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Cezar Britto à propos du cours de « Droit de la Terre » à l’Université : « La Justice ne peut être réduite à un phénomène urbain ».

Par Mayrá Lima, de la page du MST

Vendredi dernier (le 24 août 2012), les juges du Tribunal Régional Fédéral de la 1ère région (TRF1) ont rejeté à l’unanimité l’action civile requise par le Ministère Public de Goiás, qui avait demandé de faire cesser le cours de Droit Evandro Lins et Silva suivi par des fils et des filles d’ouvriers agricoles et de travailleurs sans terre, considérant le cours de Droit comme « étant en dehors de la réalité rurale ».

Cezar Britto, ex-président de l’Ordre des Avocats du Brésil (OAB) et avocat du collectif

Selon Cezar Britto, ex-président de l’Ordre des Avocats du Brésil (OAB) et avocat du collectif, le Ministère Public Fédéral (MPF) avait déjà classé une enquête civile exposant les mêmes arguments, en considérant que ces cours donnés aux ouvriers agricoles sont d’une importance sociale et publique fondamentale.

« En affirmant que celui qui vit à la campagne n’a pas de droit d’étudier le Droit, le MPF a oublié que le Pouvoir Judiciaire n’est pas une construction physique, située dans une quelconque rue de la ville. Au contraire, le concept de Justice doit s’appliquer à tous : vivant en zone urbaine ou rurale, pauvre ou riche, né dans un berceau doré ou dans une petite mangeoire », a-t-il déclaré.

La victoire du collectif étudiant Evandro Lins et Silva ouvre un précédent pour d’autres cours promus à travers le Programme National d’Education de la Réforme Agraire (Pronera) qui sont sur le point d’être remis en cause par le Pouvoir Judiciaire. Pour Britto, reconnaître la constitutionnalité des accords entre l’Institut National de Colonisation et Réforme Agraire (Incra) et les universités est important. En outres « la voix de la population rurale sera fondamentale pour la construction d’un nouveau droit.  »

Voici l’interview intégrale que l’ex-président de l’OAB, Cézar Britto, a accordé à Mayra Lima, du Mouvement des Travailleurs Sans Terre.

Mayra Lima – Sur quels arguments s’est basée l’action du Ministère Public Fédéral de Goiás ?

Cezar Britto – La thèse principale du Ministère Public Fédéral consistait à dire qu’il y a « une inconstitutionnalité flagrante de l’accord » scellé entre l’Université Fédérale de Goiás (UFG) et l’Incra par le fait que  » la résidence de l’homme en zone rurale avec les conditions de survie et de développement que valident l’expropriation et le transfert des terres aux paysans en vertu  de la réforme agraire, est un objectif qui n’a aucun rapport avec la formation technico-juridique accordées à ces assentados (1) avec la création du cours de droit par l’INCRA / UFG. » Dans cette même ligne d’argument, le Ministère Public Fédéral a dit que « l’habitat du professionnel du droit, dans tous les cas, est le milieu urbain, car c’est dans cette localité que se rencontrent les autres professionnels juridiques.  »

Mayra Lima – Quelle a été la ligne d’argumentation de la défense ?

Cezar Britto – La défense a présenté plusieurs arguments: le premier découle du fait que le magistrat a reconnu « la validité des activités académiques complétées par le corps enseignant », en plus du fait juridique postérieur (la conclusion du cours et la validation du diplôme) pour protéger la classe Evandro Lins e Silva, que ce soit par l’effet de la chose déjà jugée ou par la théorie du fait consommé qui fait perdre d’objet de l’action civile publique. En effet la décision ne pouvait pas nuire aux étudiants qui, de bonne foi, ont terminé leurs études, alors le verbe « désenseigner » n’existe pas.

Une autre ligne de défense a été que le procès était nul car les étudiants ne furent pas convoqués, alors que la décision de fermeture de la classe avait une répercussion directe dans leurs vies. Nous avons aussi mis en avant le fait,- et ceci fut la décision qui nous a fait gagner, sans analyser les autres – que le MPF local ne pourrait pas entrer en justice, parce que le collège supérieur avait déjà ordonné de classer l’enquête civile publique spécifique pour cette classe spéciale de droit. Dans ce cas, on ne pouvait pas parler d’autonomie individuelle du membre du MPF, parce qu’il n’y avait pas de vide de décision à ce sujet. Le TRF1 a compris à l’unanimité que l’enquête civile publique sur décision collégiale supérieure devaitt être observée et a mis fin à l’action.

Mayra Lima – En disant que le cours de Droit ne fait pas partie de la réalité du milieu rural, le Ministère Public de Goiás ne ferait-il pas preuve de préjugés ?

Cézar Britto – Bien sûr que oui. En affirmant que celui qui vit à la campagne n’a pas le droit d’étudier le droit, le MPF a oublié que le Pouvoir judiciaire n’est pas une construction physique située dans une quelconque rue en zone urbaine. Au contraire, le concept de Justice est s’applique à tous : urbain ou rural, pauvre ou riche, né dans un magnifique berceau ou dans une petite mangeoire ». La Justice ne peut pas, ne doit pas se réduire à un phénomène urbain, car cela reviendrait à créer des catégories distinctes de citoyens brésiliens : ceux qui ont la Justice et ceux qui ne peuvent même pas vivre avec.

Le Brésil ne vit pas le « Meilleur des Mondes » d’Aldous Huxley « , divisé en castes, créées en laboratoires ou conditionnées dans des temps prochains, comme des alphas; betas; gammas; deltas et epsilons. Au Brésil, l’éducation est un moyen d’insertion, de combat contre l’inégalité, d’affirmation de la personne humaine comme raison d’être de l’Etat.

Mayra Lima – Quelles sont les prochaines étapes ? Y a-t-il un risque d’autres actions ? 

Cezar Britto – Pour l’instant il faut attendre la publication de la décision car, en principe, il reste encore un recours. Mais il est important de rappeler que, en cas de victoire du MPF, le procès devrait être mené pour les autres disciplines, sur la base même du préjugé.

L’important est de savoir que le cours Evandro Lins e Silva peut poursuivre son travail, car c’est la meilleure garantie que vivre une zone rurale sera une résidence sûre en ce qui concerne le champ du droit, parce que leurs fils seront les avocats, les magistrats et les avocats généraux, qui n’auront pas dû naître en ville pour qu’ils les défendent dans les tribunaux, comme c’est le cas ici.

Mayra Lima – Quelle est l’importance de PRONERA dans le combat contre les inégalités dans l’enseignement rural ?

Cezar Britto – Ce fut exactement pour permettre la survie dans la dignité de l’individu qui habite en zone rurale et défendre le développement durable de son activité cruciale que fut créé PRONERA et ce Cours spécial de Droit. Et permettre à l’être humain de se fixer en zone rurale , c’est lui donner la certitude que la sécurité, la subsistance digne, l’égalité de traitement, la liberté d’aller et venir ne sont pas seulement des graines jetées sur un sol aride.

C’est reconnaître son droit au logement, principe fondamental, en refusant la logique que plus de 600 000 familles rurales habitent dans des maisons de torchis, quand ce ne sont pas des baraquements en toiles ou dans les dortoirs d’esclaves des grandes propriétés qui ont encore  recours à la servitude. C’est lui garantir que le simple et nécessaire droit de boire de l’eau potable n’est pas subordonné au bon vouloir de l’autorité politique du moment, celle qui choisit l’endroit où le camion citerne passera. C’est appliquer le droit constitutionnel à la santé, qui ne doit plus être considéré comme le fait d’implorer l’envoi d’une ambulance qui emmènera le patient à un hôpital bondé de la grande ville.

C’est rendre réel le droit à l’éducation, comme devoir de l’État, en n’admettant plus que 40 % des travailleurs ruraux soient analphabètes, ou que plus de trois millions d’enfant et d’adolescents soient déscolarisés. C’est savoir que son morceau de terre lui permettra de se sustenter lui et sa famille, que le fruit de son travail sera commercialisé à un prix juste. C’est connaître le concept de bail, de contrat d’achat et la vente de la récolte, d’assurance pour protéger la production, en évitant ainsi les intermédiaires ou ceux qui cherchent le bénéfice facile sans la sueur du travail. C’est connaître les droits du travail des salariés ruraux, de l’importance du contrat signé, du droit à la retraite quand le corps se fatigue du soleil et de la pluie qui lui châtient l’âme.

C’est être au courant des crédits ruraux, savoir identifier les intérêts exorbitants et, si le temps ne facilite pas la récolte, renégocier le contrat dignement, pour qu’ils ne se fassent pas spolier. C’est connaître le droit environnemental, les licences environnementales, les crimes environnementaux, les crédits carbone, pour améliorer son rôle, et avec lui, la planète. C’est connaître le droit à la propriété, la valeur juridique des biens, la législation applicable aux bénéficiaires de la Réforme Agraire et, par-dessus tout, les formes légales et techniques de résolution des conflits agraires. C’est faire, ainsi que l’a enseigné Dom Helder Câmara, que les lois quittent le papier pour gagner les rues et, par-dessus tout, les zones rurales.

Mayra Lima – Cette victoire ouvre-t-elle un précédent pour d’autres cours qui sont aussi remis en question ?

Cezar Britto – Je n’en doute pas. La décision du MPF qui restera comme le dernier mot sur cette affaire, c’est celle qui reconnaît la constitutionnalité de l’accord signé par l’UFG et l’INCRA. Espérons que cette sentence soit multipliée pour les autres cours. La voix des travailleurs ruraux sera fondamentale dans la construction d’un nouveau Droit, particulièrementparce qu’il remet en cause le « patrimonialisme » (privatisation du pouvoir d’État au profit des puissances foncières) telle qu’il est ancrée au Brésil depuis la colonisation.

(1) Paysans devenus propriétaires de terres par décision de justice (en vertu de la réforme agraire).

Source : http://www.mst.org.br/Cezar-Britto-A-Justica-nao-deve-ser-apenas-um-fenomeno-urbano

Traduction du portugais : Cécile Desoeuvre

URL de cet article : https://mouvementsansterre.wordpress.com/2012/11/27/cezar-britto-a-propos-du-cours-de-droit-de-la-terre-a-luniversite-la-justice-ne-peut-etre-reduite-a-un-phenomene-urbain/

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Brésil : pourquoi pas une télévision des Sans Terre ?

25 octobre 2012. Par Eduardo Sales de Lima, du journal « Brasil de Fato ».

Silvio Mieli est journaliste et professeur de la Faculté de Communication et de Philosophie de l’Université Catholique Pontificale (PUC-Sao Paulo). Son avis rejoint les récentes manifestations pour la démocratisation de la communication au Brésil, comme celle qui a eu lieu le 15 octobre 2012 à Sao paulo en face de l’hôtel Renaissance, où se déroulait une réunion de la SIP (Inter American Press Association, groupe de patrons de médias). À cette occasion, des représentants du collectif « Intervozes » et du « Forum National pour la Démocratisation de la Communication » (BDNF) entre autres organisations, ont déroulé des banderoles dénonçant des abus commis par des chaïnes de radio et de télévision, par des journaux et des magazines.

Par ailleurs, une des conclusions de l’étude récente du chercheur Tiago Cubas, du Noyau d’Études, Recherches et Projets sur la Réforme Agraire (Nera/Unesp) intitulée « São Paulo agraire: représentations du différend territorial entre paysans et ruralistes de 1988 à 2009 », va précisément dans ce sens : les médias privés totalisent la vision des relations capitalistes en milieu rural, en propageant des stéréotypes et en refusant le sujet et les méthodes de production alternatifs.

Dans l’interview qui suit, Silvio Mieli analyse la situation actuelle de la lutte pour la démocratisation de la communication au Brésil.

Brasil de Fato –  Des violences physiques sont commises par le gouvernement ou privés contre les paysans sans terre par le biais de polices et de milices armées. La couverture médiatique de ces événements est tendancieuse. Pourquoi la violence contre les pauvres est-elle naturalisée, voire même ignorée par les médias actuels ?

Silvio Mieli – En premier lieu il faut se souvenir que les médias sont ultra-conservateurs. Que les  conservateurs trouvent naturel qu’un milliard de personnes souffrent de la faim dans le monde. Et tout aussi naturel — c’est typique des conservateurs – que soit utilisée la violence contre ceux qui veulent sortir de cette situation. Comme dit le philosophe Giorgio Agamben, les médias aime les indignés mais passifs. Les grands journaux n’ont aucun problème pour montrer les enfants affamés vivant dans une décharge publique mais réprouveront fortement toute action directe pour corriger cette injustice.

La concentration du pouvoir dans les médias est un miroir de la concentration des terres. Dans le premier cas on vole des terres publiques ou on rachète des terres volées. Dans le second cas on prend possession du spectre électromagnétique en usant d’influences politiques ou du pouvoir économique, ou des deux à la fois. C’est pour ces raisons que le système est capable de tout quand il s’agit de discuter de la propriété foncière ou de celle d’un organe d’information. Ce n’est pas un hasard si le slogan de la démocratisation des médias en 1980 a été : « Réforme agraire dans les airs ». Sur la terre comme dans les ondes hertziennes nous sommes confrontés aux mêmes problèmes : la question de la propriété, de leur usage social et quels modèles de développement doivent être mis en pratique.

BdF – Concrètement, quel genre de relations existe entre les journaux locaux (et nationaux) et l’agro-industrie pour criminaliser toujours plus les paysans pauvres ?

S.M. – Toutes les familles qui monopolisent les médias au Brésil sont (directement ou indirectement) de grands propriétaires terriens. La famille Saad (groupe Bandeirantes), qui a récemment investi dans le domaine de la presse écrite, est une famille de grands éleveurs, Octávio Frias (père) a été l’un des plus gros entrepreneurs agricoles du pays. Donc, en plus de la servilité vis-à-vis du pouvoir, ils possèdent des intérêts directs dans le secteur. Beaucoup d’hommes politiques, même ceux qui se croient très puissants, sont devenus les office-boys des grandes sociétés. En ce qui concerne les moyens de communication principaux, ils sont devenus les promoteurs des événements de ces grandes entreprises.

BdF – Après la soi-disant « démocratisation » (post-dictatoriale), quel a été le poids des médias (locaux et nationaux) dans le processus de naturalisation de la violence envers les pauvres et les paysans sans terre et comment ont-ils fait obstacle à la réforme agraire ?

S.M. – Généralement on dit que les médias ne sont pas le quatrième pouvoir mais le cinquième élément. Nous avons l’eau, la terre, le feu, l’air et… les médias. Nous vivons immergés dedans. D’où l’importance de la qualité de ce qui est produit par ce moyen. Mais dans notre cas, peut-on vraiment parler de « redémocratisation » si parmi tant de problèmes hérités de la dictature, l’accès aux médias reste aussi limité ? C’est une autre dimension de la vie nationale : nous vivons un état d’exception permanent. Le modèle de communication mis en place par la dictature, même au terme du régime militaire, est toujours debout. Il suffit d’enquêter sur le rôle des médias dans les récentes affaires importantes du secteur agricole ou environnemental et de vérifier comment ils opèrent (affaires Raposa Serra do Sol, MP 458, code forestier, Belo Monte…).

BdF – Que pourrait faire un gouvernement plus progressiste ou une société plus éclairée pour faire évoluer ces véhicules médiatiques vers une communication plus équilibrée ?

S.M. – Prenons l’exemple de la « pentecôtalisation » des médias au Brésil. L’invasion des médias par des sociétés qui s’autoproclament des églises constitue un des plus graves problèmes contemporains des médias au Brésil. Nous vivions déjà avec une série d’autres problèmes, nous avons celui-ci en plus. Qu’a fait l’État ? Il a renforcé l’espace et la puissance de ces groupes, notamment grâce à des alliances politiques-partisanes. Il a offert des réseaux de télévision à des grands groupes qui ne représentent aucune force culturelle locale, attaquent les traditions religieuses de matrice africaine et font le prosélytisme du capitalisme comme religion.Il est clair que nous devons nous battre pour le contrôle social des médias, mais je pense que le salut ne passe pas par la réforme de ce qui existe, ni par le retrait des messages de l’État.

Dans la lutte pour la démocratisation de la communication il faut utiliser la même tactique que celle du Mouvement des Travailleurs sans Terre : l’occupation du spectre non productif (que ce soit au sein des champs pédagogique, culturel ou social, ce qui se défend sur des bases constitutionnelles). Je ne parle pas d’occuper les studios de la Globo mais en plus de l’espace que le mouvement social a conquis à travers Internet, de lutter pour des médias appartenant aux mouvements sociaux. Pourquoi pas une MSTV, une télévision du Mouvement des travailleurs Sans Terre ? Le moment est venu pour les mouvements sociaux de s’adresser au peuple directement, sans passer par des intermédiaires et pas seulement sur internet, mais aussi au moyen d’ondes électromagnétiques, ou de ce qu’il en reste.

Source : http://www.mst.org.br/node/14033

Traduction du portugais : Thierry Deronne

URL de cet article : https://mouvementsansterre.wordpress.com/2012/11/25/bresil-pourquoi-pas-une-television-des-sans-terre/

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Les producteurs des coopératives organisées par le mouvement sans terre produisent pour les cantines scolaires brésiliennes
23 de novembro de 2012

De la page du MST

Cette vidéo montre la production et la commercialisation d’aliments produits par la coopérative d’Itapeva, dans l’intérieur de l’État de São Paulo. Il s’agit de la Coopérative des ex-Sans Terre organisés en Unités Productives et des Petits Agriculteurs de la Région de Itapeva (COAPRI).

Ces producteurs qui ont réussi à obtenir des terres cultivables en vertu de la Réforme Agraire contribuent aujourd’hui à l’alimentation scolaire des enfants de la région, en offrant du lait, du yoghourt, des haricots, des fruits et des légumes.

Source : http://www.mst.org.br/node/14116

URL de cet article : https://mouvementsansterre.wordpress.com/2012/11/23/les-producteurs-des-cooperatives-organisees-par-le-mouvement-sans-terre-produisent-pour-les-cantines-scolaires-bresiliennes/

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Le Collectif de Culture des Sans Terre et la Compañia do Latao mettent en scène une pièce de Boal
14 novembre 2012


Par Ramiro Olivier
De la Page du MST

Le Théâtre SESC Pompéia a présenté une importante pièce théâtrale sur l’histoire de l’Amérique Latine ce 13 novembre 2012. A cette mise en scène de Sérgio de Carvalho, “Révolution de l’Amérique du Sud”, écrite à l’origine par le dramaturge Augusto Boal dans les années 60, ont pris part le groupe de théâtre de Sao Paulo « Compañia do Latão » et le Collectif de Culture du Mouvement des Travailleurs Sans Terre, en plus d’invités spéciaux comme João Pedro Stedile et Nelson Xavier.

Le spectacle raconte l’histoire du prolétariat et l’espoir d’une révolution socialiste au Brésil, au cours de la période du coup d’État militaire de 1964. Avec ses “touches” de comédie et de drame l’inteprétation rend vie à toute une littérature politique, avec ses scènes de famine, misère, travail esclave, parmi les différentes formes d’oppression qui étaient vécues par les ouvriers dans les années 60. 

Le Mouvement des Sans Terre, avec son collectif de culture, participe au spectacle de manière particulière, notamment dans la personne de João Pedro Stedile, faux Ange déguisé en bonne personne mais qui dans la réalité représente les grandes corporations mondiales engrangeant des royalties sur les produits consommés par les travailleurs.

Sous la houlette du curateur et metteur en scène Sérgio de Carvalho et de la psychanalyste Cecília Boal, veuve d’Augusto, ce cycle “Le Pompéia raconte Boal” a pour but de mettre à jour les idées et les concepts formulés par le dramaturge. « Plus que rendre hommage, l’objectif est de faire du travail de Boal un outil pour les artistes d’aujourd’hui » explique  Carvalho pour qui « les rencontres ont aussi été conçues en pensant à rapprocher différentes générations ».

Pendant le cycle qui court jusqu’au 13 décembre 2012, les oeuvres les plus marquantes sont abordées, ainsi que  certaines découvertes récentes dans les archives de l’artiste, aujourd’hui conservées par l’Université Fédérale de Rio de Janeiro (UFRJ). Après avoir risqué de quitter le pays la collection Boal  aujourd’hui archivée à Rio de Janeiro, est en cours de classement et sera soumise sous peu à des opérations de digitalisation et d’organisation.

Reconnu internationalement, Augusto Boal occupe une place unique dans le théâtre national. En 1960, il a révolutionné la scène à la tête du  Teatro de Arena. Il a transformé les traits de notre dramaturgie et a conçu une méthodologie de travail connue comme Théâtre de l’Opprimé, qui parcourt encore le monde entier. Pour tout cela ce metteur en scène et théoricien mérite tous les honneurs et tous les hommages.

Source : http://www.mst.org.br/Coletivo-de-cultura-do-MST-e-Cia-do-Latao-encenam-peca-de-Boal

Traduction du portugais : Thierry Deronne

URL de cet article : https://mouvementsansterre.wordpress.com/2012/11/22/le-collectif-de-culture-des-sans-terre-et-la-compania-do-latao-mettent-en-scene-une-piece-de-boal/

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La justice brésilienne suspend l’ordre d’expulser les indigènes guaranis kaiowás
1 novembre 2012, 3:04
Filed under: Défense de l'environnement, Lutte, Peuples indigènes

  

Par Luciano Nascimento

Reporter de Agência Brasil

Ce 30 octobre a été suspendu l’ordre d’expulser les indigènes guaranis kaiowás de l’hacienda Cambará, dans l’État du Mato Grosso do Sul. L’annonce a été faite par le Ministre de la Justice, José Eduardo Cardozo, lors d’une réunion avec les dirigeants indigènes au Secrétariat des Droits de l’Homme de la Présidence de la République (SDH). Selon la décision de la Justice, les quasi 170 indigènes qui vivent dans des campements doivent rester sur place jusqu’à ce que la démarcation de leurs terres soit achevée.

La décision de la Juge fédérale Cecilia Mello du Tribunal Régional de la 3ème Région (TRF-3) de São Paulo, a pris en compte le recours présenté par la Fondation Nationale de l’Indigène (Funai) et par le Ministère Public Fédéral (MPF). La décision antérieure était favorable à la recupération des terres par le grand propriétaire Osmar Luis Bonamigo.

Dans son attendu, la juge a estimé que  “ce cas reflète d’une part le drame des indigènes membres de la communauté Pyelito Kue qui comme de nombreux autres habitants des zones forestières brésiliennes, attendent depuis longtemps la démarcation de leurs terres. Et, d’autre part le drame non moins significatif de ceux qui aujourd’hui occupent des terres supposément indigènes et qui dans la majorité des cas ont acquis la propriété ou ont obtenu leurs titres légalement pour s’y établir”. La magistrate déclare encore que “les indigènes se trouvaient en situation de pénurie et de non-assistance et en raison du lien qu’ils entretiennent avec la terre qu’ils considèrent comme la leur, ont mis leur vie en jeu comme rempart pour défendre leur culture”.

La décision a été reçue avec enthousiasme par les personnes présentes à cette réunion. La Ministre du Secrétariat aux Droits Humains de la Présidence de la République Maria do Rosário, qui présidait la rencontre, a déclaré que l’étape suivante serait le processus d’études pour la démarcation des terres indigènes : “ces personnes ont entrepris une lutte avec l’appui de toute l’ethnie guarani kaiowá et de tous les guaranis et des communautés indigènes du Brésil”.

Solano Pires, dirigeant guarani kaiowá du campement Puelyto Kue, s’exprimant en langue guarani, a dit sa joie à la suite de la décision de justice et a réaffirmé le droit ancestral des indigènes sur ces territoires. “Cette terre sacrée est la nôtre. Mon aïeul et mon bisaïeul y sont enterrés ».

La juge a également révoqué l’amende journalière de 500 reales contre la Funai pour refus d’observer la décision d’expulser les indigènes. La Funai a soutenu devant le tribunal qu’elle “n’exerce pas la tutelle de la communauté indigène, ni ne possède d’influence sur leur culture, ni sur leur mode de vie et ne peut donc être tenue pour responsable de la réoccupation des terres en conflit”.

Cecilia Mell a également déclaré que la Funai doit adopter « toutes les mesures pour intensifier et mener à terme le processus administratif de démarcation des terres”. Elle a également autorisé d’autres organismes de l’État à accéder au campement pour apporter une assistance aux indigènes.

Pendant la réunion, José Eduardo Cardozo a annoncé qu’il avait déjà pris diverses mesures pour garantir de meilleures conditions de vie pour les indigènes. Il a souligné le renforcement des effectifs de la Police Fédérale pour assurer la sécurité du campement et a demandé que la Funai accélère le processus de démarcation.

Le ministre affirme que dans 30 jours sera présenté le rapport définitif concernant la zone revendiquée par les indigènes. “Nous allons l’approuver dans trente jours. Il ne manque que l’aspect cadastral”.

Malgré cela le ministre reconnaît que le processus de démarcation des terres indigènes doit encore prendre du temps. “C’est une question extrêmement conflictuelle. Nous avons des décisions de justice qui interrompent ce processus. Il est difficile d’estimer le délai qui mène à l’étape suivante”, a-t-il souligné.

Source : http://www.mst.org.br/content/suspensa-liminar-que-determinava-retirada-dos-guaranis-kaiow%C3%A1s-no-ms

Traduction du portugais : Thierry Deronne

URL de cet article : https://mouvementsansterre.wordpress.com/2012/11/01/la-justice-bresilienne-suspend-lordre-dexpulser-les-indigenes-guaranis-kaiowas/

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