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« Chao » (« sol »), sortie du nouveau documentaire sur les Sans Terre, réalisé par Camila Freitas (2020)

CHÃO (« sol »), le documentaire sur le mouvement brésilien des sans-terre, sera diffusé en première au Brésil le 26 mars 2020. Réalisé par Camila Freitas, il raconte l’histoire quotidienne d’une occupation du MST dans le sud de l’État de Goiás. Le film a fait ses débuts mondiaux au Festival international du film de Berlin, a été projeté au DocLisboa et a déjà remporté plusieurs prix dans des festivals de cinéma.

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Histoire du Mouvement des Sans Terre 3/6
21 février 2020, 3:53
Filed under: Histoire, Lutte
accapamento

Le Mouvement des travailleurs ruraux sans terre du Brésil (MST) est un des nombreux mouvements de sans terre. Il y en aurait plus de 90 paraît-il, dont le CPT, le Conseil Pastoral de la Terre , organisme ecclésial .

Le Mst célèbre  plus de 30 ans d’histoire. Il fête son anniversaire le 25 Janvier cette année. Il est le fruit des mobilisations sociales qui marquèrent la lutte pour la démocratisation du pays et pour les droits sociaux du début des années 80.
Parler du Mst c’est parler d’un événement fondateur, celui du massacre du 17 avril 1996 , au cours duquel 21 paysans  trouvèrent la mort, 120 autres furent blessés par les forces de l’ordre. 4 décédèrent de leurs blessures, 15 restèrent invalides. Cet acte barbare imprègne l’histoire et la mistica du MST… et l’histoire récente du Brésil. Il fut photographié par Sebastian Salgado, artiste photographe internationalement connu. L’exposition de ses photos pendant 2 ans provoquera  93 comités de soutien au MST,  et tout un mouvement contre contre l’impunité et pour les droits de l’homme. Ces photos seront aussi à l’origine des fonds réunis grâce à la solidarité internationale qui permettront d’acquérir le terrain sur lequel est construit l’école Florestan Fernandes (voir précédent post) ainsi que les matériaux nécessaires à sa construction.

salgado

Présentons rapidement le contexte avec quelques chiffres  :
-Le Brésil est l’un des pays à la plus grande concentration de la propriété foncière au monde : 73,7 % des paysans, petits propriétaires, disposent de 12 % de terres, pendant que 0,8 % des paysans en possèdent à eux seuls 31,7 %
– Au Brésil, 1,6% de grands propriétaires détiennent 43,8% de la terre, tandis que 57,6% des propriétaires ruraux (soit plus de 2,440 millions de familles) possèdent 6,3% des terres.
– On estime à 5 millions le nombre de familles de paysans sans terre.
– Le Brésil est le premier producteur mondial de soja et de canne à sucre. Ces cultures représentent environ 50% des terres cultivées.
– Entre août 2007 et juillet 2008, la déforestation de l’Amazonie a connu une hausse de 64,4%. Depuis vingt ans, un hectare de forêt disparaît toutes les dix secondes.

Un peu d’histoire…
L’histoire de la Terre du Brésil et des sans Terre remonte à sa découverte en 1492. La « découverte » ( la vraie « découverte » du Nouveau Monde date de 70 000 an !)  allait entraîner des luttes de pouvoirs et d’avoirs dès les premières décennies, en particulier vers les années 1530 quand Portugal et Espagne se battent pour étendre leur empires.

Le premier aménagement du territoire brésilien planifié par la couronne portugaise établissait une division du Brésil en régions appelées « capitaineries », dont le titre d’exploitation était attribué à des Portugais, dans des zones parfois plus vastes que le Portugal même. Ce titre garantissait à ses détenteurs le droit de désigner des autorités administratives, des juges et d’organiser la redistribution des terres. Ce système avait la particularité d’accorder un droit d’utiliser la terre et d’en récolter les profits, de façon héréditaire, mais n’accordait pas de droit de propriété individuelle sur la terre, qui restait propriété de la couronne.

Quilombos

Ce modèle a jeté les bases du système de production agricole colonial centré sur la production à grande échelle, destinée à l’exportation vers le Portugal, et basé sur un régime de travail esclavagiste. Certains esclaves  en fuite créeront des communautés cachées, ce seront les quilombos qui seront poursuivis tout comme les indiens qui défendent leurs terres.
(L’histoire passionnantes des quilombos mériterait plus qu’un post. Découvrez-la sur Google). Il font, eux aussi, partie des sans terre d’une certaine manière. Le gouvernement brésilien estime leurs descendant à deux millions et à trente millions d’hectares la surface qu’ils sont en droit de réclamer. la constitution de 1988 offre à leurs descendants la possibilité de s’approprier les terres qu’ils exploitent, ce qui provoque des conflits. Pour donner une image plus concrète, il faut s’imaginer deux millions de personnes demandant la possession d’une terre disséminée dans tout le Brésil ayant la superficie de l’Italie!)
Les indiens feront aussi les frais de cette main-mise de la terre au profit de quelques uns. Aujourd’hui, ils se composent de plus 305 peuples différents parlant 274 langues distinctes avec une population d’environ 900 000  et luttent aussi pour leur droits ancestraux à la terre.
Depuis les années 1630 jusque vers 1950 il y aura des ainsi des révoltes de la part de ces peuples auxquels il faut ajouter aussi les petits propriétaires… On devine le résultat : répressions, meurtres, violences, dénis des droits divers.

Vale

Qui sont les « personnes en face » aujourd’hui ?
– Les grands propriétaires, souvent des politiques (députés) qui possèdent aussi la plupart des médias. (voir le post récent et celui à venir).
– les petits propriétaires qui achètent des terres pour investir ou pour leur loisirs
– les multinationales : pour s’en tenir à la France : Alstom et GDF Suez, EDF (dont l’Etat détient 86 % de part), se lancent sur des projets au mépris de toutes considérations humaines et sociales et environnementales (comme le projet de São Lui, ceux à venir des autres grands barrages en Amazonie (Belo Monte). Aucune étude d’impact sur cette région à l’Ouest du Rio Xingu, une région encore largement préservée, abritant une biodiversité unique et des centaines de milliers d’indigènes et de populations traditionnelles disséminées et donc peu organisés pour résister aux méthodes d’intimidation de ces compagnies mais désireuses de défendre farouchement jusqu’à la mort leur environnement. A terme 40.000 personnes expulsées dans une zone de 100 km  sans indemnisation aucune.
Il en va ainsi également des concessions pour l’exploitation de gaz de schiste par fracturation hydraulique. 72 concessions viennent d’être attribuées sur 240 : parmi elle la multinationale française GDF Suez. Là aussi aucune études d’impact humaines et environnementales.

distillerie d'éthanol

Aussi, quand le Mst constitue une base sociale de près d’un  million de personnes sans terre

, on comprend sa lutte pour la réforme agraire et contre tous ces propriétaires qui s’approprient des milliers d’hectares pour faire des profits financiers au détriments des hommes et de la planète : toujours plus d’hectares pour le soja, pour l’élevage, pour l’éthanol, … exploitations anarchiques, épuisant et polluant sols et sous sols, défiant droits étatiques, humains, sociaux, du travail, environnementaux …

On comprend aussi pourquoi il devient, par sa probité et son exigence et justice et de vérité, une « conscience » des hommes et de la planète, une espérance pour bien des hommes acculés au désespoir  et tout simplement une bouffée d’oxygène quotidienne pour toutes et tous ceux qui s’indignent et cherchent de nouvelles voies vers cette société rêvée, et luttent pour qu’elle soit plus juste et moins inégalitaire… à suivre …

 

Source de cet article : https://kestenig.fr/lhistoire-du-mst-3-6/



MST : à la découverte d’un acampamento 2/6
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» … Tout d’abord une explication sur les acampamentos et les assentamentos. Un acampamento est une occupation d’une grande propriété inexploitée pour tenter, à travers une démarche judiciaire, d’obtenir le droit de travailler cette terre : les procédures peuvent durer des années comme pour les parents de Valdir.
Un assentamento est l’installation officielle sur la terre après reconnaissance juridique de l’inexploitation de celle-ci par les anciens propriétaires…  »

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/…/  » Valdir est un Sans Terre. Son histoire mérite d’être contée : Ses parents sont des paysans sans terre. Ils sont restés 7 ans sous des bâches, dans un acampamento, qui leur servait de lieu d’habitation. De l’âge de 9 ans à 16 ans il a grandi dans ces conditions. Un des soucis majeurs du Mouvement des Sans Terre (MST) est la formation des enfants et des jeunes. Valdir a pu en bénéficier. Mais dans quelles conditions ! Pendant 4 ans, tous les soirs, car il travaillait dans la journée, et par tous les temps, il faisait 160 kms AR en moto avec un copain pour suivre des cours dans le Mato Grosso… Leur souci ? ne pas rater le dernier passage à minuit du transbordeur qui assurait la liaison sur le fleuve Parana. Combien de fois, à cause des pluies, a-t-il du dormir dans les fourrés pour attendre la reprise des rotations à 6 h … heure de sa reprise de travail…. Aujourd’hui Valdir a une formation de comptable et il se rend dans les différents campements pour travailler à leur gestion./…/

Visite de l’acampamento du 8 mars dans le Parana
« … En route avec Jean et sa voiture,  vers l’acampamento, à une cinquantaine de kms de la Copavi, nous croisons des coupeurs de canne à sucre. C’est le choc.
Les grands propriétaires terriens, lorsque le temps de la coupe est venu, ne s’embarrassent pas : ils mettent le feu à des milliers d’hectares. Désastre écologique pour la flore mais aussi pour la faune prise au piège de ce brasier. Ainsi, il ne reste que la tige de la canne et ça procure un gain de temps….Au milieu donc de ce brûlis des coupeurs de canne engoncés de la tête au pied dans des chiffons par plus de 40% à l’ombre. Ils se protègent ainsi car tiges et feuilles sont coupantes comme un rasoir et lacèrent la peau. Ces hommes sont noirs de charbon et seul leur regard brille. Certains sont dans les champs, d’autres, épuisés, sur le bord de la route : regard hagard, sans vie. Jean et Valdir nous apprennent qu’ils travaillent au rendement et doivent couper plus de 10 tonnes par jour pour un salaire de misère. Esclaves et forçats des temps modernes, Jean nous dit que, tous les ans, il y en a qui meurent d’épuisement.

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Leur espérance de vie est limitée : du temps de l’esclavage, un esclave pouvait vivre 20 ans au delà du début du travail. Aujourd’hui ces hommes ont une espérance de vie de 12 ans de travail ! J’essaie, sans conviction et abasourdi, de prendre des photos, mais de loin… Hier encore, nous étions dans le luxe à Porto Rico et nous-mêmes aujourd’hui dans l’insouciance de gens bien nantis…quelle détresse !… et que faire ?….

Notre arrivée à l’acampamento va finir de nous mettre mal à l’aise….!
L’acampamento du 8 mars (date de l’occupation, il y a quelques mois) ou encore appelé « Salvador Allende », à Terra Rica, comprend 300 familles ! Elles se sont installées suite à un constat d’improductivité : 1200 hectares sont inexploités depuis 20 ans. Peu après les premiers jours d’occupation, le propriétaire a sous-traité avec une usine de canne qui a planté des plants, voulant montrer ainsi que le terrain était en exploitation et que, donc, l’occupation était illégale. Le MST a immédiatement saccagé les champs pour couper court à cette menace (et c’est ce qu’on retenu les médias).

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Valdir nous fait pénétrer dans le camp : en effet à l’entrée une barrière ferme l’accès. Elle est tenue par des femmes. Comme chacun ici, elles sont sur le qui-vive et exercent à tour de rôle une surveillance 24 h/24h.
Un peu plus tard, à l’arrière du camp, d’une position dominant les collines, une jeune fille de 15-16 ans exerce de son côté cette surveillance avec beaucoup de sérieux et d’application : je suis bouleversé de voir cette enfant prête à sonner le tocsin pour alerter les plus de mille personnes qui vivent ici … Pourquoi cette surveillance ? Peu de jours après l’occupation, des pistoleiros, hommes de mains de la fazenda ou de l’usine, sont venus attaquer le campement, de nuit, avec des armes à feu. Pendant 4 heures, jusqu’à l’aube, ils ont harcelés hommes, femmes et enfants qui avaient réussi à s’abriter dans un hangar de brique et de fer (et pas en bois heureusement). Seules trois personnes ont été blessées.
Nous entrons dans le campement. L’accueil d’Alex, avec son tee shirt rouge, est très chaleureux. C’est lui qui nous fait découvrir le camp : sur le terrain, des lots de 15 m par 15 m accueillent des centaines de cabanes. Ce sont des ossatures de bois, souvent de bambous, sur lesquelles sont tendues des bâches agricoles noires pour protéger de la pluie. Le tout est tenu par des cordes ou des fils de fer. Chacun gère son lopin comme il l’entend : certains plantent des fleurs à l’entrée, d’autres quelques légumes. Tout est propre. le sol de terre est balayé devant chaque masure.

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Nous apprenons que lorsqu’un acampamento se met en place un « comité organisateur » distribue les tâches. Une des premières choses mises en place sera pour les enfants : visite du médecin qui deviendra hebdomadaire, création d’une pharmacie et mise en route de l’école.

Cette dernière est organisée en rotation : des cours le matin pour les uns, puis l’après midi pour les autres et enfin le soir pour les adultes. Les cours du jour concernent les 4 premières années de la scolarité enfantine; ensuite les jeunes se rendront à l’école du village voisin pour continuer leur cursus.

Un forage fournit de l’eau au camp et les services sociaux ont réussi à fournir l’électricité.
Les hommes vont dans les fazendas voisines pour trouver du travail comme journaliers en étant payés en nature par un « cesta basica », « panier de base » qui comprend nourriture, différents produits etc… Une grande parcelle du terrain occupé sera cultivée et le produit de la récolte est partagé entre tous.

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J’ai les larmes aux yeux de voir à la fois tant de misère et tant de dignité. Ces personnes viennent des 4 coins du Parana pour pouvoir espérer avoir le droit de rester ici. Mais dans combien de temps ? Certaines occupations durent 8 ans dans ces conditions ! … et si le MST « gagne », seules 80 familles sur les 300 resteront ici, les autres devront poursuivre leur lutte ailleurs…. Je comprends un peu mieux ici la nécessaire solidarité, interne et entre les campements, pour ne pas sombrer d’une manière ou d’une autre…

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Nous visiterons le camp, l’école, le hangar criblé de balles, le dispensaire, la petite épicerie…. dans chaque lieu des drapeaux rouges du MST, des photos posters, des épitaphes de Marx, du Che, de Jésus Christ, y compris jusque dans les classes primaires… « je suis sans terre, je suis sans terre, je sais, c’est l’identité la plus belle que j’ai gagnée ! »

Nous repartons de là, sonnés, et ce d’autant plus qu’à peine partis une pluie diluvienne se met à tomber avec un vent violent… des torrents d’eau et de boue nous font rouler au pas parce que nous ne pouvons pas nous arrêter….Nous pensons très fort à toutes ces personnes que nous venons de quitter : elles doivent s’organiser et lutter sans doute face à ce déluge… comment vivre dans de telles conditions… ? /…/ »

 

Source de cet article: https://kestenig.fr/mst-a-la-decouverte-dun-acampamento-2-6/



L’histoire des sans terre : L’école Florestan Fernandes 1/6

Fernandes 1/6

Florestan FernandesL’Ecole Florestan Fernandes

Nous voudrions consacrer quelques posts au mouvement des paysans sans terre, plus connu sous ses abréviations MST.
Nous avions découvert leurs réalités il y a 7 et 12 ans lors de précédents voyages au Brésil. Nous avions alors vu de nos yeux ce que veut dire « occupation des terres » dans un campement fraîchement installé où nous avions passé une journée (un des posts  d’alors reprendra cela ici); découvert la première attribution au Brésil d’une terre à des paysans, la Copavi, dans le Parana,  et l’école Milton Santos. Cette expérience a été la source de notre engagement au CCFD-terre solidaire par la suite.

Dans ce premier post, nous voudrions vous parler de l’université Florestan Fernandes que nous avions visitée  avec beaucoup d´émotion. Émotion parce nous constatons combien sont encore vivaces les premières rencontres avec le MST en 2007, mais aussi émotion de pouvoir partager par le dedans une nouvelle fois une expérience encore nouvelle avec des personnes qui savent communiquer et partager leur passion de l’homme; Émotion enfin, parce que cette université a été en partie financée par le CCFD- terre solidaire de France et la Caritas international. C’est Daiane qui nous a accompagné durant cette visite.
drapeau-mstCette Université est située dans la campagne à environ 70 kms de São Paulo. Elle existe depuis 2005 (23 janvier … anniversaire dans quelques jours !).
Son originalité réside dans plusieurs dimensions :
– ce sont plus de 1000 paysans sans terre qui l’ont construite, par brigades venant pour un mois ou deux, volontairement, des quatre coins du Brésil pour construire les bâtiments;
– Parce que l’accès au savoir est essentiel pour le MST (nous y reviendrons), les cours sont gratuits et diplômants; même les repas font partie de cette gratuité; les aliments étant fournis par les campements (assentamentos) et l’Université elle-même. Notre repas sera offert.
– Concernant les cours, ce sont plus de 500 enseignants bénévoles, qui viennent des 4 coins du Brésil, reconnus pour leur compétences universitaires, leur sens pédagogique et leur professionnalisme. Ils assurent à tour de rôle, l’enseignement dans toutes les disciplines (sociologie, psychologie et sciences humaines, économie et politique, droits de l’homme, philosophie, culture, mais aussi tout ce qui concerne l’administration des assentamentos : écologie, agrologie, gestion… etc… ). La bibliothèque comprend plus de 40 000 ouvrages, essentiellement faite de dons.
P1140414– Les cours sont donnés aux élèves par « rotation » de 200, suivant le cycle et la matière enseignée (et la capacité d’accueil). Ceux-ci sont hébergés gratuitement dans des lieux de vie. A charge pour eux, de retour dans leurs assentamentos ou accampamentos, de redonner ce qu’ils ont appris à ceux qui ne pouvaient pas venir faute de moyen.
– – Une chose intéressante est la méthode pédagogique. Il n’y a que 6 salariés (1 chauffeur et 5 cuisiniers pour 400 repas en moyenne avec les enseignants et les visiteurs), et 32 permanents  bénévoles. Toute l’infrastructure matérielle est assurée par les résidents eux-mêmes qui participent à la vie collective de l’Université. Manière pour eux de contribuer à la construction et à la socialisation de la connaissance et de participer à la pérennité de l’Université. Ainsi, cours théoriques et mise en pratique vont de paire dans cette vie communautaire, contrairement aux autres universités « gratuites » mais qui ne sont accessibles qu’aux classes aisées.
– A ce jour, près de 20 000 étudiants ont bénéficié d’une formation depuis 2005… avec une participation féminine de 51 %.
–  l’originalité de l’école est également son ouverture (gratuite donc) à toute personne venant d’autres pays : du cône sud américain bien sûr mais aussi de l’Asie, de l’Afrique et même d’Europe.
– Pour la réalisation de ses différentes activités, l’Université Florestan Fernandes dispose  de lieux  divers tels que amphithéâtre, auditoriums, imprimerie, avec productions audiovisuels et culturels,  outils didactiques, audiovisuels, informatiques (moyens encore bien pauvres pour ces derniers, fautes de capacité de financement).
– Plus qu’une formation où chacun prend pour soi un savoir comme dans une université classique, trois aspects caractérisent l’identité populaire de l’université : 1) l’origine de classes et la lutte contre l’exclusion sociale, 2) la recherche permanente de la connaissance , 3)  l’unité entre la solution des problèmes immédiats et la recherche de la transformation de la société. Il y a un « ensemble » qui se dit dans cette approche.
– n’oublions pas, pour cette université en pleine campagne, les infrastructures matérielles telles que buanderie industrielle, productions diverses, ferme, eau…), espaces sportifs, de détente, …
– Toute cette organisation suppose une  » mistica » (voir ici) c’est à dire un mode et une pensée commune de fonctionnement qui se dit à travers des symboles forts (lever de drapeau le matin, tâches communes dans un certain esprit, attribution de nom de personnes, « marquantes » pour le mouvement, pour les différents lieux de vie. Ces personnes sont, ou ont été, porteuses d’un idéal à poursuivre et sont perçues comme témoins d’une vie donnée…
P1140406Pourquoi ce souci de procurer une formation aux plus démunis ?
Dans le contexte mondial actuel, caractérisé par une économie  internationale basée sur une libéralisation croissante du marché et des finances, l’agriculture n’échappe pas à la pression planétaire. Il est essentiel pour les paysans sans terre de comprendre les rouages socio-économiques, politiques et financiers qui mènent le Brésil, le continent et le monde pour ne pas continuer à rester en touche et agir sur des changements à tous ces niveaux.
L’éducation est depuis toujours un secteur fondamental pour le MST, qu’elle concerne l’alphabétisation, la formation technique ou encore la formation politique. (Des écoles sont systématiquement construites dans les campements, soit 2 000 écoles ayant accueilli quelque 200 000 enfants. Plus de 50 000 jeunes et adultes ont également suivi des programmes d’alphabétisation). Le programme spécifique développé à Florestan Fernandes permet d’être à même d’affronter la réforme agraire qui ne peut plus, aujourd’hui, pour le MST, se cantonner à la seule distribution de terres. Il doit intégrer des politiques de production agricole, d’éducation et de protection des droits sociaux, en garantissant à chacun les moyens de vivre en zone rurale.
bibliothèque Florestan FernandesC’est pour comprendre surtout les évolutions des rapports sociaux et des contextes politiques, que  le MST a créé cette école conçue comme une université populaire des mouvements sociaux, et qu’en peu d’années elle est devenue référence dans ce domaine.
De même sur le plan environnemental,  le MST essaie d’enseigner des techniques pour une production biologique, en harmonie avec l’environnement. ( Assistance technique, renforcement des capacités techniques, développement de production de semences biologiques pour fournir les graines non OGM aux paysans…). Le souci écologique est un des axes prioritaires du MST. Pour l’Université, dans la pratique, l’objectif est de tendre vers une autonomie alimentaire, de diminuer les dépenses vers l’extérieur et d’être un terrain d’apprentissage pour les étudiants.

P1140410On le voit c’est une formule originale qui s’est mise en place. Fragile car les soucis financiers demeurent face aux factures de grandes importances (eau, impôts, électricité..). L’Etat n’intervient en aucune manière dans ce projet sur le plan financier. (s’il y en a qui ne savent pas où placer leur argent, prendre contact avec le CCFD ! …)

Nous avons été interpellés par le dynamisme et la joie communicative des participants de cette école, personnels bénévoles et étudiants, embarqués dans un projet commun au service de tous. Il y a dans ce projet communautaire une foi en l’homme pour qu’il sorte de conditions de vies indignes, une foi en l’avenir pour que la terre soit viable et pour que  la justice et la solidarité entre les hommes soient effectives.
A la fin du repas nous avons pu rencontrer Joan Pedro Stedile, coordonnateur du mouvement des sans terre. (voir ici un interview de lui). Quand nous le remerciions pour son travail, il nous interpelle en disant « Nada de ‘obrigado’ entre companheros mas compromisso ! »
« Pas de ‘merci’ entre compagnons mais engagement ! » « ; 
« compromisso » : mot intraduisible (pour nous) en français qui veut à la fois dire « engagement, ensemble, uni ».
Le sourire de Daiane lors de notre départ était un appel : que nous cliquions sur leur page Facebook  le « j’aime » ou « like » pour atteindre les 5000 signatures que l’Université s’est fixée… Pourquoi pas la vôtre ?

« La grandeur d’un homme, se définit par son imagination et sans une éducation de première qualité, l’imagination est pauvre et incapable de donner à l’homme les instruments pour transformer le monde » .
Florestan Fernandes

Avec cette Université et avec tous ceux qui sont engagés dans  cet objectif, à notre manière nous sommes heureux de participer, modestement avec ce site,  à ce travail de formation et de conscientisation des hommes et des femmes de ce temps… et de partout … internet oblige !…

en savoir plus
– à l’ENFF la connaissance libère les conscience
– École nationale du MST “Florestán Fernandes”

… à suivre dans les prochains posts, avec l’histoire du mouvement des  Sans Terre,,  la découverte d’un assentamento…
Compromisso !

avec Pedro Stedile

Source de cet article : https://kestenig.fr/lhistoire-des-sans-terre-1-6/



Le MST dans le viseur de Bolsonaro, augmentation de la violence contre les paysans

Par Nara Lacerda

Le discours belliciste du président se matérialise: exécution de militants, expulsions de paysans, et gros propriétaires terriens (ruralistas) au sein du pouvoir.

Lors des premiers jours de son administration, en janvier 2019, le gouvernement de Jair Bolsonaro avait déjà montré qu’il mettrait en œuvre les prises de position annoncées pendant sa campagne électorale sur les questions agraires. Au fil des mois, ses déclarations violentes se sont traduites par des actions gouvernementales. L’agressivité de ses proclamations est allée croissant, ce qui, selon les observateurs, a rendu les rapports sociaux dans la campagne brésilienne encore plus tendus.

Pendant la période électorale, Bolsonaro avait promis la fermeture des écoles du Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre (MST), d’apporter un soutien juridique à ceux qui tuent les occupants de terres et de mettre fin à l’expropriation des terres des propriétaires pratiquant le travail forcé et l’esclavage. Il a également assimilé les travailleurs ruraux à des terroristes.

Le 5 janvier 2019, moins de sept jours après son installation au pouvoir, le premier acte de violence a été enregistré. Des agents de sécurité d’une entreprise privée ont tué une personne et en ont blessé huit autres lors d’une occupation de la ferme de Bauru à Colniza, dans le Mato Grosso (région du centre ouest du Brésil). A cette occasion, la déclaration d’un des gardes a déjà montré à quel point le discours belliqueux du gouvernement avait influencé le climat de permissivité face aux actes de violence.

«Il y a eu une invasion des terrains occupés par les sans-terre, qui ne sont plus sans terre car, selon Bolsonaro, ce sont des bandits… Deux bandits sont morts et cinq autres ont été blessés par balle, ils sont à l’hôpital», a déclaré le chef de la sécurité au site local d’informations Cuiabá VG News. Quatre d’entre eux ont été arrêtés «en flagrant délit», accusés de meurtre et tentative de meurtre. Mais la justice a libéré les accusés deux jours plus tard.

Toujours en janvier, le gouvernement a ordonné l’interruption de toutes les procédures d’achat et de démarcation des terres destinées aux colonies (campements) du MST.

Quelques semaines plus tard, Luiz Antônio Nabhan Garcia (ex-président de l’União Democrática Ruralista, la structure politique des grands propriétaires terriens), nommé secrétaire spécial aux Affaires Foncières, a qualifié les écoles du Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre de «fabriques de dictateurs» et a déclaré que le gouvernement ferait tout pour fermer ces institutions, qui accueillent plus de 200’000 enfants et jeunes.

Faisant écho au discours violent du gouvernement fédéral, les administrations conservatrices des différents États ont commencé à agir.

Dans la dernière semaine de février, le gouverneur du Minas Gerais, Romeu Zema (depuis janvier 2019, membre du parti NOVO) a décidé de fermer l’école publique Eduardo Galeano. Cette école du Minas Gerais fonctionnait depuis trois ans dans le campement de Quilombo Campo Grande, sans aucun soutien gouvernemental, que ce soit pour le transport ou la nourriture des élèves.

Quelques jours plus tard, à Chapada Diamantina (Bahia), la Police Militaire a envahi le campement de Mãe Terra (Terre Mère) et a arrêté deux travailleurs ruraux sans avoir pour autant de mandat d’arrêt.

Dans le Pernambuco, 450 familles ont été expulsées du campement de l’usine Maravilha, dans la municipalité de Goiana, dans la région de Mata Norte. Le site était occupé depuis 2012. Les occupants exploitaient la terre, y avaient construit des maisons et une école. Par ailleurs, il y avait une procédure en cours auprès de l’INCRA (Institut National de la Colonisation et de la Réforme Agraire), qui avait déjà affecté une partie de la zone à la réforme agraire.

Dans l’ouest du Paraná, la justice a déterminé la récupération de la pré-colonie de Jangadinha, dans la municipalité de Cascavel, qui produisait 2000 kg de nourriture par semaine.

Toujours en février, l’Institut National de la Colonisation et de la Réforme Agraire (INCRA) a cessé les négociations avec les entités sans CNPJ (Cadastre qui octroie la personnalité juridique aux paysans sans terre occupant des terrains) d’où la paralysie de plusieurs fronts de dialogue et de négociation. Quelques jours plus tard, sur recommandation du Ministère Public Fédéral, le gouvernement a fait marche arrière, en arguant que la mesure pourrait donner lieu à des illégalités ou à des situations inconstitutionnelles.

Isolete Wichinieski, économiste et coordinatrice nationale de la Commission Pastorale de la Terre (Commission dépendant de la Conférence Nationale des Evêques du Brésil), a conclu qu’il existe une tentative de vider les processus de colonisation (occupations de terre): «Tous les organismes liés au thème de la réforme agraire ont été démantelés. Toutes les politiques agricoles sont paralysées. Les processus de possession communautaire sont déconstruits. Des colonies et des campements en attente de régularisation des titres de propriété et qui ont pourtant plus de dix ans d’existence ont été expulsés de leurs terres.»

En avril, Bolsonaro a attaqué, à nouveau, directement le MST. Dans une émission en direct sur Facebook, le président a déclaré qu’il avait l’intention de qualifier les occupations du MST d’actes de terrorisme et a préconisé que les propriétaires puissent tirer sur les occupants, et les tuer, sans que l’action soit pour autant considérée comme un crime.

Assassinats et expulsions

Le mois de mars, la coordinatrice (active depuis trois décennies) du Mouvement des personnes affectées par les barrages hydroélectriques, Dilma Ferreira Silva, a été cruellement assassinée dans le campement Salvador Allende à Para. Son mari, Claudionor Costa da Silva et Hilton Lopes, un ami du couple, ont également été tués. Le commanditaire du crime, le propriétaire foncier Fernando Ferreira Rosa Filho, âgé de 43 ans, a été arrêté. Selon l’enquête, son but était d’occuper une partie des terres de la colonie et d’utiliser ensuite de faux documents pour en revendiquer la propriété, une méthode qui est appelée grilagem au Brésil.

Tout au long de l’année, il y a eu des actions d’expulsion dans plusieurs États. Une des initiatives historiques et une des plus réussies du MST, le Centre de formation Paulo Freire a été ciblé par le gouvernement Bolsonaro. Située dans la colonie de Normandia, à Caruaru, municipalité de Pernambuco, l’école proposait des cours, des ateliers, des conférences en partenariat avec le gouvernement de l’État de Pernambuco et les universités. L’ordre d’expulsion a été signé par l’INCRA, la même institution qui, deux décennies plus tôt, avait rendu possible la création de ce centre de formation.

Les assauts du gouvernement de Jair Bolsonaro contre les mouvements sociaux qui travaillent dans les campagnes sont en train de s’inscrire dans une continuité.

Le 25 novembre 2019, Bolsonaro a déclaré qu’il avait l’intention d’envoyer au Congrès un projet de loi visant à autoriser des opérations de Garantie de la Loi et de l’Ordre (GLO) lors des actions de reprise de possession des terres. En pratique, cela signifie que les agents fédéraux, y compris les forces armées, pourront agir lors de ces procédures.

Kelli Mafort, membre de la direction nationale du MST, affirme que le discours haineux du gouvernement contre les travailleurs de la campagne autorise ces actes de violence, qui proviennent non seulement des agents de la sécurité publique, mais aussi des sociétés privées qui opèrent comme des milices. «Le jour où Jair Bolsonaro s’est exprimé sur la GLO rurale – de manière presque synchronisée – a eu lieu à Bahia l’une des plus grandes expulsions de paysans de l’année 2019. Cette expulsion a été exceptionnelle: il s’agit de 1700 hectares, des familles qui étaient déjà installées, une zone dont le périmètre est irrigué. Cette expulsion a été demandée par l’entreprise gouvernementale responsable, avec la présence de la Police Fédérale et en rompant les accords existants». Kelli fait référence à l’action qui a touché 700 familles dans les camps d’April Red, Dorothy et Irany, dans les municipalités de Casa Nova et Juazeiro. Outre les agents de la Police Fédérale, une structure dont la fonction n’est pas de participer à ce type d’actions, il y avait sur place des membres de la Police Militaire et des agents de sécurité privés.

Il y a eu des coups de feu, du gaz lacrymogène et des grenades de désencerclement. Les familles étaient là depuis plus de dix ans, sur la base d’un accord signé entre le Gouvernement fédéral, le Gouvernement de l’État, l’INCRA, le Défenseur du peuple pour les questions agraires, la Codevasf (Compagnie pour le développement des vallées de São Francisco et de Parnaíba) et le Ministère public.

En décembre, de nouveau des actions violentes: les campements de Zequinha et de Patria Libre dans la région métropolitaine de Belo Horizonte ont été attaqués sans ordre préalable. Les gardes de sécurité les ont encerclés et ont assiégé les plus de 1200 familles qui vivent dans cette région.

Cette agressivité a même motivé le départ de la Police Militaire du site, trois jours après l’invasion. Il a été signalé des cas d’agression, de destruction de biens et des plantations, et même de harcèlement sexuel.

Ruralistas et grileiros [1]

Quelques jours plus tôt, Bolsonaro avait signé la Mesure Provisoire du Programme de Régularisation des Terres qui est censée simplifier le processus de délivrance des titres de propriété. Mais les experts estiment que cette Mesure Provisoire est conforme aux intérêts des ruralistas et met en danger la protection de l’environnement.

Dans un entretien accordé à Brasil de Fato, la chercheuse Brenda Brito, de l’Institut de l’Homme et de l’Environnement en Amazonie (Imazon), estime que le texte stimule l’appropriation irrégulière des terres appartenant à l’État tout comme la déforestation illégale. «C’est parce qu’il modifie la date qui indique le délai pendant lequel une terre publique doit avoir été occupée afin de pouvoir prétendre à l’obtention d’un titre de propriété, en respectant certaines exigences. Chaque fois que cette date est changée, le message est qu’il est toujours possible de modifier la loi au profit de ceux qui volent des terres publiques», explique Brenda Brito.

Au milieu de la violence, des morts et des tentatives d’affaiblissement des mouvements des paysans, la production ne s’arrête pourtant pas. Le MST est aujourd’hui le plus grand producteur d’aliments biologiques au Brésil. Il existe des centaines de coopératives, plus de 90 industries agroalimentaires et 1900 associations. Les produits ne sont pas seulement consommés sur le territoire brésilien, ils sont également exportés vers d’autres pays de l’Amérique latine, de l’Amérique du Nord, d’Europe et d’Océanie. (Article publié dans Brasil do Fato en date du 30 décembre 2019; traduction de Ruben Navarro à partir de la version espagnole, complétée par celle en brésilien)

[1] Ruralistas: grands propriétaires terriens. Grileiros: ceux qui pratiquent le grilagem, appropriation des terres avec de faux titres de propriété.

 

6 – janvier – 2020

http://alencontre.org/ameriques/amelat/bresil/bresil-retrospective-le-mst-dans-le-viseur-de-bolsonaro-augmentation-de-la-violence-contre-les-paysans.html

 



« A la main »: permaculture créatrice au Venezuela avec les Sans Terre du Brésil

Venezuela, août 2019. Loin des médias, une équipe solidaire réunie par France-Amérique Latine Bordeaux Gironde, et une Brigade internationaliste du Mouvement des Sans Terre du Brésil, organisent un atelier de permaculture. Une formation impulsée par Gloria Verges et Franck David pour appuyer la création de “Tierra Libre”, le siège du réseau de producteurs de semences autochtones établi par les Sans Terre dans le village andin de La Azulita. Deux formateurs de TERRA TV se sont mêlés aux participant(e)s pour filmer les deux derniers jours de cette expérience. Au-delà de la transmission de connaissances, c’est une rencontre humaine toute particulière que révèle et raconte leur documentaire.

Image: Víctor Hugo Rivera

Son direct: Thierry Deronne

Montage: Miguel Escalona

ProductionTerra TV, Venezuela, 2019

Durée: 53 minutes. Sous-titres français

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Appel urgent à la solidarité internationale: contre la fermeture du Centre de Formation Paulo Freire

Le 5 septembre dernier, nous avons été surpris d’apprendre la décision judiciaire d’expulsion du Centre de Formation Paulo Freire, dans l’unité productive paysanne Normandia à Caruaru, État du Pernambuco.

Le centre possède une structure juridique appelée Association du Centre de Formation Paulo Freire, qui vise à administrer et à coordonner le centre de formation. En 1999, un auditorium a été construit et quelques logements. Aujourd’hui, le siège social a une capacité d’environ 240 personnes, tandis que l’auditorium compte en moyenne 800 personnes. En outre, l’espace comprend une cuisine, une cafétéria, un télécentre, une maison des jeunes, une académie des villes, créée en partenariat avec le gouvernement de l’État, une académie rurale, un terrain de sport et, récemment, une crèche pour enfants en partenariat avec la FUP (Fédération syndicale Unifiée des Pétroliers).

Le centre de formation n’est plus un espace d’état et est devenu un espace de formation du nord-est. Nous avons aujourd’hui des partenariats dans le domaine de l’éducation avec la ville de Caruaru pour l’organisation de deux classes d’école primaire. Nous avons également noué des partenariats avec le gouvernement de l’état pour organiser le cours «Pied enraciné».

«Pied enraciné» est le thème principal proposé par le centre de formation. Il se déroule en trois étapes, basées sur les expériences et les pratiques en agroécologie. Ce cours est conçu pour toutes les personnes vivant dans les campements et parcelles productives des paysans Sans terre de l’état de Pernambouc.

Le centre de formation Paulo Freire dessert non seulement Pernambouc, mais l’ensemble du nord-est du Brésil, proposant des cours en agroécologie et, conjointement avec différentes universités, des formations en géographie, formation vétérinaire, éducation, sécurité sanitaire et environnementale, éducation à la santé et de nombreux autres cours. Le centre est devenu, sans aucun doute, un espace précieux pour toute la région et sa fermeture serait un gâchis terrible pour tous ceux qui attachent de l’importance à l’éducation et au développement de la population sur le terrain.

Plusieurs délégations internationales de différents pays ont visité le Centre et participé à des cours de formation dispensés par le Centre.

Nous estimons que l’action proposée à l’égard du centre de formation Paulo Freire est une injustice et un affront pour tous ceux qui ont œuvré en faveur d’une vie meilleure pour les habitants du Nord-Est. Il n’y a aucune base juridique réelle qui permette cette expulsion.

Par conséquent, nous demandons respectivement que l’ordre d’expulsion soit immédiatement annulé.

La date limite pour la mise en oeuvre de cette décision judiciaire est le 19 septembre. C’est pourquoi le MST lance un appel à tous et toutes pour que vous envoyiez votre protestation, pour exiger que l’ordre d’expulsion soit stoppé immédiatement.

Les lettres doivent être envoyées avant le 19 septembre aux adresses suivantes:

au bureau régional de l’Incra (Institut national de la réforme agraire) à Recife:

marcos.campos@rce.incra.gov.br
evaluoria@rce.incra.gov.br
tyronilson.santos@rce.incra.gov.br
isaias.leite@rce.incra.gov.br
charles.emery@rce.incra.gov.br

au Gouvernement de l’État de Pernambuco – Oficina del Gobernador Paulo Câmara:
governo@governadoria.pe.gov.br

Juge Tiago Antunes de Aguiar del 24 ° Tribunal Federal de Caruaru
comunica@jfpe.jus.br

avec une copie: srimst@mst.org.br

Traduction: T.D.
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