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Réinventer le Mouvement des Sans Terre pour continuer à être le Mouvement des Sans Terre
20 juillet 2013, 1:58
Filed under: Analyse, Histoire, Lutte, réforme agraire
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Edgar Jorge Kolling

Trente ans après la fondation du MST, notre mouvement fait l’expérience de se trouver face à un des plus importants carrefours de son histoire : la réforme agraire est bloquée !

En pratique la réforme agraire est sortie de l’agenda politique et l’agro-industrie avance à grands pas, aidée par les milliards de subventions gouvernementales et par le soutien massif des grands médias.

La plus grande partie de l’opinion publique, intoxiquée par la propagande de l’agro-industrie, est satisfaite ou s’accommode de ce modèle, assistant à tout cela sans comprendre ou même connaître la rivalité des deux projets dans l’espace rural brésilien : agro-industrie ou agriculture paysanne.

Les familles sans-terre prêtes à se battre pour en obtenir une ne sont plus aussi nombreuses qu’auparavant, particulièrement dans le centre-sud du Brésil. Dans les régions Nord-est et Nord où se concentre la majeure partie de ces familles, la lutte pour la terre est encore dynamique, même si elle a diminué ces dernières années.

Dans ce contexte complexe et défavorable à la mise en œuvre de la réforme agraire, le MST est face à de grandes tâches et à de grands défis. Défis fondamentaux qui ont à voir avec son existence et sa raison d’être. De même qu’il y a trente ans le MST est né de la crise économique, sociale, politique, maintenant c’est au Mouvement de se dépasser pour demeurer un acteur important des luttes de la société brésilienne.

Le grand défi du MST est de se réinventer ! Se réinventer et se recréer pour continuer sur le chemin de la lutte pour la réforme agraire et pour des transformations structurelles de la société brésilienne. Sinon il court le risque d’être un mouvement de plus qui s’est créé, s’est développé et peu à peu s’est sclérosé au point d’être dépassé par d’autres organismes plus efficaces pour répondre aux intérêts des sans terre et des paysans.

En 2011, analysant la lutte des classes en milieu rural, les obstacles à la réforme agraire et les difficultés qu’il affrontait, le MST a décidé de lancer un grand processus collectif de débat pour préparer son sixième Congrès national qui aura lieu en 2014.

Le MST est conscient qu’il se trouve à une croisée des chemins historique et que pour se sortir de la situation où il se trouve il sera nécessaire de bâtir une nouvelle corrélation de forces favorables à la réforme agraire, en opposition à l’agro-industrie. Tout montre qu’il faudra lutter pendant longtemps, construire une unité paysanne, resserrer les alliances avec de vastes secteurs urbains.

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“Stratégie”, oeuvre de Ares.

En analysant nos pratiques, nous voyons qu’il y a un grand écart entre la définition politique de la réforme agraire populaire et sa mise en œuvre par les familles assentadas [1], c’est à dire des terres expropriées avec le concours du MST

Celles qui donnent la priorité à la monoculture, utilisent des semences OGM et des produits de traitement toxiques et appliquent le modèle pervers de l’agro-industrie que combat le MST, ne sont pas rares.

Combien de familles assentadas produisent-elles de façon agro écologique ? Et quel a été l’engagement du MST en termes de décision politique, de ressources humaines et matérielles, pour donner du concret dans les assentamentos à cette technologie ?

Il faut faire des assentamentos des lieux où il fait bon vivre, en communauté et en équilibre avec la nature et qu’ils soient des modèles susceptibles d’être généralisés, afin que dans les milliers de communes où nous sommes présents dans ce pays ils constituent le modèle concurrent pouvant prétendre à être généralisé.

La crise idéologique dont la gauche est atteinte et les difficultés pour proposer un chemin vers le socialisme ont également affecté le MST, diminuant notre vigilance dans la mise en pratique de nos principes, ce qui peut se percevoir dans la négligence à appliquer avec efficience la méthode de direction collégiale, la critique, l’autocritique, la discipline et le travail à la base.

Les années passant, nous avons créé différentes formes d’organisations de base, des instances et des secteurs d’activité mais nous constatons aujourd’hui que bien peu fonctionnent.

Nous ne pouvons nous satisfaire de cette situation. Nous devons nous pencher sur ces problèmes et prendre des mesures afin d’adapter ou de réinventer des formes d’organisation collective.

[…]

Une grande partie du peuple brésilien est en accord avec le modèle agricole dominant du pays parce qu’il sait peu de choses sur les méfaits de l’agro-industrie qui bourre les aliments de produits de traitement, détruit la nature et l’environnement, concentre la terre, les revenus et les richesses. Plus grave encore, cette opinion est prédominante parmi les assentados et une bonne partie des militants du MST.

Pour affronter l’agro-industrie il ne suffit pas que les directions du Mouvement soient informées au sujet des enjeux qui s’opposent en milieu rural. Il faut que l’ensemble du MST comprenne pourquoi la réforme agraire est bloquée, comprenne les mécanismes et les contradictions de l’agro-industrie et par ailleurs connaisse l’objectif de l’agriculture paysanne et sa mission de produire des aliments sains.

Pour populariser et faire la promotion des avantages de la réforme agraire populaire nous devons donner plus de poids à la presse alternative : le journal Brasil de Fato (Le Brésil dans les faits), le journal Sem Terra, les radios communautaires, etc. et privilégier les écoles, instituts, universités, qui veulent débattre sur ces thèmes.

Notre tâche principale est de mettre en œuvre des luttes communes pour bâtir une nouvelle corrélation de force dans cette confrontation de projet.

[…]


Article paru dans le journal Sem Terra n° 320 (septembre-novembre 2012), p. 10.

Traduction française de Jean Luc Pelletier.

Notes

[1Assentadas : se dit de familles d’agriculteurs installées dans des assentamentos.

Source : http://www.alterinfos.org/spip.php?article6252

Pour soutenir concrètement le Mouvement des Travailleurs Sans Terre, on peut écrire à Lucas Tinti, prointer@mst.org.br


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