mouvementsansterre


(Vidéos : ) Mémoire audiovisuelle du Mouvement des Travailleurs Sans Terre du Brésil, en ligne
29 janvier 2012, 10:27
Filed under: Formation, Histoire

L’histoire du Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre du Brésil est en lígne :

Historia del MST

de Víctor Burgos.

Pour accéder à la vidéothèque du MST sur les luttes agraires (on y trouve plus de 150 videos…), le lien est : http://www.armazemmemoria.com.br/cdroms/videotecas/MST/index.htm

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Joao Pedro Stedile, dirigeant du Mouvement des sans terre du Brésil : « Il faut dénoncer la concentration du pouvoir idéologique que la bourgeoisie possède dans les médias télévisés, et tant la gauche que les mouvements sociaux doivent s´approprier cet instrument »
ALBA TV EN DIRECT DE PORTO ALEGRE (BRÉSIL)

Alba TV -Quelle est l´importance du Forum Social de Porto Alegre dans la crise internationale actuelle ?

Le Forum Social Mondial, dans ce cas le « thématique » de Porto Alegre, et tous ceux qui se déroulent dans le reste du monde, restent des espaces très importants pour que les gens viennent débattre, proposer. Le Forum, plus qu´un espace d´organisation, est une foire idéologique oú les personnes viennent partager leurs préoccupations et leurs réflexions. Nous y rencontrons nos semblables pour articuler des éléments concrets de la lutte de masses, des propositions concrètes qui peuvent ensuite être portés de manière directe par les mouvements sociaux de tous les coins du monde, dans leur lutte contre le grand ennemi de notre époque : les grandes entreprises capitalistes

-Comment se positionne l´Amérique Latine face à la conjoncture actuelle et quelle est l´importance de l´ALBA comme projet de construction d´un autre type de société, plus juste, plus humaine ?

Ici en Amérique Latine nous affrontons un conflit permanent entre trois projets, et ce conflit s´accentue même face à la crise.

Il y a un premier projet qui est la recolonisation de notre continent, défendu par les États-Unis et qui trouve ses alliés dans quelques gouvernements comme le colombien, le chilien, et qui veulent nous imposer un territoire pour que le Capital débarque et s´approprie nos ressources naturelles. Ils ne nous voient que comme producteurs de marchandises, de matières premières pour eux.

Il y a un deuxième projet qui défend l´idée d´un espace d´intégration latino-américain mais qui reste soumis aux intérêts des bourgeoisies locales, pour qu´elles puissent développer des projets d´intégration, de transport, de libre commerce. Elles ont leurs contradictions avec l´Empire mais elles ne nous aident pas à résoudre les problémes des pauvres.

L´ALBA se constitue comme le troisième projet qui va au-delà d´un accord commercial entre gouvernements et États. C´est une proposition politique qui a pour perspective une intégration populaire entre toutes les nations d´Amérique Latine, sans termes économiques, sans termes politiques, pour faire face à l´impérialisme et aux transnationales. Et même au-delà des termes culturels même, car nos peuples ont les mêmes expériences, les mêmes formations socio-culturelles. Dès lors les mouvements sociaux les plus combatifs, en plus des gouvernements, appuient le projet de l´ALBA comme forme d´intégration populaire, comme une unité latino-américaine qui peut accumuler des forces pour vaincre les entreprises transnationales, le projet de l´impérialisme et avancer vers le socialisme.

Le problème est qu´avec cette crise internationale nous vivons une contradiction fondamentale : le pouvoir économique détermine le pouvoir politique. Et le pouvoir économique s´est développé, comme le capitalisme international, sous le contrôle des banques et des entreprises transnationales. Les gouvernements locaux, nationaux n´ont pas la force de contrôler ce capital qui fait ce qui lui plaît. Les gouvernements peuvent se réunir, produire des beaux documents comme ceux des Nations Unies, mais que se passe-t-il ? Les forces économiques qui dominent l´économie, qui dominent les pays, ne respectent pas ces accords internationaux.

Dès lors il n´est possible d´affronter ce capital que si les mouvements sociaux de tous les pays manifestent, réussissent à créer une conscience dans la société pour accumuler des forces et affronter ces entreprises capitalistes. Pourvu que beaucoup des gouvernements qui se rendront à Rio puissent nous rejoindre et défendre les points de vue de leurs peuples, car les gouvernements seuls n´ont pas de force. La crise de l´Europe est là pour nous apporter des arguments quotidiens sur comment les banques elles-mêmes nomment les gouvernants.

-Durant ton intervention au Forum tu as mentionné l´importance des médias de communication de masse dans la diffusion de l´idéologie dominante. Comment doivent agir les mouvements contre-hégémoniques dans cette conjoncture ?

Au temps du Capitalisme industriel la bourgeoisie reproduisait son idéologie à travers l´Église, les partis politiques, et les écoles. Aujourd´hui, dans cette étape du néo-libéralisme, du capital financier, du capitalisme globalisé, la forme qu´utilise la bourgeoisie – la classe dominante – pour reproduire son idéologie dans la société est la télévision et c´est pourquoi elle la monopolise dans tous nos pays. C´est pourquoi en tant que mouvements sociaux nous menons toujours cette réflexion. Il faut dénoncer la concentration du pouvoir idéologique que la bourgeoisie possède dans les médias télévisés, et tant la gauche que les mouvements sociaux doivent s´approprier cet instrument. En ce sens nous sommes heureux que se développent ici en Amérique Latine des expériences très importantes comme Alba TV, comme TeleSur. Dans certains de nos pays il y a des télévisions publiques qui assument un rôle progressiste. Tout cela est très important pour briser le monopole que le capital impose aux télévisions. Un grand abrazo pour vous tous qui travaillez dans ce projet. En plus de nous aider à affronter le capital, Alba TV nous aide à construire ce projet auquel je me référais, celui d´une intégration populaire entre nos peuples d´Amérique Latine.

Fuente : ALBA TV y Marcha desde Porto Alegre

Alba TV au Nicaragua, 2011. Photo : Maurice Lemoine.

Traduction française : Thierry Deronne

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L´école rurale : l´autre lutte du Mouvement des Travailleurs Sans Terre au Brésil

Dans la matinée du lundi 16 janvier le Mouvement des Travailleurs Sans Terre (MST) a occupé une préfecture de plus dans l’état de Bahia. Cette fois, ce fut dans la municipalité de Itamaraju. C´est la 15 ème municipalité  occupée en signe de protestation et pour exiger une meilleure éducation et de meilleures conditions pour les écoles rurales.

Evanildo Costa, membre de la direction du MST de cet État,  explique que l’occupation est une manière pour le Mouvement des sans Terre de rappeler aux fonctionnaires leurs obligations. « Nous ne pouvons pas permettre que les classes commencent dans les mêmes conditions que l’année dernière, c´est pourquoi nous avons décidé de mener ces occupations en janvier dans les préfectures où nous éprouvons des difficultés pour faire avancer ces dossiers».

Cette opération d´occupations de préfectures a commencé le 10 Janvier. On en compte déjà quinze à ce jour. Le mouvement envisage de mener davantage d’occupations en  janvier. Ces actions peuvent toucher plus de 25 municipalités et mobiliseront en tout plus de 5000 travailleurs du Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre (MST).

Quel est l´enjeu profond de cette lutte ?

Selon un rapport de l’INEP (Institut national d’études et de recherches pédagogiques Anísio Teixeira) appartenant au ministère de l’Éducation (MEC), 37.776 écoles rurales ont été fermées dans les 10 dernières années au Brésil.

Pour le professeur de l´Université fédérale du Pará (UFPA) Salomão Hage (photo) interviewé par Mayra Lima du MST, la garantie constitutionnelle du droit à l’éducation a été remplacée par la logique de la rentabilité.

Salomão Hage

«Les politiques publiques d’éducation, depuis quelque temps, suivent la formule coûts-bénéfices, dans une perspective néo-libérale. Les fonctionnaires publics sont poussés à fournir de plus en plus de résultats avec de moins en moins de financement . Or comment pouvez-vous offrir plus de services, offrir une meilleure qualité, dans un pays caractérisé par le déni de droits fondamentaux et oú les investissements sont en chute libre ? »

Pour le professeur Salomão Hage, la politique publique des « pôles de développement en zone urbaine » est utilisée pour justifier la fermeture des écoles dans les zones rurales. «Le gouvernement considère que si vous êtes dispersés sur tout le territoire et dans les zones rurales, il vaut mieux vous rassembler, pour dépenser moins. Ainsi commence l’élaboration de politiques qui ne sont pas la nucléation, mais la polarisation ».

Pour Hage, « cette politique viole le Statut des Enfants et Adolescents (CEA), qui prévoit la prise en charge des élèves dans leurs propres communautés.  Lorsque l’école est présente, il y a un mouvement de l’enfance à l’adolescence. L’école est un espace de réunion, d`activités culturelles communautaires, de discussion collective. Les communautés rurales se répartissent géographiquement selon les demandes et les besoins que les gens ont de survivre, le besoin de travail, la relation établie avec la terre, avec l’eau, depuis des siècles. Une gestion publique orientée par cette question du « coût-bénéfice » va à l’encontre des exigences et des besoins du processus de développement durable, territorial.

« Cet « urbano-centrisme » rencontre en partie l´acceptation de la société, car l´État peut démontrer que, grâce à l´apport du transport scolaire, il peut satisfaire toute la demande à tous les niveaux. Mais c’est parce que la ville est considérée comme le lieu du développement, et qu´on considère naturel ce mouvement des personnes qui se déplacent de la campagne vers la ville.

« La fermeture des écoles est une attentat contre les communautés rurales sous couvert d´améliorer et d´étendre la scolarisation. Sauf qu’il n´y a pas de place pour tout le monde dans la ville. La population urbaine ne bénéficie pas des promesses de développement de l´urbanocentrisme. Qui vit bien dans la ville ? Qui y trouve un emploi valable ? La grande majorité vit très mal, pire que les personnes vivant à la campagne.

« Ces dernières années, ont été fermées plus de 30 000 écoles. Si nous n’ouvrons pas les yeux, ce nombre augmentera. C’est un combat qui doit unir tous les secteurs. Nous nous battons pour le « Plan national d’éducation ». Ce qui nous unifie, ce sont les critères de qualité de l’éducation, la nécessité d’un financement adéquat, la valorisation et la formation de l’éducation. Nous revendiquons l´octroi de 10% du PIB (produit intérieur brut) à l’éducation, afin de développer un système d´écoles dans la ville et en zone rurale.

« Il y a aussi des demandes spécifiques: seuls 30% de la petite enfance en milieu rural bénéficient de l´éducation, selon les chiffres du MEC. Avec l’amendement constitutionnel  59, nous avons obtenu qu´en 2016 l’école soit obligatoire de quatre à 17 ans. Comment prendre en charge les enfants les plus jeunes, dont les mères travaillent en zone rurale ? Si la logique est d’investir dans le transport et les voyages, comme ferons-nous avec les enfants de zéro à cinq ans?

« Le discours sur la « dispersion » est une manière méprisante de traiter la territorialisation des populations rurales, qui se sont organisées en fonction de leurs besoins et des relations qu’elles nouent avec la forêt, la terre, avec l’eau. « 

Mayra Lima (MST) – Quelle est votre évaluation des politiques publiques pour l’éducation rurale au niveau national, pour les 10 dernières années?

Salomão Hage – Depuis la fin des années 90, plus précisément avec la mise en œuvre des conférences sur l’éducation nationale en zone rurale, avec la création et le renforcement d’une coordination nationale qui combine la participation des mouvements sociaux, des universités et des secteurs gouvernementaux axés sur la question de la l’agriculture familiale et la réforme agraire, nous avons fait d’importants progrès dans la manière de penser la campagne brésilienne : dans sa diversité, dans ses besoins et ses demandes, dans le cadre de la lutte politique pour un autre projet de société.

M. L. – Quels ont été les avancées de ce processus?

La force de ce mouvement a été capable de faire en sorte que Le MEC crée au sein du Secrétariat de l’Éducation, Alphabétisation Continuée et de la Diversité et de l’Inclusion (SECADI), une Coordination pour l’éducation en zone rurale.
A partir de là, certains programmes ont été créés – comme ProJovem rural, ou Savoirs de la Terre, et même la Licence complète de Procampo – École active (qui n´a pas bénéficié d´une discussion plus systématique avec tous les mouvements) – ce qui a commencé à faire bouger les choses au sein de la formation de l’ enseignant et dans la formation de la pratique éducative à tous les niveaux d’âge.

En outre il y a eu des progrès dans le Programme National de l’éducation pour la réforme agraire (PRONERA), créé lors de la discussion entre le Ministère du développement agraire et l’INCRA.

Le rôle de ce mouvement est de montrer que les sujets qui vivent en milieu rural sont aussi des sujets de droit et que les politiques publiques doivent répondre à leurs besoins. Nous vivons une de prise de conscience de la nécessité de prendre en charge et de rencontrer les spécificités du sujet rural. S´est renforcée l´idée que le milieu rural doit contribuer à ce projet de développement. Et que sans lui, le développement peut perdre sa signification.

M. L. -Quelle a été la réaction face à cette participation accrue des mouvements sociaux ?

S.H. – Ce processus a mis mal à l´aise ceux qui ont une vision différente pour le milieu rural et pour la société brésilienne. Alors que les mouvements sociaux renforcent les modes de production familiaux en zone rurale et les luttes paysannes pour la réforme agraire, le secteur agro-alimentaire vit de son côté une forte expansion avec un financement important, ce qui entre en conflit avec le développement du mouvement social.

Cette insatisfaction a été construite historiquement :  la population rurale serait « attardée » et tout projet d´agriculture familiale est vu comme un projet d´ « affamés » qui ne peut en rien contribuer au développement.

La conception du mode de production familial se présente comme une alternative viable pour le développement, fondée sur la durabilité, la solidarité économique et les principes de l’éducation critique et transformatrice. Ces luttes pour l´hégémonie commencent à s´exprimer dans les attaques qui viennent des médias, des grandes entreprises et, essentiellement, des institutions qui, bien que publiques, sont portées par une vision de privatisatrice,  patrimonialiste.

M.L. – Plus on avance, plus ces secteurs réagissent ?

S. H. – C’est ce que nous avons vécu le plus intensément sous les  gouvernements de Lula et de Dilma. Sous le gouvernement de Lula, nous avons pu avancer dans le dialogue entre les mouvements sociaux, les universités et le secteur public, pour faire des propositions, des programmes, pour formuler une législation qui permette de reconnaître l’autre projet, l’autre intentionnalité.
Ces projets promus durant le gouvernement Lula se sont développés  jusqu’à ce que, par suite de ces réactions, ils ont vu leur continuité menacée. sauf le programme PRONERA qui a été fixé par décret, et qui est donc devenu politique publique.

D’autres programmes, comme PROCAMPO, sont menacés d’être remplacés par PRONACAMPO. Ce nouveau programme se construit sans le dialogue avec les mouvements sociaux et avec les universités.

M.L. – En quoi l’éducation contribue à cette lutte de modèles de société ?

S.H. – L’éducation a réussi à encourager la relation entre les mouvements sociaux, les universités, les secteurs du gouvernement plus proches de cet autre projet de société et de l’éducation, basé sur la relation directe entre l’éducation et le travail, entre l’éducation et le développement, sur la formulation d’un autre projet de société.

Dans la mesure où elle se renforce et se présente comme une proposition viable qui répond aux besoins de la majorité, les blocs hégémoniques – ceux qui suivent une autre perspective d´exclusion, élitiste et discriminatoire – réagsent et font tout pour délégitimer le projet.

M.L. – Les résultats obtenus sont-ils suffisants ?

Ce déni des droits, non seulement pour les habitants des zones rurales, mais aussi pour la population vivant dans la périphérie des grandes villes, pour les classes populaires de la société brésilienne, est historique. Elle remonte à cinq siècles au moins. Dix, douze ou vingt ans de lutte populaire ne suffiraient pas à rendre au cadre éducatif une dimension capable de vaincre les niveaux de pauvreté de la société, qui se concentrent dans le milieu rural.
La précarisation remonte à la naissance du Brésil en tant que nation, mais la lutte a été renforcée avec cette nouvelle articulation. La  réaction est la criminalisation des mouvements sociaux, qu´on accuse de recevoir de l’argent provenant d’organismes gouvernementaux afin de renforcer leurs organisations.

M.L. -Et ce manque de dialogue et de participation des mouvements sociaux dans la construction de nouvelles politiques, que pourrait-il signifier pour l’éducation?

S.H. – L’absence de dialogue peut signifier la rupture de la continuité des programmes élaborés à la suite de cette articulation entre mouvements sociaux et gouvernement. Cela pourrait signifier la mise à l´écart du MEC, de la SECADI et de la coordination elle-même de l´éducation en milieu rural. Dans la mesure oú sont élaborés de nouveaux programmes et de nouvelles directives sans dialogue avec les mouvements sociaux et les universités, cette mise à l´écart tendra à se renforcer. Avec pour conséquence un programme qui ne réponde pas aux besoins et exigences de la population.

Sources:

1. – Page du MST http://www.mst.org.br/MST-ocupa-prefeitura-de-Itamaraju-na-Bahia-em-Jornada-estadual-pela-educacao%20

2. – Entrevue de Salomao Hage par Mayra Lima du MST, http://www.mst.org.br/Fechamento-de-escolas-e-atentado-as-comunidades-rurais-afirma-educador-salomao-hage

Traduction française : Thierry Deronne

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(vidéo : ) La Brigade Ghassan Kanafani des Travailleurs Ruraux Sans Terre participe à la récolte des olives en Palestine
24 janvier 2012, 1:37
Filed under: Appel à mobilisation, Solidarité internationale

Par Marcelo Buzetto Collectif de Relations Internationales et membre de La Brigade de solidarité en Palestine Du Jornal Sem Terra*

Sur cette photo, l´homme qui pose le bras sur le drapeau brésilien est un maître rural palestinien de 70 ans. Il a été emprisonné la semaine passée à Ramallah par les autorités israéliennes !

Ce groupe comprenant 17 militants du MST, de la Via Campesina du Brésil, du mouvement “Consulta Popular” et du Syndicat des Métallurgistes d´ABC (région métropolitaine de São Paulo) a passé 30 jours en  Palestine et visité divers territoires occupés par Israël en 1948, en 1967 et des communautés occupées illégalement après les accords d´Oslo (1994).

Les militants qui ont effectué ce séjour d´octobre à novembre 2011, ont baptisé leur brigade de solidarité internationaliste du nom de Ghassan Kanafani, journaliste, écrivain et révolutionnare palestinien assassiné par des agents israéliens au Liban en 1972.

Ghassan Kanafani (غسان كنفاني en arabe) (1936 - 1972)

La brigade a pris part à la récolte des olives en compagnie des familles de paysans palestiniens dans une action de solidarité contre la violence pratiquée par les colons sionistes-palestiniens et par l´armée d´Israël qui cherchent à intimider et à empêcher la réalisation de ce travail.

Le groupe a participé aussi à la Première Rencontre des Paysans, Travaileurs Ruraux et des Pêcheurs de Palestine, organisée par des entités telles que l´Union des Comités de Travail Agricole et l´Union des Comités de Femmes Palestiniennes, ainsi que le Centre d´Information Alternative et le Mundubat.

Les militants ont pu débattre avec les organisations locales des étapes nécessaires à la construction de la Via Campesina dans le monde arabe. Ils ont pu également approfondir leur connaissance de la situation économique, politique, sociale et culturelle par le contact avec des organisations politiques palestiniennes et avec les mouvements israéliens qui appuyent cette lutte de libération nationale et pour l´autodétermination.

La brigade a découvert la lutte des travailleurs israéliens pour le logement et a rendu visite à un groupe de familles sans-abri occupant un bâtiment à Jérusalem et qui ont été expulsées par la police. Ces familles ont organisé le Comité pour la Défense de logement public afin de faire pression sur le gouvernement israélien pour qu´il mène une politique de logement qui réponde aux intérêts des pauvres.

La pauvreté et l’inégalité sociale explosent dans les villes actuellement contrôlées par Israël. Dans la vieille ville de Jérusalem, près du Mur occidental, site sacré du judaïsme, il n´est pas rare de rencontrer des hommes et des femmes israéliens réduits à la mendicité.

Le groupe de militants a également rencontré le mouvement « Force Pour les Travailleurs » (FPT), une expérience concrète d’organisation autonome des travailleurs. L’entité est une nouvelle fédération syndicale, construite par les luttes des travailleurs précaires et par d´autres secteurs sans représentation syndicale. FPT est un mouvement en construction, mais a déjà obtenu quelques victoires importantes telles que les grèves dans les entreprises chimiques de Haïfa au début de 2011. Les travailleurs israéliens et arabo-palestiniens se syndicalisent, fait sans précédent depuis la fondation de l’Etat d’Israël le 15 mai 1948.

Lors d’une visite à Hébron, la brigade a parcouru la partie de la ville occupée par Israël en 1967, où ont été fermés les maisons et les commerces appartenant aux familles palestiniennes expulsées dans la cadre de la transformation d’Hébron en « ville juive », obsession des colons sionistes qui contrôlent une partie de la ville.  

Solidarité dans la lutte

La brigade a participé à la mobilisation du Comité Populaire de Bil’in, une communauté cisjordanienne connue pour la réalisation de manifestations tous les vendredi contre le mur d’apartheid construit pour séparer ce village des colonies implantées par des colons sionistes après les accords de paix de 1994.

De même que Bi’lin, plusieurs terres palestiniennes de Cisjordanie ont été occupées militairement par Israël pour poursuivre le projet d´expansion coloniale, ce qui a fait croître les critiques de la population contre les accords signés entre l’Autorité palestinienne et Israël. Comme Israël ne respecte ni les décisions issues de ces accords ni les résolutions de l’ONU, les Palestiniens parlent de la fin et de la mort du processus de paix initié par des négociations directes. La lutte et la mobilisation populaires gagnent en puissance comme outils principaux pour vaincre l’occupation israélienne.

Durant la manifestation à Bi’lin, les soldats israéliens ont lancé des gaz lacrymogènes et ont tiré contre les Palestiniens et les internationalistes du Brésil, du Venezuela, de France, d’Irlande du Nord et d´Angleterre. Dans un geste de légitime défense face à l’attaque des forces israéliennes et des colons qui ont pris leurs terres, les jeunes Palestiniens ont répondu avec des pierres.  Une agression similaire avait déjà été perpétrée contre la brigade et les agriculteurs palestiniens dans le village de Jalud lors de la récolte des olives dans la zone C, territoire de la Cisjordanie palestinienne sous contrôle total des troupes israéliennes. Les colons israéliens avaient ouvert le feu avec des fusils et avaient agressé les internationalistes. Peu après l’armée est descendue sur les lieux avec les soi-disant  « armes non-létales ».

La brigade internationaliste Ghassan Kanafani est un exemple de plus, et concret, de la lutte des travailleurs  pour construire une société nouvelle, plus juste, plus démocratique et véritablement humaine: la société socialiste, qui dépassera les limites créées par le monde du capital.

Source: http://www.mst.org.br/Brigada-de-Solidariedade-Internacional-fica-30-dias-na-Palestina

Traduction française : Thierry Deronne

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Une coopérative du MST contribue au développement agricole du Piauí
22 janvier 2012, 11:51
Filed under: Histoire, Production


Par Vanessa Ramos

Page du MST

Malgré la sécheresse, le peu de pluie et sous le soleil brûlant du nord-est du Brésil, les travailleurs ruraux de la coopérative de production de Marrecas, située à São João do Piauí, fournissent une production diversifiée de fruits pour l’approvisionnement des supermarchés, des écoles et des crèches de partout dans le Piuaí .
Parmi les produits vendus, le manioc, le maïs, les haricots, les raisins, la papaye, la goyave, la pastèque, les moutons, chèvres et chevreaux. Cette année seulement, plus de 60 tonnes de raisins ont été récoltés lors de la Fête du Raisin, organisée par le gouvernement de l’État entre le 13 et le 15 janvier, à São João do Piauí.
L´unité de production de Marrecas est la plus ancienne coopérative du MST du Piuaí. Environ 300 familles y vivent maintenant, et elle fêtera ses 23 ans le 10 juin 2012. Pour Anthony Miranda, de la Coordination nationale du secteur de production du MST, Marrecas représente une étape importante: la première lutte de résistance pour la terre dans la région.
Il raconte qu´au début, les paysans avaient beaucoup de difficulté à produire des aliments en raison principalement de la difficulté d’accès à l’eau. «Il y avait de l’eau en quantité, mais pas de projet d’irrigation. L’eau était sous-utilisée », se souvient-il.
Aujourd’hui, la coopérative irrigue sa production agricole sans besoin d´utiliser d´autre énergie que la force de la nature. Bien que São João do Piauí soit considérée comme la capitale de l’état pour la production de raisins,  les produits-phares de la coopérative sont le maïs, les haricots, les chèvres et les moutons.  « Marrecas possède un très grand potentiel de production diversifiée », a déclaré François Juliano de Carvalho, de la coordination du MST de cet État.

Expérience

La coopérative du MST de Marrecas est pionnière pour la production de raisin en région semi-aride de Piauí, un projet développé en partenariat avec le gouvernement de l’État et la Société de développement « Vallée de San Francisco et de Parnaíba » (CODEVASF). Actuellement, six familles de producteurs agricoles participent au projet-pilote.

Tous les produits fabriqués par la coopérative de Marrecas sont vendus aux grandes chaînes de supermarchés de la région, en particulier la goyave. Les agriculteurs participent également au Programme d’achat des aliments (PAE) et au Programme  national du déjeuner scolaire (PNAE) et des foires locales.

 

Traduction française : Thierry Deronne

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Rosa Cañadell / El Viejo Topo : Le Mouvement des Sans Terre (Brésil) : un mouvement qui reconstruit la vie.
19 janvier 2012, 3:12
Filed under: Formation, Histoire, Lutte, Organisation, Production
LANGUE ET TRADUCTIONS DE L’ARTICLE

ROSA CAÑADELL / EL VIEJO TOPO (BARCELONE)

Le Mouvement des Sans Terre (Brésil) : un mouvement qui reconstruit la vie.

mercredi 18 janvier 2012

A l´heure où, comme aujourd´hui, une crise s´abat sur les classes les plus défavorisées, incapables d´offrir une réponse solide pour stopper l´agression contre les droits sociaux et du travail, parler d´un mouvement social comme le MST est comme une bouffée d´air frais, et même si les circonstances diffèrent beaucoup, son exemple d´organisation, de lutte et d´éducation peut servir de source d´inspiration pour toutes et tous ceux qui s´indignent et cherchent de nouvelles voies vers cette société rêvée, plus juste et moins plus égale.

Le fait que depuis 1985(année de la naissance du Mouvement des Travailleurs ruraux Sans Terres, MST), ce mouvement n´a jamais cessé de croître et n´a jamais renoncé à ses principes, au point de devenir une référence au Brésil comme en Amérique Latine, jette une lueur d´espoir dans notre désert plein de rage et d´impuissance.

Avec son slogan : « Occuper, résister, produire », le MST organise les paysans privés de terre pour occuper des zones improductives. Pour cela peuvent se réunir de 300 à 3000 familles, en général des personnes qui vivent dans les quartiers pauvres des grandes villes après avoir été expulsées de la campagne. Sortir de la pauvreté et retourner vivre à la campagne est ce qui pousse ces familles à se regrouper au sein du MST et à commencer le processus d´occupation et de résistance.

Une fois que la zone, le jour et l´heure sont décidés, elles prennent possession collectivement de la terre. L´étape suivante est de la défendre. Parfois surgissent les sicaires. Parfois c´est l´armée. Les paysans n´ont pas d´armes et leur défense est la non-violence et l´abandon temporaire de la terre en cas d´expulsion, généralement violente, pour la réoccuper ensuite. .

Les familles montent les campements et initient le processus de légaliser l´occupation. La Constitution brésilienne reconnaît le droit que les terres improductives soient « susceptibles de Réforme Agraire ». Ainsi l´occupation est une forme de lutte et de pression pour obliger le gouvernement à mettre en pratique le mandat constitutionnel de réaliser la réforme agraire et de faire en sorte que les terres remplissent leur fonction sociale.

Ce processus de légalisation appuyé par une équipe d´avocats du mouvement lui-même, peut durer des mois, parfois des années. Dans 80 % des cas la démarche aboutit mais il y a des campements qui attendent depuis dix ans la fin du processus. Pendant toute cette période sont combinées actions légales, négociations, et mobilisations : marches, occupations d´édifices publics, etc.

Finalement, une fois établie la légalisation de l´occupation, la terre devient propriété de l´État qui la donne en usufruit aux familles qui l´ont occupée. Ainsi naît l´”asentamento”, la construction de maisons et les activités productives. Les personnes qui ont conquis la terre planifient les aspects relatifs à sa répartition, à l´organisation du travail, au lieu de construction des maisons, de l´école, etc.

C´est un processus démocratique, assembléiste, et participatif. La ligne politique du MST est d´impulser et de développer la production de manière collective, mais les décisions appartient aux personnes qui se sont établi(e)s sur les terres.

Une fois cet objectif atteint, le MST continue à chercher de nouvelles terres pour installer de nouveaux groupes de paysan(ne)s. Une partie de la production de ceux qui sont déjà établis permet d´appuyer les nouvelles occupations et l’expérience des uns sert à l’organisation des autres, dans un vaste cercle de solidarité qui permet son expansion.

Depuis le début, le mouvement n’a pas cessé d’occuper des terres, d´organiser la production, de construire des écoles et de former de nouveaux militants. Actuellement quelque deux millions de personnes vivent et travaillent sur les terres occupées et / ou légalisées. On compte des centaines d’associations paysannes et de coopératives de production.

En abril 2010 on comptait près de deux mille écoles dans les campements (« acampamentos ») et dans les unités de production qui en naissent (« asentamentos »). Par l´École Nationale Florestán Fernandes sont passés 16.000 jeunes pour se former politiquement et techniquement. Pendant ce temps quelques 60.000 familles campent dans l´attente de légaliser les terres occupées.

Comment ont-ils obtenu tant avec si peu ? Trois clefs sont à la base du succès du mouvement : la lutte constante, l´organisation comme construction de valeurs nouvelles et la formation comme garantie de continuité.

1. La lutte comme moteur

La lutte constante part de l´idée que la conquête de la terre par un groupe de familles est insuffisante ; la lutte continue avec la réforme agraire et avec une conception nouvelle de la production dans la campagne : sans latifundios, sans monocultures destinées à l´exportation, sans produits agrotoxiques, sans variétés transgéniques. Une agriculture qui permette aux paysans et aux paysannes de vivre dans la campagne et de la campagne, de produire sans détruire la nature, de cultiver pour la consommation interne et de garantir la souveraineté alimentaire pour toute la population. Tout cela implique un changement dans les structures de la propriété et un changement de modèle économique et politique du pays. Un grand changement structurel et de sytème pour atteindre une société plus juste et viable, tel est l´objectif ultime de ce mouvement. «  Nous ne voulons pas créer de petites îles fantastiques, nous voulons changer la société  » nous disait un jeune dirigeant.

Ainsi, la terre devient lutte et accumulation de pouvoir en trois sens : le premier, c´est la conquête de la terre et la défaite du latifundio ; Impressionnant spectacle que ces kilomètres et kilomètres sans maisons, sans habitants des grandes plantations d´eucalyptus, de maïs transgénique, puis soudain, comme dans une oasis, un campement productif doté de maisons, de jardins, de potagers, de garçonnets et de fillettes, d´animaux, d´écoles, en définitive de vie. Le deuxième sens, c´est d´obliger l´État à légitimer l´organisation et l´occupation des terres par cette quantité énorme de personnes et ainsi d´observer ses propres lois constitutionnelles. Et le troisième sens est qu´en conquérant la terre, l´organisation des Travailleurs Sans Terre devient une référence politique et sociale capable d´influencer l´espace géographique et social autour de ses communautés organisées.

La lutte, en outre, génère des coutumes et des aspects différents qui forgent l´identité de l´organisation. On occupe des terres, on lutte pour des crédits, on éduque les enfants, on enregistre des CDs, on proteste contre les privatisations, on mène des actions solidaires avec d´autres mouvements, on organise des rencontres, on réalise des marches, on édite des livres, et combien d´autres choses…

2. L´organisation comme base de la société future

Par la conquête de la terre, le MST démontre en outre qu´est possible une forme alternative d´organiser la vie : en tant que propriété et communauté. La propriété collective, la production sous forme de coopératives et l´organisation assembléiste de la communauté, permettent au mouvement de se maintenir et de croître. Selon des études de la FAO sur les campements productifs, les paysans bénéficiaires des occupations de terre gagnent trois fois plus qu´avant ; l´analphabétisme disparaît, ainsi que la mortalité infantile et les jeunes qui vivent là disposent d´un débouché, sur la base d´une formation technique, professionnelle et politique.

L´organisation dans les campements, dans les unités productives, dans les écoles et dans les autres structures du MST est une des grandes conquêtes et un levier de changement. Avec l´organisation des campements et le travail volontaire et collectif, est menée une « réforme dans la réforme ».

La vie dans les campements et unités productives reconstruit, réordonne la vie sociale : chaque groupe de dix familles forme un des “Noyaux de base” parmi lesquels on choisit un coordinateur et une coordinatrice (dans toutes les structures organisatrices la parité est une norme). On nomme des responsables pour les différents secteurs : Infrastructure, Education, Santé, Finances, Sécurité, Communication et culture, Production et Front de masses. Un groupe de cinq noyaux forme une brigade (soit 50 familles) dans laquelle se coordonnent les représentants des Noyaux des différents secteurs. Finalement, les coordinateurs et coordinatrices de chaque Brigade, avec les responsables de chaque secteur, forment la Coordination Générale du Campement initial (« Acampamento ») ou de l´Unité productive postérieure («  Asentamiento »).

Chaque semaine, normalement les samedi, tous les Noyaux de base et tous les secteurs se réunissent. Au terme de la réunion la Coordination générale évalue toutes les propositions et les décisions émanant des différentes réunions. De même le coordinateur et la coordinatrice de chaque campement et de chaque unité productive se réunissent avec les unités les plus proches : c´est une coordination locale qui avec d´autres coordinations locales forment la coordination territoriale, puis celle de chaque état, et finalement la coordination nationale.

Cette organisation depuis la base génère la participation et l´auto-organisation de la vie quotidienne des campements et des unités productives, favorise la vie en commun entre les diverses familles qui occupent une même terre et maintient en vie l´esprit de solidarité et de lutte. En même temps elle maintient en contact et en coordination constante les différentes structures du Mouvement lui-même, permettant de réunir les forces, d´additionner les luttes, d´échanger des expériences, d´unifier les slogans de lutte, ce qui rend le mouvement plus grand et plus fort. La démocratie, dit-on au MST, ne peut être comprise seulement comme la participation aux processus électoraux, elle doit s´enraciner dans toutes les dimensions de la vie sociale.

Tout cela permet, dès le premier jour de l´occupation, de résoudre les problèmes produits par la précarité et la vie en commun de milliers de personnes, qui ne se connaissent pas. En peu de jours se construisent des réservoirs d´eau, des baraques de bois et de plastiques, des rues et des éclairages, des toilettes et l´école. Conjointement on établit des normes de vie commune. Ainsi en peu de jours on réorganise la nouvelle forme de produire et de vivre. Le travail collectif, la participation démocratique créent une nouvelle culture sur la base de vertus nouvelles que l´organisation aide à développer. Des pères et des mères de familles qui jusqu´il y a peu étaient à peine nommés par leurs enfants, sont à présent appelés par les haut-parleurs pour participer aux réunions qui décideront du futur de leurs vies. Et en vérité il est étonnant de voir ces immenses rassemblements de personnes vivant ensemble sans besoin de représentation de l´État ni de forces policières.

Les portes des maisons sont ouvertes et elles n´ont pas de murs, la délinquance est inexistante, de même que le vol ou la violence (mon séjour dans ces campements, logée dans ces maisons sans portes, avec tous mes documents, bagages, argent à l´intérieur, n´a pas éveillé le moindre intérêt ni le plus petit problème). Les conflits sont traités collectivement et l´esprit de lutte est présent dans tous les actes quotidiens. Dans tous les campements et unités de production, le drapeau du MST est peint sur les murs des granges, des maisons, des écoles. Il n´y a pas une seule place d´une seule unité productive sans un drapeau rouge qui flotte et contraste avec le vert de la végétation. Les animaux domestiques se promènent parmi les enfants et devant chaque maison, quelque pauvre qu´elle soit, il y a un petit jardin et quelques fleurs d´ornement.

Les parents nous racontent leur satisfaction d´avoir éloigné leurs enfants “du climat de délinquance et de drogue des quartiers marginaux dans les grandes villes” et les plus petits manifestent leur sentiment d´être « plus libres et plus en sécurité”. La peur et l´exclusion semblent appartenir au passé.

L´intérêt porté à l´entretien et au nettoyage des espaces fait partie des valeurs. Le contact avec la terre et la beauté naturelle pour embellir le quotidien génèrent le sens esthétique, par l´usage des produits de la nature elle-même, éveille l´intérêt artistique : chanter, peindre, décorer, faire du théâtre, transmettre à partir de petites radios locales, tout fait partie des activités collectives. “La beauté des unités productives sert à montrer que nous avançons vers la reconstruction de la vie” dit-on avec fierté. La conscience écologique naît aussi du respect de la nature et de la volonté de reconstruire la production sans poisons ni variétés transgéniques, en respectant et en récupérant les espèces autochtones.

3. L´éducation comme semence du futur

Pour le MST éduquer est fondamental. Sa préoccupation pour l´école existe depuis le début du mouvement. La lutte pour l´école est la phase suivante de la lutte pour la terre : il s´agit d´assurer l´accès à l´éducation de tous les enfants en âge scolaire, l´alphabétisation des jeunes et des adultes et la formation technique et politique de la jeunesse.

Éduquer pour le MST signifie basiquement “former pour transformer la société” : il s´agit d´une éducation qui ne cache pas son engagement de développer la conscience de classe et la conscience révolutionnaire, tant parmi les participants que parmi les formateurs. L´école est conçue comme un espace où les enfants et les adolescents se forment comme êtres humains intégraux. L´organisation collective se conçoit comme un pilier fundamental de l´école et le travail comme la base de tout processus éducatif. L´auto-organisation des éducateurs et des participant(e)s ainsi que l´implication de toute la communauté sont aussi présentes dans l´éducation : depuis l´autoconstruction de l´école à la lutte pourla défendre et à la participation dans les conseils scolaires.

La première chose qu´on construit dans un campement, c´est l´école. Ensuite on cherche les jeunes les plus formés pour qu´ils se chargent d´éduquer les plus petits. Le pas suivant est la lutte pour l´école publique, pour exiger de l´administration (locale ou de l´état, selon qu´il s´agit de primaire ou de secondaire) la construction de l´école publique et l´adjudication de maîtres et maîtresses.

Pour le Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre, la formation de ses propres enseignants est une question centrale, et ce pour deux raisons : la première est d´assurer la continuité de l´école, puisque tant les campements que les unités productives sont situées dans des zones éloignées et souvent, les enseignants qui ne font pas partie du mouvement abandonnent l´école ou ne veulent pas y travailler. La deuxième est de mettre en oeuvre sa conception de l´éducation liée à l´histoire du campement, de la lutte pour la terre et du travail agricole.

Quand on a obtenu l´installation d´une école publique dans le campement ou dans l´unité productive, le programme de formation est “officiel” et les maîtres ou maîtresses sont payé(e)s par la Municipalité ou par l´État. Dans la grande majorité de ces écoles on obtient que les jeunes du lieu, déjà formés, puissent occuper ces postes.

Tout ceci implique qu´ils doivent transmettre les contenus officiels. Mais il n´en restent pas là. Ils mettent en pratique leurs propres principes éducatifs : une méthodologie « émancipatrice », inspirée de Paulo Freire et d´une éducation théorico-pratique liée à la terre, avec jardins scolaires, soins des arbres et des fleurs, etc… Ainsi on élargit les contenus officiels avec des contenus propres et on élabore un matériel pédagogique alternatif. La “mystique” (chants, hymnes, slogans, poésie, représentations symboliques, etc.) est toujours présente dans les écoles, de même que l´éducation artistique et culturelle : musique, danse, théâtre, art. Ces écoles, situées dans les unités productives, sont souvent ouvertes au reste des enfants des villages voisins, de sorte qu´elles offent aussi un service à la communauté locale.

Par ailleurs le MST, en partenariat avec plusieurs universités, organise des cours techniques et pédagogiques pour ses jeunes. Ces cours fonctionnent toujours à temps partiel, combinant théorie et pratique : deux mois de formation dans le Centre éducatif et trois mois de travail dans l´unité productive, et ainsi de suite durant trois ans, au bout desquels on acquiert une formation et un titre universitaire qui leur permet de travailler dans les unités productives (« asentamentos ») comme professeurs des écoles publiques ou comme techniciens en agro-écologie ou en coopérativisme.

La conception de l´école au MST embrasse un grand nombre d´aspects : la planification, l´évaluation, la formation des professeurs, les matériels didactiques, la relation professeur/élève, le travail pédagogique, etc. En d´autres termes, l´école est repensée de manière intégrale et vise de nombreux objectifs : comme outil d´émancipation sociale, elle veut éliminer l´analphabétisme et rendre la culture accessible à tout le monde. En tant que promotion intellectuelle et technique, elle veut permettre aux jeunes de rester vivre sur place et de disposer d´un emploi. Elle cherche à transmettre des valeurs : amour de la terre, travail collectif, solidarité, discipline, créativité. Elle vise à améliorer la vie des unités de production et de leur environnement local : production, coopérativisme, agro-écologie.

Elle est aussi une manière de stimuler l´engagement : la lutte pour la terre, la récupération de l´histoire propre (celle de l´occupation, du campement) et collective (les luttes sociales et paysannes, les révolutions en Amérique Latine, etc.). Elle sert enfin à former les futurs cadres et dirigeants : la formation politique.

L´éducation se veut donc à la fois un processus de rétroalimentation du mouvement lui-même et un outil de transformation sociale.

Au cours de son quart de siècle d´existence, le MST a construit un vaste réseau d´écoles, dans leur majorité publiques, qui se situent dans les zones d´influence du Mouvement. Selon des données du secteur de l´éducation, en avril 2010, existaient dans les campements et dans les unités de production, près de deux mille écoles, basiquement d´éducation infantile et de primaire complète, et quelques unes d´enseignement secondaire. On compte 300.000 personnes étudiant dans des écoles publiques, depuis l´infantile jusqu´à l´universitaire, en pasaant par l´éducation de jeunes et d´adultes. Dans les écoles des campements et des unités de production travaillent 10.000 professeurs, plus 5.000 autres travailleurs de l´éducation, normalement des jeunes qui exercent cette fonction d´éducateurs sans en avoir le titre mais qui sont en formation dans les cours pédagogiques du MST.

Tout cela a permis de mettre un terme à l´analphabétisme, de disposer d´écoles dans tous les campements et unités productives, d´avoir des maîtres et des maîtresses jeunes, motivés et impliqués dans cette éducation comme projet global au-delà de la simple instruction. Et de compter des jeunes formés, munis de titres, et d´un ensemble d´étudiants motivés, avec peu de problèmes de discipline et un grand sens des responsabilités.

Autre résultat, jeunes et adultes possèdent un haut niveau de formation idéologique et politique, il n´y a qu´une faible désaffection des jeunes dans le Mouvement. L´enracinement renforcé dans les unités productives a permis d´augmenter la qualité de la production et de l´auto-organisation. Tout cela revient à continuer la lutte pour la terre et pour la transformation sociale tout en multipliant les opportunités de vie personnelle, professionelle, des paysan(ne)s sans terre.

L´École Nationale Florestán Fernandes (ENFF) : la connaissance libératrice de consciences

Avec l´éducation, la formation politique a toujours été un des piliers du MST, et c´est pourquoi a été créée l´Escuela Nacional Florestán Fernandez, en 2005. L´idée de cette école nationale est née à la fin des années 90 quand a surgi le besoin de disposer d´un espace de formation de la militance et d´échanger des expériences ou de mener des débats sur la transformation sociale en Amérique Latine.

Cette école est située à Guararema (à 90 KM. de Sao Paulo) et a pour objectif d´être un espace de formation supérieure plurielle dans les divers domaines de la connaissance, non seulement pour les militants du MST, mais aussi pour ceux d´autres mouvements sociaux, ruraux et urbains, du Brésil et d´autres pays d´Amérique Latine.

L´école a été construite à partir du travail volontaire de brigades venues des campements et d´autres mouvements sociaux. Plus de mille personnes ont collaboré à l´auto-construction de l´École, qui, en outre, se caractérise par une grande beauté et simplicité architecturale, ainsi que par un environnement bien entretenu. Elle compte des dortoirs pour 250 personnes, avec un grand réfectoire, una salle de projections, une salle pour les réunions et les assemblées, une bibliothèque, 15 classes, un grand jardin, une garderie d´enfants et de vastes espaces externes avec jardins et petites unités de production agricole.

Depuis 2005 sont passés par cette école plus de 16.000 jeunes, près de 500 professeurs volontaires de diverses universités du Brésil, d´Amérique et d´autres continents, et 2.000 visiteurs du monde entier. Les espaces de l´école servent aussi à l´organisation de diverses rencontres : de jeunes, de professeurs, d´autres mouvements sociaux comme la Via Campesina, le Mouvement Noir, le Mouvement des Sans Toit, etc., ainsi qu´à la réalisation de séminaires et d´autres évènements. Les principaux intellectuels de gauche sont passés par l´école au moins une fois, beaucoup y reviennent.

Les élèves ne paient rien et le professorat ne perçoit pas de salaire. La conservation du centre se fait à partir du travail des jeunes qui étudient et qui assument les tâches de nettoyage, de cuisine, de travail productif dans les potagers et de soins des animaux qui seront une partie fondamentale de leur propres repas. Ainsi l´École se soutient par ses propres forces et le travail collectif revêt une dimensión pédagogique et éducative fondamentale pour les étudiants.

La formation des militants, ou formation politique, combine des questions de théorie et de connaissance avec une formation éthique et morale, mettant l´accent sur la coopération, la solidarité, la fierté de classe, l´importance de l´étude, du travail et de la beauté. L´école se valorise par sa capacité à impulser la formation de militants, la formation à de nouvelles formes de travail dans la campagne et à des valeurs humanistes et socialistes.

Conclusion

En ces temps de néo-libéralisme radical et de pensée unique, le Mouvement des Sans Terre du Brésilmontre qu´il est possible d´établir un nouveau type de propriété de la terre et de produire sans préjudices pour la nature, d´avancer et de perfectionner la démocratie et la solidarité, de participer dans toutes les luttes contre l´oppression et de mettre en pratique de nouvelles valeurs avec de nouveaux contenus.

De son organisation, de sa lutte, de sa ténacité pour une éducation émancipatrice, nous pouvons apprendre en tant qu´éducateurs et activistes de mouvements sociaux. L´Histoire n´est pas écrite mais il y a des voies tracées et cela vaut la peine de les explorer.

Dans la nuit, quand on les attend le moins, des légions de familles surgissent, juchées sur des camions prendre la route pour occuper des grandes plantations abandonnées, pour retrouver la possibilité de renaître comme êtres humains et politiques. En peu de temps le rouge des drapeaux brille comme un brasier et annonce que là-bas, des esclaves cherchent la liberté et invitent les autres à forger ensemble leur propre destin”. (Ademar Bogo :”Le MST et la culture”, Sao Pâulo 2009))

LUTTER EST LA MEILLEURE MANIÈRE D´ESPÉRER

Rosa Cañadell est professeur, porte-parole de l´USTEC•STE. Membre du Comité de soutien au MST, Barcelone (Catalogne). Membre de Socialisme 21.

Source : El Topo Viejo, http://www.elviejotopo.com/

Traduction française : Thierry Deronne, pour www.larevolucionvive.org.ve

Pour soutenir le MST, on peut écrire à Salete Carollo, prointer@mst.org.br

Pour une information continue en français sur les activités du MST,https://mouvementsansterre.wordpress.com/



(Vidéo : ) La Brigade Dessalines, initiative de La Via Campesina et du Mouvement des Sans Terre du Brésil : « l´exploitation étrangère est la cause des difficultés de Haïti ».
14 janvier 2012, 8:34
Filed under: Formation, Solidarité internationale | Mots-clefs:

Voir la vidéo :

“Vous êtes vraiment blancs ?”, se demandaient les Haïtiens, rassemblés en petits groupes pour les voir travailler et se salir les mains de terre. Les voir se saisir de la houe, se pencher sur la terre et travailler dans les plantations de la zone rurale, transporter des bottes de paille ou tirer de l´eau d´un puits étonnaient les noirs qui s´arrêtaient pour contempler la scène, absorbés, immobiles durant 20, 30 minutes.

Photo : Rafael Aquino Nogueira/ Courtoisie du MST. Les agriculteurs des zones rurales marchent sur des kilomètres pour vendre leur produit à la foire paysanne.

Avec le temps, la vie en commun a fait place à la confiance, et a effacé la couleur de peau des membres du MST (Mouvement des Travailleurs Sans Terre) en Haïti, une couleur traditionnellement associée à l´exploitation inhumaine, pendant des siècles, de la population du pays. C´est comme membres de l´organisation internationale Via Campesina, que les premiers Sans Terre brésiliens sont arrivés dans ce pays caraïbe en 2009 pour opérer une reconnaissance du territoire haïtien, réaliser un diagnostic des conditions du sol, de la production agricole et de la dynamique sociale.

C´est ainsi que la “Brigade Dessalines” a initié le programme de coopération pour le renforcement de l´agriculture locale qui fournit 40% de la consommation alimentaire du pays. Dans cette interview pourOpera Mundi, le coordinateur de la brigade José Luis “Patrola”, l´agronome Dayana Mezzonato, l´agriculteur brésilien André Luis Guimarães et l´ingénieur agronome Rafael Aquino racontent les expériences vécues en Haïti.

Comment s´est passée la période de reconnaissance du territoire ?

Patrola – D´abord nous avons appris le créole, ensuite nous avons commencé à parcourir les départements du pays. Nous avons voyagé en moto, en omnibus, en voiture, en tap-tap (transport collectif) et à pied. Ce contact avec l´intérieur a été fondamental pour comprendre, par exemple, que hors de Port-au-Prince il n´y a pratiquement pas de téléviseurs ni de réfrigérateurs. Nous avons travaillé dans un lieu appelé Ti Riviè Latibonit qui possède près de 150 mille habitants. André, combien de réfrigérateurs as-tu vu là-bas ?

André – Hors du poste ? Aucun. (Rires)

Dayana – Dans ces villes ils n´ont l´électricité que deux fois par semaine, entre une heure et deux heures du matin.

Rafael – Personne ne sait quel jour elle va arriver, ni á quelle heure elle s´en ira. Si elle arrive le mercredi, on peut en avoir une, deux ou trois heures.

Patrola – Nous avons découvert aussi que le principal moyen de communication est la radio et si tu ne comprends pas le créole, tu ne sauras rien de ce qui se passe au quotidien. Cette période de vie avec les habitants nous a permis de mieux connaître et d´interpréter la réalité haïtienne, ce qui est fondamental pour établir un programme d´appui et de coopération. Nous avons établi le siège central de la brigade à L’Artibonite, à deux heures et demie de Port-au-Prince et c´est de lá que nous nous sommes déplacés vers les régions où nous opérons.

Photo : Rafael Aquino Nogueira/ Courtoisie du MST. Formation offerte par des membres du Mouvement des Sans terre à la population haïtienne.

Comment avez-vous vécu l´évolution de la relation avec les haïtiens après deux ans ?

André – Quand le haïtien ne te connaît pas, tout étranger est réputé « blan » (blanc, en créole haïtien). Par la suite quand tu parles leur langue, ce qui n´est pas courant, la réceptivité est différente. Comme nous travaillons et vivons avec les paysans, ils nous traitent avec ce qu´ils ont de meilleur. Vous ne pouvez pas expliquer le dévouement avec lequel ils vous traitent quand ils savent que vous contribuez.

Dayana – Il existe une dimension raciale très forte ici. Dans une population dont plus de 90% est noire, la vision première est que le blanc ou le colonisateur a de l´argent. Au début ils on nous appelait tellement “blan” que ça en devenait gênant. Mais quand les volontaires vivent longuement dans la communauté, l´ouverture est incroyable. Les Haïtiens aiment le Brésil, ce qui est un facteur positif, mais pour gagner leur confiance, nous avons dû vivre avec eux, démontrer qu’il existe des blancs pauvres dans le monde, que la solidarité se noue entre les peuples et que nous apprenons ensemble.

Patrola – Notre brigade est constamment motivée à parler le créole, cela peut même vous sauver d’une situation délicate en nous permettant d’expliquer qui nous sommes. Souvent, nous sommes arrêtés par les policiers sur la route et ils sont surpris parce que nous parlons la langue. Une fois ils n´ont même pas regardé nos papiers, rien que parce que nous parlions le créole et venions du Brésil. Ils nous ont demandé notre nationalité, si nous vivons ici et si nous aimons, et on a gagné la journée.

Photo : Rafael Aquino Nogueira/ Courtoisie du MST. Les agriculteurs haïtiens ont été étonnés quand ils ont vu des « blancs » du MST travailler la terre.

Quel est votre diagnostic de la situation en Haïti ?

Patrola – L’eau est un besoin prioritaire et un luxe, même pour la classe moyenne qui vit dans la capitale haïtienne, qui paie et se fait approvisionner par un camion hebdomadaire, ne disposant d’eau publique qu´une fois par mois. Dans les zones rurales, l’accès est beaucoup plus difficile. Dans les montagnes, il est normal de voir des enfants de 8, 10 ans, marcher trois ou quatre heures avec un seau de 20 litres sur la tête. Et c´est une eau complètement pourrie, que même les animaux ne boivent pas dans mon campement agricole au Brésil.

D’autre part, il ya de graves problèmes structurels qui sont la formule de base de problèmes mineurs. Par exemple, la crise économique. Un taux de chômage de 75% et une agriculture en déclin. Le travail en milieu rural est lourd et il ya un exode rural permanent des jeunes. Malgré ces difficultés, la campagne produit l´alimentation de 40% des Haïtiens et constitue un pilier majeur de l’économie.

Dayana – Depuis le milieu des années 1980, de nombreux produits agricoles entrent dans le pays et la production nationale est de moins en moins prioritaire. Les producteurs de riz ont toutes les peines à rester concurrents sur ce marché parce les importations des États-Unis sont subventionnées.

Rafael – Une forte caractéristique de l’agriculture haïtienne est la diversification des plantations, d´où le maintien de la fertilité des sols. Ceci réduit la présence de parasites et de maladies et permet d´éviter l’utilisation de pesticides. Dans les montagnes il y a tout ce qu´il faut : riz, canne à sucre, banane, manioc, haricots … Mais les paysans utilisent peu de techniques de conservation des sols, et il ya des problèmes d’érosion et d’assèchement des rivières.

Comment agit la brigade pour améliorer la situation dans ce secteur ?

Patrola – En 2010, nous avons installé près de 1500 réservoirs dans les maisons des paysans. Ils ont été donnés par le gouvernement de Bahia et transportés par le Secrétariat des Actions Internationales du Combat contre la Faim du Ministère des Affaires étrangères. Ce n´est pas une grande quantité, mais les paysans vivent l´un près de l´autre et chaque réservoir est utilisé pour un maximum de cinq familles.

Nous avons des centres de reproduction de semences de légumes, parce que la base de la souveraineté est la capacité de produire, alors qu´actuellement 100% des graines de légumes utilisées ici sont importées. Nous sommes également en train de construire une école de formation technique pour les jeunes Haïtiens. Il y a une Faculté d’Agronomie en Haïti et près de la moitié des diplômés quittent le pays, qui a déjà un grand manque de connaissances techniques et d´outils de travail tels que des houes et des machettes, que le pays ne fabrique pas.

D’autre part, nous installons des pépinières pour le reboisement : Haïti ne dispose que de 2% de couverture forestière et la déforestation ne cesse pas, car le charbon de bois est une source alternative de revenus pour l’agriculteur. Avec un sol plus vulnérable, les cyclones et les ouragans sont plus dévastateurs que partout ailleurs dans les Caraïbes.

Dayana – Une autre action concrète a été d’envoyer 76 jeunes Haïtiens au Brésil pour un an, pour vivre la réalité du paysan brésilien, pour voir comment nous travaillons et suivre un cycle de formation à l’Ecole Nationale Florestan Fernandes. La plupart sont revenus enthousiastes, avec la volonté d’appliquer ces expériences ici.

Comment le programme de coopération est-il financé ?

Patrola – Nous sommes une brigade de militants volontaires soutenus par des organisations non-gouvernementales. Des organismes brésiliens et étrangers apportent des ressources financières pour le transport, pour l’essence et la nourriture. Nous avons aussi une très bonne relation avec l’ambassade du Brésil, et avec la Force aérienne qui a transporté les graines à plusieurs reprises jusqu´ici et a appuyé la logistique pour l’échange avec la brigade de jeunes Brésiliens qui sont venus ici.

Mais nous voulons travailler dans des programmes de production laitière, dans l’installation de moulins et la distribution de citernes pour desservir plus de 75 mille familles et pour cela nous avons besoin de l´appui du gouvernement fédéral. Si le Brésil veut coopérer massivement avec les agriculteurs haïtiens, il devrait compter avec nous. Nous avons fait la demande, maintenant cela dépend d’eux.

Quelles sont les difficultés principales de la brigade ?

Patrola – Nous avons du mal à nous maintenir à cause des frais d’essence, de nourriture, de santé. Sur les 40 personnes de différents mouvements de Via Campesina qui sont venus à Haïti, 36 ont souffert d´infections gastriques, de paludisme, ou de fièvre typhoïde parce que nous avons subi de nombreuses privations. Vous savez combien il y a de marchés dans la région où nous travaillons ? Zéro. Nous comptons sur les foires paysannes, qui sont un phénomène important ici. Là on fait du troc, on achète et on vend des produits, c´est là où l’économie bouge.

André – Les agriculteurs de montagne parcourent 4, 5 heures de marche pour être dès 8 h. du matin à la foire et négocier leurs produits. Ils transportent tout sur la tête et avec l´argent de la vente, achètent d´autres produits pour les ramener chez eux. La population vit grâce à ça.

Patrola – Si j’étais photographe je voudrais faire des images de ces foires.

(À ce moment, le photographe d’Opéra Mundi raconte qu’il est allé à une foire à Port au Prince vêtu d’un gilet pare-balles et d´un casque. La pièce résonne de rires.)

Dayana – C´est de vous qu´on devrait prendre des photos…

Comment évaluez-vous la présence des troupes de l´ONU et la sécurité dans le pays ?

Patrola – Je fais miennes les paroles de l ’ex-Ambassadeur Igor Kipman : Haïti a besoin de marcher sur ses propres pieds, a besoin d´être autonome. Cela n´a aucun sens de dépenser 800 millions de dollars par an pour des activités militaires. Peut-être que cela était nécessaire de 2004 à 2006 quand le pays vivait une instabilité politique, mais aujourd’hui c´est de l´argent gaspillé. L’image de Haïti, pays violent, en guerre civile, oú on ne peut pas marcher seul dans la rues, est un mensonge. Il y a des gens qui sont convaincus que c´est vrai, y compris nos collègues brésiliens. C’est une construction négative, un préjugé. En trois ans de vie sur place, je ne me suis jamais senti en insécurité.

Dayana – Il ya beaucoup d’intérêts économiques derrière la construction de l’image négative des Haïtiens comme des gens qui n’aiment pas travailler, qui sont désorganisés : il faut donc leur apporter la paix et la civilisation… C´est vrai qu´il y a un manque d´organisation et beaucoup de besoins, mais nous ne pouvons passer sous silence combien ce pays est exploité. Les haïtiens ne jouent pas aux dés dans l’attente qu’une aide humanitaire débarque. Les gens travaillent et travaillent très dur, mais ils sont surexploités, et c´est la cause des difficultés du pays.

Traduit du portugais par : Thierry Deronne

pour La Revolución Vivewww.larevolucionvive.org.ve

Pour en savoir plus sur Haïti (en portugais) et la brigade de solidarité du MST

Pour soutenir le MST, écrire à Salete Carollo, prointer@mst.org.br

Pour une information continue en français sur les activités du MST,https://mouvementsansterre.wordpress.com/





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