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Un court-métrage produit au Venezuela parle de la relation du paysan à la terre

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Source : page officielle du Mouvement Sans Terre (Brésil), 4 septembre 2016.

Par : Luara Dal Chiavon

Photos : Thierry Deronne et Pablo Kunich

Ce film est un des résultats d’un atelier de cinéma et d’agroécologie réalisé à Caquetios du 19 au 23 août 2016 dans l’école de formation que construit le Mouvement des Sans Terre au Venezuela, dans l’État de Lara, à plus de 400 kilomètres de Caracas. Le court-métrage “La terre est à tous” décrit de manière poétique la relation des paysan(ne)s à la terre, et sera présenté par Alba TVwww.albatv.org ce mercredi 7 septembre 2016.

Les ateliers ont été menés en partenariat avec l’École Populaire et Latino-Américaine de Cinéma, TV et Théâtre (qu’on peut découvrir et soutenir ici :https://www.kisskissbankbank.com/soutien-a-l-ecole-populaire-et-latino-americaine-de-cinema-theatre-et-television-eplacite) et avec le Collectif France-Amérique Latine Bordeaux (FAL 33), pour près de 50 membres de mouvements sociaux et collectifs du Venezuela.

Autre collectif participant : ALBA TV, télévision participative créée il y a 10 ans et qui, en plus de son site Web www.albatv.org, diffuse en numérique sur près de la moitié des états vénézuéliens. L’objectif de cette chaîne est de construire et de diffuser l’agenda des mouvements sociaux du Venezuela et d’Amérique Latine.

Le Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre du Brésil a également participé à l’atelier de l’EPLACITE mené sous la férule des frères Luis et Andrés Rodriguez.articulo-2

Le cinéma comme outil de lutte

L’École Populaire et Latino-Américaine de Cinéma, Théâtre et Télévision (EPLACITE), fondée au Nicaragua par le belgo-vénézuélien Thierry Deronne il y a trente ans et ancrée depuis 20 ans au Venezuela, a pour objectif de former les adhérents des mouvements sociaux et populaires au cinéma entendu comme outil de lutte.

Pour Thierry, le court-métrage produit durant l’atelier “est un travail participatif, de nombreuses mains ont porté et orienté la caméra, beaucoup de regards ont cherché à percer les apparences du réel, beaucoup d’idées se sont rassemblées – personne ne sait tout mais chacun sait quelque chose – et cet effort de créer un cerveau collectif s’accompagne d’une grande sensibilité. C’est dans le temps – temps de la rencontre, de la réalisation, du montage – que réside la possibilité d’accéder au monde de l’Autre, et à l’autre monde possible”.

Professeurs invités de l’École Populaire et Latino-Américaine de Cinéma, les cinéastes Luis et Andrés Rodriguez, primés internationalement pour certains de leurs films comme “Brèche dans le silence” (Venezuela, 2012) ont dirigé les quatre jours d’atelier pour près de 20 militants des mouvements sociaux du Venezuela et du Mouvement des Sans Terre du Brésil – membres de la Brigade Internationaliste Apolônio de Carvalho présent depuis 10 ans au Venezuela à l’invitation de Hugo Chavez pour développer des projets de semences autochtones et de communication populaire.

La méthodologie suivie par ces cinéastes s’apparente à celle des mouvements sociaux : dialogue, participation intense et création collective. Après avoir revisité quelques concepts du langage cinématographique, on passe à l’observation de la réalité pour que deux sous-groupes tournent les images-visions librement rêvées et élaborées par chacun(e). Ces tournages intensifs durent deux jours et chacun(e) peut manier la caméra et composer les plans. Le résultat est ce court-métrage de 11 minutes, monté sur place et projeté au collectif de participants ainsi qu’à la communauté populaire voisine qui a participé au tournage.

Pour le cinéaste Luis Rodriguez, “les jeunes ont abordé de manière assez intuitive le travail de l’image autour du thème de la relation à la terre, de la relation de l’être humain a la terre. C’est un peu le thème central abordé dans l’atelier, en symbiose avec l’espace de Caquetíos où nous avons vécu ces quatre  jours”.

Son frère le cinéaste Andrés Rodriguez travaille dans la même perspective d’accès à l’universel à partir du local : “Nous avons beaucoup souffert du regard de l’extérieur sur nous, qui est toujours en train de nous superviser, ou d’élaborer nos discours et de dire qui nous sommes. Notre identité doit être construite plan par plan, avec la sueur, la passion, le sang, avec beaucoup de force pour faire face aux voix de ceux qui veulent nous conquérir, nous coloniser à travers des discours. Il s’agit de construire une identité propre, libre, à partir de notre manière de voir les choses, de nos idiosyncrasies, c’est une lutte que nous devons mener avec beaucoup de force” souligne-t-il.

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Agroécologie : échange d’expérience entre peuples

Parallèlement et durant ces quatre jours, 30 militants ont participé à l’atelier d’agroécologie et de permaculture offert par l’association française FAL-33 (France –Amérique Latine Bordeaux).

Gloria Verges, membre de ce collectif et qui a donné l’atelier en compagnie de Chloé Jareno et de Franck David de http://www.saluterre.com/, explique qu’un des buts fondamentaux de l’apprentissage des participants fut qu’ils prennent conscience , à partir d’un projet initial et de la vision de la permaculture, d’une nouvelle philosophie de vivre la terre en pensant aux générations futures, de manière soutenable, pour élaborer une vision encore manquante de l’intégralité du processus : “Ils possédaient de nombreux éléments de connaissance qui sont autant de petits éléments de permaculture, mais il manquait la vision intégrale, globale et systémique. L’atelier a renforcé les pratiques qu’ils menaient déjà, en les intégrant dans une vision globale ”.

Caquetios, école en construction

Une des tâches des Sans Terre au Venezuela est de contribuer à la construction d’un espace de formation latino-américain sur les terres de Caquetios, ancienne hacienda expropriée par le gouvernement Chavez, transformée en Unité de production alimentaire (UPSA), puis cédée au mouvement brésilien non seulement comme espace productif pour contribuer à alimenter la population vénézuélien mais aussi comme espace de formation pour les mouvements sociaux d’Amérique Latine.

De cette manière le Mouvement des Sans Terre cherche à dépasser les frontières géographiques et à contribuer à la lutte internationaliste dans toute l’Amérique Latine, à partir d’une pédagogie paysanne, qui refuse de séparer la théorie de la pratique, et veut les construire conjointement. En d’autres termes, sur ce lieu où on produit les aliments, il s’agit aussi de produire des connaissances. Et de contribuer depuis une réflexion pratique à faire avancer l’unité des peuples et le socialisme latino-américain.articulo-4

Célia Cunha, militante des Sans Terre travaille depuis près de dix ans au Venezuela: “Parler de souveraineté c’est parler de semences. Et pour parler de semences nous devons parler de semailles, de récoltes, de mise en culture, et cela passe par un travail de base, de conscientisation. Il ne s’agit pas seulement de distribuer les semences, il faut aussi que ce processus s’accompagne d’un processus de prise de conscience”.

Célia insiste par ailleurs sur le défi que représente l’organisation même des processus de formation, le débat sur le thème des semences comme souveraineté et leur redistribution aux familles, en garantissant un processus d’accompagnement, pour que dans un an le contexte soit différent. Et l’unité est fondamentale pour réussir ce processus : “nous savons que nous ne mènerons pas ce processus seuls, mais avec l’engagement des paysannes et des paysans du Venezuela, des collectifs (…) C’est pourquoi notre tâche est de jeter des ponts entre eux”.

 

Source : http://www.mst.org.br/2016/09/04/curta-metragem-produzido-na-venezuela-discute-a-relacao-do-campones-com-a-terra.html

Texte : Luara Dal Chiavon

Edition : Iris Pacheco

Traduction : Thierry Deronne

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Rude coup pour l’agrobusiness: les députés chavistes votent la Loi des Semences

CW4v2l5UkAAQYhVAprès deux ans d’un débat marqué par  la forte participation des mouvements sociaux (dont l’équipe des Sans Terre au Venezuela), le parlement vénézuélien, qui dispose jusqu’au 5 janvier 2016 d’une majorité chaviste, a approuvé le projet de la Loi des Semences (nous avons rendu compte sur ce blog de la longue marche de cette loi d’initiative populaire, NdT) (1)

Les organisations qui ont défendu cette loi la définissent comme « fruit d’un consensus anti-OGM et anti-brevet ». Depuis plusieurs jours les citoyen(ne)s avaient manifesté leur appui sur les réseaux sociaux ou depuis les balcons de  l’hémicycle aux député(e)s qui discutaient et votaient les articles de ce texte.

Son élaboration a commencé en octobre 2013 sous l’impulsion de mouvements paysans, d’organisations écologistes, de mouvements politiques et sociaux qui appuient le processus révolutionnaire. L’objectif du texte est de promouvoir la production d’aliments sur la base d’une conception agro-écologique, d’interdire les OGM, et de retirer aux grands groupes privés un négoce potentiel qui brasse des milliards de dollars dans le monde entier.

L’approbation de la loi repose sur les articles 127 et 305 de la Constitution Bolivarienne. L’article 127 stipule que “l’État protègera l’environnement, la diversité biologique, les ressources génétiques, les écosystèmes, les parcs nationaux et le patrimoine naturel, ainsi que toute zone qui revêt un intérêt écologique particulier. Le génome des êtres vivants ne peut faire l’objet de brevet commercial et la loi sur la bioéthique régulera cette matière. C’est l’obligation fondamentale de l’État de garantir que la population puisse vivre dans un milieu libre de pollution, où l’air, l’eau, les sols, les côtes, le climat, la couche d’ozone, les espèces vivantes seront protégées spécialement, conformément à la loi”.

Pour sa part l’article 305 prévoit : “l’État encouragera l’agriculture soutenable comme base stratégique du développement rural intégral afin de garantir la sécurité alimentaire de la population, comprise comme la disponibilité suffisante et stable d’aliments dans le cadre national et l’accès opportun et permanente à ceux-ci par les consommateurs”.

En fait la loi applique le mandat constitutionnel sur des thèmes sensibles comme l’interdiction de breveter le vivant. Son objet est de « préserver, protéger, garantir la production, la multiplication, la conservation, la libre circulation et l’usage des semences autochtones; ainsi que la promotion, la recherche, l’innovation, la distribution et l’échange de celles-ci, à partir d’une vision agro-écologique socialiste, en privilégiant la production nationale de semences”.CWSFA5OWsAEtRhcCWTTK52WwAMJoiL

Réactions de l’entreprise privée

Cette politique va en sens inverse de celles impulsées depuis une dizaine d’années, y compris dans des pays considérés comme progressistes – le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay, par rapport à des pays néo-libéraux comme le Mexique, la Colombie, le Pérou, le Chili. Alors que tout le continent reste dominé par le modèle des transnationales qui contrôlent le marché des semences dans le monde: Monsanto, Syngenta, DuPont, Dow, Bayer, BASF-, au Venezuela la Révolution Bolivarienne a choisi la voie d’un modèle écosocialiste, tracé dans la plate-forme électoral de Chavez puis de Maduro : le Plan de la Patrie 2013 – 2019. (2)

La nouvelle norme a fait l’objet des critiques de l’opposition de droite, qui a refusé de voter en sa faveur. Après la séance, le député Ivan Colmenares, de l’État de Portuguesa, a déclaré que “cette loi de semences n’est pas viable vu sa nature trop idéologique, son caractère anti-OGM et son caractère anticonstitutionnel”. Colmenares la considère comme “discriminatoire envers le secteur privé et envers la population qui n’est pas alignée sur le processus de changement. Elle est également très contradictoire puisqu’elle défend les semences originaires des ethnies et des paysans sans propositions tangibles pour leur production ”.

Cette position exprime directement la position de la principale Chambre de l’agro-business, Fedeagro, dont le président Antonio Pestana, dès le lendemain des élections législatives du 6 décembre qui ont vu la nette victoire de la droite, demandait que «soit donné en priorité un coup d’arrêt à la Loi des Semences ”.

Pour le représentant patronal, cette loi serait approuvée par des personnes qui « de manière irrationnelle, font passer leur idéologie avant tout autre chose ”. Il a rapidement révélé la sienne : “Il y a un autre thème qui est celui de la Commission Nationale de Biosécurité. Nous devons permettre à nos chercheurs de parler d’OGMs; si ceux-ci sont mauvais pour la santé des vénézuéliens alors il faut empêcher leur entrée dans le pays, mais s’ils disent qu’ils ne nuisent ni à l’environnement ni aux consommateurs, nous devons permettre que les agriculteurs vénézuéliens puissent opter pour cette technologie qui a donné de bons résultats dans d’autres pays ”.

En outre Fedeagro a exigé que soit éliminée la Loi des Terres de 2001 – une des “causes” qui poussèrent le patronat vénézuélien à organiser le coup d’État contre le président Chavez en avril 2002 – et que les terres soient rendues aux grands propriétaires.

Pour les mouvements sociaux il s’agit d’un pas important dans un travail collectif d’organisation qui a pris des années. Il se concrétise dans une bataille plus générale entre deux projets parvenus au plus haut degré d’antagonisme. Si la droite tente d’éliminer la Loi des Terres et la Loi des Semences elle aura face à elle, c’est prévisible, une population décidée à les défendre.

Fernando Vicente Prieto – @FVicentePrieto

Notes:

(1)        Lire notamment « Au Venezuela, le peuple légifère contre Monsanto »https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/12/20/comment-faire-une-loi-au-venezuela/ et « Le Venezuela lutte contre les transnationales en produisant ses semences autochtones”, http://wp.me/p2ahp2-1vp
(2)        Lire « Ce que va faire la révolution bolivarienne de 2013 à 2019 » https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/04/15/ce-que-va-faire-la-revolution-bolivarienne-de-2013-a-2019/

Source : http://notas.org.ar/2015/12/24/asamblea-nacional-venezuela-aprueba-ley-semillas/

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-29x



« NOUS NE SERONS PLUS JAMAIS UNE TERRE SÈCHE ». LUTTES AGROÉCOLOGIQUES ET TRAVAIL DES SANS TERRE DU BRÉSIL DANS LA RÉVOLUTION BOLIVARIENNE

caquetios-38-1200x803Ils n’avaient laissé qu’une terre sèche. Une plaine raclée jusqu’au cœur. Un sol si fatigué de ne produire que de la canne à sucre empoisonnée. Là où on avait cessé de semer, on a continué à labourer, et après le passage et le repassage de la charrue, le vent est venu arracher la couche supérieure. Tout s’est érodé. Les pluies ont emporté ce qui restait. La terre s’est fendue partout et dans ses failles s’est engouffré l’oxygène qui a tué les micro-organismes. Quand elle se craquèle, elle est presque déjà stérile. Imaginez un corps ainsi maltraité, un corps de 2400 hectares. Une chose pareille doit faire mal.

Ces terres se trouvent dans les vallées du Turbio. Elles s’étendent depuis Titicare jusqu’à l’Hacienda Papelón, dans l’état de Lara. Les “propriétaires” antérieurs, un titre que ne méritent pas les grands propriétaires, c’était la famille Sigala. Le terrain était divisé en quatre. Durant de nombreuses années il n’y eut que la monoculture de la canne, à 70%. Après qu’on l’a importée, on n’a plus planté qu’une petite fraction. Ceux qui vécurent au bord de cette broussaille qui puait la féodalité, racontent que lors des dernières années de propriété, elle n’était plus qu’un haras pour que le seigneur des lieux y promène ses amies, pendant que la terre agonisait, devenant boue aride.

En 2004, Hugo Chavez donna l’ordre d’inspecter et de récupérer les terres en friche pour augmenter la production agricole et en finir avec le régime des latifundistes : “Là où il y a une terre abandonnée les mains de l’État doivent s’étendre à travers le ministère de l’Agriculture, pour donner la terre à qui la travaille et pas à qui l’abandonne”. Ainsi fut scellé, trois ans plus tard, le destin des Sigala.

“L’Institut National des Terres (INTI) est venu en 2007. Au moment de récupérer les terres, j’étais  métayer de la ferme à bétail” me raconte Duvalier Palma qui travaillait alors depuis seize ans pour les Sigala.

On ne trouva que quelques vaches, mais aussi des terres incultes et contaminées. Pendant la récolte de la canne à sucre, avant la coupe, on brûlait pour éliminer les résidus et les animaux nuisibles et faciliter la coupe manuelle. On carbonisait ainsi toute la flore et toute la faune. Crises d’asthmes, pneumonies, bronchites pour les enfants et les adultes. Les cendres s’envolaient jusqu’aux câbles de haute tension, ce qui provoquait des coupures, les villages voisins se retrouvant sans électricité. Contre la broussaille on employait des herbicides tels l’Ametrol (toxique, “à user avec modération” dit l’étiquette…) et le 2,4-D, composant chimique de l’ « agent orange » utilisé au Vietnam. Tout cela, drainé par l’eau hautement salubre de la zone, ajouté à l’usage indiscriminé de fertilisants de formule intégrale et à une surdose d’engrais à la longue cancérigène, a produit cette glaise malade.

En 2008 l’INTI est revenu avec son rapport final qui conclut que les terres étaient improductives et qu’il s’agissait de spéculation foncière en vue de construire des résidences secondaires au lieu de produire des aliments. Selon Palma, “peu leur importait que d’ici sorte 45 % de l’eau de Barquisimeto, capitale de l’état; et 100% de l’eau qui va de Palavecino, et ses municipalités”.caquetios-6caquetios-25

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La récupération des sols et le Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre du Brésil

Sont d’abord arrivés l’Institut National des Terres (INTI), la Corporation Vénézuélienne d’Aliments (CVAL), épaulés par les militaires. Jour mémorable pour Palma: “Quand ils ont débarqué ils nous ont demandé où étaient les propriétaires mais comme ils n’étaient jamais ici, ce furent nous, les travailleurs, qui avons répondu présents. On nous a expliqué qu’il s’agissait d’une récupération de terres. Nous savions qu’il s’agissait d’un décret présidentiel et que cela n’affecterait pas les travailleurs. On prit en compte nos suggestions et nos décisions. Avant nous n’avions pas de sécurité sociale et les bénéfices économiques étaient minimes, nous étions assujettis au contrat collectif de la société des cultivateurs de canne à sucre qui ne sont autres que les grands propriétaires. La seule chose que nous mangions, c’était des pâtes et des haricots”.

Suivit l’entreprise socialiste Pedro Camejo. On commença à labourer pour mettre en place un nouveau système productif, d’études de sols, de semis de maïs, de sorgho et de soja. On amena du bétail hollandais-argentin qui permit de produire de 18 à 25 litres de lait par jour. Plusieurs inspections vinrent vérifier si le travail était rentable. Accompagnés de techniciens argentins avec de nouvelles machines, techniques pour semer et un vibrocultivateur pour combler les failles.

Les terres ont été rebaptisées Caquetíos, du nom du peuple indigène qui les habita autrefois. La quantité de fertilisants a diminué et on a organisé quatre unités de production. En 2013 prit fin l’accord de coopération avec l’Argentine.

Le Mouvement des Sans Terre du Brésil (MST) était arrivé au Venezuela en 2005. Une première historique : ce fut la première fois qu’un mouvement social signait un accord direct avec un gouvernement. “Nous sommes arrivés ici avec un objectif clair : contribuer à un processus organique de la révolution, depuis la base, et impulser la production des aliments dans le cadre de la souveraineté alimentaire. Ce qui implique un travail intégral avec les paysans et un débat autour de l’agro-écologie pour changer la manière de produire des aliments” explique Celia Rodrigues, porte-parole du MST.

Revenons à 2013. Le Mouvement des Sans Terre a présenté au Ministère de l’Agriculture un projet de production de légumes sur les terres récupérées. Trois compagnons du M.S.T. étaient chargés d’impulser le projet sous la coordination de la CVAL. Jusqu’à ce moment ils n’avaient pas vu les conditions du sol : “S’ils avaient continué à la traiter ainsi durant cinq ans, sur cette terre n’aurait plus germé une semence” assure Celia.

Cette réalité, ajoutée à une certaine méfiance institutionnelle au sujet de la présence du M.S.T., rendit nécessaire la discussion, la reformulation, et la refonte de l’accord “où nous réaffirmions que nous sommes un mouvement social paysan, que notre relation avec le Venezuela était de l’ordre de la coopération, non de l’intervention. Et que pour que notre apport fût concret et que nous puissions parvenir à des résultats nous avions besoin d’une certaine autonomie, que note expérience était suffisante pour marcher sur nos propres jambes. A partir de là nous fut assignée cette zone pour développer ce projet de production de semences et de formation socio-politique, ce dernier aspect permettant de contribuer au débat avec les paysans sur les actions pour combattre la guerre économique, pour en finir avec la dépendance des transnationales dans l’acquisition des semences et approfondir les actions visant la souveraineté alimentaire.”

Passer du chimique à l’organique, c’est tout recommencer. Il ne s’agit pas seulement d’éliminer une méthode mais d’éliminer une culture paysanne habituée par la force des monopoles à l’usage des agro-toxiques. Sans les utiliser et avec un sol aussi malmené, le projet du M.S.T. réussit à produire une récolte de plus de dix tonnes de pastèques, cinq d’oignons, et d’autres légumes. Cette année on a semé du maïs de la vallée de Guanape, état d’Anzoategui, le maïs de nos indigènes, on a récolté et trié les graines pour les resemer et les redistribuer aux autres producteurs. Le problème principal ? Le blocus d’intrants agricoles et de semences.

“Il y a une campagne de manipulation de la part des transnationales : “la semence autochtone ne germe pas et n’offre pas les mêmes indices de productivité”, ce qui rend difficile ce processus de transition et de conscientisation du paysan sur le fait que les semences n’ont pas besoin de ce package (semences importées + produits agro-toxiques pour éliminer les maladies), et de convaincre que si, c’est possible de récupérer les semences et tout l’apprentissage que nous ont légué nos ancêtres, et qu’a détruit en si peu d’années l’industrie des OGM.” En écoutant Celia nous faisons des calculs terrifiants : si on compare le temps d’intervention des transnationales en zone rurale (près de soixante ans, peut-être moins au Venezuela) aux milliers d’années de culture et de récolte menées avec des techniques inoffensives, on mesure le pouvoir de destruction des transnationales. Ils ont domestiqué notre vie paysanne sans mesurer le coût écologique de cette “haute” productivité.

Un horizon

Quand nous parlons d’agroécologie et de transition, nous parlons de temps et de patience. En  2005, quand les Sans Terre du Brésil sont arrivés au Venezuela, la consommation effrénée des « packages » par les paysans était impressionnante. En 2015, à la suite des pénuries générées par la guerre économique, ces produits sont de plus en plus rares et les paysan(ne)s se retournent vers les techniques traditionnelles. “On se rend compte que ces autres produits sont bons, la situation est difficile mais il faut en profiter. Beaucoup des personnes sont satisfaites des résultats obtenus. Quand on use d’engrais biologiques la qualité des récoltes est égale ou meilleure. Avant on utilisait des fongicides agro-chimiques, maintenant on utilise de l’huile de neem (arbre d’Inde), et aucune maladie n‘a attaqué les cultures”. Pour Celia ce changement est possible et le Mouvemet des Sans Terre continue à parier sur le projet.

Pour récupérer complètement un sol comme celui-ci, il faut au moins sept ans de travail continu. Peut-être est-ce la métaphore la plus fidèle de notre réalité. Au Venezuela, ce territoire spolié surtout depuis son activité pétrolière à partir du XIXème siècle, ce pays dont l’identité fut peu à peu détruite pour finir par s’identifier à ce qui est étranger et artificiel, nous n‘avons encore parcouru que quinze ans d’un changement social sui generis. Comme le sol des Caquetíos, nous sommes en pleines « semailles ».

C’est ce que nous ne pouvons perdre de vue lors du scrutin du 6 décembre. C’est l’heure de mesurer nos forces mais aussi de définir dans quelles mains ira tant de terres, c’est l’heure de savoir si nous retournons à la terre sèche ou si nous continuons à avancer dans la récupération de notre racine féconde.

Texte: Katherine Castrillo @ktikok

Photos : Irene Echenique @Irevendre

Source : http://laculturanuestra.com/venezuela-nunca-mas-seremos-barro-seco/

Traduction : Thierry Deronne

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Haïti : le Mouvement des paysans sans terre du Brésil préconise de s’attaquer aux problèmes structurels
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Port-au-Prince, sept. 2015 — Le Mouvement des paysans sans terre (Mst) du Brésil encourage toutes et tous à s’attaquer aux problèmes structurels de l’agriculture en vue d’une vie digne pour les paysannes et paysans en Haïti.

Depuis l’année 2009, des membres du Mst, présents sur le territoire national, établissent une relation de solidarité entre Haïti et Brésil dans la perspective de s’attaquer aux problèmes structurels de l’agriculture nationale, rappelle le représentant de la brigade du Mst en Haïti, Paolo Almeida, lors d’une visite effectuée à AlterPresse, le jeudi 10 septembre 2015.

Il en a profité pour énumérer quelques expériences, faites dans le domaine de l’agriculture, particulièrement dans la production de riz dans le département de l’Artibonite.

La brigade du Mst est actuellement à pied-d’oeuvre dans la formation technique de cinq jeunes haïtiens en agri-écologie, en accord avec l’organisation paysanne Tèt kole ti peyizan Ayisyen.

« La solidarité exige beaucoup d’efforts. Nous sommes encore en phase de discussion avec un regroupement de 4 organisations paysannes, dénommé 4 je kontre, en vue de déterminer les actions à entreprendre au niveau de l’agri-écologie, la semence et le reboisement », informe Almeida.

Installée dans le pays depuis 2009, cette délégation de solidarité brésilienne coopère avec des organisations populaires et paysannes, dans le cadre de sessions de formation touchant le reboisement, la production, la semence et des canaux d’irrigation.

Initiée avec des Brésiliens, la brigade est, à présent, composée de Cubains et d’Argentins.

Les paysans au Brésil possèdent des terres, sur lesquelles ils pratiquent l’élevage, le reboisement, la reproduction. C’est pareil pour Haïti, reconnaît Paolo Almeida, tentant de souligner un point commun entre les deux pays.

Toutefois, les paysans haïtiens ont besoin de travailler davantage sur la gestion des terres à cultiver afin d’éviter l’érosion, a expliqué Paolo Almeida.

Source : http://www.alterpresse.org/spip.php?article18834#.VfbnZn11yyc



Le Venezuela et le MST luttent contre les transnationales en produisant des semences autochtones

UPSA "Los caquetíos"

L’initiative a pris corps ce samedi 15 mai avec le semis par les organisations communales et paysannes de deux premiers hectares de mais, dans l’unité de Production Sociale Agricole (Upsa) « Los Caquetíos », située sur l’ancienne route Barquisimeto-Yaritagua  (État de Lara, centre occidental du pays). La variété de maïs “Guanape” permet de produire entre 6 et 7 tonnes de semences par hectare. Le plan comprend d’autres semences de légumes comme la tomate, l’oignon, le piment rouge et le persil produits par l’Institut National de Recherches Agricoles (Inia) et concerne dans une première phase, la mise en culture de 38 hectares de semences agro-écologiques, pour être étendu à la région orientale du pays et dans les états d’Aragua et de Carobobo.

afiche_semillaaaaaCette avancée est le fruit d’un accord de coopération entre le Mouvement des Travailleurs Ruraux sans Terre du Brésil, représenté par Celia Rodrigues et Messilene Gorete, coordinatrices de la Brigade Internationaliste Apolônio de Carvalho, le Ministère vénézuélien de l’Agriculture et des Terres dont l’actuel titulaire est José Luis Berroterán, et la FAO (Nations Unies).

« Ce projet est basé sur l’usage de nos semences autochtones, sélectionnées par les producteurs. Il y a une avancée technologique qui va nous permettre de progresser de manière soutenable et sûre : les semences de légumes seront disponible en 70 jours et la semence de maïs en 140 jours. Sans production de semences dans l’agriculture nous continuerons à dépendre des transnationales et nous ne pourrions atteindre la souveraineté alimentaire” a déclaré le ministre Berroteran.

Lancement du plan de production des semences autochtones, UPSA "Los caquetíos", 15 mai 2015

CFTLqH1UkAAfusyCFKqgFbWAAAOX72CFTIg4KW0AI83dFCFTIFLfXIAAYgoICFTIN3qWIAAlJKeCFTLoG0UsAAljI1CFTLt4dVIAEGbmoFAO  (Nations-Unies) : “Nous vivons une nouvelle époque au Venezuela”

MarceloResende16A

Présent lors de ce lancement, le représentant de l’Organisation des Nations Unies pour l’Agriculture et l’Alimentation au Venezuela (FAO), Marcelo Resende, a déclaré : « Je veux, au nom des Nations Unies pour l’Agriculture et l’Alimentation, vous féliciter (…) Ici, nous avons un exemple très vivant de la façon dont les paysans, les paysannes, les conseils communaux, les communes, le Gouvernement sont en train de parvenir à la souveraineté et à la sécurité alimentaire. Par conséquent, félicitations à vous tous pour cette initiative ». Resende a réaffirmé la disposition de la FAO à soutenir le Venezuela dans le développement de sa souveraineté alimentaire : « Nous vivons une nouvelle époque, au Venezuela (…) La FAO se joint à ce projet qui est d’une importance fondamentale pour l’agriculture familiale », a-t-il ajouté au sujet du nouveau programme mis en place grâce à un accord entre le Venezuela et le Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre du Brésil.

En juin 2013, à Rome, Italie, la FAO avait décerné un prix au Venezuela pour avoir relevé par anticipation le défi proposé par le Sommet Mondial sur l’Alimentation de 1996, et qui était de réduire de moitié le nombre de personnes souffrant de malnutrition dans chaque pays avant 2015.

Selon les chiffres de l’Organisation, entre 1990 et 1992, au Venezuela, 13,5% de la population souffrait de la faim alors qu’entre 2007 et 2012, seulement 5% en souffrait encore.

Chaque jour qui passe, la lutte pour la semence continue.

Tandis que le jour se lève sur Montecarmelo (Sanare), les membres de la section locale des Guardianes de Semillas se préparent pour l’assemblée et le travail en commun.

Au même moment à Merida, Lalo boit son café avant de sortir pour prendre soin de la terre et semer des pommes de terre.

Quant à Analia, elle va confier à un laboratoire de Caracas, le soin d’analyser des échantillons de sols et de semences locales. A Carabobo, déambulant dans les couloirs de l’école d’agro-écologie, Magda s’apprête à quantifier la production de la semaine, avant de tenir conseil avec ses compagnons de travail, afin d’améliorer le cursus de formation pour la plantation et l’entretien des semences. Mariana et Alejandro chaussent leurs bottes, avant d’irriguer les différentes aires agro-productives (agriculture urbaine) se situant à Bellas Artes (Caracas).

Viana allaite Simon tout en mettant à jour le blog de la commune, en y ajoutant le projet de loi. Gerardo prend place devant l’ordinateur et envoie un email à ses interlocuteurs : « chers camarades, je vous adresse le projet de loi tel que nous l’avons rédigé en commun, faisant suite à 5 débats, une consultation publique organisée par l’assemblée locale, et des séances de travail avec la commission de l’Assemblée nationale, et les ministères de l’Agriculture et de la Terre ; de l’écosocialisme et de l’Eau. La Loi du Pouvoir Populaire est prête, et la lutte continue ».

Le mouvement Populaire pour la nouvelle Loi sur les Semences regroupe plus de 140 organisations et mouvements sociaux qui se sont donné pour tâche de mettre au point collectivement, une loi nouvelle et révolutionnaire sur les semences. Ce projet de loi, qui va faire l’objet d’une seconde lecture à l’Assemblée Nationale en 2015, s’incrit dans le combat mondial mené contre les organismes génétiquement modifiés (OGM), et toute forme de privatisation de la semence, via les brevets ou les licences d’exclusivité. Etant entendu, que dans cette optique, la semence est un organisme vivant et relève du patrimoine naturel commun. Il s’agit d’un des points-clés de la Loi.

Des 26 au 29 octobre 2012, s’est tenue la Rencontre internationale des Guardianes de Semillas, à laquelle 300 organisations et institutions sociales se sont associées, démontrant solennellement la participation des organisations du pouvoir citoyen à l’élaboration du projet de Loi sur les Semences, qui parachèvera sur le plan juridique/légal l’engagement historique du Venezuela à être un territoire libre d’OGM. C’est à ce titre, que les unes et les autres ont élaboré collectivement la Déclaration de Montecarmelo.

Quelque temps auparavant, le 28 juin 2013, le premier atelier d’élaboration collective de la Loi sur les semences a vu le jour, dans le but d’apporter ses propres contributions au débat. Le 22 octobre de la même année, c’était au tour des porte-parole des mouvements sociaux de se rencontrer, en présence de la seconde vice-présidente de l’Assemblée Nationale -Blanca Eechout- et du député à l’origine du projet de loi. Ces échanges ont débouché sur cet accord fondamental : bâtir sur le mode d’un débat populaire constituant, les termes de la Loi Nouvelle sur les Semences. Un pari fondé sur l’élaboration collective –et sur le mode participatif- du projet de loi, associant tout à la fois les pouvoirs exécutif, législatif et populaire.ley_semillas

Des discussions animées ont caractérisé les débats organisés autour de diverses tables-rondes et de déjeuners pris en commun. Par ailleurs, la résolution a fait valoir que « les semences dont il est question, excèdent un cadre purement local, autochtone, voire même paysan. Il s’agit plus profondément, de graines d’origine africaine, indigène ». Il a aussi été précisé ce qui suit : « nous ne voulons pas l’obtention de licences d’exclusivité. Nous souhaitons la mise en place d’une forme de protection alternative de nos semences, nous garantissant également un accès libre et gratuit à ces dernières ». Cette initiative collective a pris de l’ampleur, puisqu’elle a vu les débats se poursuivre à Lara, Carabobo, La Azulita, Mérida, Barinas, Anzoategui, avant de rejoindre à nouveau l’Assemblée Nationale. Le mouvement retient son souffle. Le législateur prend le relai. Et au sein des commissions techniques, on attend que le débat constitutionnel se traduise par un projet de loi proprement dit.

Le texte est proposé en première lecture à l’Assemblée Nationale. L’écart entre pouvoir constitué et pouvoir constituant est tangible. Puisque dans ce cas de figure, c’est le premier qui imprime sa marque, l’approche qui en résulte ne paraît pas tout à fait conforme aux attentes du peuple. A la suite de quoi, le processus de débat public (relatif au projet de Loi) qui s’enclenche, débouche sur une proposition de Loi, émanation du Pouvoir Populaire. Le peuple s’approprie la technique législative pour la faire sienne et la maîtriser. C’est le peuple législateur qui s’exprime ici. Celui qui participera à toutes les tables-rondes prévues dans le cadre de la consultation publique. C’est ainsi que le projet de Loi prend corps.

Le travail en commun se déroule dans le cadre d’un comité technique. (Ministères de l’Agriculture et des Terres ; de l’écosocialisme et de l’Eau) et Mouvement Populaire pour une Loi nouvelle sur les Semences. On aboutit à un accord, on discute de concepts. Gerardo s’assoit et rédige un email : « chers camarades, je vous adresse le projet de loi tel que nous l’avons rédigé en commun, faisant suite à 5 débats, une consultation publique organisée par l’assemblée locale, et à des séances de travail avec la commission de l’Assemblée nationale, et les ministères de l’Agriculture et de la Terre ; de l’écosocialisme et de l’Eau. La Loi du Pouvoir Populaire est prête, et la lutte continue ».

Deux ans déjà ont passé. Deux années de discussions, et le mouvement s’empare de la rue, essaimant, recherchant, lisant, se formant. C’est le Peuple Légiférant. Un communiqué est rédigé, qui demande que les dispositions suivantes soient appliquées :

– Reconnaissance du Pouvoir Populaire organisé en différentes instances telles que le Conseil Populaire de Sauvegarde et de Protection de la Semence Locale, Paysanne, Indigène et Afrodescendante, les systèmes participatifs d’assurance qualité, les installations de stockage et de préservation des semences, à l’instar des enseignants populaires et des formes traditionnelles d’organisation citoyenne.

– Application de licences libres aux semences, comme mécanisme de protection juridique/légale des connaissances et innovations relatives aux graines, pouvant faire l’objet de droits de propriété intellectuelle sous la forme de brevets. Dans ce secteur, on les appelle les « droits de l’obtenteur » ou « licences exclusives pour la production et la commercialisation ». Ces licences d’exclusivité favorisent la monopolisation, l’accaparement et l’appropriation des semences. Un état de fait allant à l’encontre de notre Constitution Bolivarienne, qui stipule que « le génome des êtres vivants ne peut être breveté ».

L’application de licences libres aux semences que la nouvelle Loi sur les Semences autorise, permet ainsi de protéger les graines contre toute forme d’appropriation privée, (qui restreint les droits d’améliorer, d’utiliser et de partager librement ces dernières) à travers l’établissement d’un contrat de droits non exclusifs. Autrement dit, l’application de licences libres aux semences garantit le caractère anti-brevet du projet de Loi.

-Interdire et sanctionner la production, l’importation, la commercialisation, la distribution, la propagation et l’usage de graines transgéniques, dont la menace qu’elles font peser sur l’agrobiodiversité, la santé des peuples, et la souveraineté de l’Etat est reconnue.

-Reconnaître et revitaliser les connaissances traditionnelles associées aux semences indigènes, paysannes et afrodescendantes, comme patrimoine des peuples et de la nation.

-Promouvoir la revitalisation des systèmes de production, de distribution, de circulation, d’échange et de consommation des semences indigènes, paysannes et afrodescendantes, reposant sur le principe de co-responsabilité.

Au final, une résolution qui engage l’ensemble du mouvement est mise au point : « nous déclarons l’adoption de cette loi révolutionnaire, dont les termes sont issus des discussions antérieures avec le Pouvoir Populaire. Partie prenante de la lutte anti-impérialiste et en défense de la Patrie ». De plus, cette loi nouvelle sur les semences, « reflète l’héritage que nous a légué le président Chavez. Un héritage présent dans notre Constitution Bolivarienne, qui établit ce qui suit : les êtres vivants, mais aussi les connaissances et innovations émanant des peuples indigènes, ne peuvent être privatisés. Par ailleurs, cette loi se place dans le droit fil d’un Venezuela libre d’OGM, selon les propres termes du Commandant Chavez, auxquels il associait la dénonciation de l’agro-business et des semences transgéniques, véritables menaces pour la souveraineté des peuples, et la santé de l’humanité ».

En définitive, l’on peut désormais s’appuyer sur une Loi nouvelle et révolutionnaire sur les semences, issue d’une proposition du Pouvoir Populaire, en accord avec les pouvoirs exécutif et législatif. En attendant le passage en seconde lecture de la proposition de loi à l’Assemblée Nationale, le temps passe, jour après jour, et le secteur de l’agro-industrie pro-OGM tisse sa toile, tandis que la lutte engagée contre lui continue.

Yrleana Gómez

Yrleana Gómez

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Sources : 

http://www.avn.info.ve/contenido/fao-reconoce-avance-venezuela-materia-seguridad-y-soberanía-alimentaria

La Cultura Nuestra http://laculturanuestra.com/?p=438, Texte: Liliana Buitrago. Photos :  Alejandra Teijido; Colectivo Agujero Negro; Yrleana Gómez

Traduction : Jean-Marc del Percio

Voir aussi : « Au Venezuela, le peuple légifère contre Monsanto », https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/12/20/comment-faire-une-loi-au-venezuela/ et « Le Venezuela signe avec les Sans Terre du Brésil un important accord de coopération », https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/10/30/le-venezuela-signe-avec-le-mouvement-des-sans-terre-du-bresil-un-important-accord-de-cooperation/

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-1VP

Venezuela infos

UPSA "Los caquetíos" UPSA « Los caquetíos »

L’initiative a pris corps ce samedi 15 mai avec le semis par les organisations communales et paysannes de deux premiers hectares de mais, dans l’unité de Production Sociale Agricole (Upsa) « Los Caquetíos », située sur l’ancienne route Barquisimeto-Yaritagua  (État de Lara, centre occidental du pays). La variété de maïs “Guanape” permet de produire entre 6 et 7 tonnes de semences par hectare. Le plan comprend d’autres semences de légumes comme la tomate, l’oignon, le piment rouge et le persil produits par l’Institut National de Recherches Agricoles (Inia) et concerne dans une première phase, la mise en culture de 38 hectares de semences agro-écologiques, pour être étendu à la région orientale du pays et dans les états d’Aragua et de Carobobo.

afiche_semillaaaaaCette avancée est le fruit d’un accord de coopération entre le Mouvement des Travailleurs Ruraux sans Terre du Brésil, représenté par Celia Rodrigues et Messilene Gorete, coordinatrices…

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Le Venezuela signe avec le Mouvement des Sans Terre du Brésil un important accord
30 octobre 2014, 12:56
Filed under: Agro-écologie, Formation, Organisation, unité latino-américaine

Le vénézuélien Elías Jaua – ministre des communes et des mouvements sociaux et vice-Président pour le développement du socialisme territorial – vient de signer avec les brésiliens Alexandre Conceiçao – membre de la Direction Nationale du Mouvement des Travailleurs ruraux Sans Terre et Erivan Hilario dos Santos, Directeur de l’École Nationale de Formation Florestan Fernandes, un important accord, qui est l’aboutissement d’un double processus.

D’une part, au Venezuela, la montée en puissance du pouvoir citoyen comme base d’un futur État comunal – avec une demande croissante de formation de la part des nouveaux acteurs sociaux. D’autre part, au Brésil, le travail constant de l’université construite par les Sans Terre (photos) pour que les mouvements sociaux d’Amérique Latine disposent d’un espace permanent d’articulation, d’échange d’expériences et de formation permanente en philosophie, critique de l’économie politique, histoire, théorie de l’organisation politique, question agraire (réforme agraire, rôle de la paysannerie) et sociologie, sous la férule de professeurs volontaires venus du monde entier (1).enff3???????????????????????????????enff2Présenté par Elías Jaua comme “un accord pour la formation des communards, et pour l’organisation et la conscientisation d’un peuple qui lutte pour construire une société socialiste”, le texte porte sur trois objectifs communs :

  • La mise en place de stratégies de coopération en matière d’économie solidaire et communale, de développement local et d’économie sociale;
  • La coordination de stratégies intégrales pour la formation d’entreprises socio-productives;
  • La conception et la réalisation de programmes de formation en matière d’économie solidaire et communale, l’organisation d’entreprises de propriété sociale directe et indirecte au Venezuela.

Des formateurs, techniciens et spécialistes mettront au point ces projets de complémentarité productive, et organiseront des séminaires, ateliers, rencontres et conférences destinés aux mouvements sociaux et aux collectifs communards.

enff7L’accord signé ce 28 octobre 2014 en présence des étudiants latino-américains de l’école basée au sud du Brésil (photo) couronne aussi un itinéraire commun. En janvier 2003, Hugo Chavez, le premier, avait rompu le protocole d’un de ses voyages au Brésil pour aller écouter les paysans d’unasentamiento (unité de production agricole) installés sur un “latifundio” (grande propriété sous-exploitée) ensemencé aux cris de “occuper, résister, produire !” (2). En mai 2013, peu après son élection à la présidence du Venezuela, Nicolas Maduro avait fait une halte à Brasilia pour dialoguer et prendre note des propositions des mouvements sociaux de tout le pays (3).

Thierry Deronne, Caracas, le 29 octobre 2014.

Elías Jaua (à droite)- ministre des communes et des mouvements sociaux et vice-Président pour le développement du socialisme territorial - et  Erivan Hilario dos Santos (de face), Directeur de l’École Nationale de Formation Florestan Fernandes.

Elías Jaua et Alexandre Conceiçao, membre de la Direction Nationale du Mouvement des Travaileurs ruraux Sans Terre.

Notes

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Interview de Gilmar Mauro : la lutte au Brésil et à l’échelle internationale

Gilmar Mauro, membre de la direction nationale du MST Entretien avec Gilmar Mauro, membre de la direction nationale du Mouvement des Travailleurs ruraux Sans Terre (MST), réalisé par Victoria Darling, du Monde Diplomatique, publié sur le site du MST (www.mst.org.br, le 19 mars 2014).

Traduction : blog Amis des Sans Terre (www.amisdessansterre.wordpress.com)

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En trente années de lutte, quelles ont été les conquêtes du MST?

Le MST est l’organisation paysanne qui compte la durée d’existence la plus longue. Les organisations qui ont existé par le passé ont été détruites, en grande partie par la répression. Le coup d’Etat militaire de 1964 a mis fin aux Ligues Paysannes [Organisation paysanne qui a essaimé, principalement au Nord-Est du Brésil, à partir de la moitié des années 1950, occupant de grandes propriétés agricoles et revendiquant une réforme agraire, Note de la Traduction], mais aussi aux autres mouvements qui luttaient pour la terre. Le fait de célébrer nos trente années d’existence nous permet de récupérer l’histoire de la lutte pour la terre et la réforme agraire au Brésil. Nous sommes les continuateurs d’un processus. Deuxièmement, nous avons réussi, dès le début, à distinguer clairement la direction à suivre. Quelle est cette direction? Continuer à lutter pour la terre, lutter pour la réforme agraire et la transformation sociale. Bien que nous ayions pu penser, à un certain moment, que nous arriverions peut-être à atteindre une reforme agraire de type classique, redistributive et marquée par le productivisme de l’époque, nous n’avons jamais douté que, pour que la reforme agraire soit réalisée, des altérations seraient nécessaires dans la structure du pouvoir. Changer la structure du pouvoir en place n’est pas une tâche qui incombe seulement au MST: elle repose sur les épaules de l’ensemble de la classe travailleuse. Nous avons toujours eu l’intime conviction que c’était par la lutte que nous allions y arriver. Pas parce que nous trouvons joli de vivre sous des baraquements couverts de bâches… C’est une expérience difficile, lourde, mais c’est une condition qui est imposée à la classe travailleuse. Et la lutte y acquiert une double signification: bien que la mobilisation se fasse, dans un premier temps, pour un objectif économique, le sujet se transforme, durant ce processus, en sujet politique. La lutte est un espace de formation très important. Les personnes apprennent, en une journée de lutte, ce qu’elles n’ont pas appris durant toute leur vie. La lutte est élémentaire, mais fondamentale pour réveiller la conscience politique. Nous avons réussi à construire une organisation qui va au-delà de la lutte pour la terre, qui puise des ingrédients dans l’éducation, la communication, la production, comprenant que la lutte pour la terre et la réforme agraire va bien au-delà de la conquête d’un bout de terre. Nous serons de sans-terre tant qu’il y aura une seule famille sans terre dans ce pays.

Cette année, em raison de la tenue de la Coupe du Monde puis des élections, nous aurons une conjoncture atypique au Brésil. Quelles sont les potentialités et les difficultés pour le MST dans ce contexte ?

D’habitude, les années électorales sont difficiles pour nous. D’abord parce qu’il est évident que, comme toute la société brésilienne, nous participons aussi au processus électoral. Mais nous ne lui donnons pas priorité. Notre priorité est l’organisation interne, la lutte. Normalement, au cours des années électorales, il est difficile de réaliser de grandes mobilisations. Cela peut changer cette année, car le Congrès national du MST a commencé par une mobilisation [le 17 février, le MST a organisé, dans le cadre de son sixième Congrés national, une grande Marche à travers Brasilia, terminant par des actions devant le Palais présidentiel et le Suprême Tribunal Fédéral, NdT]. C’est une symbolique intéressante pour toute la classe travailleuse. Deuxièmement, je crois qu’il y aura de grandes mobilisations jusqu’au mois de juin. Nous préparons, pour les mois d’avril et mai, de grandes journées de mobilisation. Ensuite, il est possible qu’apparaissent de nouvelles grandes mobilisations en raison des grands et nouveaux investissements réalisés pour la Coupe du Monde, en plus des autres problèmes qu’affronte la société: nous n’avons pas de sécurité, pas de santé, pas d’éducation; ce n’est pas qu’elles n’existent à proprement parler, mais c’est une santé précaire, une éducation précaire. Il y aura de grandes mobilisations de masse dans la jeunesse. Il est évident que notre mouvement s’y joindra. Je pense que ces mobilisations ne sont pas encore en condition de mettre à l’ordre du jour de nouvelles formes organisationnelles, mais qu’elles sont très importantes. Les marches de la jeunesse ont montré à la société brésilienne que des conquêtes sociales sont possibles, par la mobilisation. Maintenant, peut-être que le grand défi est de transformer ce processus de mobilisation en processus organisationnels consistants, qui avancent dans la perspective, non seulement de mettre en question des problèmes sociaux, économiques et médiatiques, mais de transformer ceux-ci en une interprétation profonde de la réalité sociale, pour élever la conscience politique et avancer vers un processus plus organisé.

Jusqu’aux élections, le MST peut-il avoir des attentes face au gouvernement actuel? Comment est cette relation [avec le gouvernement ] aujourd’hui ?

Non. Il est évident que, comme dirigeants d’un mouvement social, nous nous rendons toujours aux réunions pour y négocier quelque chose. Une organisation qui ne répond pas aux nécessités de sa base sociale n’a pas de raison d’être. Nous devons donc donner des réponses sur la bâche [les baraques des campements du MST sont recouvertes d’une bâche noire, NdT] qui s’est déchirée, le manque de nourriture, tout cela. C’est pour cela qu’il est difficile d’être un mouvement social. Peut-être est-il plus facile d’être un parti; vous n’aimez pas l’opposition, vous entrez en conflit. Ici non, vous devez répondre à des besoins quotidiens, mais faire le lien entre ce quotidien et la réflexion politique. C’est une construction d’un pouvoir populaire. Que serait le pouvoir populaire sans une mise en discussion des questions locales? On ne peut pas penser la transformation sociale de façon générique. Evidemment, je ne crois pas qu’il y aura de grands changements en termes de réforme agraire. Maintenant, nous allons lutter, pousser, faire en sorte qu’il y ait de grandes désappropriations de terres, des conquêtes, parce qu’elles sont importantes et nécessaires pour notre base. Mais sans créer l’illusion que la réforme agraire va arriver. Ce que nous avons jusqu’à aujourd’hui sont des politiques de création d’assentamentos [grandes propriétés désappropriées et redistribuées à des familles sans-terre, qui reçoivent le droit de les cultiver, NdT], et une terre concentrée. Le capital concentre une grande proportion des terres dans l’agriculture. Une réforme agraire au Brésil va dépendre d’un large débat avec la société. Dans ce sens, notre défi est de réaliser ce débat à partir de trois questions. La première: comment voulons-nous utiliser le sol, l’eau, la biodiversité et toutes les ressources naturelles, y compris minérales. [Avec le système actuel,] nous empoisonnons le sol, l’eau, nous expulsons les gens des campagnes, concentrant les richesses et détruisant la biodiversité. La deuxième question est: quel type de nourriture voulons-nous manger? Quel type de nourriture l’humanité veut-elle manger ? Si c’est celle que nous mangeons maintenant, nous n’avons plus besoin de reforme agraire. Troisième question: quel type de paradigmes technologiques voudrons-nous utiliser ? Nous défendons l’agroécologie, qui n’est pas un retour au passé. Nous voulons la technologie! Une technologie qui augmente notre productivité, pour diminuer la souffrance au travail, pour avoir du temps libre, pour que nous puissions étudier, etc. Ces trois questions – et il y en a d’autres –, nous devons les discuter avec toute la société. Si nous voulons autre chose que la réalité actuelle, alors nous devons savoir que la réforme agraire est quelque chose de très moderne, un changement du modèle agricole qui ne dépend pas seulement de nous, mais d’un large débat, mené principalement avec l’ensemble de la classe travailleuse. Voilà le grand défi pour la période à venir.

APERTURA 5Vous avez parlé de pouvoir populaire, ce qui est directement lié au thème du Congrès du MST: “Lutter, Construire la Réforme Agraire Populaire”. Quelle est cette spécificité de la nature populaire de la réforme agraire proposée par le MST?

Tout d’abord, une reforme agraire classique, dans le sens de celles développées pour dépasser l’ordre féodal, n’a plus sa place au Brésil. Pour dépasser le féodalisme, le capitalisme a réalisé des réformes agraires, comme moyen de stimuler le marché. Cela ne s’applique pas au Brésil, le Brésil est né capitaliste. Deuxièmement: il est nécessaire de penser à un nouveau modèle agricole: pas une réforme agraire de type redistrivutive-productiviste. Nous ne devons pas concourrir avec l’agronégoce sur son terrain – «nous sommes plus productifs que vous» -, ce n’est pas la logique à suivre. La logique à suivre est celle de la qualité de la production. Troisièmement: une réforme agraire dépend de l’appui et de la participation populaire. Quatrièmement: la réforme agraire telle que nous la comprenons dépend d’une pression populaire très large, de l’organisation de la classe travailleuse. Elle va se faire du bas vers le haut, pas du haut vers le bas. La réforme agraire est populaire, parce qu’elle va être construite par le peuple. Bien sûr, notre volonté est de réaliser nous-mêmes la réforme agraire, sans aucun Etat! Mais elle bute sur nos forces insuffisantes. Donc notre idée est de nous renforcer et, pendant cette période de renforcement, de réaliser des luttes. Il existe un processus d’institutionnalisation: lutter, faire des conquêtes et institutionnaliser ces conquêtes. Il y a là une contradiction: on lutte contre la grande propriété et on distribue de petits lots de terres; ce qui crée une contradiction, en générant la petite propriété. Mais il vaut mieux cette contradiction que celle du latifundium [grande propriété] dans les mains d’une seule personne. Stimuler cette construction fait partie d’un processus qui consolide de fait le pouvoir populaire. Et là, nous devons discuter les questions locales, l’assentamento dans son espace concret. Aujourd’hui, le MST est présent dans mille municipalités. Imaginons que, les cinq prochaines années, nous arrivions à être présents dans deux, trois mille municipalités brésiliennes, en lien avec d’autres secteurs de la classe travailleuse. Imaginons qu’un jour nous arrivions à soulever ces deux, trois mille municipalités. Cela changerait les rapports de force de manière significative. Il ne suffit pas d’avoir un bon discours, de bonnes idées, détachées des actions concrètes. Il faut de bonnes idées et de bonnes actions. Aujourd’hui encore, quand nous parlons du MST, nous nous concentrons uniquement sur la réalité du Brésil, comme si la lutte était exclusivement brésilienne. Le MST est le plus grand mouvement paysan d’Amérique latine et a une vertu merveilleuse, partagée par peu d’autres mouvements: l’unité. Vous arrivez à résoudre à l’interne les différences, en avançant de manière unifiée. Quels sont les enseignements que le MST peut partager avec les autres mouvements sociaux d’Amérique latine? La première grande leçon est la suivante: il est nécessaire de mettre dans la tête de tout le monde que ce n’est pas une demi-douzaine de dirigeants qui vont réaliser des changements sociaux ou la réforme agraire. Le gars qui a lu trois livres et se prend pour un grand penseur… C’est la classe travailleuse qui va réaliser ces changements ! Et plus on inclut de gens, plus les personnes participent, plus il y a de militantes, plus grand sera le travail réalisé. Deuxièmement: on ne peut pas imposer les choses. Chacun a sa vision. Il n’y a pas de vérité absolue, mais de nombreuses vérités, construites historiquement, qui doivent être dites. Troisièmement, et là, je suis gramscien, je crois que l’intellectuel est collectif, donc que le processus va opérer du bas vers le haut – c’est la classe travailleuse qui doit être la protagoniste. La grande tâche est celle de l’organisation. Nous n’allons pas faire la réforme agraire à la place des sans-terre. Ce sont les sans-terre organisés qui vont la faire. Mon opinion est qu’une erreur commise collectivement vaut mieux que la meilleure réussite du meilleur des comités centraux – comme l’a déjà dit Rosa Luxemburg.

On peut considérer que la classe travailleuse d’Amérique latine a des particularités communes, liées à sa trajectoire historique. Le MST voit-il l’Amérique latine comme un niveau spécifique de lutte?

Pas forcément, mais c’est notre priorité d’action, bien sûr. Parce que c’est notre continent, qui a été exploité et colonisé au même moment. Il est évident qu’il existe des particularités au niveau des langues mais, en général, nous souffrons les mêmes problèmes, historiques et actuels. Principalement, nous savons que c’est un continent sur lequel vit encore une grande quantité de paysans, de populations indigènes. Cette catégorie sociale a donc une force très grande. Il est évident que notre priorité est l’Amérique latine, mais notre rêve est d’essayer de construire – ici, nous allons rêver à haute voix! – une Internationale au-delà de la Via Campesina. La Via Campesina est un espace important, mais comment pouvons-nous avancer vers un espace qui puisse regrouper d’autres secteurs de la classe travailleuse dans la lutte internationale ?

Quel message pouvez-vous transmettre à la société, nationale et internationale, comme résultat du sixième Congrès National du MST?

Nous avons montré, lors de notre Marche, un élément symbolique: lutter. Il faut lutter. Il faut aussi débattre avec la société car, sans sa participation, le MST n’a pas de sens et nous n’avancerons pas vers la réforme agraire. Nous avons survécu, durant ces trente années, grâce à la solidarité de notre pays et de la communauté internationale. Nous avons passé des moments difficiles, comme lors du gouverment Collor [Fernando Collor, président de 1990 à 1992], puis celui de Fernando Henrique [Cardoso, président de 1995 à 2002]. Je voudrais, au nom du MST, remercier pour toute cette solidarité. Nous n’avons pas besoin de beaucoup de choses, seulement les uns des autres. On ne peut donc pas avancer vers une autre perspective de société si nous ne marchons pas ensemble, avec nos différences. Il n’y a pas de vérité absolue, de théorie unique; il y en a beaucoup, mais nous devons construire des ingrédients communs, des actions communes, et aller de l’avant. Je veux, pour cela, remercier tout le monde qui nous a aidé, au nom du MST, et qui continue à nous aider. Nous allons avoir besoin de beaucoup d’aide dans la prochaine période, et vous pouvez aussi compter sur notre solidarité.

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