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La déferlante des Sans Terre : avril à Brasilia (reportage photo et vidéo)

"Mística", acte poétique et théàtral en hommage aux 19 sans terre martyrs de Eldorado dos Carajás, assassinés par la police. Brasília, occupation du Ministère du Développement Agraire, 17 avril 2012

"Mística", acte poétique et théàtral en hommage aux 19 sans terre martyrs de Eldorado dos Carajás, assassinés par la police. Brasília, occupation du Ministère du Développement Agraire, 17 avril 2012

Alexandre Conceiçao, membre de la Direction Nationale du MST, occupation du Ministère du Développement Agraire, 17 avril 2012

"Mística", acte poétique et théàtral en hommage aux 19 sans terre martyrs de Eldorado dos Carajás, assassinés par la police. Brasília, occupation du Ministère du Développement Agraire, 17 avril 2012

Source : http://www.mst.org.br/node/13193

 

 

Pour soutenir concrètement le MST dans sa lutte, on peut écrire à Lucas Tinti, prointer@mst.org.br

Pour une information continue en français sur les activités du MST : https://mouvementsansterre.wordpress.com/

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De Zumbi dos Palmares à avril 2012 : la marche irrésistible pour changer le monde, par José Coutinho Júnior

16 ans d’impunité /Grande mobilisation nationale pour exiger reforme agraire et justice. 5 avril 2012.
Par José Coutinho Júnior
De la page internet du MST, www.mst.org.br


Quand je mourrai

Fatigué de la guerre
Je mourrai bien réconcilié
Avec ma terre :
Canne, kaki,
igname, citrouille
Là où seul le vent était semé autrefois
Amplitude, nation, désert sans fin
O Manuel, Miguilim,
Allons-y !
Chico Buarque, « Assentamento » (Unité de production paysanne)

«Mourir réconcilié avec ma terre. »  Malheureusement, un grand nombre de paysans sans terre sont morts sans posséder une terre qu’ils auraient pu appeler « la leur ». En témoigne le massacre d’Eldorado dos Carajas, qui a eu lieu à la BR 155, en 1996, au sud de l’État du Pará, au cours duquel 155 officiers de police ont utilisé des armes à feu contre 1500 paysans sans terre, femmes et enfants compris.

La Police Militaire a assassiné 19 paysans et cela a mis en lumière pour l’ensemble du pays la question de la violence en zone rurale contre ceux qui luttent pour la réforme agraire. Jusqu’à ce jour, personne n’a été puni pour le massacre, et les survivants, mutilés à la fois physiquement et psychologiquement, sont toujours privés de soins médicaux appropriés.

En 2002, le président d’alors, Fernando Henrique Cardoso, a reconnu le 17 avril comme Journée Internationale de la Lutte pour la Terre. Le MST effectue actuellement des journées de lutte, avec occupations, marches et actes à travers tout le Brésil pour exiger du gouvernement qu’il donne la priorité au programme de réforme agraire et honorer la mémoire de ceux qui ont perdu leur vie pour défendre la terre.

« Notre  jour de lutte part tristement du massacre de l’Eldorado dos Carajas. Le latifundio (immense propriété terrienne qui ne produit pas d’aliments) est intrinsèquement violent, il empêche les gens de vivre et de travailler. Ce qui est arrivé à Carajas nous donne la force et la clarté pour lutter, parce que s’il reste des grandes proprietés rurales aux mains de quelques uns, alors les inégalités, la violence et l’absence de démocratie dans les zones rurales vont continuer », dit Jaime Amorim, dirigeant du MST de l’Etat de Pernambuco.

Pour Don Thomas Baldwin, évêque émérite de l’Etat de Goiás, co-fondateur de la Commission Pastorale de la Terre (CPT), « ce jour rappelle la force de la marche des travailleurs qui commence avec Zumbi dos Palmares (photo) et s’étend jusqu’à aujourd’hui dans l’histoire du Brésil. La lutte pour la réforme agraire ne signifie pas seulement d’obtenir un morceau de terre, mais de changer notre pays. La lutte est profonde, large et appelle le changement. »

La terre est là devant nos yeux et face à nos bras, une énorme moitié d’un pays immense, mais les gens ( combien de personnes en fait  ? 15 millions? Plus encore ?) ne peuvent pas la travailler, ni vivre avec une dignité simple que seul le travail peut donner, parce que les descendants de ces hommes voraces qui ont dit autrefois: « Cette terre est à moi», ont rencontré quelques uns de leurs semblables suffisamment naïfs pour croire qu’il suffisait que cela fût dit, et ont entouré les terres de lois qui les protègent, de polices qui les gardent, de gouvernements qui les représentent et les défendent, et d’hommes armés payés pour tuer » (José Saramago).

Seize ans après le massacre, les conflits dans les zones rurales continuent, cette année, trois membres du MST ont été assassinés à Minas Gerais. A Pernambuco, deux autres compagnons du MST sont tombés sous les balles d’hommes armés ces derniers jours.

Jaime croit que la violence contre les paysans est aujourd’hui plus sélective. « Nous avons deux types de violence: la première, perpétrée par des grands groupes de propriétaires de terre qui attaquent les leaders locaux, comme c’est arrivé cette année. La seconde est la violence d’Etat, qui utilise l’appareil judiciaire pour empêcher les gens de regarder vers l’avenir et de discerner la perspective d’une véritable réforme agraire. Le fait d’avoir de nombreux campements qui attendent depuis 10, 15 ans l’expropriation par l’Etat en vertu de la réforme agraire est en lui-même un acte de violence. »

Don Thomas dit que cette violence existe parce que «le gouvernement refuse systématiquement la réforme agraire, en soutenant le discours des grands propriétaires terriens et les entreprises selon lequel « l’agro-industrie est le modèle du progrès« .  » Tous ceux qui s’opposent à ce soi-disant progrès, selon cette logique, sont des obstacles à éliminer.  »

S’y ajoute le rôle des médias, dont les informations reflètent les intérêts des élites alignées sur l’agro-industrie. « La presse a changé sa position: anciennement elle criminalisait le mouvement et la lutte et disqualifiait ses dirigeants. Aujourd’hui, elle essaie d’ignorer les luttes, et la population, privée d’information, perd contact avec ce thème et finit par croire que le  mouvement est dissous ou que la lutte pour la réforme agraire n’est plus importante » explique le leader du MST.

Et si tout d’un coup
Nous ne souffrions plus
La douleur que nous feignons

Et que nous subissons
Si tout d’un coup
Nous échappions
Au fer du suplice
Au son d’une chanson
Alors, je t’inviterai
Pour la fantaisie
De ma guitare
(Chico Buarque – fantaisie)

Pour que la réforme agraire devienne une réalité et le bonheur ne soit plus une simple fantaisie, nous devons lutter. Pour Jaime, «nous sommes ravis par la journée des luttes de cette année, parce que ce sera une démonstration de force. Nous construisons une union plus étroite entre les différentes composantes du mouvement rural, car nous avons tous été attaqués par le même appareil. Nous devons être unis pour lancer un grand cri pour la réforme agraire et contre les grands propriétaires terriens.  »

Le fleuve paysan s’est mis de nouveau en mouvement; des faucilles, des houes et des drapeaux se sont levés dans l’avalanche irrésistible d’espoirs, dans cette rencontre avec la vie – et dans le cri refoulé du peuple sans terre résonne à l’unisson de la clarté d’un nouveau jour : « RÉFORME AGRAIRE, UN COMBAT DE TOUS! » (Sebastiao Salgado).

« Terre », 15 ans.

Les passages en gras et la première photo (noir et blanc) de cet article proviennent du livre « Terre » qui a été publié il ya 15 ans. Le livre se compose de photos du photographe Sebastião Salgado qui traitent de la vie des peuples indigènes et des paysans dans un pays dont les terres ne leur appartiennent pas plus. La préface est de José Saramago, et les chansons de Chico Buarque, dont le CD accompagne le livre. Les trois ensemble, constituent la collection « Terre », créée en 1997. Pour Don Thomas, l’art avec un point de vue politique est fondamental car «les gens qui luttent célébrent, chantent, improvisent en groupes, inventent leurs ballades, leur folklore. La marche du peuple est empreinte de poésie, inspiré par le mystique et le prophétique.  »

Jaime estime que «le MST a toujours produit de la culture, et cela sert de source d’inspiration-, pour tous ceux qui suivent le mouvement depuis l’extérieur, pour que des artistes célèbres s’engagent, soutiennent le mouvement. Mais les moments où l’art est le plus proche de la lutte politique sont les moments de mobilisation. Art, culture, éducation avancent de pair avec le mouvement.  »

Traduction : Prof. Marcos Câmara de Castro

Pour soutenir concrètement le MST dans sa lutte, on peut écrire à Lucas Tinti, prointer@mst.org.br

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(Vidéo : ) Le Mouvement des Sans Terre occupe le Ministère du Développement Agraire
17 avril 2012, 9:22
Filed under: Entraves judiciaires et politiques, Lutte, réforme agraire

« Un, deux, quatre, cinq, mille, Réforme Agraire ou nous paralysons le Brésil ! »

Traduction de la voix off de la vidéo : « L’occupation du Ministère du Développement Agraire que nous réalisons aujourd’hui fait partie des mobilisations que nous menons cette semaine dans tout le Brésil pour exiger du gouvernement qu’il prennent des mesures concrètes afn de résoudre les problèmes des familles qui occupent les latifundios (immenses étendues de terre qui ne produisent pas d’aliments), en plus de l’éducation, de la santé, bref pour qu’il avance dans les solutions concrètes de nos problèmes, tant pour les familles des campements que pour celles qui s’unissent en unités productives..

Nous avons aussi pour objectif de dénoncer publiquement et de réclamer du pouvoir judiciaire qu’il punisse enfin les auteurs du massacre de Eldorado dos Carajás, 19 de nos compagnons ont été assassinés, jusqu’à ce jour ce massacre reste impuni. Toutes ces mobilisations visent à dénoncer, à faire pression pour obtenir des solutions et des réponses à nos revendications et à débattre avec la société et avec les organisations sur l’importance de la réforme agraire dans notre pays pour le développement économique, social, l´équilibre environnemental et aussi la question de la production d’aliments sains et la préservation de la nature, aujourd’hui cruciale.

Patrie Libre ! Nous vaincrons ! Patrie Libre ! Nous vaincrons ! Patrie Libre ! Nous vaincrons !

Pour quand la réforme Agraire ? Maintenant ! Pour quand la Réforme Agraire ? Maintenant !

 

Source : ALBA TV, http://albatv.org/Jornada-de-lucha-MST-toma-el.html

Traduction : Thierry Deronne

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De Carajas à Pernambuco, contre l’impunité des assassins de travailleurs sans terre au Brésil. Appel aux amis du monde entier.

Cher(e)S ami(e)s

Le 17 avril 2012 nous réaliserons diverses actions pour protester contre 16 ans d’injustices et contre l’impunité persistante des responsables du massacre de Carajas, au cours duquel 19 compagnons de lutte ont été assassinés.

A la suite d’un recours des coupables condamnés lors du premier jugement, le procès dort dans les tiroirs du tribunal Suprême fédéral. Les policiers sont toujours en liberté.

Pour appuyer cette mobilisation nous vous proposons de réaliser une action de solidarité dans vos pays, auprès de l’ambassade du Brésil, et d’envoyer des messages :

– au Président du Tribunal Suprême Fédéral, le Ministre Carlos Pelusso.carlak@stf.gov.br

– au Secrétaire spécial des Droits de l’Homme du gouvernement fédéral, la Ministre  Maria do Rosario, Brasilia.c/o pedro.pontual@sdh.gov.br

– et aux familles des travailleurs vivant actuellement dans l’unité de production « ASENTAMENTO 17 DE ABRIL,  municipalité d’Eldorado dos carajas. État de Pará; c/o Ayala Ferreira.   ayalaferreira@hotmail.com

 Un fraternel abrazo à toutes et à tous
pour le secrétariat national, 
Joao Paulo Rodrigues
Janaina Strnozake
Joao Pedro Stedile

Rappel : Le massacre d’Eldorado dos Carajas

Le 17 avril 1996, à environ 15 heures, la police militaire a débarqué dans un campement de 1.500 travailleurs sans terre au lieu dit de la « Courbe en S» entre Eldorado dos Carajas et Maraba. Sous le commandement du major José Maria de Oliveira, commandant du CIPM 10/1 CIPOMA, deux bus et un camion en provenance de la ville de Parauapebas, avec à bord 68 hommes armés de deux carabines, quatre mitrailleuses, cinquante fusils et de revolvers.

Dans l’autre sens de la route sont arrivés trois autobus de plus. Sous le commandement du colonel Mario Pantoja Colares, commandant du bataillon de police militaire, ont débarqué 200 hommes équipés de mitrailleuses et de revolvers. Aucun des policiers ne portait d’identification appropriée. Ils avaient retiré et laissé dans la caserne la bande de tissu brodé qui les identifie.
Le bataillon de Maraba, commandé par le colonel Pantoja, a fait irruption en lançant des gaz lacrymogènes. Initialement, les travailleurs ont résisté avec des bâtons et des jets de pierres. En entendant les premiers coups de feu, ils ont tenté de s’échapper et de se protéger. Le massacre a duré environ une heure. Dix-neuf travailleurs ont été tués et 69 autres ont été blessés.

Les travailleurs assassinés sont Altamiro Ricardo da Silva (42 ans), Antonio Costa Dias (27 ans), Raimundo Lopes Pereira (20 ans), Leonardo Batista de Almeida (46 ans), José Ribamar de Souza (22 ans), Oziel Alvez Pereira (17 ans), Manoel Alvez de Souza (49 ans) Lourival da Costa Santana (26 ans), Antonio Alves da Cruz (59 ans), Abílio Alves Rabelo (57 años), João Carneiro da Silva, Antonio « Irmão », José Alves da Silva (65 ans), Robson Vitor Sobrino (25 ans), Amâncio dos Santos Silva (42 ans), Valdemir Ferreira da Silva, Joaquin Pereira Veras (32 ans) et João Rodrigues Araujo.

Deux des blessés sont morts peu après : Francisco Divino da Silva et João Batista Penha.

Avril 2012. Les assassinats de Sans Terre continuent au Brésil. 

Ces derniers jours quatres travailleurs sans terre ont été assassinés au Brésil.

Le 23 mars dernier, Antônio Tiningo a été assassiné dans une embuscade alors qu’il se dirigeait vers le campement de l’hacienda Açucena, municipalité de  Jataúba, dans une zone rurale de l’Éat de Pernambuco.

Tiningo était un des coordinateurs du campement installé sur le grand domaine de l’hacienda Ramada, occupé il y a plus de trois ans. A la fin de 2011, bien que mise en production par les Travailleurs Sans Terre, cette hacienda a été rachetée par un entrepreneur du secteur de la confection et de la spéculation immobilière, connu comme  Brecha Maia. Après l’achat des terres, ce grand propriétaire – qui possède d’autres haciendas dans la région – a expulsé illégalement des familles sans aucun mandat de justice ni présence de la police.

Les familles paysannes ont réoccupé la terre en février 2012 et depuis lors le propriétaire a menacé de les expulser par la force, menaçant personnellement plusieurs leaders régionaux dont Antonio Tiningo.

La semaine passée, Brecha Maia avait déclaré qu’il procèderait de gré ou de force à l’expulsion des familles et que cela se ferait le vendredi 23 au plus tard, jour de l’assassinat de Tinigo.

L’assassinat d’Antonio Tiningo est une conséquence de plus de l’inaction de l’État face à la violence et à l’impunité qui règnent dans l’état de Pernambuco. Vu que dans cette région les pouvoirs publics entretiennent des liens étroits avec les grands propriétaires terriens, le Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre (MST, http://www.mst.org.br) exige que soit nommé un délégué spécial pour traiter rapidement cette affaire.

La direction du MST a également exigé la présence de l’Ombusdman Agraire National, Dr. Gercino Filho, pour qu’il visite la région afin de dialoguer et de trouver des solutions aux fréquents conflits agraires dans cette zone.

Rassemblement du 2 avril 2012 en mémoire de João Pedro Teixeira, leader paysan assassiné par des hommes de main du grand propriétaire terrien, le 2 avril 1982, sur l'autoroute de Café do Vento, Sapé.

Elizabeth Teixeira, veuve du leader paysan assassiné : “bien que je porte le poids de mes presque 90 ans je lutterai toujours pour la réforme agraire au Brésil, qui n'a pas encore été réalisée"

Traduction : Thierry Deronne

Pour soutenir concrètement le MST dans sa lutte, on peut écrire à Salete Carollo, prointer@mst.org.br

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