus grande dépendance du Brésil aux intérêts étrangers.

Ils vont continuer à essayer de motiver la jeunesse sur des thèmes réactionnaires ou encore utiliser le 7 septembre pour l’exaltation de la patrie, comme ils l’ont fait par le passé. Mais heureusement pour nous, je pense qu’« ils passent mal en photo », comme dit le dicton;  la jeunesse n’est pas dupe. L’entrée en scène de la classe ouvrière a placé la question de la lutte des classes dans la rue.

Brasil de Fato – Qu’est-ce qui pourrait arriver dans les rues à l’avenir?

João Pedro Stedile – La suite est difficile à prévoir. Il est certain que les mobilisations vont continuer. Parfois de manière ponctuelle contre des questions locales, comme le cas du gouverneur de Rio de Janeiro, les péages de Vitória, la lutte pour le tarif zéro du transport public, qui ont déjà commencé… Et les secteurs organisés de la classe ouvrière ont déjà programmé diverses mobilisations durant tout le mois d’août.

le 6 août, se tiendront des manifestations syndicales face au patronat, contre le projet de sous-traitance et pour la réduction du temps de travail.

la semaine du 12 août, auront lieu des mobilisations estudiantines, sur des thèmes relatifs à l’éducation.

le 30 août aura lieu une nouvelle grève générale avec le même ordre du jour politique et économique que lors de la grève du 11 juillet dernier.

Je suis sûr que cette grève sera encore plus importante.

– puis, la semaine du 7 septembre, il y aura des mobilisations contre les enchères du pétrole, de l’énergie électrique, ainsi que les mobilisations du  » cri des exclus » soutenues par les églises pastorales… Etc…  Bref, nous aurons un mois d’août très actif. Mais le principal, c’est que nous considérons que s’est ouverte une nouvelle période historique de mobilisation de masse, qui sera longue… jusqu’à ce que le rapport de forces dans les institutions politiques se modifie.

Brasil de Fato – Et quelle est la proposition des mouvements sociaux face à cette situation ?

João Pedro Stedile – Face a cette situation, les mouvements sociaux se sont beaucoup concertés, tenant des assemblées plénières locales, régionales et nationales afin de consolider l’unité. Nous pensons que nous devons stimuler différents types de mobilisation de masse dans les rues, comme j’ai déjà décrit par rapport au mois d’août.

Et d’un autre côté, l’unique issue politique à court terme est que nous luttions pour convoquer une assemblée constituante exclusive afin de promouvoir les réformes politiques qui ouvriront un espace aux nécessaires réformes structurelles.

Comme le congrès ne veut pas d’une constituante et contredit le gouvernement, ce sont les forces populaires qui se mobilisent et réclament un référendum pour poser une seule question : jugez-vous nécessaire une Assemblée Constituante pour réaliser les réformes?

Et avec ce référendum organisé par nous-mêmes, le but est de récolter des millions de votes, par exemple entre septembre et novembre, puis de faire une grande marche sur Brasilia et remettre au Parlement une proposition : organiser la convocation de l’assemblée constituante en même temps que les élections de 2014.

Nous aurions dès lors un Congrès temporaire, en affaires courantes, puis une autre constituante qui se tiendrait par exemple durant six mois (durant le premier semestre 2015) afin de promouvoir les réformes exigées par la rue.

Le 5 août prochain, nous allons tenir une réunion nationale de tous les mouvements sociaux brésiliens pour discuter de cela et aussi d’autres propositions. J’espère que les dirigeants qui par hasard liront cette entrevue, seront motivés pour participer à cette importante session qui se tiendra à São Paulo.

Brasil de Fato – Pensez-vous que cette proposition tient la route politiquement parlant ?

João Pedro Stedile – En ce moment, nous effectuons de nombreuses consultations entre mouvements sociaux, partis politiques, forces populaires : la convergence est assez générale.

Si nous parvenons à organiser un référendum populaire et à recueillir des millions de voix, nous serons en force pour trouver une sortie politique. Si nous ne parvenons pas à réunir une assemblée constituante, par contre, nous entrerions dans une longue crise politique dont nous ne pouvons mesurer les conséquences. Car ce ne sont les élections de 2014 qui résoudront les impasses qui ont jeté la population dans la rue.

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Note:

(1) Lire « Celui qui veut rester en dehors, sortira de l’histoire« , https://mouvementsansterre.wordpress.com/2013/06/25/joao-pedro-stedile-coordinateur-du-mouvement-des-sans-terre-du-bresil-celui-qui-veut-rester-en-dehors-sortira-de-lhistoire/

Photo : Pablo Vergara

Source : http://www.mst.org.br/Stedile-%E2%80%9CSe-n%C3%A3o-viabilizarmos-uma-constituinte-entraremos-numa-crise-pol%C3%ADtica-prolongada%E2%80%9D

Pour soutenir concrètement le Mouvement des Travailleurs Sans Terre, on peut écrire à Lucas Tinti, prointer@mst.org.br



Reportage photo : le 11 juillet, les mouvements sociaux entrent pleinement dans la lutte au Brésil
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«Ceux qui ne se sont jamais endormis accueillent ceux qui se réveillent»: c’est avec ce slogan que le Mouvement des Sans Terre invitait hier les jeunes manifestants qui ont bouleversé le Brésil durant le mois de juin à amplifier la lutte. Pour cette journée nationale de mobilisation, ce sont donc les acteurs sociaux qui relancent les revendications de changements structurels dans l’économie, le social et les médias, à l’appel des cinq principales centrales syndicales du pays, des organisations paysannes et, notamment, de la très puissante CUT (Centrale Unique des Travailleurs).
Les grands médias insistent – mais c’est leur rôle après tout quand l’ordre est menacé – sur la “faiblesse” des mobilisations, comparativement aux énormes mouvements de juin. Il n’en reste pas moins que des catégories importantes de salarié(e)s ont fait grève durant cette journée, ce qui est une évolution importante du mouvement car ces secteurs n’avaient pas encore participé à la lutte. Les centrales syndicales, qui se réunissent aujourd’hui, annoncent la possibilité d’une grève générale au mois d’août.

Démocratiser la propriété des médias

Des milliers de personnes ont également manifesté à Sao Paulo devant le siège de la TV Globo, chaîne quasi monopolistique de télévision du pays, accusée de criminaliser les mouvements sociaux. À Salvador de Bahia, son antenne locale a même été occupée par des syndicalistes. Les militants exigent le vote d’une nouvelle loi de l’audiovisuel et de la presse, brisant notamment la situation d’oligopole dont jouit le groupe Rede Globo et redistribuant une partie de la propriété des ondes de radio et de télévision aux citoyens et aux mouvements sociaux.

Partout ailleurs le Mouvement des Sans Terre participait de la Journée de Lutte nationale du 11 juillet : dès le matin, ses militant(e)s avec, dans certains Etats, d’autres militant(e)s syndicaux(ale)s et d’autres mouvements sociaux, bloquaient certaines des routes nationales les plus importantes (les « BRs »).

A Sergipe, les Sans Terre ont bloqué les routes de l’Etat à 12 endroits, dans les 5 régions de l’Etat. Près de 3000 Sans Terre ont participé aux mobilisations. Un chiffre important dans le contexte actuel. Les revendications, en plus de la plate-forme unitaire adoptée avec les centrales syndicales, portaient sur la Réforme Agraire et l’octroi immédiat de terres aux 8500 familles qui vivent dans les campements du MST à Sergipe. Exemple phare: les 220 familles du campement Tingui, le plus vieux de l’Etat (seize ans d’occupation!) ont reçu un mandat d’expulsion pour le mois d’août !

Octroi immédiat des terres de la réforme agraire

D’autres revendications s’ajoutaient, visant à améliorer le développement des assentamentos- unités de production agricole sur les terres que l’État doit légaliser en vertu de la réforme agraire, là où les familles ont déjà décroché une terre. A Glória, après le coupage de la route principale à la sortie de la rouge durant près d’une heure, 500 manifestant(e)s sont parti(e)s en direction du centre ville, où ils ont défilé devant les principales banques publiques pour exiger des crédits en faveur des producteurs, et devant la Compagnie d’assainissement et de distribution d’eau de l’Etat (Deso), pour y dénoncer l’état catastrophique du réseau – dans la ville même (la troisième plus importante de l’Etat de Sergipe !), les coupures d’eau durant plusieurs jours sont quasi-hebdomadaires, alors que dans certains assentamentos la facture arrive tous les mois… mais pas l’eau!

A noter à Sergipe une grève bien suivie dans le secteur des transports, des pétroliers, des ambulanciers et des salarié(e)s des banques. Une manifestation a réuni tout le monde en fin d’après-midi à Aracaju.

«Dilma Rousseff a entendu la voix de la rue»

La présidente Dilma Roussef se trouve dans une situation paradoxale : les syndicats défilent avec des exigences envers le gouvernement, mais la force de la mobilisation populaire peut l’aider à faire avancer son projet de référendum sur la réforme politique, qui vient d’être enterré par les présidents du Sénat et de l’Assemblée pour des raisons «pratiques». «Dilma Rousseff a entendu la voix de la rue et a lancé ce débat, mais sa base politique et parlementaire lui tient tête», analyse Joao Pedro Stedile, coordinateur national du Mouvement des Sans Terre.

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URL de cet article : https://mouvementsansterre.wordpress.com/2013/07/14/reportage-photo-le-11-juillet-les-mouvements-sociaux-entrent-pleinement-dans-la-lutte-au-bresil/


Lettre unitaire et réunion des organisations rurales avec la présidente Dilma Rousseff

gfgmob_sociales_brasilUne coordination unitaire des mouvements des travailleurs et des populations rurales rencontrera la présidente Dilma ce vendredi 6 juillet 2013, à 15h, au Palais du Planalto, à Brasilia.

Des organisations comme la Contag, le Mouvement des Sans Terre, la Via Campesina, la Fetraf, entre autres, ont publié la Lettre aux travailleur(se)s du Brésil et à la Présidente dont voici le texte intégral :

« Nous, organisations et mouvements sociaux qui habitons les zones rurales, qui travaillons pour produire l’alimentation du peuple brésilien, avons été invités à une réunion avec la présidente Dilma Rousseff. Nous avons accepté l’invitation et nous espérons que ce dialogue va ouvrir une nouvelle étape pour résoudre les problèmes subis par les travailleur(se)s ruraux depuis des décennies et qui affectent les villes.

Par cette lettre, nous voulons expliquer quelle sera notre position lors de la réunion avec la présidente. Le peuple brésilien est dans la rue, exige et réclame des solutions aux problèmes réels de la classe ouvrière, comme la réduction des coûts du transport et son amélioration, il lutte pour l’amélioration des soins de santé (SUS) et pour une éducation publique, gratuite et de qualité, pour la démocratisation des médias, et contre la répression, entre autres. Les luttes exigent des changements structurels. Les luttes sociales sont légitimes : elles seules peuvent améliorer les conditions de vie de notre peuple.

Nous participons et nous continuerons à participer aux luttes populaires qui se déroulent dans les villes et les campagnes. Nous exprimons notre soutien et notre solidarité avec les luttes et les revendications populaires des jeunes, des populations des quartiers populaires et de tou(te)s les travailleur(se)s qui vivent dans les villes.

Dans les zones rurales il y a une énorme dette sociale et les inégalités sociales augmentent. La terre est concentrée dans les mains des grands propriétaires et des entreprises étrangères. Nos ressources naturelles, stratégiques, telles que la terre, l’eau, les forêts, les minéraux, sont privatisées et sont passées sous le contrôle des grandes entreprises. Selon l’IBGE, près de 8.300 propriétaires possèdent à eux seuls 83 millions d’hectares alors que 4,3 millions d’agriculteurs familiaux ne possèdent que 70 millions d’hectares. Or ce sont ces agriculteurs familiaux qui produisent 70% de l’alimentation consommée par la population brésilienne.

Le poison utilisé par l’agro-industrie arrive à notre table et provoque de nombreux problèmes de santé. Les prix alimentaires sont gonflés par le business de la spéculation. L’agriculture brésilienne est dominée par les sociétés transnationales.

Neuf grandes entreprises privées dominent et agissent comme des cartels sur  la production alimentaire, les produits toxiques, l’industrie semencière, imposent partout l’utilisation des pesticides dans l’agriculture; ils déboisent de vastes étendues de forêts et de mangroves; envahissent et persécutent les peuples autochtones, les pêcheurs et les communautés afro-descendantes ainsi que les travailleurs ruraux ; imposent le travail esclave ; criminalisent et persécutent les organisations ; augmentent les prix des aliments pour les populations des villes. C’est le modèle d’agriculture baptisé agro-business qui ne paie pas d’impôt à l’exportation, reçoit de grandes quantités d’argent public et se voit privilégié dans les politiques de l’État et des gouvernements.
Nous voulons le changement !

La rue demande des changements pour améliorer la vie des travailleurs dans les zones rurales comme dans les zones urbaines. Dans l’agriculture, nous voulons des changements profonds. Il est temps que les gouvernements surmontent leurs positions conservatrices et progressent au rythme que les luttes populaires exigent.

La dirigeante Janaina Stronzake, lors d'une action militante du Mouvement des Sans Terre.

La dirigeante Janaina Stronzake, lors d’une action militante du Mouvement des Sans Terre.

Voici ce que nous demandons au gouvernement de Dilma Roussef :

1. Récupérer la souveraineté nationale sur les terres brésiliennes. Nous proposons que le gouvernement annule les achats déjà conclus et exproprie toutes les terres contrôlées par des sociétés étrangères.

2. Accélérer la réforme agraire pour installer et légaliser immédiatement des milliers de familles de producteurs qui vivent encore dans des campements au bord des routes.

3. Politique publique de soutien, d’encouragement et de crédit pour la production d’une alimentation bon marché,  saine, sans poisons, et renforcement de la paysannerie. Adoption de programmes structurels pour les jeunes et pour les femmes rurales.

4. Garantir les droits des populations rurales, avec la reconnaissance et la délimitation immédiate des terres indigènes, afro-descendantes et les droits des personnes affectées par les barrages, des territoires de la pêche et autres.

5. L’interdiction immédiate des pesticides déjà interdits dans d’autres pays, l’interdiction de la pulvérisation aérienne, et une politique visant à réduire l’utilisation des pesticides dans le domaine. Révision en profondeur de la politique de libération des OGM et contrôle social.

6. Que le gouvernement assume une politique de contrôle de la déforestation à travers le pays et soutienne la récupération des zones abîmées et le reboisement pour l’ agriculture paysanne et familiale.

7. L’annulation de la privatisation des ressources naturelles comme l’eau, l’énergie, les minéraux, les forêts, les rivières et les mers. Nous proposons de supprimer d’urgence au congrès national, le projet de code minier, et que le gouvernement / congrès ouvrent un vaste débat national avec les travailleurs brésiliens, afin de produire un nouveau code en fonction des intérêts du peuple brésilien.

8. Mise en œuvre immédiate de programmes visant à éradiquer l’analphabétisme et à garantir des écoles pour toutes les communautés rurales.

9. Suspension de toutes les concessions privatisant des terres irriguées dans le nord du Brésil pour leur attribution immédiate à l’Institut National de Colonisation et de Réforme Agraire qui doit les remettre aux unités agricoles familiales et paysannes ; Adoption de politiques structurelles de démocratisation de l’eau pour aider les familles à faire face à la sécheresse.

10. Suppression de la loi Kandir qui exonère de l’impôt les principaux exportateurs de matières premières agricoles, énergétiques et minérales.

Nous soutenons également toutes les revendications populaires et la réforme politique nécessaire de notre pays, avec la convocation immédiate d’un référendum.

Enfin, à travers cette lettre, nous vous demandons votre soutien, travailleurs,  hommes et femmes, habitant dans  les villes.

Continuons ensemble à nous mobiliser et à nous battre.

Comptez sur nous !

Brésil, le 4 Juillet 2013.

CONTAG, Confédération Nationale des Travailleurs de l’Agriculture

Fédération Nationale des Agriculteurs Familiaux – FETRAF.

Coordination des Peuples Indigènes du Brésil – APIB

Via Campesina – Brésil

Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre – MST.

Mouvement des Victimes des Barrages – MAB

Mouvement des Femmes Rurales – MMC

Mouvement des Pêcheurs et Pêcheuses du Brésil – MPP

Coordination Nationale des Communautés Afro-descendantes – CONAQ

Association des Salariés Ruraux de Minas Gerais – ADERE

Mouvement Populaire des Paysans – MCP

Mouvement national pour la souveraineté populaire sur l’exploitation minière – MAM

Conseil Indigéniste missionnaire, CIMI

Pastorale de la Jeunesse Rurale, PJR

Association Brésilienne de Réforme Agraire -ABRA

Association brésilienne des Étudiants Ingéniérie Forestière – ABEEF

Fédération brésilienne des étudiants en agronomie – FEAB

Rencontre nationale des étudiants de biologie – ENEBIO

Coordination Nationale de l’Agro-écologie -ANA

Coordination des entités de la région semi-aride (Nord-Est) – ASA

Plus d’informations auprès des journalistes:

Iris Pacheco – 61 83384640 iris@mst.org.br

Mayra Lima – 61-96846534 mayra.lima @ gmail.com

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Source : http://www.mst.org.br/Em-reuni%C3%A3o-com-Dilma-movimentos-do-campo-exigir%C3%A3o-garantia-de-direitos

Traduction : Thierry Deronne

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URL de cet article : https://mouvementsansterre.wordpress.com/2013/07/04/lettre-unitaire-et-reunion-des-organisations-rurales-avec-la-presidente-dilma-rousseff/



Les Sans Terre libèrent le transit dans sept municipalités du Parana et multiplient les manifestations dans tout le Brésil

Par Riquieli Capitani, de la page du MST, 1 juillet 2013.
Ce samedi matin (29 juin 2013), des membres du Mouvement des Sans Terre ainsi que d’autres organisations sociales ont permis aux automobilistes de transiter librement par sept péages de l’état de Paraná – une action menée en solidarité avec les manifestations qui se produisent das tout le pays.

Près de 500 personnes se sont rassemblées au péage géré par EcoCataras, à Cascavel, à la sortie vers Curitiba. Les péages du concessionnaire privé Viapar ont été occupés à Arapongas, Floresta, Mandaguari, Presidente Castelo Branco et Corbélia. L’entreprise Econorte a libéré les péages de  Jacarezinho et Jataizinho.

Nous exigeons la fin des péages, la remise en route de la réforme agraire ainsi qu’une réponse d’envergure du gouvernement aux mouvements sociaux” a expliqué João Flávio Borba, de la Coordination du Mouvement des Sans Terre pour l’État de Parana. « C’est l’ensemble de la population brésilienne qui est victime des tarifs exigés par les transports« .

A Curitiba
Dans la capitale de l’État près de 70 organisations telles que le Mouvement des Sans Terre, la Centrale Unique des Travailleurs (CUT), le Syndicat des Serviteurs Publics de Curitiba (Sismuc), le Syndicat des Travailleurs de l’Éducation Publique du Paraná (APP) ont réalisé un acte unitaire ce samedi matin, sur Boca Maldita.

Parmi les revendications principales figurent la réduction des tarifs du transport public et la fin des péages sur les routes de l’État, la réforme politique, la réforme agraire et la démocratisation de la communication.

Seglon le coordinateur du MST, Jean Carlo Pereira, il est nécessaire de s’organiser pour garantir les améliorations nécessaires du pays, en ce moment spécial pour la classe des travailleurs qui rêve et lutte pour un pays différent.

Nous continuons à défendre la réforme agraire et l’agriculture familiale comme unique moyen de produire des aliments sains. Nous nous opposons à la politique qui injecte de l’argent dans la production d’aliments par l’agro-business en vue de leur exportation.”

Le 27 juin près de 20.000 manifestants ont marché dans les rues de Fortaleza, la capitale de l’État de Ceara, pour porter les mêmes revendications (photo). Des banderoles telles que “Globo, l’anesthésiste, parti de la bourgeoisie !” exprimaient l’indignation populaire face au monopole médiatique et l’exigence d’une démocratisation de la propriété des médias.

Sources :

http://www.mst.org.br/node/14949

http://www.mst.org.br/node/14946

Traduction : Thierry Deronne

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URL de cet article : https://mouvementsansterre.wordpress.com/2013/07/01/les-sans-terre-liberent-le-transit-dans-sept-municipalites-du-parana-et-multiplient-les-manifestations-dans-tout-le-bresil/



Les centrales syndicales et le Mouvement des Sans Terre fixent au 11 juillet une grève générale pour les droits des travailleurs, la démocratisation des médias et la réforme agraire au Brésil

Protestation populaire face au siège du grand groupe privé Globo qui détient le quasi monopole de l'information, pour exiger la démocratisation du champ médiatique au Brésil. Source : Brasil de Fato

Protestation populaire face au siège du grand groupe privé Globo qui détient le quasi monopole de l’information au Brésil, pour exiger la démocratisation du champ médiatique (1). Source : Brasil de Fato

"Ses idées étaient les mêmes que les nôtres ! Nous voulons que cette Dilma nous revienne !"

« Ses idées étaient les mêmes que les nôtres ! Nous voulons que cette Dilma nous revienne ! » Photo de Joao Godinho/ Jornal O TEMPO

 

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26/06/2013, de la rédaction de Brasil de Fato

Lors d’une réunion réalisée le 25 juin les grandes centrales syndicales du Brésil et le Mouvement des Travailleurs Sans Terre (MST) ont fixé au 11 juillet prochain la Journée Nationale des Luttes sur le thème « Pour les libertés démocratiques et les droits des travailleurs« . Les paralysations, grèves et manifestations auront pour objectif de déverrouiller l’ordre du jour de la classe des travailleurs au Congrès National et dans les cabinets ministériels, en plus de construire et d’impulser l’agenda qui s’est exprimé dans les rues de tout le pays ces jours derniers.

Participeront à la mobilisation nationale la Centrale Unique des Travailleurs (CUT), la Centrale des Travailleurs et Travailleuses du Brésil (CTB), la Force Syndicale, l’Union Générale des Travailleurs (UGT), la Centrale Syndicale et Populaire (CSP) Conlutas, la Centrale Générale des Travailleurs du Brésil (CGTB), la Centrale des Syndicats du Brésil (CSB) et la Nouvelle Centrale Syndicale des Travailleurs (NCST), en plus du Mouvement des Sans Terre (MST).

La réunion a permis d’établir une plate-forme unitaire de lutte :

1) Education : pour l’investissement de 10% du PIB, l’amélioration de la qualité, les maternelles dans les grandes villes, etc.;

2) Santé : garantie des investissements en conformité avec la Constitution, amélioration du Système Unique de Santé (SUS), appel à la participation de médecins cubains, etc.;

3) Réduction de la durée de la journée de travail à 40 heures : approbation du projet qui se trouve au Parlement.

4) Transport public de qualité : proposition de tarif zéro dans toutes les grandes villes ;

5) Contra la PEC 4330 – projet gouvernemental qui institutionnalise la sous-traitance sans aucun droit, comme le Fonds de Garantie pour le Temps de Service (FGTS) et les congés;

6) Contre la vente de concessions pétrolières au privé ;

7) Pour la Réforme Agraire : solution des problèmes des paysans sans terre vivant dans les campements, expropriations des grandes propriétés, ressources pour la production d’aliments sains, légalisation des zones appartenant aux communautés afro-descendantes (quilombolas) entre autres revendications;

8) Pour la fin du système actuel qui affecte les droits des travailleurs à la retraite.

En outre les mouvements sociaux défendront dans cette mobilisation les revendications suivantes : réforme politique et plébiscite populaire ; réforme urbaine pour affronter la crise des grandes villes et la spéculation immobilière ; démocratisation des médias, avec la présentation au Congrès National du Projet de Loi d’Initiative Populaire construit avec le Forum National de Démocratisation de la Communication  (FNDC) en phase de collecte des signature dans tout le Brésil.

La mobilisation nationale dénoncera également le génocide de la jeunesse afro-descendante et des populations indigènes ; la répression et la criminalisation des luttes et des mouvements sociaux ; et l’impunité des bourreaux de la dictature civile-militaire. Les centrales syndicales et les mouvements démocratiques rejetteront avec force l’approbation de la loi sur l’avortement  et la réduction de la majorité pénale.

Ces revendications ont été présentées le 26 juin à la Présidente Dilma Roussef lors d’une réunion au palais présidentiel de Planalto, à Brasília.

Photo: Antonio Cruz/ABr

 

Note :
(1) Sur la démocratisation des médias, voir https://mouvementsansterre.wordpress.com/2013/05/12/le-mouvement-des-sans-terre-entre-dans-la-campagne-pour-la-democratisation-des-medias-au-bresil/

manifestação_paulista_Marcelo-Camargo_ABrSource : Brasil de Fato, http://www.brasildefato.com.br/node/13356

Traduction : Thierry Deronne

Pour soutenir concrètement le Mouvement des Sans Terre, on peut écrire à Lucas Tinti, prointer@mst.org.br

URL de cet article : https://mouvementsansterre.wordpress.com/2013/06/26/les-centrales-syndicales-et-le-mouvement-des-sans-terre-fixent-au-11-juillet-une-greve-generale-pour-les-droits-des-travailleurs-les-libertes-democratiques-et-la-reforme-agraire-au-bresil/

 



Joao Pedro Stedile, Coordinateur du Mouvement des Sans Terre du Brésil : « celui qui veut rester en dehors, sortira de l’Histoire ».

???????????????????????????Interview de João Pedro Stedile, coordinateur national du Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre (photo), par Nilton Viana du journal Brasil de Fato sur la signification et les perspectives des mobilisations de rue, le 24 juin 2013.

Brasil de Fato – Comment analysez-vous les récentes manifestations qui ont secoué le Brésil ces dernières semaines ? Quelle est la base économique d’un tel évènement ?

João Pedro Stedile – Il y a de nombreuses évaluations sur le pourquoi des manifestations. Je rejoins l’analyse de la professeure Erminia Maricato, notre meilleure spécialiste des thèmes urbains, qui a travaillé au sein du Ministère des Villes sous la gestion d’Olivio Dutra. Elle défend la thèse d’une crise urbaine au Brésil comme conséquence du capitalisme financier. Une énorme spéculation immobilière a fait grimper le prix des terrains et les loyers de 150% dans les trois dernières années. Le capital a financé hors de tout contrôle gouvernemental la vente d’automobiles, pour envoyer de l’argent à l’extérieur, ce qui a rendu la circulation chaotique. Dans les dernières années il n‘y a pas eu d’investissements dans le transport public. Le programme de logement “ma maison, ma vie” a rejeté les pauvres vers les périphéries, sans conditions d’infrastructure. Tout cela a engendré une crise structurelle, les gens vivent l’enfer dans les grandes villes en perdant trois à quatre heures par jour dans les embouteillages alors qu’ils pourraient être avec leur famille, aux études ou dans des activités culturelles. A cela s’ajoute la très mauvaise qualité des services publics, en particulier dans la santé et dans l’éducation, de l’école fondamentale à l’enseignement moyen dont les étudiants sortent sans pouvoir faire une rédaction. Et l’enseignement supérieur, où on trouve 70 % des étudiants universitaires, est devenu un marchand de diplômes ou de prestations.

Brasil de Fato – Du point de vue politique, quelles sont les causes du mouvement ?

João Pedro Stedile – Les quinze ans de néo-libéralisme suivis de dix ans de politique de conciliation de classes ont transformé la manière de faire de la politique en otage des intérêts du capital. Les partis ont répété leurs vieilles pratiques et se sont transformés en étiquettes qui agglutinent en majorité des opportunistes se battant pour accéder à des mandats publics ou pour capter des fonds publics en fonction de leurs intérêts. Toute une jeunesse arrivée après coup n’a pas eu la possibilité de participer à la politique. Aujourd’hui le candidat à un mandat public comme celui d’échevin, doit posséder plus d’un million de Reais ; un mandat de député coûte à peu près dix millions. Les capitalistes paient et les politiques obéissent. La jeunesse en a par-dessus la tête de cette manière bourgeoise, mercantile, de faire de la politique. Mais le plus grave c’est que les partis de la gauche institutionnelle, sans exception, ont adopté ces méthodes. Ils ont vieilli et se sont bureaucratisés. Cette manière d’agir des partis a dégoûté les jeunes. Et ils ont raison. La jeunesse n’est pas apolitique, au contraire, elle vient de remettre la politique dans la rue même sans avoir conscience de sa signification. Ce qu’elle dit c’est qu’elle ne supporte plus d’assister à la télévision à ces pratiques politiques, qui prennent le vote des citoyens en otage, sur base du mensonge et de la manipulation. Et les partis de gauche ont besoin de réapprendre que leur rôle est d’organiser la lutte sociale et de politiser la classe des travailleurs. S’ils ne veulent pas passer aux oubliettes de l’Histoire.

Plus de 150 personnes de diverses organisations – syndicats, partis, mouvements sociaux, pastorales sociales, étudiants – réunis à Belo Horizonte (État de Minais Gerais), le 21 juin 2013. Source : Brasil de Fato

Brasil de Fato – Pourquoi ces manifestations n’éclosent-elles qu’aujourd’hui ?

João Pedro Stedile – Sans doute est-ce davantage la somme de différents facteurs de la psychologie de masse qu’une décision politique planifiée. A tout le climat que j’ai décrit s’est ajoutée la dénonciation de surfacturations dans les travaux de construction des stades de football, ce qui choque la population. Quelques exemples : le groupe privé médiatique Globo a reçu du gouvernement de l’État de Rio et de la mairie 20 millions de Reais d’argent public pour organiser un show d’à peine deux heures pour le tirage au sort de la coupe des confédérations. Le stade de Brasília a coûté 1,4 milliards et il n’y a pas d’autobus dans la ville ! Les gouvernements se sont soumis à la dictature explicite et aux coups tordus imposés par la FIFA/CBF. La réinauguration du Maracanã fut une gifle pour le peuple brésilien. Les photos parlent d’elles-mêmes : dans le plus grand temple du football mondial, pas un noir, pas un métis ! Et la hausse des tarifs d’autobus n’a été que l’étincelle pour allumer le sentiment généralisé de révolte et d’indignation. L’étincelle est venue du gouverneur de l’état de São Paulo Geraldo Alkmin, protégé par les médias qu’il finance, habitué à réprimer impunément la population comme il l’a fait à Pinheirinho et dans d’autres expulsions rurales et urbaines, et qui a relancé sa barbarie policière. Là tout le monde a réagi. Heureusement la jeunesse s’est réveillée. Et le mérite du mouvement “Passe Livre” est d’avoir su canaliser cette insatisfaction populaire et d’organiser les protestations au bon moment.

Brasil de Fato – Pourquoi la classe travailleuse n’est-elle pas encore descendue dans la rue ?

João Pedro Stedile – C’est vrai qu’elle n’a pas encore pris part aux manifestations. Ceux qui sont dans la rue sont les fils de classe moyenne, classe moyenne basse, ainsi que des jeunes issus de ce qu’Andre Singer nomme le sous-prolétariat, ceux qui étudient et travaillent dans le secteur des services, qui ont amélioré leurs conditions de consommation, mais qui veulent être entendus. Ces derniers apparaissent plus dans d’autres capitales que São Paulo et dans les périphéries.

La réduction des tarifs intéressait beaucoup l’ensemble de la population, et le mouvement “Passe livre” a vu juste en mobilisant sur la base de ces intérêts populaires. Le peuple a appuyé ces manifestations, on le voit dans les indices de popularité des jeunes, surtout quand ils ont été réprimés.

La classe travailleuse tarde à se mobiliser mais quand elle bouge, cela affecte directement le capital. Chose qui ne s’est pas encore produite. Je crois que les organisations médiatrices de la classe travailleuse n‘ont pas encore compris le moment ou sont encore trop timides. Mais en tant que classe, je crois que les travailleurs sont disposés à lutter. Le nombre de grèves pour des améliorations salariales est déjà revenu au niveau des années 80. Je crois que ce n’est qu’une question de temps, si ces médiateurs trouvent les revendications justes qui peuvent motiver la classe à se mettre en mouvement. Ces derniers jours dans des villes de moindre taille et dans les périphéries des grandes villes se produisent des manifestations sur des revendications très localisées. Et cela est très important.

Brasil de Fato – Les voix du Mouvement des Sans terre et des paysans ne se font pas encore entendre…

João Pedro Stedile – C’est vrai.  Dans les capitales où nous avons des unités productives et des agriculteurs familiaux à proximité, nous participons déjà. D’ailleurs je suis témoin du bon accueil que nous avons reçu avec notre drapeau rouge et notre revendication d’une réforme agraire et d’aliments sains et bon marché pour le peuple. Je crois que dans les prochaines semaines il pourra y avoir une adhésion majeure, ce qui comprend des manifestations de paysans sur les routes et dans les municipalités de l’intérieur. Parmi nos militant(e)s tou(te)s brûlent d’entrer dans la lutte et de se mobiliser. J’espère aussi que ça bougera bientôt…

Brasil de Fato – Qu’est-ce qui selon vous est à l’origine de la violence dans certaines manifestations ?

João Pedro Stedile – D’abord, il faut relativiser : la bourgeoisie à travers ses télévisions a recouru à la tactique de faire peur à la population en mettant en avant les émeutiers et les casseurs. Ils sont minoritaires et insignifiants par rapport aux milliers de personnes qui se sont mobilisées. Cela convient à la droite de faire entrer dans l’imaginaire collectif l’idée du désordre et s’il y a finalement du chaos, d’en rendre responsable le gouvernement et d’exiger la présence des forces armées. J’espère que le gouvernement ne commettra pas la bêtise de faire appel à la Garde nationale et aux forces armées pour réprimer les manifestations. C’est ce dont rêve la droite !

Ce qui provoque les scènes de violences c’est la manière d’intervenir de la Police Militaire. La PM a été entraînée depuis la dictature militaire pour traiter le peuple comme un ennemi et dans les états gouvernés par les sociaux-démocrates (SP, RJ et MG), elle est sûre de son impunité.

Il y a des groupes de droite organisés dont l’objectif est de provoquer et de piller. A São Paulo des groupes fascistes se sont mobilisés. Et des vigiles sous contrat. A Rio de Janeiro ont agi des milices organisées qui protègent les politiciens conservateurs. Et bien sûr on trouve aussi un substrat de lumpen qui apparaît dans toute manifestation populaire, que ce soit dans les stades, dans le carnaval, et même dans les fêtes religieuses, pour tenter d’en tirer profit.

Brasil de Fato – Alors y a-t-il une lutte de classes dans les rues, ou s’agit-il seulement de la jeunesse qui exprime son indignation ?

João Pedro Stedile – Il y a clairement une lutte des classes dans la rue. Mais ce n’est pas encore l’expression d’une bataille idéologique. Le plus grave c’est que la jeunesse elle-même qui se mobilise, par son origine de classe, n’est pas consciente de ce qu’elle prend part à une lutte idéologique. Elle fait de la politique de la meilleure manière possible, dans la rue. Elle écrit sur ses pancartes : “nous sommes contre les partis et la politique”.  C’est pour cela qu’ont été autant diffusés ces messages. Cela se produit dans chaque ville, dans chaque manifestation, c’est une bataille idéologique permanente dans la lutte des intérêts de classes. La jeunesse vit ce conflit entre idées de droite et idées de gauche, entre capitalistes et classe des travailleurs.

Par ailleurs, on a des signes évidents d’une droite très bien articulée avec ses services d’intelligence qui utilisent l’internet, sous différents masques, pour lancer des rumeurs et des courants d’opinion. Un message étrange peut être soudainement reproduit des milliers de fois et diffusé comme s’il s’agissait de l’expression de la majorité. Ces mécanismes de manipulation ont été utilisés par la CIA et le département d’État lors du printemps arabe, de la tentative de déstabilisation du Venezuela, dans la guerre de Syrie. Il est clair qu’ils opèrent ici aussi pour atteindre leurs objectifs.

Brasil de Fato – Quels sont les objectifs de la droite et ses propositions ?

João Pedro Stedile – La classe dominante, les capitalistes, les intérêts de l’empire états-unien et leurs porte-paroles idéologiques qui apparaissent tous les jours à la télévision, ont un grand objectif : saper au maximum le gouvernement de Dilma, affaiblir les formes d’organisation de la classe travailleuse, déjouer les propositions de changements structurels dans la société brésilienne et gagner les élections de 2014, pour reconstruire une hégémonie totale aux commandes de l’État brésilien, actuellement objet de la bataille.

Pour atteindre ces objectifs elle avance à tâtons, alterne ses tactiques. Parfois elle provoque les violences pour noyer les objectifs des jeunes. Parfois elle inscrit ses messages sur leurs pancartes. Par exemple la manifestation de samedi dernier à São Paulo, bien que réduite, a été totalement manipulée par des secteurs de droite qui n’ont évoqué que la lutte contre la PEC 37, avec des pancartes et des slogans étrangement semblables. Certainement la majorité des jeunes ignore de quoi il s’agit. C’est um thème secondaire pour le peuple, mais la droite tente de hisser la bannière du moralisme comme l’a fait l’UDN dans le passé. Ce qu’elle fait déjà au sein du congrès, elle veut le prolonger dans la rue.

J’ai remarqué dans les réseaux sociaux contrôlés par la droite que leurs bannières, en plus de la PEC 37, sont : la sortie de Renan du sénat; une commission d’enquête parlementaire et la transparence sur les frais de la Coupe; déclarer la corruption comme crime odieux et la fin de l’immunité pour les politiques. Déjà les groupes les plus fascistes répètent “Dilma dégage” et signent les pétitions pour son impeachment. Heureusement ces bannières n’ont rien à voir avec les conditions de vie des masses même si elles peuvent être manipulées par les médias. Et objectivement la droite peut se tirer une balle dans le pied. En fin de compte c’est la bourgeoisie brésilienne, ses entrepreneurs et ses politiciens qui sont les premiers corrupteurs et les premiers corrompus. Qui s’est approprié les dépenses excessives de la coupe ? Le réseau médiatique Globo et ses entreprises !

Brasil de Fato – Quels sont les défis pour les travailleurs, les organisations populaires et les partis de gauche ?

João Pedro Stedile – Ils sont nombreux. D’abord nous devons prendre conscience de la nature de ces manifestations, descendre tous dans la rue, nous battre dans les coeurs et dans les esprits pour politiser cette jeunesse encore dépourvue d’expérience de lutte des classes. Deuxièmement, la classe travailleuse doit se mettre en mouvement. Dans la rue, dans les usines, dans les zones rurales et dans les chantiers, comme dit Geraldo Vandré. Exprimer ses revendications pour résoudre les problèmes qu’elle affronte comme classe, du point de vue politique et économique. Troisièmement, nous avons besoin d’expliquer au peuple quels sont ses ennemis principaux. Aujourd’hui ce sont des banques, les entreprises transnationales qui ont pris les rènes de notre économie, ainsi que les grands propriétaires de l’agro-business, et les spéculateurs.

Nous devons prendre l’initiative de lancer un débat dans la société pour exiger l’approbation de la réduction de la journée de travail à 40 heures ; pour exiger que la priorité des investissements publics soit la santé, l’éducation, la réforme agraire. Mais pour cela le gouvernement doit réduire les taux et transférer les ressources des excédents primaires, ces 200 milliards qui vont chaque année aux 20 mille riches, rentiers, créanciers d’une dette interne dont nous ne sommes pas responsables, transférer ces ressources aux investissements productifs et sociaux. C’est là toute la question qui se pose au gouvernement de Dilma Roussef, du point de vue de la lutte des classes : les ressources publiques iront-elles à la bourgeoisie rentière ou serviront-elles à résoudre les problèmes de la population ?

Il faut approuver d’urgence, pour qu’elle soit opérationnelle avant les prochaines élections, une réforme politique ambitieuse, qui institue au minimum le financement public exclusif de la campagne ainsi que le droit de révoquer les mandats et le droit au plébiscite d’initiative populaire.

Nous avons besoin d’une réforme fiscale qui revienne au paiement de la TVA des exportations primaires, pénalise la richesse des riches, et diminue la fiscalité des plus pauvres, qui sont ceux qui paient le plus.

Nous avons besoin de la supension par le gouvernement de toutes les concessions sur l’exploitation de notre pétrole et de toutes les concessions privées sur les mines et d’autres domaines publics. Cela ne sert à rien d’investir toutes les redevances pétrolières dans l’éducation alors que ces royalties ne représentent que 8% des revenus du pétrole et que 92% iront aux sociétés transnationales devenues propriétaires du pétrole grâce aux concessions !

Une réforme structurelle en milieu urbain, qui redéfinisse les priorités des transports publics de qualité et avec des tarifs zéro. Il a été démontré que ce n’est ni coûteux ni difficile d’introduire la gratuité des transports pour les masses d’habitants des capitales.

Et finalement nous devons profiter du projet de la Conférence nationale sur la communication, largement représentative, pour démocratiser les médias. Pour en finir avec le monopole de Globo, afin que les organisations populaires disposent d’un large espace pour communiquer entre elles, pour créer leurs propres médias, avec des ressources publiques. J’ai entendu divers mouvements de jeunesse qui articulent les marches dire que peut-être que la seule bannière qui unifie tout le monde est “A bas le monopole de Globo !”   

Mais pour que ces revendications aient un impact dans la société et fassent pression sur le gouvernement et la classe politique, il faut impérativement que la classe des travailleurs se mobilise.

Brasil de Fato – Et que doit faire le gouvernement à présent ?

João Pedro Stedile – J’espère que le gouvernement aura la sensibilité et l’intelligence de profiter de cet appui, de ce cri qui vient de la rue, qui n’est que la synthèse d’une conscience diffuse dans la société que l’heure est venue de changer. Et de changer en faveur du peuple. C’est pourquoi le gouvernement doit affronter la classe dominante dans tous les domaines. Affronter la bourgeoisie rentière, déplacer le paiements des intérêts vers des investissements dans des domaines qui permettent de résoudre les problèmes des gens. Il faut promouvoir immédiatement des réformes politiques et fiscales. Lancer l’approbation du projet de démocratisation des médias. Créer des mécanismes d’investissements lourds dans les transports publics, qui mènent au tarif zéro. Accélérer la réforme agraire et mettre en oeuvre un plan de production d’aliments sains pour le marché interne. Garantir tout de suite 10% du PIB pour le financement public de l’éducation à tous les niveaux, pour l’école maternelle dans les grandes villes, pour un enseignement fondamental de qualité et pour l’universalisation de l’accès des jeunes à l’université publique.

Sans cela viendra la déception, et le gouvernement laissera à la droite l’initiative de ces revendications, ce qui va le miner à l’approche des élections de 2014. C’est l’heure pour le gouvernement de s’allier au peuple ou de payer la facture de l’avenir.

Brasil de Fato – Quelles perspectives ces mobilisations peuvent-elles apporter au pays dans les prochains mois ?

João Pedro Stedile – C’est encore l’inconnue car le débat se poursuit parmi les jeunes et les masses. C’est pour ça que les forces populaires et les partis de gauche doivent jeter toute leur énergie dans la mobilisation de rue. Se manifester, hisser leurs pancartes pour revendiquer des réformes qui intéressent le peuple. La droite va faire la même chose et pousser ses slogans conservateurs, régressifs, de criminalisation et de stigmatisation des idées de changement social. Nous sommes en pleine bataille idéologique et nul ne sait encore quel en sera le résultat. Dans chaque ville, dans chaque manifestation, nous devons nous battre dans les coeurs et dans les esprits. Celui qui veut rester en dehors, sortira de l’Histoire.

Traduction : Thierry Deronne

Le 21 juin, 76 organisations de gauche – mouvements sociaux, syndicats et partis politiques – se sont réunis au syndicat de la chimie à São Paulo pour discuter des actions à mener. Source : Brasil de Fato.

Pour soutenir concrètement le Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre, on peut écrire à Lucas Tinti, prointer@mst.org.br

URL de cet article : https://mouvementsansterre.wordpress.com/2013/06/25/joao-pedro-stedile-coordinateur-du-mouvement-des-sans-terre-du-bresil-celui-qui-veut-rester-en-dehors-sortira-de-lhistoire/



Brésil : rapport du Mouvement des Travailleurs Sans Terre et lettre des mouvements sociaux à Dilma Roussef.

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Cher(e)s ami(e)s et compagnons du Mouvement des sans terre (MST) et des mouvements sociaux de l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA),

Un rapport très succinct…

Hier, 20 juin, un million de personnes sont descendues dans la rue dans quinze capitales régionales du pays.
Il y a de tout. Dans chaque ville luttent les coeurs et les esprits. A Sao Paulo et à Rio, des secteurs de droite ont pris l’avantage, agressant des militants de gauche et provoquant des violences pour générer le chaos. Mais, dans d’autres villes, la gauche continue à donner le ton.

Voici ce que l’on peut dire en résumé :

1. La mobilisation est sociale, et part d’un secteur né après l’époque néolibérale. Ce sont des jeunes de la classe moyenne et de la classe moyenne basse qui sont au cœur de cette mobilisation. C’est un secteur qui ne communique que via les réseaux sociaux et qui n’est pas influencé par la télévision et les grands médias. Pour l’heure, les travailleurs gardent le silence.

2. Ce secteur est le fruit de douze ans de conciliation de classe (comme au Chili) qui a exclu la jeunesse de la participation politique. Et la jeunesse veut participer d’une façon ou d’une autre, ne serait-ce qu’en défilant dans la rue, sans répression.

3. Tout ceci est la conséquence d’une grave crise urbaine structurelle, produite par le capital financier et la spéculation immobilière. D’où la hausse des loyers et les ventes massives de voitures financées par les banques avec comme conséquence le chaos aux heures de pointe, sans transports publics, qui fait perdre aux gens deux à trois heures par jour pour se rendre au travail ou à l’école…

4. Personne ne contrôle ces jeunes. Il n’y a pas de direction politique.

5. Pour l’heure, les plus touchés sont les partis traditionnels, la politique bourgeoise et, bien sûr, la méthode développée par le Parti des travailleurs (PT) pendant ces années de gouvernement, mais aussi les gouvernements de chaque État, tous, qu’ils soient de droite, du centre, de gauche…

6. La droite s’infiltre pour créer un climat de violence, de chaos et rejeter la faute sur le PT et sur Dilma Rousseff.

7. Le gouvernement de Dilma Rousseff est paralysé dans sa politique. Il ne voulait qu’administrer et maintenant il ne sait plus quoi administrer.

8. En tant que mouvements sociaux, nous tentons de proposer une politique pour aller de l’avant (voir ci-dessous la lettre à la présidente Dilma Rousseff) et élargir les revendications pour avancer vers une réforme politique, une réforme des médias, une réforme fiscale et une réforme agraire.

9. Nul ne sait ce qui va se passer : allons-nous vers une situation à l’espagnole, capitalisée par la droite dans les urnes, et qui se reproduirait ici en 2014 ? Ou bien vers une situation à l’argentine (2001) avec des avancées ? ou à la grecque, pour l’heure dans une impasse ? Probablement aucune d’elles. Nous allons trouver une formule brésilienne que personne ne connaît aujourd’hui…

10. Mais il est clair que nous avons besoin de changements et il y aura des changements, dans tous les sens !

21 juin 2013


« Nous espérons que le gouvernement actuel choisira de gouverner avec le peuple et non contre lui »

Lettre ouverte des mouvements sociaux à la présidente Dilma Rousseff

Chère Présidente,

Le Brésil a connu cette semaine des mobilisations dans quinze capitales régionales et dans des centaines de villes. Nous partageons le sens de vos déclarations soulignant l’importance de ces mobilisations pour la démocratie brésilienne, sachant que les changements nécessaires dans le pays passent par la mobilisation populaire.

Plus qu’un phénomène conjoncturel, les manifestations récentes montrent la reprise progressive de la capacité de combat populaire. C’est cette résistance populaire qui a permis les résultats des élections de 2002, 2006 et 2010. Notre peuple, mécontent des mesures néolibérales, a voté pour un autre projet. Pour sa mise en œuvre, cet autre projet s’est heurté à une forte résistance, principalement de la part du capital rentier et des secteurs néolibéraux qui conservent une grande puissance dans la société.

Mais il a également été confronté aux limites imposées par les alliés de dernière minute venus d’une bourgeoisie nationale qui, dans les débats qui déterminent le choix des politiques gouvernementales, entravent la réalisation de réformes structurelles telle celle des transports urbains et publics.

La crise internationale a bloqué la croissance et, avec elle, la continuité du projet porté par ce vaste front qui a jusqu’ici soutenu le gouvernement.

Les récentes manifestations sont menées par un large éventail de jeunes dont c’est la première mobilisation. Ce processus sensibilise les participants en leur permettant de se rendre compte de la nécessité d’affronter ceux qui empêchent les progrès du Brésil dans la démocratisation de la richesse, l’accès à la santé, à l’éducation, à la terre, à la culture, à la participation politique, aux médias.

Les secteurs conservateurs de la société cherchent à contester la signification de ces manifestations. Les médias tentent de caractériser le mouvement comme anti-Dilma, contre la corruption des politiciens, contre les dépenses publiques et d’autres lignes directrices qui appellent au retour au néolibéralisme. Nous croyons que les lignes sont aussi nombreuses que le sont les opinions et visions du monde dans la société. C’est un cri d’indignation d’un peuple historiquement exclu de la vie politique nationale qui est habitué à voir la politique comme quelque chose de nuisible pour la société.

Dans cette optique, nous nous tournons vers vous pour demander la mise en œuvre de politiques de réduction du coût des transports publics et de réduction des profits des grandes entreprises. Nous nous opposons à la politique d’exonération fiscale de ces entreprises.

Le temps est venu pour le gouvernement de faire avancer l’agenda démocratique et populaire, d’encourager la participation et la politisation de la société. Nous nous engageons à promouvoir toutes sortes de débats autour de ces questions et nous sommes également disponibles pour en discuter avec les pouvoirs publics.

Nous proposons l’organisation urgente d’une réunion nationale, impliquant les gouvernements des États, les maires des grandes villes, et des représentants de tous les mouvements sociaux. Pour notre part, nous sommes ouverts au dialogue, et nous pensons que cette réunion est la seule façon de trouver des solutions pour résoudre la crise grave qui affecte nos grands centres urbains.

Le moment est propice. Ce sont les plus grandes manifestations que la génération actuelle a vécues, et d’autres viendront. Nous espérons que le gouvernement actuel choisira de gouverner avec le peuple et non contre lui.

Cette lettre a été signée par les 35 entités du mouvement social et populaire ci-dessous.

  • ADERE – Asociación de los Trabajadores Asalariados Rurales de Minas Gerais
  • Asamblea Popular
  • Periodistas del Centro de Estudiso Mediáticos Barão de Itararé
  • CIMI – Consejo Indigenista Misionario
  • CMP – Central de Movimentos Populares
  • MMC – Movimento de Mujeres Campesinas
  • CMS – Coordinación de Movimientos Sociales
  • Colectivo Intervozes (por la democratización de los medios)
  • CONEN – Coordinación Nacional de las Entidades Negras
  • Consulta Popular
  • CTB – Central de los Trabajadores y Trabajadoras del Brasil
  • CUT- Central Única de los Trabajadores
  • Fetraf – Federación de los Agricultores Familiares
  • FNDC – Foro Nacional por la Democratización de los Medios
  • FUP – Federación Única de los Trabajadores Petroleros
  • Juventude Koinonia (iglesias tradicionales)
  • Levante Popular da Juventude
  • MAB – Movimento dosa tingidos pro barragens
  • MAM – Movimento Nacional pela soberania popular frente a Mineração
  • MCP movimento campones popular, de Goias
  • MMM – Marcha Mundial de Mulheres
  • Movimentos de la Via Campesina
  • MPA – Movimento de los Pequeños Agricultores
  • MST – Movimiento de los Trabajadores Rurales Sin Tierra
  • SENGE/PR- Sindicato de los Ingenieros del Paraná
  • Sindipetro – Sindicato de los Trabajadores Petroleros de São Paulo
  • SINPAF – Sindicato de los Trabajadores e Investigadores de Embrapa y Codevasf
  • UBES – Unión Brasileña de Estudiantes de Secundaria
  • UBM – Unión Brasileña de la Mujer
  • UJS – Unión de la Juventud Socialista
  • UNE – Unión Nacional de los Estudiantes
  • UNEGRO – Unión Nacional del Negro

Traduction : Thierry Deronne

Pour soutenir concrètement le Mouvement des Travailleurs Sans Terre, on peut écrire à Lucas Tinti, prointer@mst.org.br

URL de cet article : https://mouvementsansterre.wordpress.com/2013/06/21/bresil-rapport-du-mouvement-des-travailleurs-sans-terre-et-lettre-des-mouvements-sociaux-a-dilma-roussef/

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