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João Pedro Stedile : « Nous exigeons des élections directes immédiates et l’application d’un programme populaire d’urgence »
25 mai 2017, 6:15
Filed under: Analyse, Appel à mobilisation, Lutte, répression de l´Etat

« Elections directes tout de suite ! »

João Pedro Stedile, dirigeant du Mouvement des travailleurs ruraux sans terre (MST) et de la coalition « Front Brésil populaire », composée par plus de 80 organisations populaires et de partis de gauche, analyse dans cet entretien réalisé le 18 mai 2017 pour le journal Brasil de Fato la situation politique brésilienne. Il indique également les différentes sorties de crise possibles pour le pays et le rôle que vont avoir les organisations populaires dans les semaines et mois à venir. Pour lui, le moment est « décisif » et « le candidat des travailleurs est Lula, parce qu’il est le représentant de la majorité du peuple brésilien, le seul capable de s’engager dans un processus de changement et d’appuyer notre plan d’urgence ».

Mémoire des luttes publie, dans une version enrichie de quelques précisions factuelles, ce document.

Brasil de Fato (BdF) : Pourquoi le mastodonte médiatique Globo trouve intérêt à diffuser des enregistrements compromettant pour Michel Temer et pourquoi insiste-il pour que soit organisée une élection indirecte pour désigner un nouveau président ?

João Pedro Stedile (JPS) : Le réseau Globo est devenu le principal parti de la bourgeoisie brésilienne. Il préserve les intérêts du capital, se sert de sa capacité de manipulation de l’opinion publique et articule son action aux autres pouvoirs idéologiques de la bourgeoisie : pouvoir judiciaire, certains magistrats et l’ensemble de la presse. Ils savent que le Brésil et le monde sont plongés dans une grande crise économique, sociale et environnementale provoquée par le fonctionnement du capitalisme. Au Brésil, cette crise est devenue une crise politique parce que la bourgeoisie avait besoin d’exercer son hégémonie directement au sein du Congrès et sur le gouvernement fédéral de sorte à faire porter tout le poids de la sortie de crise sur la classe des travailleurs. De ce point de vue, Globo est donc promoteur et gestionnaire du coup d’Etat.

Pour autant, installer Michel Temer au gouvernement après la destitution de Dilma Rousseff fut comme se tirer une balle dans le pied si l’on considère que les soutiens de ce dernier – d’après Eduardo Cunha lui-même [ancien président de la Chambre des députés, allié de Michel Temer et purgeant désormais une lourde peine de prison pour corruption] – constituent un groupe de « délinquants  », opportunistes et corrompus, non préoccupés par la mise en place d’un projet bourgeois pour le pays, mais seulement par leurs intérêts personnels.

L’opération « Carne fraca » [Stedile fait référence au démantèlement, en mars 2017, d’un réseau de vente de viande avariée impliquant inspecteurs sanitaires, fonctionnaires du ministère de l’agriculture et groupes agroalimentaires] fut une seconde balle tirée dans le pied qui est venue ajouter au discrédit du Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB) – le parti de Temer –. En effet, plusieurs de ses membres y étaient impliqués. Ce faisant, ce beau monde s’est mis à dos un secteur de la bourgeoisie agro-exportatrice. Maintenant, la bourgeoisie a besoin de construire une alternative à Temer. La forme que prendra cette alternative va se décider dans les heures ou les jours à venir. Elle pourrait prendre la forme de la démission de Temer, d’un jugement du Tribunal suprême électoral ou bien d’une accélération des demandes de destitution déjà soumises au Congrès. Dans quelques semaines, on saura qui va le remplacer et plusieurs facteurs détermineront ce choix. Le résultat ne sera pas le fruit d’un plan machiavélique d’un secteur – Globo par exemple – mais la conséquence d’une réelle lutte de classes, et de la manière dont ces dernières agiront dans les heures, jours et semaines à venir.

BdF : Comment est organisé le camp des golpistes ?

Il est divisé depuis 2014. Et ceci est un atout. Lors des coups d’Etat antérieurs, celui de 1964, et pendant le gouvernement de Fernando Henrique Cardoso en 1994, la bourgeoisie était unie et dirigée par une seule direction. Elle portait un projet pour le pays et disposait d’une arrière garde importante au sein du capitalisme nord-américain.

Aujourd’hui, elle n’a pas de projet pour le pays. Elle a perdu le soutien des américains parce qu’elle s’est alignée derrière Hillary Clinton pendant la dernière campagne présidentielle. Elle cherche uniquement à préserver ses propres intérêts économiques. Comme le dit le sociologue José de Souza Martins (membre du Parti de la social-démocratie du Brésil – PSDB), « les réformes de la protection sociale et du travail sont des mesures capitalistes qui augmentent l’exploitation des travailleurs, mais qui sont aussi contradictoires avec le développement d’un projet capitaliste de pays  ».

Les golpistes n’ont pas non plus une seule direction. Ils sont divisés entre le pouvoir économique (Henrique Meirelles – le ministre de finances –, JBS, etc.), le groupe des « délinquants  » du PMDB (Romero Juca, chef de la coalition gouvernementale au Sénat, Eliseu Padilha, ministre de la Casa civil [équivalent de premier ministre], Temer, Moreira Franco (secrétaire général de la présidence) qui détiennent le pouvoir législatif mais qui commencent à se fissurer aussi (on l’a vu avec le cas de Renan Calheiros). Il existe, en plus, un groupe idéologique composé de Globo et du pouvoir judiciaire, qui doit aussi faire face à des nombreuses contradictions internes. Personne n’a une idée claire à propos du remplaçant de Temer.

La situation idéale pour eux serait de neutraliser Lula, d’instaurer un gouvernement de transition, accepté par la majorité de la population, dont la ministre Carmen Lucia [présidente de la Cour suprême] pourrait être à la tête jusqu’en 2018 – et se mettre en situation de gagner les prochaines élections.

Mais la division se manifeste aussi dans la désignation des candidats, puisqu’ils n’ont pas réussi encore à créer un nouveau Fernando Henrique Cardoso ou un Collor. Ils testent auprès de l’opinion publique des noms comme João Doria, l’actuel maire de Sao Paulo – ou Luciano Hulk. Mais ils savent, à partir des sondages, qu’ils ne sont pas viables et qu’ils ne feraient qu’aggraver la crise politique.

BdF : Dans ce contexte, que peuvent faire les travailleurs et les organisations populaires ?

JPS : Nous débattons depuis l’année dernière au sein des plus de 80 mouvements populaires et organisations politiques qui font partie du Front Brésil populaire et pensons que l’issue possible pour la classe des travailleurs se trouve dans un ensemble des mesures complémentaires. Premièrement, faire tomber les golpistes et suspendre toutes leurs mesures législatives prises contre le peuple. Ensuite, mettre en place un gouvernement de transition qui convoque l’élection présidentielle pour octobre 2017 et qui étudie une réforme politique immédiate pour garantir l’exercice réel de la volonté du peuple, et enfin qu’un nouveau Congrès soit élu.

Il faut aussi que le nouveau gouvernement s’engage, dès sa prise de fonction, à convoquer une Assemblée constituante exclusive destinée à bâtir un nouveau modèle démocratique qui définisse le régime électoral du pays.

En parallèle, nous proposons un « Plan populaire d’urgence » qui comporte plus de 70 mesures urgentes – qui, d’après nous, devraient sortir le pays de la crise économique, sociale et politique –. Le gouvernement de transition et le nouveau gouvernement devront le mettre en oeuvre.

Pendant la campagne électorale, il faut discuter d’un nouveau projet pour le pays, qui prenne en compte les réformes structurelles indispensables à court et moyen terme, telles que la réforme fiscale, la réforme des médias, la réforme agraire et même la réforme du pouvoir judiciaire. Mais pour que cela soit possible, il faut que les travailleurs, que les masses, occupent les rues de manière urgente. C’est là que le peuple peut exercer sa force, lors des mobilisations, lors des occupations de terrains et avec la pression populaire. Je crois que dans les prochaines heures et les prochains jours, il y aura des réunions d’assemblée pour fixer le calendrier précis des manifestations. Nous pensons de notre côté que la semaine prochaine sera décisive. Nous voulons camper devant le Tribunal électoral suprême pour nous assurer de la démission des golpistes et de la détention des corrompus dénoncés par Joesley Batista.

Nous voulons organiser de grandes mobilisations dans toutes les capitales et les grandes villes du pays le dimanche 21 mai. Nous voulons faire du 24 mai une grande journée de mobilisation nationale à Brasilia, mais également dans tout le pays en occupant les Parlements locaux, les routes. Le peuple veut rentrer dans la lutte et faire pression pour accélérer les changements attendus.

BdF : Les élections directes peuvent-elles apporter des avancées pour le pays ? De quelle manière ? Qui pourraient être les candidats ?

JPS : Bien sûr, les élections directes pour élire un président et un nouveau parlement sont une nécessité démocratique indispensable pour sortir le pays de la crise politique. Seul le résultat des urnes peut amener un gouvernement représentant les intérêts de la majorité et ayant la légitimité nécessaire pour réaliser les changements en faveur du peuple qui permettront la sortie de la crise économique. Parce que c’est la crise économique qui est à la base de toute la crise sociale et politique. Le candidat des travailleurs est Lula, parce qu’il est le représentant de la majorité du peuple brésilien, le seul capable de s’engager dans un processus de changement et d’appuyer notre plan d’urgence.

Il y a aura probablement d’autres candidats, tels que Bolsonaro, le représentant de l’extrême droite, Marina Silva, qui essaiera de capter l’électorat du centre mais dont la base réelle est seulement l’église de « l’Assemblée de Dieu ». Les « tucanos » [nom familier donné aux membres du PSDB] sont en crise à cause de l’implication de Alckin dans plusieurs dénonciations. Doria n’est qu’un playboy de cinquième catégorie. Et le réseau Globo n’a pas eu le temps de construire une alternative comme il l’avait fait avec Collor en 1989.

BdF : Comment empêcher les retours en arrière imposés par l’agenda des golpistes  ?

JPS : Mobiliser, lutter et ne pas abandonner les rues. Dans les prochains jours, nous allons travailler dans la perspective de la grève générale indéfinie. La bataille des prochains jours sera décisive afin de fixer un cap pour le pays dans les années à venir. La force de la classe des travailleurs ne peut s’exprimer que dans les rues.

 

Source : https://www.brasildefato.com.br/2017/05/18/stedile-precisamos-de-elecciones-directas-ya-y-de-un-plan-popular-de-emergencia/



Mouvement des Sans Terre : l’appel de Fortaleza


unnamedInspirés par les luttes paysannes du Ceara, nous, coordinatrices et coordinateurs nationaux du Mouvement des Travailleurs Sans Terre, nous sommes réunis à Fortaleza, revendiquant la mémoire et l’exemple de Fidel Castro, du centenaire de la Révolution russe et du cinquantenaire du martyr de Che Guevara, pour étudier la conjoncture politique et agraire de notre pays et projeter les défis et les tâches pour la prochaine période.
Il y a une crise structurelle du capitalisme, accentuée depuis 2008, expression des crises économique, politique, social et environnementale, représentée par des propositions autoritaires et fascistes, qui menacent les droits humains des travailleurs et les biens de la nature dans le monde entier. Dans ce contexte, pour que le Capital continue à s’approprier les ressources économiques de la société, il est nécessaire de supprimer les droits historiques de la classe travailleuse afin que ces ressources soient à la disposition exclusive du marché financier. Le Coup d?État et les actes institutionnels du gouvernement illégitime du Brésil, comme la réforme de la sécurité sociale, la réforme du travail, le PEC55 et l’abandon au privé des ressources pétrolières du Pré-Sal, sont des exemples de ce mouvement. Face à ce scénario :

1. Nous réaffirmons la nécessité de réformes structurelles et d’une Réforme Agraire Populaire, qui garantisse la souveraineté alimentaire, la souveraineté nationale contre la vente des terres au capital étranger et la défense des biens de la nature, l’eau (particulièrement l’aquifère Guarani), la terre, les minerais, le pétrole et la biodiversité. Nous sommes contre, et nous combattrons, la Mesure Provisoire 759 de recul de la Réforme Agraire, qui privatise les terres destinées à la Réforme Agraire, en les transformant en marchandises, qui légalise les usurpateurs de terres publiques et exclut du processus d’assentamentos les travailleurs et travailleuses occupant les terres et vivant dans des campements.

2. Nous lutterons contre la privatisation des terres, déguisée en attribution de titre de propriété et qui veut se débarrasser des « assentados », comme mécanisme d’exclusion des politiques de réforme agraire. Nous exigeons l’enregistrement des lots et des assentamentos sous la forme de « Concession de droit réel d’usage de la terre » -CDRU et l’interdiction de vente des terres des assentamentos.

3. Nous nous engageons à lutter avec l’ensemble des travailleurs et travailleuses contre la réforme de la sécurité sociale, la réforme du travail et les autres mesures qui retirent des droits historiquement conquis. Nous nous engageons à la construction du Front Brésil Populaire et à son enracinement dans les communes.

4. Nous sommes solidaires de toutes les formes de luttes et de résistance contre le Coup d’Etat et nous appuierons tous les secteurs de notre peuple qui se mobilisent par la lutte, depuis les peuples indigènes et quillombolas jusqu’aux étudiants dans les écoles occupées pour la défense de l’enseignement public. Ainsi, nous nous joindrons aux journées de luttes du 8 au 15 mars, convoquées par la Confédération nationale des travailleurs de l’Education (CNTE).

5. Nous dénonçons la criminalisation de la lutte sociale qui utilise des arguments juridiques pour poursuivre et condamner la lutte sociale sans preuve et au service des intérêts du capital, résultat de l’orgueil, de l’arrogance et de l’autoritarisme d’un Pouvoir Judiciaire plein de privilèges, mais sans aucun engagement social. Nous exigeons la libération de tous les travailleurs emprisonnés et persécutés.

6. Nous appelons toutes les femmes du monde rural et des zones urbaines à une grande journée de lutte le 8 mars. Les travailleuses sont les plus atteintes par la réforme de la sécurité sociale, ce qui augmente les inégalités de genre dans une société machiste et patriarcale.

7. Nous combattrons la vente de terres au capital étranger, le recul de la réforme agraire et le modèle d’agrobusiness lors des journées de lutte et les occupations au mois d’avril. De plus, nous proposons la réalisation d’une grande Marche Nationale à Brasilia, au courant du second trimestre, pour dénoncer les mesures du gouvernement « golpiste ».

8. Nous défendons la convocation d’élections générales au Congrès et à la Présidence de la République, pour que soit rendu au peuple le droit de choisir ses représentants.

9. Nous travaillerons avec le Front Brésil Populaire et les autres organisations de travailleurs et travailleuses pour construire un Programme d’Urgence qui combatte le chômage, l’inégalité de revenus et la perte de droits. Nous appelons les travailleurs et les travailleuses pour que, dans la prochaine période, nous puissions construire de grandes mobilisations de la classe travailleuse autour du droit à la Terre, au Logement et au Travail.

10. Nous affirmons notre engagement de solidarité avec la lutte de tous les peuples du monde, face à l’offensive du capital, à l’autoritarisme des gouvernements, à la prépondérance de l’empire des Etats Unis, aux guerres insensées, pour la défense des droits de tous les peuples pour la justice et l’égalité.

Nous nous engageons comme militants, hommes, femmes et jeunes à assumer nos tâches pour la défense du peuple brésilien.

Lutter ! Construire la Réforme Agraire Populaire !

Fortaleza, 27 janvier 2017c2eghvuxaaejg3c



 Mobilisations internationales « TEMER , DEHORS »

marcha_contra_temer.jpg_1718483346Chers compagnons et compagnes internationalistes,

La lutte contre le Coup d’État au Brésil et contre le gouvernement illégitime de Michel Temer continue.

Le 18 juillet, le Collectif national du Front Brésil Populaire a débattu de la conjoncture politique du pays. Malgré les difficultés induites par un rapport de forces institutionnel défavorable, nous sommes arrivés à la conclusion que la destitution n’est pas une fatalité ; le processus peut donc être inversé.

C’est pourquoi, il est fondamental pour nous de reprendre le processus de mobilisations de rues et la dénonciation internationale, qui continue  d’être un moyen de pression fondamental sur les Sénateurs et même sur le gouvernement « golpiste ».

Au Brésil, nous allons continuer les événements et les mobilisations nationales, en donnant la priorité à quelques dates clés :

  • 05 août : Ouverture des Jeux Olympiques – Mobilisation nationale sur le thème « Temer, Dehors » et sur la dénonciation du Coup d’Etat, à Rio de Janeiro.
  • 9 août : Date prévue pour le premier vote en plénière du Sénat – Marches dans toutes les capitales du pays.
  • Du 24 au 29 août : Période du vote final du Sénat – Manifestation nationale à Brasilia.

Nous appelons tous nos camarades internationalistes, les brésilien(e)s résidant à l’extérieur, les mouvements et organisations de travailleurs du monde entier, à organiser des événements devant les ambassades et les consulats brésiliens, des manifestations de rue, des rassemblements devant vos parlements pour exiger la non-reconnaissance du gouvernement illégitime de Temer, et toute action possible contre le Coup d’État et pour le « Temer Dehors », renforçant ainsi au niveau international les actions au Brésil.

Nous envoyons en annexe un flyer pour dialoguer avec la société, qui explique à la population le Coup d’État et les mesures du gouvernement « golpiste ». Il est en portugais, anglais, espagnol et français. Ceci pour une large diffusion et reproduction.

La solidarité et l’appui de la classe ouvrière du monde et de tous les secteurs démocratiques et progressistes est fondamental pour que nous parvenions, ensemble, à vaincre le processus en cours .

Le Coup d’État contre la démocratie brésilienne est un coup contre toutes les démocraties du monde !

TEMER DEHORS ! 

LA VERITE SUR LE COUP D’ETAT

La destitution d’un président de la République n’est possible, selon notre Constitution, que s’il a commis un crime.

Les auteurs de la demande de destitution de la Présidente Dilma Roussef argumentent qu’elle a utilisé la procédure de « pédalages » budgétaires.

Cette pratique ne constitue pas un crime et a déjà été utilisée par d’autres présidents, comme Fernando Henrique Cardoso et Lula.

Michel Temer, quand il était Vice-Président en exercice, a utilisé cette même procédure lorsqu’il devait assumer la présidence.Il y a plus de 24 gouverneurs dans tout le pays qui l’ont utilisée, y compris Geraldo Alckim, de São Paulo et l’ex-gouverneur de Minais Gerais, Aécio Neves.

Si le Tribunal Fédéral Suprême était fidèle à la Constitution, il devrait annuler ce processus.

Le jugement de la présidente est tellement manipulé que, parmi les députés qui ont approuvé le coup d’État, plus de 100 d’entre eux sont l’objet d’instructions dans le cadre de l’opération Lava Jato (Enquête contre la corruption lié à l’entreprise Petrobras).

Le rapporteur de la procédure au Sénat est le sénateur du Minais Gerais Antônio Anastasia, ex-gouverneur de son Etat, qui a aussi pratiqué des « pédalages » budgétaires pendant les cinq années de son mandat.

Le sénateur Romero Jucà (PMDB-RO) a révélé, dans des enregistrements de conversations téléphoniques avec ses alliés, que le véritable objectif de la destitution est d’arrêter l’  « opération Lava Jato », car la présidente Dilma refusait de protéger les parlementaires impliqués. A cause de cela, entre autres, ils se sont mis d’accord pour appuyer Michel Temer et ses plans de coup d’Etat.

Avec la crise économique et politique, le gouvernement de la présidente Dilma a diminué les contrats publicitaires avec les grandes entreprises de communication , comme Globo et l’Editeur Abril. Leurs propriétaires, mécontents, se sont mis à promouvoir les manifestations contre le gouvernement et pour la destitution de la Cheffe d’Etat.

Le fait est que la destitution, sans base légale, s’apparente à un coup d’état, organisé par les politiciens les plus corrompus, les grands moyens de communication et les entreprises anti-patriotes.

LE GOUVERNEMENT ILLEGITIME DE TEMER EST CONTRE LES TRAVAILLEURS ET CONTRE LE BRESIL .

Il a pris une mesure provisoire qui autorise la privatisation d’entreprises d’État dans le secteur électrique, les ports et les aéroports brésiliens.

Il  a préparé une loi qui permet au capital étranger d’acheter intégralement nos entreprises aériennes, ainsi que les terres et les ressources naturelles.

Il favorise le maintien des taux d’intérêt les plus hauts du monde, ce qui va provoquer en 2016 le transfert de 500 milliards de reais du Trésor National vers les banques et les plus riches, qui détiennent des titres de la dette nationale.

Il a autorisé l’augmentation des salaires du Pouvoir Judiciaire, représentant un déficit de 60 milliards dans les comptes publics.

Il a fermé plusieurs ministères qui se préoccupaient des intérêts de la population la plus pauvre, comme le Ministère du Développement Agraire et le Secrétariat des Droits humains.

Il a rédigé un projet de loi qui retire l’obligation de participation de 30% de l’entreprise Petrobras dans les champs du pré-sal. C’est-à-dire que 30% des hydrocarbures trouvés au Brésil reviennent obligatoirement à Petrobras.

Il a annoncé un projet de loi, contraire à la Constitution, qui en terminerait avec les dépenses publiques obligatoires dans les domaines de la santé et de l’éducation.

Il a annoncé qu’il va modifier le système de protection sociale, en augmentant l’âge minimum de départ à la retraite et obligeant les femmes à avoir le même temps de travail que les hommes pour prétendre à la retraite. Il veut aussi supprimer l’indexation du montant minimum de la retraite, qui bénéficie aux plus pauvres, sur l’augmentation annuelle du salaire minimum.

Il a réduit les budgets pour le programme de logements populaires « Ma Maison, Ma Vie », qui prévoyait la construction de 700 000 maisons juste pour 2016. Probablement, cette année, nous n’arriverons pas à 30 000  maisons construites dans tout le pays.

LE GOUVERNEMENT TEMER EST ANTIDEMOCRATIQUE

Il a constitué un gouvernement composé uniquement d’hommes, riches, blancs et plutôt “ de la vieille politique”.

Dans ce gouvernement, il y a déjà trois ministres qui ont dû démissionner à cause de dénonciations pour corruption et divers autres sont impliqués dans des procès.

En politique extérieure, il a donné des signes clairs d’un réalignement sur les intérêts du gouvernement des États-Unis. Il dit qu’il va sortir du Mercosur (Marché commun du Sud) et de l’Unasul (Union des Nations sud-américaines), et aussi abandonner les liens historiques avec l’Afrique. Il ne cache pas qu’il sera soumis aux pays les plus riches et à leur intérêts.

Il a nommé un général pour le Cabinet de Sécurité institutionnelle, en réactivant l’Agence Brésilienne d’Intelligence (Abin) contre les mobilisations sociales et les mouvements populaires.

C’EST LE PEUPLE BRESILIEN QUI PAIE LA FACTURE DU COUP D’ETAT

La crise économique est de plus en plus importante, augmentant les sacrifices pour les travailleurs, provoquant le chômage et la diminution des salaires.

Le Coup d’État a paralysé des entreprises stratégiquement importantes pour le pays, dans les secteurs de la construction civile, de l’industrie navale et de la défense nationale. Il a aussi affecté les compagnies qui dépendent du marché interne et de l’augmentation des revenus de la population.

L’entreprise Petrobras est secouée par la démission de milliers de travailleurs et la vente des actifs. Peut-être veulent-ils créer les conditions pour la rendre inefficace et justifier sa privatisation ?

La violence policière contre les plus pauvres et les mouvements populaires qui défendent les droits des travailleurs a augmenté.

CE QUE NOUS EXIGEONS

Que la présidente Dilma Roussef soit déclarée innocente par le Sénat, refermant ainsi la farce du coup d’État, respectant ainsi les 54 millions de brésiliens qui l’ont élue en 2014.

L’engagement de la Présidente Dilma sur un nouveau programme de gouvernement, qui affronte la crise, avec des politiques publiques en faveur des travailleurs.

Respect de tous les droits du travail et sociaux, conquis et consacrés par la Constitution brésilienne.

Sanction à tous les corrompus, quelque soit leur parti, que ce ne soit pas seulement les dirigeants du PT qui soient sanctionnés, mais aussi ceux de tous les autres partis.

Engagement de réaliser une profonde réforme politique, qui garantisse au peuple le droit d’élire ses vrais représentants, avec une mise en œuvre pour les élections de 2018.

Engagement d’une nouvelle loi pour les moyens de communication, qui rompe avec le monopole de  Rede Globo et des autres entreprises familiales, en démocratisant la production d’information et de culture.

URL de det article: http://wp.me/p27hZR-sK



BRÉSIL : LE MOUVEMENT DES SANS TERRES RÉAGIT À LA VENTE DE TERRES
23 juillet 2016, 7:32
Filed under: Appel à mobilisation, Lutte

Publié le 22 Juillet 2016 par Bolivar Infos. Telesur, 22 juillet 2016. Traduction Françoise Lopez.

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Le Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terres (MST) a assuré qu’il réagirait par des occupations si le président provisoire du Brésil Michel Temer prend la décision de permettre la vente de terres aux étrangers.

« Nous allons donner un avertissement aux entreprises : si on prend cette décision irresponsable, ils n’oseront pas acheter des terrains ici parce que nous allons occuper toutes les zones qui auront été cédées au capital étranger.

Stédile a fait cette annonce au Premier Festival National des Arts et de la Culture de la Réforme Agraire qui a eu lieu à en Belo Horizonte après que des médias aient révélé les intentions de Temer de faciliter l’acquisition de terres brésiliennes aux étrangers.

Pour cela, a rappelé l’Agence Brésil, il faudra réévaluer un avis du Barreau Général de l’Union qui, en 2010, a interdit la vente de la terre aux étrangers.

Dans une autre partie de son intervention, le dirigeant des Sans Terres a critiqué la décision du président de supprimer le Ministère du Développement Agraire qui, a-t-il dit, a représenté un préjudice incalculable car ce organe était le responsable d’une série de politiques publiques destinées à la production d’aliments.

Il a aussi accusé le gouvernement provisoire de vouloir relever l’âge de la retraite dans le cadre d’une proposition de réforme de la sécurité sociale et a déploré qu’il ait donné l’autorisation de pulvériser des substances chimiques contre le moustique Aedes aegypti par avions.

D’autre part, Stédile a annoncé que le Front Brésil Populaire dont font partie le MST et d’autres mouvements sociaux envisage une grève générale avant le vote qui clôturera le processus de procès politique contre la présidente Dilma Rousseff au Sénat.

La destitution n’a rien à voir avec les erreurs de Dilma et encore moins avec ce qu’on appelle les pédalages fiscaux, a-t-il dit et il a souligné qu’en réalité, cela répond à un plan des élites pour imposer une politique néolibérale et réduire les droits des travailleurs.

Même le Ministère Public Fédéral a reconnu qu’il n’y a pas eu de délit. C’est comme si quelqu’un était condamné pour l’assassinat d’une personne vivante, a-t-il affirmé.

Le contexte

Le Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terres (MST) est né suite à la conjonction de différents facteurs socio-économiques entre les années 1975 et 1985. Il a 3 objectifs : la terre, la réforme agraire et une société plus juste.

Il utilise des formes de lutte comme les manifestations de rues, les concentrations régionales, les audiences avec les gouverneurs et les ministres, les grèves de la faim, les campements dans les villes.

Source en espagnol :

http://www.telesurtv.net/news/Brasil-Movimiento-Sin-Tierra-reaccionara-a-venta-de-suelos–20160722-0002.html

URL de cet article :

http://bolivarinfos.over-blog.com/2016/07/bresil-le-mouvement-des-sans-terres-reagit-a-la-vente-de-terres.html



Défis pour l’organisation populaire dans le monde entier, par Joao Pedro Estedile
imagesLors de divers échanges et réflexions entre nos mouvements, en analysant l’époque actuelle, nous sommes tombés d’accord sur le fait que nous assistons au déclin du capitalisme industriel –et des structures sociales qui en ont découlé –, devant l’hégémonie du capital financier et spéculatif, sur fond de crise structurelle financière, mais aux répercussions plus vastes puisqu’il s’agit d’un phénomène systémique.
Parallèlement à cette transformation, le capital, national et international, passe à l’offensive, cherchant par tous les moyens à s’approprier toutes les richesses de la nature (biodiversité, terres, eau, oxygène, etc.), principalement par le biais de l’industrie minière, des centrales hydroélectriques et nucléaires, qui provoquent de graves dégâts tels que la destruction des écorégions, le changement climatique, les expulsions, etc. ; et qui affectent également de façon directe la souveraineté des pays et des peuples.
C’est dans cette dynamique que s’inscrit la crise climatique caractérisée par les sécheresses, inondations, ouragans, incendies, pénurie d’eau et une myriade de problèmes qui détériorent les conditions de vie sur la planète, dont les premières victimes sont les populations les plus pauvres soit près de 3 mille millions de personnes dans le monde. Et simultanément se greffe la crise de l’énergie sur laquelle le modèle énergétique basé sur les combustibles fossiles s’est pratiquement effondré.
De plus, nous assistons à une crise alimentaire, car les sources de nourriture, bases de la vie et de la reproduction humaines, ont été commercialisées, standardisées et monopolisées par seulement 50 firmes transnationales dans le monde. Il en résulte que quelques 900 mille millions de personnes souffrent de la faim et que la sécurité alimentaire de tous les peuples se trouve menacée.
Dans le même ordre d’idées, nous sommes confrontés à la fois à l’augmentation de l’insécurité de l’emploi et au recul des droits des travailleurs. Tant et si bien que presque partout, le chômage augmente chaque année, surtout parmi les jeunes où il atteint les 50% dans certains pays.
Globalement, il s’agit d’une dynamique marquée par une concentration croissante de la propriété, des terres, richesses, villes, moyens de communication et instruments politiques, aux mains d’une minorité de capitalistes, qui ne dépasse pas 1% de la population mondiale : 737 compagnies, 80% du secteur financier et 147 firmes transnationales. Alors que 70% de la population mondiale détient seulement 2,9% des richesses.
De plus, n’oublions pas que les Etats-Unis d’Amérique et leurs alliés du G8, par le biais de l’Organisation Mondiale du Commerce contrôlent l’économie mondiale grâce au pouvoir du dollar, des accords de libre-échange (TLC’s). Ne perdons pas non plus de vue, qu’entre la machine de guerre et la maîtrise des médias, ils imposent leurs intérêts à l’humanité.
Et dans la mesure où, au niveau mondial, la puissance du monde de l’entreprise impose sa domination sur l’économie et les gouvernements, ceux-ci peuvent même se réunir, simplement pour ne rien décider, on note une dégradation flagrante de la démocratie et des formes de représentation, étant donné qu’elles ont cessé de répondre aux intérêts des citoyens. Ce processus est tout à fait évident dans les organismes internationaux, comme dans la plupart des pays où, bien que le système d’élections reste en place, le peuple n’a aucun droit de participation directe au pouvoir politique. En règle générale, les pouvoirs publiques n’accordent pas la priorité aux besoins des plus pauvres, ou alors appliquent des politiques compensatoires qui ne résolvent pas le problème de fond.
Par ailleurs, les guerres en cours sont stupides et inacceptables, en ce sens qu’elles se traduisent par la perte de millions de vies innocentes, dans le seul but de protéger les intérêts économiques, énergétiques, géopolitiques des pays impérialistes, qui, très souvent utilisent de faux prétextes ethniques, religieux ou de « lutte anti-terroriste ».
Dans ce scénario gravite le contrôle monopolistique des médias, non seulement par appât du gain mais pour exercer une domination idéologique sur les masses populaires. C’est par ce moyen que l’on prône et amplifie une culture mercantilisée, qui défend les fausses valeurs de la surconsommation, de l’égoïsme et de l’individualisme.
Et il est intéressant de remarquer que les secteurs universitaires et scientifiques ont été manipulés et utilisés à seules fins d’augmenter la productivité et les bénéfices du capital, sans tenir compte des besoins des peuples.

La nécessité de nous structurer

Pour faire face à cette réalité, nous devons reconnaître en premier lieu que nous nous trouvons devant une crise de projet alternatif, ce qui rend difficile la mise en oeuvre de processus d’unité et de programmes propres à modifier l’équilibre des forces. C’est un fait, malheureusement, les organisations populaires manquent encore de poids, et rencontrent de nombreuses difficultés pour mener leurs actions, car nous vivons une période historique de reflux des mouvements de masse.
De façon générale, les luttes sociales en sont encore à la phase de « protestations » et non à la structuration d’un projet de société englobant les travailleurs et les mouvements sociaux en s’appuyant sur la solidarité, l’égalité et tout particulièrement la justice, point essentiel s’il en est, car sans elle point de futur.A cet égard, nous tenons à évoquer le Rassemblement Mondial des Mouvements Populaires (EMMP), qui s’est tenu à Rome et au Vatican (27-29 octubre 2014), sous l’égide du Pape François [« Este encuentro de Movimientos Populares es un gran signo » – Papa Francisco [2014-10-28] en esp], en termes d’expérience positive qui a mis en évidence, une fois de plus, les impératifs d’organisation et de cohésion pour travailler à l’unité des travailleurs du monde entier, en toute autonomie vis à vis des Etats-gouvernements, partis politiques, religion et institutions analogues, sans pour autant rompre les relations ou interrompre le dialogue.

Pour les mêmes raisons, nous avons convenu de continuer à rassembler les secteurs les plus importants et diversifiés qui revendiquent les droits à la terre et à la souveraineté alimentaire, les droits au logement et les droits civiques en contexte urbain, les droits du travail, la fin des guerres génocides et le droit à la souveraineté des peuples, les droits de la nature et de l’environnement.
Cela devrait nous amener, par voie de conséquence, à affiner un programme qui tienne compte de la conclusion de l’EMMP : « la cause de tous les maux sociaux et environnementaux doit être recherchée dans la nature injuste et dégradante du système capitaliste qui place le profit au-dessus de l’être humain. L’énorme pouvoir des firmes transnationales qui prétendent tout absorber et privatiser -marchandises, services, pensée – est le premier instrumentiste de cette destruction» [« Declaración final Encuentro Mundial Movimientos Populares » – [2014-10-29] en esp].
En ce sens, le défi passe par l’élaboration d’un projet alternatif au capitalisme qui regroupe les forces des différents secteurs sociaux à l’échelle mondiale. Cela implique, bien sûr, une théorisation capable d’appréhender la réalité existante en lien avec les luttes sociales, car ce sont elles qui bâtissent et modifient l’équilibre du pouvoir dans la société ; et l’organicité entre les défenseurs du peuple.
Selon nous, cela renvoie à l’importance du travail de base et de la formation comme processus permanents, où se conjugue la relation pratique-théorique-pratique, qui se nourrissent mutuellement. Par conséquent, il ne peut y avoir de place pour l’activisme s’il ne reflète pas nos actes ni de théorie éloignée des luttes et pratiques quotidiennes. Après tout, les changements que nous désirons ne dépendent pas de nous autres, individus, mais de notre capacité en tant que classe ouvrière à nous organiser, nous battre et nous faire entendre. C’est pourquoi nous prenons l’engagement de créer des écoles de formation politique afin d’élever le niveau de sensibilisation de nos bases.
Un autre axe fondamental pour nos organisations et la coordination internationale vient du défi que nous devons relever face au pouvoir médiatique devenu médiateur des pouvoirs en place, devant l’érosion des partis politiques, et donc en soutien à l’ idéologie de nos sociétés gouvernées par les idées des pouvoirs hégémoniques.
C’est à dire que nous nous heurtons à un pouvoir médiatique très centralisé, tant au niveau mondial qu’à l’échelle nationale, qui tente de contrôler les idées, les désirs et l’opinion publique, ce qui en fait un instrument virtuel de répression idéologique contre toute lutte sociale. C’est pourquoi dans notre combat pour une vraie démocratie, où le peuple puisse réellement présider à sa propre destinée, nous exigeons, en premier lieu, la démocratisation des médias.
Dans cette optique il nous incombe donc de favoriser et soutenir nos propres médias et de les connecter en réseau, tout en rejoignant les médias alternatifs et populaires et la lutte pour la démocratisation de la communication afin de contrer l’hégémonie médiatique et culturelle.
– João Pedro Stedile est membre de la Coordination Nationale du MST et de la Vía Campesina Brésil. Membre du Conseil de l’ALAI.
Ce texte fait partie de la Revue Amérique Latine en Mouvement (Revista América Latina en Movimiento), No.500 de décembre 2014, sur le thème de « América Latina: Cuestiones de fondo» – [http://alainet.org/publica/500.phtml]
Traduit de l’espagnol pour El Correo par : Florence Olier-Robine
 Source:  http://alainet.org/active/79664


Les Sans Terre organisent une grande mobilisation pour la terre et contre la répression des grands groupes économiques

odebÀ travers tout le pays, des milliers de militant-e-s du Mouvement des travailleurs ruraux sans terre (MST) ont réalisé, des dernières semaines, plus de 60 occupations de grandes propriétés terriennes, de bâtiments publics, ainsi que des blocages de routes et des marches dans les capitales de São Paulo, Salvador, Belo Horizonte e Recife. Les actions font partie des Journées nationales de lutte pour la réforme agraire, qui ont débuté à la fin de ce mois d’avril.

 

Dans l’Etat de São Paulo, 1500 Sans Terre, après avoir réalisé une marche de trois jours, se joignaient, à leur arrivée dans la capitale, aux militant-e-s du MTST (Mouvement des Travailleurs Sans Toit) pour occuper les locaux de l’entreprise de construction Odebrecht. Odebrecht SA est le plus grand groupe industriel brésilien, le plus grand constructeur de barrages au monde et une des plus grandes entreprises de construction du pays. L’entreprise participe à la construction plusieurs stades de football prévus pour la Coupe du Monde au Brésil. Odebrecht SA investit aussi aujourd’hui dans les secteurs immobiliers et agroalimentaire. Elle a notamment racheté l’usine Alcídia, qui transforme de la canne-à-sucre en éthanol dans la région du Pontal do Paranapanema, située dans l’Etat de São Paulo et dominée par la monoculture de canne-à-sucre. Ces dernières années, l’entreprise a aussi profité des programmes de sous-traitance lancés par le gouvernement Brésilien, notamment en remportant la gestion de l’aéroport de Galeão (ville de São Paulo). En 2010, Odebrecht SA a destiné 10,8 millions de reais au financement de partis politiques, dont le Parti des Travailleurs (PT, parti de la présidente Dilma Rousseff), en pleine campagne électorale (voir l’article de Anne Vigna dans le Monde diplomatique Brésil: http://www.diplomatique.org.br/artigo.php?id=1501).

 

La mobilisation conjointe du MST et du MTST (un des mouvements urbains les plus combatifs au Brésil ces dernières années) se fait à partir d’une réalité sociale commune: dans les villes comme dans les campagnes, ces dernières années ont été marquées par une expulsion toujours plus grande des populations pauvres de leur habitat, sous la pression des grandes entreprises de l’agroalimentaire (dans les campagnes) et de l’immobilier (dans les villes) – qui sont parfois les mêmes, comme dans le cas d’Odebrecht SA.

 

Lors de son sixième Congrès national, en février de cette année, le MST avait défini le renforcement de l’unité entre travailleurs des villes et des campagnes comme une de ses priorités. Face aux mobilisations importantes, la répression a été extrêmement violente. Le 2 mai, dans l’Etat du Ceara (Nord-Est), deux Sans Terre étaient gravement blessés par balles – ils participaient de l’occupation d’une grande propriété terrienne dans la municipalité d’Ibaratema. Dans la nuit du 4 mai, dans l’Etat du Paraná (Sud du pays), l’agriculteur et militant du MST Valdair Roque était tué à coups d’arme à feu, lors d’une embuscade. Le 7 mai, deux membres du MST, Francisco Laci Gurgel Fernandes et Francisco Alcivan Nunes tombaient sous les balles de tueurs à moto, peu après une mobilisation qui avait réuni 500 membres du MST dans la région d’Apodi (Etat du Rio Grande do Norte, Nord-Est du pays), lieu d’intenses disputes entre petits agriculteurs et grandes entreprises de l’agronégoce. Il y a quelques semaines, un rapport international rappelait que le Brésil est un des pays les plus dangereux au monde pour les personnes qui luttent pour la redistribution des terres.

 

Source : http://amisdessansterre.wordpress.com/2014/05/09/mobilisations-pour-la-terre-et-assassinats-au-bresil/



Interview de Gilmar Mauro : la lutte au Brésil et à l’échelle internationale

Gilmar Mauro, membre de la direction nationale du MST Entretien avec Gilmar Mauro, membre de la direction nationale du Mouvement des Travailleurs ruraux Sans Terre (MST), réalisé par Victoria Darling, du Monde Diplomatique, publié sur le site du MST (www.mst.org.br, le 19 mars 2014).

Traduction : blog Amis des Sans Terre (www.amisdessansterre.wordpress.com)

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En trente années de lutte, quelles ont été les conquêtes du MST?

Le MST est l’organisation paysanne qui compte la durée d’existence la plus longue. Les organisations qui ont existé par le passé ont été détruites, en grande partie par la répression. Le coup d’Etat militaire de 1964 a mis fin aux Ligues Paysannes [Organisation paysanne qui a essaimé, principalement au Nord-Est du Brésil, à partir de la moitié des années 1950, occupant de grandes propriétés agricoles et revendiquant une réforme agraire, Note de la Traduction], mais aussi aux autres mouvements qui luttaient pour la terre. Le fait de célébrer nos trente années d’existence nous permet de récupérer l’histoire de la lutte pour la terre et la réforme agraire au Brésil. Nous sommes les continuateurs d’un processus. Deuxièmement, nous avons réussi, dès le début, à distinguer clairement la direction à suivre. Quelle est cette direction? Continuer à lutter pour la terre, lutter pour la réforme agraire et la transformation sociale. Bien que nous ayions pu penser, à un certain moment, que nous arriverions peut-être à atteindre une reforme agraire de type classique, redistributive et marquée par le productivisme de l’époque, nous n’avons jamais douté que, pour que la reforme agraire soit réalisée, des altérations seraient nécessaires dans la structure du pouvoir. Changer la structure du pouvoir en place n’est pas une tâche qui incombe seulement au MST: elle repose sur les épaules de l’ensemble de la classe travailleuse. Nous avons toujours eu l’intime conviction que c’était par la lutte que nous allions y arriver. Pas parce que nous trouvons joli de vivre sous des baraquements couverts de bâches… C’est une expérience difficile, lourde, mais c’est une condition qui est imposée à la classe travailleuse. Et la lutte y acquiert une double signification: bien que la mobilisation se fasse, dans un premier temps, pour un objectif économique, le sujet se transforme, durant ce processus, en sujet politique. La lutte est un espace de formation très important. Les personnes apprennent, en une journée de lutte, ce qu’elles n’ont pas appris durant toute leur vie. La lutte est élémentaire, mais fondamentale pour réveiller la conscience politique. Nous avons réussi à construire une organisation qui va au-delà de la lutte pour la terre, qui puise des ingrédients dans l’éducation, la communication, la production, comprenant que la lutte pour la terre et la réforme agraire va bien au-delà de la conquête d’un bout de terre. Nous serons de sans-terre tant qu’il y aura une seule famille sans terre dans ce pays.

Cette année, em raison de la tenue de la Coupe du Monde puis des élections, nous aurons une conjoncture atypique au Brésil. Quelles sont les potentialités et les difficultés pour le MST dans ce contexte ?

D’habitude, les années électorales sont difficiles pour nous. D’abord parce qu’il est évident que, comme toute la société brésilienne, nous participons aussi au processus électoral. Mais nous ne lui donnons pas priorité. Notre priorité est l’organisation interne, la lutte. Normalement, au cours des années électorales, il est difficile de réaliser de grandes mobilisations. Cela peut changer cette année, car le Congrès national du MST a commencé par une mobilisation [le 17 février, le MST a organisé, dans le cadre de son sixième Congrés national, une grande Marche à travers Brasilia, terminant par des actions devant le Palais présidentiel et le Suprême Tribunal Fédéral, NdT]. C’est une symbolique intéressante pour toute la classe travailleuse. Deuxièmement, je crois qu’il y aura de grandes mobilisations jusqu’au mois de juin. Nous préparons, pour les mois d’avril et mai, de grandes journées de mobilisation. Ensuite, il est possible qu’apparaissent de nouvelles grandes mobilisations en raison des grands et nouveaux investissements réalisés pour la Coupe du Monde, en plus des autres problèmes qu’affronte la société: nous n’avons pas de sécurité, pas de santé, pas d’éducation; ce n’est pas qu’elles n’existent à proprement parler, mais c’est une santé précaire, une éducation précaire. Il y aura de grandes mobilisations de masse dans la jeunesse. Il est évident que notre mouvement s’y joindra. Je pense que ces mobilisations ne sont pas encore en condition de mettre à l’ordre du jour de nouvelles formes organisationnelles, mais qu’elles sont très importantes. Les marches de la jeunesse ont montré à la société brésilienne que des conquêtes sociales sont possibles, par la mobilisation. Maintenant, peut-être que le grand défi est de transformer ce processus de mobilisation en processus organisationnels consistants, qui avancent dans la perspective, non seulement de mettre en question des problèmes sociaux, économiques et médiatiques, mais de transformer ceux-ci en une interprétation profonde de la réalité sociale, pour élever la conscience politique et avancer vers un processus plus organisé.

Jusqu’aux élections, le MST peut-il avoir des attentes face au gouvernement actuel? Comment est cette relation [avec le gouvernement ] aujourd’hui ?

Non. Il est évident que, comme dirigeants d’un mouvement social, nous nous rendons toujours aux réunions pour y négocier quelque chose. Une organisation qui ne répond pas aux nécessités de sa base sociale n’a pas de raison d’être. Nous devons donc donner des réponses sur la bâche [les baraques des campements du MST sont recouvertes d’une bâche noire, NdT] qui s’est déchirée, le manque de nourriture, tout cela. C’est pour cela qu’il est difficile d’être un mouvement social. Peut-être est-il plus facile d’être un parti; vous n’aimez pas l’opposition, vous entrez en conflit. Ici non, vous devez répondre à des besoins quotidiens, mais faire le lien entre ce quotidien et la réflexion politique. C’est une construction d’un pouvoir populaire. Que serait le pouvoir populaire sans une mise en discussion des questions locales? On ne peut pas penser la transformation sociale de façon générique. Evidemment, je ne crois pas qu’il y aura de grands changements en termes de réforme agraire. Maintenant, nous allons lutter, pousser, faire en sorte qu’il y ait de grandes désappropriations de terres, des conquêtes, parce qu’elles sont importantes et nécessaires pour notre base. Mais sans créer l’illusion que la réforme agraire va arriver. Ce que nous avons jusqu’à aujourd’hui sont des politiques de création d’assentamentos [grandes propriétés désappropriées et redistribuées à des familles sans-terre, qui reçoivent le droit de les cultiver, NdT], et une terre concentrée. Le capital concentre une grande proportion des terres dans l’agriculture. Une réforme agraire au Brésil va dépendre d’un large débat avec la société. Dans ce sens, notre défi est de réaliser ce débat à partir de trois questions. La première: comment voulons-nous utiliser le sol, l’eau, la biodiversité et toutes les ressources naturelles, y compris minérales. [Avec le système actuel,] nous empoisonnons le sol, l’eau, nous expulsons les gens des campagnes, concentrant les richesses et détruisant la biodiversité. La deuxième question est: quel type de nourriture voulons-nous manger? Quel type de nourriture l’humanité veut-elle manger ? Si c’est celle que nous mangeons maintenant, nous n’avons plus besoin de reforme agraire. Troisième question: quel type de paradigmes technologiques voudrons-nous utiliser ? Nous défendons l’agroécologie, qui n’est pas un retour au passé. Nous voulons la technologie! Une technologie qui augmente notre productivité, pour diminuer la souffrance au travail, pour avoir du temps libre, pour que nous puissions étudier, etc. Ces trois questions – et il y en a d’autres –, nous devons les discuter avec toute la société. Si nous voulons autre chose que la réalité actuelle, alors nous devons savoir que la réforme agraire est quelque chose de très moderne, un changement du modèle agricole qui ne dépend pas seulement de nous, mais d’un large débat, mené principalement avec l’ensemble de la classe travailleuse. Voilà le grand défi pour la période à venir.

APERTURA 5Vous avez parlé de pouvoir populaire, ce qui est directement lié au thème du Congrès du MST: “Lutter, Construire la Réforme Agraire Populaire”. Quelle est cette spécificité de la nature populaire de la réforme agraire proposée par le MST?

Tout d’abord, une reforme agraire classique, dans le sens de celles développées pour dépasser l’ordre féodal, n’a plus sa place au Brésil. Pour dépasser le féodalisme, le capitalisme a réalisé des réformes agraires, comme moyen de stimuler le marché. Cela ne s’applique pas au Brésil, le Brésil est né capitaliste. Deuxièmement: il est nécessaire de penser à un nouveau modèle agricole: pas une réforme agraire de type redistrivutive-productiviste. Nous ne devons pas concourrir avec l’agronégoce sur son terrain – «nous sommes plus productifs que vous» -, ce n’est pas la logique à suivre. La logique à suivre est celle de la qualité de la production. Troisièmement: une réforme agraire dépend de l’appui et de la participation populaire. Quatrièmement: la réforme agraire telle que nous la comprenons dépend d’une pression populaire très large, de l’organisation de la classe travailleuse. Elle va se faire du bas vers le haut, pas du haut vers le bas. La réforme agraire est populaire, parce qu’elle va être construite par le peuple. Bien sûr, notre volonté est de réaliser nous-mêmes la réforme agraire, sans aucun Etat! Mais elle bute sur nos forces insuffisantes. Donc notre idée est de nous renforcer et, pendant cette période de renforcement, de réaliser des luttes. Il existe un processus d’institutionnalisation: lutter, faire des conquêtes et institutionnaliser ces conquêtes. Il y a là une contradiction: on lutte contre la grande propriété et on distribue de petits lots de terres; ce qui crée une contradiction, en générant la petite propriété. Mais il vaut mieux cette contradiction que celle du latifundium [grande propriété] dans les mains d’une seule personne. Stimuler cette construction fait partie d’un processus qui consolide de fait le pouvoir populaire. Et là, nous devons discuter les questions locales, l’assentamento dans son espace concret. Aujourd’hui, le MST est présent dans mille municipalités. Imaginons que, les cinq prochaines années, nous arrivions à être présents dans deux, trois mille municipalités brésiliennes, en lien avec d’autres secteurs de la classe travailleuse. Imaginons qu’un jour nous arrivions à soulever ces deux, trois mille municipalités. Cela changerait les rapports de force de manière significative. Il ne suffit pas d’avoir un bon discours, de bonnes idées, détachées des actions concrètes. Il faut de bonnes idées et de bonnes actions. Aujourd’hui encore, quand nous parlons du MST, nous nous concentrons uniquement sur la réalité du Brésil, comme si la lutte était exclusivement brésilienne. Le MST est le plus grand mouvement paysan d’Amérique latine et a une vertu merveilleuse, partagée par peu d’autres mouvements: l’unité. Vous arrivez à résoudre à l’interne les différences, en avançant de manière unifiée. Quels sont les enseignements que le MST peut partager avec les autres mouvements sociaux d’Amérique latine? La première grande leçon est la suivante: il est nécessaire de mettre dans la tête de tout le monde que ce n’est pas une demi-douzaine de dirigeants qui vont réaliser des changements sociaux ou la réforme agraire. Le gars qui a lu trois livres et se prend pour un grand penseur… C’est la classe travailleuse qui va réaliser ces changements ! Et plus on inclut de gens, plus les personnes participent, plus il y a de militantes, plus grand sera le travail réalisé. Deuxièmement: on ne peut pas imposer les choses. Chacun a sa vision. Il n’y a pas de vérité absolue, mais de nombreuses vérités, construites historiquement, qui doivent être dites. Troisièmement, et là, je suis gramscien, je crois que l’intellectuel est collectif, donc que le processus va opérer du bas vers le haut – c’est la classe travailleuse qui doit être la protagoniste. La grande tâche est celle de l’organisation. Nous n’allons pas faire la réforme agraire à la place des sans-terre. Ce sont les sans-terre organisés qui vont la faire. Mon opinion est qu’une erreur commise collectivement vaut mieux que la meilleure réussite du meilleur des comités centraux – comme l’a déjà dit Rosa Luxemburg.

On peut considérer que la classe travailleuse d’Amérique latine a des particularités communes, liées à sa trajectoire historique. Le MST voit-il l’Amérique latine comme un niveau spécifique de lutte?

Pas forcément, mais c’est notre priorité d’action, bien sûr. Parce que c’est notre continent, qui a été exploité et colonisé au même moment. Il est évident qu’il existe des particularités au niveau des langues mais, en général, nous souffrons les mêmes problèmes, historiques et actuels. Principalement, nous savons que c’est un continent sur lequel vit encore une grande quantité de paysans, de populations indigènes. Cette catégorie sociale a donc une force très grande. Il est évident que notre priorité est l’Amérique latine, mais notre rêve est d’essayer de construire – ici, nous allons rêver à haute voix! – une Internationale au-delà de la Via Campesina. La Via Campesina est un espace important, mais comment pouvons-nous avancer vers un espace qui puisse regrouper d’autres secteurs de la classe travailleuse dans la lutte internationale ?

Quel message pouvez-vous transmettre à la société, nationale et internationale, comme résultat du sixième Congrès National du MST?

Nous avons montré, lors de notre Marche, un élément symbolique: lutter. Il faut lutter. Il faut aussi débattre avec la société car, sans sa participation, le MST n’a pas de sens et nous n’avancerons pas vers la réforme agraire. Nous avons survécu, durant ces trente années, grâce à la solidarité de notre pays et de la communauté internationale. Nous avons passé des moments difficiles, comme lors du gouverment Collor [Fernando Collor, président de 1990 à 1992], puis celui de Fernando Henrique [Cardoso, président de 1995 à 2002]. Je voudrais, au nom du MST, remercier pour toute cette solidarité. Nous n’avons pas besoin de beaucoup de choses, seulement les uns des autres. On ne peut donc pas avancer vers une autre perspective de société si nous ne marchons pas ensemble, avec nos différences. Il n’y a pas de vérité absolue, de théorie unique; il y en a beaucoup, mais nous devons construire des ingrédients communs, des actions communes, et aller de l’avant. Je veux, pour cela, remercier tout le monde qui nous a aidé, au nom du MST, et qui continue à nous aider. Nous allons avoir besoin de beaucoup d’aide dans la prochaine période, et vous pouvez aussi compter sur notre solidarité.

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